En finance, l'intérêt est la rémunération d'un prêt, sous forme généralement d'un versement périodique de l'emprunteur au prêteur.
Pour le prêteur, c'est, selon la théorie courante (libérale), le prix de sa renonciation temporaire à la liquidité. Pour l'emprunteur, c'est un coût correspondant à une utilisation anticipée.
Lorsqu'un prêt monétaire est accordé à la suite d'une création monétaire, comme c'est le cas pour l'immense majorité des prêts des banques de premier rang (banques centrales) et second rang (banques commerciales, privées ou publiques), cette justification courante est prise en défaut et ne s'applique plus. En effet, avec une création ex nihilo de monnaie, il n'y a aucune renonciation de la part du prêteur (bancaire) de la quantité de monnaie prêtée, qui n'existait pas avant d'être créée spécialement pour le prêt (par simples écritures bancaires). En exigeant un intérêt la banque prêteuse se conforme juste à son intérêt d'orientation du marché monétaire (banques centrales) ou son intérêt commercial (banques commerciales ajoutant une marge bénéficiaire à leur taux de refinancement).
Une épargne rémunérée par un intérêt est assimilable à un prêt fait à un emprunteur, comme une banque ou l'organisme bénéficiaire de cette épargne.
Calcul de l'intérêt
L'intérêt est proportionnel au capital et croît avec le temps couru. Il peut être calculé par application d'un pourcentage annuel, appelé le taux d'intérêt annuel. Ce taux peut être fixe ou ajusté d'une période à l'autre selon une formule d'indexation. Dans ce cas, il peut être révisable (fixé en début de chaque période) ou variable (déterminé à la fin de chaque période). Il varie en fonction de l'inflation et du risque sous-jacent au capital financé, c'est la prime de risque.
Calcul de l'intérêt simple Dans le cas de l'intérêt simple, les intérêts produits ne sont pas ajoutés au capital initial . Les intérêts augmentent de manière linéaire. Pour un taux d'intérêt , après périodes, les intérêts valent
Calcul de l'intérêt composé Dans le cas de l'intérêt composé, les intérêts produits sont régulièrement ajoutés au capital initial . Les intérêts augmentent de manière exponentielle. Après périodes, les intérêts valent
Modalités de versement L'intérêt est habituellement versé périodiquement au prêteur, par exemple à échéances (mensuelles, trimestrielles ou annuelles) ou, en cas de capitalisation, payé seulement en même temps que le remboursement final de l'emprunt. Il est alors capitalisé, autrement dit ajouté au capital à la fin de chaque période (par exemple chaque année), pour produire à son tour des intérêts pendant les périodes suivantes.
Avantages et inconvénients L'endettement d'une entreprise se révèle opportun si la profitabilité d'un projet mobilisant des capitaux permanents est supérieure au taux d'intérêt payés sur la dette qui contribue à le financer. C'est l'effet de levier..
Une autre critique est que le recours à l'endettement est considéré par les entreprises comme moins onéreux que l'apport en capitaux propres. L'intérêt versé au prêteur est moindre que le dividende attendu par un investisseur en capital, et de plus il procure une déduction fiscale.
Diverses critiques au fil du temps ont porté tant sur les intérêts eux-mêmes que sur le crédit et la monnaie, accusés de concert d'appauvrir certains au profit d'autres. En fait les économies prospères s'appuient largement sur un secteur de l'épargne et du crédit aussi développé que performant. L'un des facteurs de développement économique est la mise en place d'un tel système.
Une surveillance des pratiques en ces domaines est toutefois nécessaire, d'où des dispositions dans divers pays visant tant à protéger l'épargnant qu'à éviter des taux usuraires pour l'emprunteur.
Fiscalité En France, l'impôt sur les sociétés est calculé sur le Résultat courant, alors que c'est l'Excédent brut d'exploitation dans d'autres pays. Le projet de loi de finances 2014 crée un nouvel impôt sur l'Excédent brut d'exploitation (EBE), dont la dernière version serait un « excédent net », calculé en déduisant l'amortissement comptable, pour ne pas taxer l'investissement des entreprises« Taxe sur l'EBE : Bercy modifie ses plans », par Cyrille Pluyette dans Le Figaro du . et en exonérant les PME. Le nouvel impôt taxerait donc le bénéfice avant impôt mais aussi les provisions comptables et les intérêts versés aux créanciers, à une époque où les grandes entreprises cotées en Bourse ont tendance à s'endetter pour réduire leurs capitaux propres.
Histoire et points de vue religieux Selon les religions le rapport à l'argent et à son usage prend des formes différentes :
Religion juive Dans l'Antiquité, des taux d'intérêt très importants étaient pratiqués , : , Marc van de Mieroop.. Il pouvait arriver que, à la mort d'un débiteur, le créancier réduise en esclavage ses enfants.
C'est pour réagir à cette situation que la législation juive a introduit des interdictions au prêt à intérêt dans le Pentateuque. La Bible condamne fermement la pratique du prêt à intérêt et de l'usure. Cet interdit est exprimé dans l'Ancien Testament, au vingt-troisième chapitre du Deutéronome (23-19)Deutéronome, 23:19, 20. : . Le verset suivant (23-20) ajoute cependant une restriction importante : L'interdiction du prêt à intérêt figure également dans l'Exode (22-25), le Lévitique (25,35-37) et Ezéchiel (18,8 ; 13,7 ; 22,12).
Les rabbins juifs ont réagi à l'interdiction biblique en codifiant les choses dans le Talmud de Jérusalem au , et dans le Talmud de Babylone au , qui apportent de grandes innovations sur l'organisation sociale, en particulier les taux d'intérêt, l'usage des lettres de change, et les limites du profit en introduisant la notion de prix juste. La (jurisprudence rabbinique) autorise de charger l'intérêt aux non-juifs mais interdit de se prêter avec intérêt entre coreligionnaires allant jusqu'à recommander fortement la remise de dette chaque .
Les Juifs pratiquent le prêt à intérêt en vertu du du Deutéronome : « Tu peux charger intérêt à un étranger, mais pas un frère israélite » (23-20). En France Philippe Auguste expulse les Juifs, puis les réintègre en 1198 et autorise le prêt à intérêt. L'interdiction est rétablie sous en 1223.
Religion catholique Dans le Nouveau Testament, la formulation de cet interdit est moins explicite. Dans l'Évangile selon Luc, les versets suivants mentionnent le prêt sans parler explicitement d'intérêt : Puis, Dans les Évangiles, les passages mentionnant l'argent sont très nombreux. Ils encouragent le don aux pauvres selon le principe de charité, ou condamnent sévèrement ceux qui ne font pas fructifier leurs talents, dans la parabole des talents. L'utilisation de l'argent n'est pas condamnée, à condition que cela ne soit pas une fin, mais seulement un moyen, ce qui rejoint la conception judaïque.
Si le droit romain autorisait le prêt à intérêt, l’Église catholique romaine l'interdit à ses fidèles, le droit canon prenant appui sur la Bible. En Occident, l'interdiction du prêt à intérêt est intégrée au droit laïc sous Charlemagne et perdure pendant tout le Moyen Âge. Elle est critiquée par quelques théologiens et juristes au . Le droit canon s'appuie sur la critique de la chrématistique par Aristote : pour le philosophe grec, l'argent ne doit pas pouvoir « faire des petits ». L’interdit est partiellement contourné au cours de la période médiévale.
En 1745, le pape rappelle, dans l’encyclique que tout prêt à intérêt est interdit quel que soit son taux.. En 1830 toutefois, après une question de l’évêque de Rennes, le Saint Office déclare par son décret Non esse inquietandos qu'on ne doit pas pénaliser en confession les prêteurs à intérêt, à condition qu'ils promettent de se soumettre aux futures décisions du Saint Siège. C'est donc l'annonce d'une tolérance de fait du prêt à intérêt. En 1832 commencent les prêts des Rothschild au Saint-Siège, porteurs d'intérêts. En 1889, cette tolérance est généralisée à tous les prêteurs d'argent (sans condition).
La législation canonique condamnera le prêt à intérêt jusqu’en 1830. Le Vatican n’a rendu licite le prêt à intérêt qu’en 1917Codex iuris canonici, c.1735.. « Si une chose fongible est donnée à quelqu’un en propriété et ne doit être restituée ensuite qu’en même genre, aucun gain à raison du même contrat ne peut être perçu ; mais dans la prestation d’une chose fongible, il n’est pas illicite en soi de convenir d’un profit légal, à moins qu’il n’apparaisse comme immodéré, ou même d’un profit plus élevé, si un titre juste et proportionné peut être invoquéCodex iuris canonici, canon 1543.. »
Si l'Église catholique romaine continue de faire valoir cet interdit auprès de ses fidèles, force est de constater qu'il est contourné avec innovation par les commerçants et banquiers chrétiensLe bénéfice de la banque chrétienne en hausse de 40 % : Bacob garde de grands appétits., lesoir.be du , consulté le . Le Pays de Grasse (1963), Hervé de Fontmichel, éd. Grasset, 1966, de leurs propres aveuxPourquoi je quitte Goldman Sachs, courrierinternational.com du .Quand un directeur de banque dirige un groupe biblique, sur swissinfo.ch du , consulté le ..
Dans les pays d'Europe sous influence de l’Église catholique, les lois contre le prêt à intérêt ont néanmoins été graduellement abrogées au à l'exception notable de la France dont les rois veulent se conformer officiellement à la doctrine de l’Église, sans toutefois réellement réprimer la pratique du prêt à intérêt. C'est la Révolution française qui va finalement pleinement légaliser le prêt à intérêt par un vote de l'Assemblée constituante du Décret du sur le prêt à intérêt. In: Archives Parlementaires de 1787 à 1860 - Première série (1787-1799) sous la direction de Emile Laurent et Jérôme Mavidal. - Du au . Paris : Librairie Administrative P. Dupont, 1877. . [www.persee.fr/doc/arcpa_0000-0000_1877_num_9_1_5104_t1_0338_0000_8 lire en ligne], consulté le ...
Religion protestante La Réforme protestante, par la voix de Jean Calvin en particulier, contribue à la levée progressive de l'interdit du prêt à intérêt dans les pays européens. Sous la plume de Calvin, dans sa lettre sur l’usure., en 1545, le protestantisme justifie la légitimité de l’intérêt : le capital a un « caractère de bien immédiatement productif » et l’intérêt acquiert ainsi un caractère licite. Calvin se distingue en cela des autres réformateurs, notamment Luther et Zwingli, qui restent sur ce point dans la ligne de la tradition héritée d'Aristote et des scolastiques.. Il distingue cependant entre celui qui emprunte pour investir, ce qui lui paraît légitime, et celui qui emprunte pour se nourrir, ce qui lui paraît anormal et devant plutôt être l'objet de la charité que du prêt à intérêt.