Les bombardements des 26 et constituent une opération militaire de l'United States Army Air Forces (USAAF) qui a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le Sud-Est et le Centre-Est de la France.
Opération
Cette opération entrait dans le cadre du , plan d'attaque des voies de communication, destiné à préparer le débarquement en Normandie, arrêté le . Il s'agissait de détruire des infrastructures de chemin de fer, notamment des gares de triage, afin d'empêcher l'armée allemande d'acheminer des troupes et du matériel vers l'ouest de la France. La méthode était celle des Américains : bombarder de jour, en volant à haute altitude, pour éviter la DCA, cette méthode étant jugée que celle de la Royal Air Force du Royaume-Uni, qui consistait à bombarder de nuit.
Entre 6 et 7 heures du matin, environ 900 avions américains de la 15th USAAF partirent de trois aérodromes de la région de Foggia, dans le Sud de l'Italie : San Giovanni, Giulia et Stornara (). Les bombardements eurent lieu entre 10 et 11 heures du matin, par un ciel clair. Les objectifs militaires furent fortement touchés, mais l'imprécision du bombardement à haute altitude fit de nombreuses victimes civiles. Les avions rentrèrent à leur base, avec très peu de pertes, entre 14 et 15 heures.
Les bombardiers utilisés étaient des Consolidated B-24 Liberator et des Boeing B-17 Flying Fortress. Ils étaient escortés de cinq groupes de chasseurs North American P-51 Mustang et Lockheed P-38 Lightning du .
Villes bombardées le 26 mai 1944 vignette|Photographie aérienne du bombardement de Chambéry au passage du 454th BW.
Chambéry À , deux groupes de bombardement décollent des bases aériennes de Giulia et San Giovanni près de Foggia : les escadrilles 459 () puis 454 () du 304th Bomb Wing, soit 72 B-24 Liberator de l'USAAF ; à , les sirènes chambériennes retentissent. ; à , les premières vagues d'avions sont aperçues par les guetteurs de la tour du château des ducs de Savoie ; à , un premier groupe de 31 bombardiers suivi d'une seconde formation d'une quarantaine d'avions larguent plusieurs centaines de windows (bandes d'aluminium destinées à brouiller les radars), à , environ de bombes lâchées, soit 720 bombes de chacune (l'une d'entre elles ayant encore été découverte à Lémenc en , soit 73 ans après le bombardement.) ; à , la gare de Chambéry, son triage et 45 locomotives sont détruites, mais la rotonde ferroviaire, bien que fortement soufflée, reste intacte ; nombreux immeubles civils du centre-ville détruits faisant 200 morts, 300 blessés et sans-abris (parmi les victimes, le docteur Jean Desfrançois), un tiers des immeubles du centre-ville est détruit (environ 10 à 12 hectares rasés)Plaquette d'information parcours de la mémoire : Bombardement de Chambéry, anniversaire..
Grenoble Deux groupes de bombardement (455th et 456th) du 304th Bomb Wing, équipés de B-24. Le bombardement touche les villes voisines de Saint-Égrève. et surtout de Saint-Martin-le-Vinoux où se trouve la gare de triage. L'objectif visé, le pont ferroviaire reliant Saint-Martin-le-Vinoux à Grenoble n'est pas touché, et l'on dénombre 37 victimes parmi les riverainsDauphiné libéré du 22 mai 2013..
Lyon Trois groupes du visant la gare de Lyon-Vaise et 3 groupes du 49th Bomb Wing visant la gare de Lyon-Mouche ; Au nord de Lyon, le quartier de Vaise est durement touché. La gare de triage de Lyon-Vaise est détruite, mais aussi de nombreux immeubles, ateliers et usines ainsi que l'église Notre-Dame-de-l'Annonciation, alors que l'église Saint-Pierre-aux-Liens est elle très endommagée. Au sud, la gare de triage de Lyon-Mouche est détruite, ainsi que le siège de la Gestapo qui occupait l'école de santé militaire, située 14 avenue Berthelot, près de la voie ferrée. A proximité, 80 morts sont à déplorer à l'usine Olida au 99 rue de Gerland, où employés et clients se sont réfugiés dans un abri qui n'a pas résisté aux bombardements ;
L'arsenal de Lyon situé à Vénissieux où étaient affectés des jeunes en provenance des chantiers de jeunesse de l'Ain est fortement endommagé par plusieurs bombes ;
Environ au total dans la population civile.
Nice et Saint-Laurent-du-Var
L'opération militaire aérienne du menée sur Nice et Saint-Laurent-du-Var a durablement marqué les esprits dans l'agglomération niçoise par l'ampleur des destructions et des pertes humaines occasionnées aux Azuréens. L'opération est menée par le 47th Bomb Wing de la Air ForcePhilippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l'Est Varois, CA, octobre 1994, pages 61-62-63-66 et 74.. Cette unité compte 143 B-24 Liberator : 35 B-24 pour le Bomber Group, 29 B-24 pour le Bomber Group, 40 B-24 pour le Bomber Group et 39 B-24 pour le Bomber Group. Les avions décollent de plusieurs bases du Sud de l'Italie.
Les trois premières vagues ont pour objectif la destruction de la gare de triage et de marchandises de Saint-Roch au nord-est de Nice et les établissements Michel travaillant pour l’effort de guerre allemand. Elles se composent des Bomber Group, Bomber Group et Bomber Group.
Les 35 B-24 du Bomber Group décollent à 6h33 de Lecce. Trois appareils doivent faire demi-tour pour panne mécanique. Les 32 B-24 restant emportent de bombes de 500 pounds. Les 29 Liberator du Bomber Group décollent de San Pancrazio à 5h45 avec de bombes de 500 pounds. Les 39 Liberator du Bomber Group décollent de Manduria à 6 heures. Un B-24 doit abandonner la formation pour des problèmes techniques. Les 38 B-24 restants emportent de bombes. Ce sont donc 99 B-24 Liberator qui se dirigent vers Nice en trois vagues rejoints par 38 B-24 du Bomber Group en direction de Saint-Laurent-du-Var. Les quatre groupes de bombardiers B-24 se dirigent pour la formation du Box vers San Vito dei Normanni, ville située à l'ouest de Brindisi dans les Pouilles à d'altitude. Rassemblés, les 137 B-24 se dirigent plein ouest en direction de l'île de Capri. Ils bifurquent ensuite de quelques degrés vers la droite en direction de la Corse traversée en diagonale. Les avions volent à mètres d'altitude et sont rejoints par une unité de chasseurs P-38 Lightning au-dessus de la presqu'île de Revellata qui ferme la baie de Calvi à l'ouest. La formation américaine se dirige alors plein nord, traversant la Méditerranée jusqu'au key point du cap Mele à l'est d'Imperia en Italie. De là, les avions réalisent une grande courbe sur la gauche en direction de Tende alors située en Italie. Une fois Tende dépassé, les avions se dirigent sur Lantosque situé au nord/nord-est de Nice. Les quadrimoteurs se trouvent alors à / mètres d'altitude. Ils commencent à s'approcher de leurs cibles soutes ouvertesPhilippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l'Est Varois, CA, octobre 1994, pages 62-63.. Trois groupes se dirigent en 3 vagues successives vers Nice et le quatrième, le dernier, se dirige sur Saint-Laurent-du-Var.
Les sirènes d'alerte sont déclenchées à Nice. La première vague est composée des 29 liberator du Bomber Group. Aucun chasseur ennemi n'est présent pour gêner l'opération. Des tirs de défense antiaérienne allemande (la Flak) sont tirés depuis une zone boisée au nord de Nice, probablement depuis la colline Gairaut. Ils touchent légèrement quelques appareils. Il est 10 h 26. Les 29 Liberator lâchent leurs bombes sur la gare Saint-Roch. La rotonde est touchée ainsi qu'une usine électrique proche et plusieurs dizaines de wagons de la SNCF. Les B-24 dégagent par la gauche en survolant le cap Ferrat.
La première formation quitte l'objectif. Les Allemands sonnent alors la fin de l'alerte alors qu'arrive la deuxième vague. Des centaines de Niçois ont déjà quitté les abris et se trouvent dans la rue lorsque de nouvelles bombes éclatent. Les 32 Liberator du Bomber Group prennent le relais à 10h28. La gare Saint-Roch est de nouveau touchée mais aussi les quartiers de l'abattoir, la route de Turin et de la République. La Flak se fait plus précise et endommage gravement un B-24 qui devra atterrir sur une base corse. Un des avions n'a pas réussi à larguer ses bombes et réussit finalement à les lâcher en mer.
La troisième vague composée des 38 B-24 du Bomber Group arrive alors à 10 h 31 avec l'escorte de chasse. Les bombardiers lâchent leurs bombes sur un objectif maintenant saturé par les explosions et la fumée. Des tirs de Flak éclatent des rives du fleuve Var sans faire de dégâts. Gênée par les fumées, la troisième vague a confondu le vélodrome de Pasteur avec la rotonde. Elle lâche ses bombes entre le Paillon et les collines de Cimiez.
Les objectifs militaires sont atteints mais les civils des quartiers Saint-Roch, Riquier, Pasteur et République à Nice sont durement touchés : sinistrés, 438 immeubles détruits ou endommagés (dont les Abattoirs et le dépôt T.N.L.), 5 locomotives et 160 wagons détruits et 50 % des voies de la gare de marchandises de Saint-Roch hors d’usage Voir le billet du 29 mai 2007 écrit par Patrick Allemand, vice-président du Conseil général des Alpes-Maritimes, pour les commémorations du du bombardement du 26 mai 1944.. Les chiffres du bilan humain varient selon les sources : 313 tués, 153 disparus et 473 blessés pour L'éclair des 28, 29 et Cité par Philippe Castellano, Liberator, Épopées tragiques dans les Alpes-Maritimes et l'Est Varois, CA, octobre 1994, page 61., 384 tués et disparus et 480 blessésJean-Louis Panicacci, En territoire occupé - Italiens et Allemands à Nice 1942-1944, Éditions Vendémiaire, Paris, 2012, page 131., 313 ou 384 tués et 153 disparus, 384 morts, 480 blessés, 100 disparus, sinistrés, 139 établissements commerciaux endommagés ou détruitsEddy Florentin, Quand les alliés bombardaient la France 1940-1945, Perrin, 2008, page 540.. Tous ces chiffres assez différents regroupent certainement les 46 victimes de Saint-Laurent-du-Var (dont de nombreux Niçois passagers du train) avec celles de Nice. Une fourchette large à partir de ces chiffres permet d'estimer un bilan supérieur à 300 tués dont une centaine de disparus rien que pour NiceOn observe que tous les actes de décès des victimes dressés à Nice consignent 10 h 30 comme heure de décès, hors personnes décédées de leurs blessures.. Une recherche plus approfondie à l'état-civil de Nice couplée avec un inventaire des sépultures demeure donc nécessaire pour y voir plus clair. Cependant, le bilan restera toujours indicatif du fait des nombreux débris humains non identifiés récupérés dans les décombres. Les obsèques solennelles de 208 victimes ont en tout cas lieu le dimanche devant l'église Notre-Dame-des-Grâces de Nice en présence des autorités allemandes.
La quatrième vague se compose de 40 appareils B-24 Liberator du Bomber Group emportant de bombes. Ils décollent à 5 h 45 de San Pancrazio. Deux appareils doivent abandonner la formation pour des problèmes techniques. Les trente-huit autres poursuivent la même route que les trois autres groupes.