La direction de la Surveillance du territoire (DST) est un ancien service de renseignement de la France, ayant existé entre et sous la tutelle du ministère de l'Intérieur, au sein de la direction générale de la Police nationale.

La DST est créée à la Libération par le général de Gaulle. En , elle fusionne avec la direction centrale des Renseignements généraux (DCRG) au sein d'une nouvelle direction, la direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI)Décret du relatif aux missions et à l'organisation de la direction centrale du renseignement intérieur, JORF, , , texte , NOR IOCX0811987D, qui entérine la fusion et fixe la mission de la nouvelle direction., devenue direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) en .

Chargée historiquement du contre-espionnage, la DST a également pris en charge la lutte antiterroriste, la lutte contre la prolifération (matériel sensible ou militaire) et la protection du patrimoine économique et scientifique français (intelligence économique).

L'identité des personnels ainsi que la nature des opérations auxquelles ils participaient relèvent du secret de la défense nationale.

Histoire

La direction de la Surveillance du territoire (DST) est l'héritière du Contrôle général de la Surveillance du territoire (CGST), un service de police créé en au moment de la création de la direction générale de la Sûreté nationale.. Renforcée en par le Front populaire, elle permet l'arrestation de nombreux espions allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs de ses membres rejoindront d'ailleurs la Résistance.

vignette|gauche|redresse|Arrêté dactylographié du ministre de l'Intérieur du précisant l'organisation de la DST (Archives nationales de France).

La DST succède au CGST par une ordonnance du Ordonnance du relative à l'organisation du ministère de l'Intérieur, JORF, , , .., signée du général de Gaulle et relative à l'organisation du ministère de l'Intérieur. Cette ordonnance est complétée par un arrêté du ministre de l'Intérieur du , non publié au Journal officiel. car classifié., qui précise les attributions et les structures internes de la DST.

La DST est confiée à Roger Wybot, qui avait dirigé à Londres, à partir de , la section de contre-espionnage du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA). Wybot prend soin de lui assurer une indépendance totale et met l'accent sur l'exploitation du renseignement qu'il confie à un service de documentation créé à son initiative. La tâche dévolue aux « documentalistes » de ce service nouveau et interne à la DST consiste principalement à identifier par recoupement les résidents étrangers suspectés de se livrer à des activités d'espionnage et de terrorisme ainsi que, en cas d'arrestation d'un suspect, de préparer les schémas d'interrogatoires. Pour cela, la DST doit exploiter les informations transmises par les agents de terrain et à mettre à jour un fichier nominatif. Lors de sa création, la DST a également pour mission de traquer les anciens criminels de guerre et collaborationnistes..

Les succès majeurs de la DST furent : l'identification d'une source des agents soviétiques, Georges Pâques, haut fonctionnaire français en poste à l'OTAN (affaire Georges Pâques), l'arrestation de Kranick et Bammler, agents de la Stasi, l'exploitation de Vladimir Vetrov (affaire Farewell), l'arrestation du terroriste international Ilich Ramírez Sánchez dit « Carlos ».

Missions

Dernièrement, les grandes missions de la DST étaient le contre-espionnage intérieur, la protection du patrimoine industriel, scientifique et technologique ainsi que la lutte contre le terrorisme intérieur. La DST s'articulait autour de quatre grandes divisions : division de la surveillance du monde musulman et contre-terrorisme ; division sécurité, protection du patrimoine et prolifération ; division contre-espionnage intérieur ; division des services techniques et de l'informatique.

Les liens traditionnels que la France entretient avec l'Afrique, le Proche-Orient et le Moyen-Orient avaient contribué à faire de la DST l'un des services de renseignements occidentaux les plus performants en matière de contre-terrorisme islamiste radical.

La DST assurait des missions se rapportant à la défense, dirigées sur la recherche, la prévention et la lutte contre toutes les activités inspirées ou soutenues par des puissances étrangères et de nature à menacer la sécurité et la souveraineté du pays et de son patrimoine à tous les niveaux. Elle est organisée en services centraux (de compétence nationale) et en services territoriaux. Elle entretenait également des antennes dans certains pays étrangers.

La DST était responsable de la police des communications radio (PCR), c'est-à-dire la recherche d'émetteurs clandestins grâce à des stations d'écoute. Un plan national des fréquences est programmé sur un ordinateur, et toute émission non répertoriée provoque ainsi un état d'alerte. Il est alors procédé à l'enregistrement du contenu de l'émission et à sa localisation.

La DST de par ses attributions était chargée de protéger les entreprises françaises contre l'espionnage économique, scientifique et industriel. Ces cas d'espionnage se sont considérablement développés au cours des dernières années, ils constituent désormais 60 % des cas détectés, contre 40 % pour l'espionnage politique, diplomatique et de défense : un nombre important d'entreprises françaises font l'objet d'espionnage de la part de puissances étrangères.

Localisation et effectifs

Le siège de la DST se trouvait : au ministère de l'Intérieur, place Beauvau dans le de Paris, jusqu'en ; au 7 rue Nélaton dans le de Paris, de à () ; au 84 rue de Villiers à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), jusqu'au ().

L'organisation exacte et l'identité des agents qui y travaillaient sont couverts par le secret de la défense nationale (avis du Conseil d'État du et du ). Ses effectifs étaient de au . Depuis les attentats du , les effectifs et les moyens mis en œuvre dans la lutte antiterroriste ont augmenté de façon significative : avant sa fusion en avec la DCRG au sein de la nouvelle DCRI, les effectifs de la DST étaient voisins de et personnels administratifs inclus.

Organisation

Hiérarchie La DST était subordonnée à la direction générale de la Police nationale (DGPN), elle-même placée sous l'autorité du ministre de l'Intérieur lui-même sous l'autorité du Premier ministre.

Services Parmi les autres services centraux, on trouvait un service de documentation et d'exploitation qui assurait la centralisation de tous les renseignements recueillis par les fonctionnaires du service et qui bénéficiait de sections spécialisées en province. Le but de ce service était d'assurer un contrôle total des documents liés aux informateurs et aux agents (simples ou doubles), depuis leur recrutement jusqu'à la cessation de leurs rapports avec le service.

En ce qui concerne les activités dans le domaine de l'informatique, la DST a aussi créé un département des systèmes informatiques en .

Le , la division Moyen-Orient de la DST s'est vu attribuer des moyens humains et matériels supplémentaires afin de lui permettre de s'impliquer plus sérieusement dans les affaires de terrorisme. Elle disposait ainsi de moyens plus importants que les autres divisions de la DST : voitures rapides, matériel de photographie très sophistiqué pour l'époque, et des moyens permettant de réaliser des écoutes téléphoniques, des récepteurs et émetteurs pour marquer et suivre des véhicules ou des personnes. Ces techniques étaient à l'avant-garde de nombre de services de contre-espionnage en Europe et dans le monde à cette époque.

Organisation territoriale

Il existait une antenne de la DST par région militaire et par zone de défense répartie sur l'ensemble du territoire :

Groupe de soutien opérationnel et d'interpellations

La DST bénéficiait d'un groupe d'opérateurs du RAID. Les fonctionnaires de ce corps d'élite de la Police nationale assistaient les enquêteurs de la DST pour les interpellations et leurs protections depuis . Ainsi, dans Paris et en Île-de-France, le RAID entretenait une astreinte pour la DST de 8 à du groupement d'intervention, pour sécuriser les lieux et procéder à l'effraction et à l'interpellation des individus incriminés.

Pour les directions régionales en province, la DST était aidée et soutenue par les groupes d'intervention de la police nationale (GIPN) et par les BREC (devenues BRI) de la direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) décentralisées au niveau des services régionaux de Police judiciaire (SRPJ) pour les mêmes tâches de sécurité et de protection que le groupement d'intervention RAID.

Liste des directeurs

Les directeurs de la Surveillance du territoire ont été successivement. :

Directeur de la surveillance du territoire Décret de nomination Roger Wybot Décret du , JORF, , , . Décret du , JORF, , , . Décret du , JORF, , , . Décret du , JORF , , . Décret du , JORF, , , . Décret du , JORF, , , . Jacques Chartron Décret du , JORF ,, , . Marcel Chalet Yves Bonnet Décret du , JORF, , , . Rémy Pautrat Décret du , JORF, , , . Bernard Gérard Décret du , JORF, , , . Décret du , JORF, , , , NOR INTA9010025D. Philippe Parant Décret du , JORF, , , , NOR INTA9310092D. Jean-Jacques Pascal Décret du , JORF, , , , NOR INTA9710120D. Pierre de Bousquet de Florian Décret du , JORF, , , , texte , NOR INTA0210052D. Bernard Squarcini Décret du , JORF, , , texte , NOR IOCX0710556D.

Bernard Squarcini est nommé directeur central du Renseignement intérieur à partir du .

La plupart des directeurs de la Surveillance du territoire sont préfets ; ainsi Yves Bonnet note dans ses mémoires en qu'à l'exception de son prédécesseur Marcel Chalet et du fondateur Roger Wybot, tous ceux qui ont occupé ce poste ont été des préfets, jusqu'à la date de rédaction de l'ouvrage.

Critiques et scandales

Opérations sous fausse bannière

La DST a plusieurs fois été accusée de commettre sous fausse bannière des attentats en Bretagne au cours des années pour ainsi tenter de discréditer les actions du Front de libération de la Bretagne. L'affaire la plus importante reste celle de l'attentat de Roc'h Trédudon en 1974, où la DST est successivement accusée par Le Matin de Paris le et par Le Canard enchaîné le d'être responsable de l'attentat., ce dernier ayant pourtant été revendiqué par les clandestins bretons. La DST a toujours nié son implication dans cette affaire, mais reconnaît en revanche sa responsabilité dans l'attentat contre le domicile de Francis Bouygues à Saint-Malo en ..

De manière générale, depuis la fin des années et la montée en puissance des organisations indépendantistes en Bretagne, la DST a toujours été très active en Bretagne et a participé à l'arrestation de plusieurs centaines de militants bretons.

Affaire du Canard enchaîné

Le , des agents de la DST, déguisés en plombiers, ont été surpris en train d'installer un micro espion dans les bureaux du journal Le Canard enchaîné.

Chaos Computer Club France En 1989 est créé un faux groupe de hackers à Lyon à la demande de la DST : le Chaos Computer Club France.

Au cinéma : Le Serpent : Le Choc : Netchaïev est de retour : Taken : L'Affaire Farewell : Espion(s)

Voir aussi

Bibliographie . .

. . . , et dans . . . . . . . . . . ; , , 335 . .

Articles connexes Service central du renseignement territorial Au Maroc, la Direction générale de la Surveillance du territoire (DGST) depuis , anciennement Direction de la Surveillance du territoire (DST)

Liens externes

Notes et références

Dans le Journal officiel de la République française (JORF), sur Légifrance ou Gallica : Textes généraux :

Décrets de nomination :