Le Bristol Blenheim (prononciation anglaise /ˈblɛnɪm/) est un bombardier léger rapide triplace britannique de la Seconde Guerre mondiale. Issu d’un projet civil, ce bimoteur a été le premier monoplan métallique à aile cantilever à entrer en service dans la RAF. Plus rapide que la majorité des chasseurs en service en 1936, il se révéla décevant à l’épreuve des premiers combats en 1939, mais occupa une place importante dans le dispositif militaire britannique au début de la Seconde Guerre mondiale.
Origine Bristol 135 En 1934, Bristol Aeroplane Company présenta au Salon international de l’aéronautique de Paris la maquette grandeur nature du fuselage d’un bimoteur de transport rapide sur lequel Frank Barnwell, responsable du bureau d’études Bristol, travaillait depuis . Monoplan à aile basse cantilever de construction entièrement métallique avec revêtement travaillant, cet appareil devait transporter six à huit passagers en cabine fermée à . Comme il n’existait pas de moteurs compatibles avec cette cellule, Bristol annonçait également le développement d’un moteur neuf cylindres en étoile de baptisé Aquila.
Bristol 142 Les frères Harmsworth étaient propriétaires de grands titres de la presse anglaise, comme The Daily Mail, The Daily Mirror ou The Times. Le plus jeune, Lord Rothermere, avait toujours suivi de près les développements de l’aviation, allant jusqu’à occuper le poste de secrétaire d’État à la Royal Air Force du gouvernement Lloyd George. Quand Lord Beaverbrook, autre magnat de la presse britannique, acheta le DC-1, Lord Rothermere se sentit piqué au vif et informa Bristol Aeroplane Company qu’il pourrait acheter un appareil du type Bristol 135 s’il pouvait relier sans escale les principales villes européennes. Or le Bristol 135 ne disposait pas d’une autonomie suffisante. Frank Barnwell modifia donc son projet initial.
Le nouveau projet, daté du , portait sur un monoplan équipé de moteurs Bristol Mercury VI de et pouvant atteindre . La voilure du Bristol 135 était conservée, mais le fuselage était plus fin grâce à une structure monocoque permettant de loger six passagers derrière les deux pilotes, qui disposaient d’un excellent champ de vision en raison de la forme particulière du fuselage avant. Le train principal se relevait vers l’arrière dans les fuseaux-moteurs.
Le prototype Bristol 142 effectua son premier vol le à Filton, piloté par le capitaine Cyril Uwins, chef-pilote du constructeur, avec l’immatriculation d’essais [R-12] et des hélices quadripales en bois. Après avoir reçu des hélices tripales Hamilton Standard à pas variable, le prototype, baptisé Britain First par son propriétaire, effectua ses essais de certification à Martlesham Heath en . il fut chronométré à à pleine charge, soit de mieux que le dernier chasseur commandé en série par la RAF, le Gloster Gladiator. Surpris par le résultat, le ministère de l'Air demanda à Lord Rothermere de pouvoir étudier l’appareil. Celui-ci offrit son bimoteur à l’Air Council. L'unique Bristol 142 ne porta donc jamais l’immatriculation civile [G-ADCZ] qui lui avait été attribuée.
Officiellement pris en charge par la RAF en , le Bristol 142 reçut les cocardes anglaises avec le numéro de série [K7557] et servit aux missions de transport du RAE de Farnborough jusqu’en 1942.
Bristol 143 Parallèlement au type 142, le bureau d’études Bristol développa une version plus sommaire et moins coûteuse destinée à remplacer le type 135. Il s’agissait en fait d’un Bristol 142 avec les moteurs Bristol Aquila III développés pour le Type 135. L’unique prototype Bristol 143 effectua son premier vol le avec l’immatriculation temporaire [R-14] et, comme le Bristol 142, fut remis à la RAF sans avoir jamais porté l’immatriculation civile [G-ADEK] qui lui avait été réservée. Cet avion ne fut jamais utilisé par la RAF, mais employé comme banc d’essais par Bristol Aeroplane Company à Filton.
Le Bristol 143 fut le premier à faire l’objet de développements militaires. Dès , ce bimoteur fut proposé au Coastal Command comme appareil de reconnaissance et de surveillance côtière. En fut proposé à la Finlande le Bristol 143F, un chasseur bombardier équipé de moteurs Mercury IX, d’un canon Madsen de avant et d’une tourelle dorsale. Le gouvernement finlandais négociait l’achat de neuf appareils quand émergea le projet Bristol 142M.
Bristol 142M Blenheim Contrairement à ce qui a été souvent écrit, la transformation du Bristol 142, bimoteur de transport rapide, en bombardier moyen, fut un important travail d’ingénierie : proposé le au ministère de l'Air, le projet portait sur un bombardier biplace équipé de moteurs Aquila ou Mercury, devant transporter de bombes sur . Par rapport au Bristol 142 la voilure était relevée de pour permettre d’installer sous les longerons une soute ventrale pouvant loger quatre bombes de ou deux bombes de . Le stabilisateur étant agrandi et relevé, l’introduction de trim-tab sur chaque gouverne de profondeur remplaçant le dispositif d’ajustement de l’incidence, et la dérive allongée de . La roulette arrière devenait escamotable, asservie par câble au train principal pour éviter tout équipement hydraulique à l’arrière du fuselage. Enfin le fuselage avant était modifié (mais pas allongé) pour y installer un poste de bombardier et une mitrailleuse Browning de et une tourelle dorsale semi rétractable était envisagée. Renforts de structure et équipements militaires compris, la masse à vide était augmentée de 10 % et la masse totale en charge de 24 %.
Les essais effectués avec le Britain First ayant donné une idée précise de ce que serait le futur appareil, il ne parut pas nécessaire au ministère de l'Air de passer par une phase prototype et courant août fut établie la spécification B.28/35 pour couvrir la définition de l’appareil, une commande de notifiée sur plans et le nouveau bombardier baptisé Blenheim. La RAF, qui attendait beaucoup du bimoteur entendait aller très vite, et les deux premiers appareils de série devaient servir aux essais de mise au point.
Le premier appareil de série [K7033] effectua son premier vol le et dès décembre une commande supplémentaire de était notifiée à la Bristol Aeroplane Company avec instruction d’accélérer la production. Un an plus tard sortaient chaque jour de l’usine de Filton tandis que deux autres chaînes de montage étaient ouvertes, chez Rootes Securities Ltd à Speke ( commandés) et A.V.Roe & Co Ltd à Chadderton ( commandés). En 1937, une dernière commande pour fut passée à Bristol.
Les versions Blenheim Mk I Le premier appareil de série [K7033] débuta ses essais avec des moteurs Bristol Mercury VI-S.2 de et atteignit durant ses essais à Martlesham Heath la vitesse de à bien que pesant en charge de plus que le Bristol 142. Cet appareil subit rapidement quelques modifications qui furent immédiatement introduites sur les appareils de série : remplacement des moteurs par des Mercury VIII de , suppression du phare d’atterrissage à l’aile droite, modification du vitrage latéral du cockpit. Un peu plus tard on supprima les casseroles d’hélice et la roulette arrière devint fixe. Aménagé pour trois hommes (un pilote, un navigateur-bombardier et un radio-mitrailleur), le Blenheim I était armé d’une mitrailleuse Browning de dans l’aile gauche et d’une Vickers K de même calibre dans une tourelle dorsale Bristol à commande hydraulique. Le premier appareil à entrer en service opérationnel [K7035] fut livré au No 114 Sqdn stationné à Wyton début 1937, qui fut déclaré opérationnel le , à peine quatre ans après que Barnwell ait tracé sur le papier les premiers dessins du Type 135. La participation du Blenheim au meeting annuel de Hendon, toujours en 1937, fit sensation, et la livraison d’appareils aux escadrilles basées en Irak ou aux Indes fit l’objet de quelques vols spectaculaires, comme un vol groupé entre Dhibban et Aboukir, soit couverts en . Quand éclata la crise de Munich on comptait de la RAF opérationnels au Royaume-Uni sur Blenheim Mk I, appareils remplacés en première ligne par des Blenheim Mk IV en . Quelque furent convertis en chasseurs de nuit, les autres allant renforcer l’équipement de la RAF au Proche-Orient ou étant exportés.
Également, un Blenheim I [L1348] fut modifié en appareil de reconnaissance photographique sans recevoir de désignation particulière. La voilure était réduite de , la tourelle supprimée, les panneaux vitrés à la base du fuselage avant occultés, et divers équipements photographiques installés dans le fuselage. Avec des moteurs ‘gonflés’, cet appareil atteignait à .
Blenheim IF Quelque Blenheim Mk I furent modifiés en chasseur (d'où le F pour Fighter) d’escorte bimoteur avec quatre mitrailleuses fixes Browning de logées dans un carénage ventral avec par arme, les premiers appareils étant mis en service par le Squadron No 25 en . En six squadrons de chasse étaient équipés ou en cours d’équipement. Cet appareil se révéla un piètre chasseur de jour, proie facile des monoplaces ennemis, mais un excellent chasseur nocturne, équipé successivement des radars d’interception AI Mk II, III et IV. Les premières sorties de nuit eurent lieu fin , et la première interception réussie fut réalisée dans la nuit du 22 au avec un radar AI Mk IV.
Blenheim II Un unique Blenheim I [L1222] fut équipé de réservoirs d’aile agrandis, la structure étant renforcée pour autoriser une masse en charge et probablement la possibilité d’emporter des bombes sous voilure. Pas de numéro de Type connu.
Blenheim III Il semble que cette désignation ait été attribuée à un projet de Blenheim IV qui aurait conservé la voilure du Mk I (donc similaire au Blenheim IVL). Comme le précédent, ce modèle n’a pas reçu de numéro de Type et certains auteurs continuent à prétendre que le prototype du Bristol 149 Bolingbroke [K7072] fut initialement baptisé Blenheim III, une erreur volontairement colportée durant la guerre aux fins de propagande.
Bristol 149 Bolingbroke Pour répondre à la spécification des bimoteurs polyvalents G.24/35 (reconnaissance côtière et bombardement), le Type 149 était un Mk I légèrement modifié avec des moteurs Aquila AE-3M permettant une autonomie plus importante. Après un allongement de l’avant du fuselage de pour installer le radionavigateur devant le pilote, cet appareil fut commandé à 150 exemplaires en sous le nom de Bolingbroke. En 1937, un Blenheim I [K7072] fut donc prélevé sur chaîne pour être converti en prototype du Bristol 149 Bolingbroke (et non Blenheim III).
On commença par avancer le pare-brise et le poste du bombardier de sans modifier la position du pilote. Mais avant le début des essais en vol on réalisa que le pilote allait manquer sérieusement de visibilité. Le pare-brise fut donc ramené à sa position initiale et la toiture vitrée du poste avant abaissée sous la ligne de vision du pilote. Ainsi modifié, il prit l’air le , mais la visibilité vers l’avant à l’atterrissage laissait encore à désirer. La partie supérieure gauche fut donc surbaissée, donnant une allure très caractéristique à l’avant de cet appareil.
L'Aviation royale canadienne souhaitant adopter cet appareil, des négociations s’engagèrent en vue d’une production outre-Atlantique, les plans de fabrication du Bolingbroke à Filton pour les besoins de la RAF étant abandonnés au profit d’une poursuite de la production du Mk I pour équiper les unités d’Outre-mer. Le prototype du Bolingbroke [K7072] fut donc expédié au Canada pour faciliter le lancement de la production chez Fairchild Aircraft Ltd à Longueuil. Bolingbroke I : 18 appareils produits selon les plans fournis par Bristol Aeroplane Company, sensiblement identiques au [K7072] avec moteurs Mercury VIII. Bolingbroke II : Un Mk I reconstruit au standard Mk IV après accident.