Gaston Crémieux, né Louis, Gaston, Isaac Crémieux, le à Nîmes et mort le à Marseille, est un avocat, journaliste et écrivain français. Il est fusillé en raison de sa participation à la Commune de Marseille lors de la répression versaillaise.
Jeune militant radical, il s'illustre dans la défense des pauvres gens et fonde plusieurs associations d'entraide et d'éducation dans le cadre de la loge maçonnique des « Amis choisis ». En 1869, il soutient Gambetta à la députation. Parallèlement, il commence à publier quelques poèmes. Son évolution politique le conduit à se rapprocher des républicains les plus ardents. Il dirige avec Alphonse Esquiros et André Bastelica la Ligue du Midi, jouant un rôle d'intermédiaire avec le gouvernement provisoire de Tours, où siège notamment le député homonyme Adolphe Crémieux.
En 1871, il soutient Garibaldi, élu mais ne pouvant siéger, lors des premières journées parlementaires de 1871. Au mois de mars de la même année, il prend la tête de la seconde Commune de Marseille avec le journaliste Clovis Hugues et les futurs députés Émile Bouchet et Maurice Rouvier. Il s'y comporte de façon modérée, tentant de faire régner la clémence et le respect de la légalité. Cette insurrection se veut à la fois un soutien à la Commune de Paris et l'affirmation d'une volonté politique régionale indépendante de la capitale. Réprimée dans le sang par le général Henri Espivent de la Villesboisnet, l'insurrection dure quinze jours. Enfermé au fort Saint-Nicolas, puis à la prison Saint-Pierre, Gaston Crémieux est jugé en juin et condamné à mort par un tribunal militaire. La grâce lui est refusée par la commission des grâces. Pendant ces trois mois de prison, il écrit une pièce de théâtre consacrée à la mémoire de Maximilien de Robespierre, quelques poèmes et des récits de prison, qu'il fait remettre à son épouse par le rabbin de Marseille. Gaston Crémieux est fusillé dans les jardins du Pharo le suivant.
Il meurt à trente-cinq ans en ordonnant lui-même son exécution, et en criant « Vive la République ! ». Célébré par Victor Hugo, Louise MichelLouise Michel, La Commune , pages 413-415 5. et Jean JaurèsJean Jaurès évoque Crémieux dans son Histoire socialiste (1789-1900) p 38 à 85 (cité dans )., son souvenir demeure vivace à Marseille.
Biographie
Famille et études
Fils d'Abraham Crémieux (1808-1872), marchand d'indiennes, et d'Alexandrine Rachel Vidal (née en 1810), Louis Gaston Isaac est issu d'une famille de juifs du pape. C'est le cinquième enfant du couple après Gentille Clara (née en 1828), Théolinde Hana (1829), Paméla Elise (1831) et Alfred Barachiel (1833) ; lui succéderont Noémie Céleste (1845-1904) et Miette (1847).
Jeune homme, Gaston Crémieux fait ses études au collège de sa ville natale sous la protection d'un de ses oncles (probablement le frère de sa mère, Hyppolyte Vidal)L'histoire à travers champs, mélanges offerts à Jean Sagnes, chez Michel Cadé ., à qui il a confié son désir d'accéder au barreauAlfred Naquet, Notice .. Il s'inscrit le à la faculté de droit de Paris mais l'abandonne au bout d'un an par manque d'argent, alors qu'il occupe ses loisirs à copier des rôles d'huissier pour se payer des livres, n'ayant qu'une modeste pension de cinquante francs par mois. Après avoir trouvé deux emplois de clerc, dont l'un à Paris, il s’inscrit à la faculté d’Aix-en-Provence le . Exempté du service militaire comme soutien de famille, il obtient sa licence en droit le et devient avocat à Nîmes le .
Avocat pour les déshérités Les difficultés sociales de la classe ouvrière l'émeuvent au point qu'il devient rapidement l'un de ses plus farouches défenseurs. Ses débuts sont modestes, il plaide deux affaires en 1857, trois en 1858 ; affaires sans importance de vol ou d'escroquerie. Il est inscrit comme « substitut avocat des pauvres », c'est-à-dire avocat suppléant, commis d'office pour personne à faible revenu.
S'essayant au journalisme littéraire, il y gagne de beaux succès. Fin novembre 1857, il fonde avec quatre de ses amis un « journal littéraire » paraissant tous les dimanches au prix de et nommé L'Avenir. Surveillé par la police pour qui il est politiquement dangereux, ce journal, dont Crémieux est le secrétaire de direction, est interdit le Raymond Huard, La préhistoire des partis. Le mouvement républicain en Bas-Languedoc, 1848-1881, Presses Fondation Sciences Politiques, 1982 .. Deux articles publiés par Gaston Crémieux dessinent ses opinions politiques de l'époque : une notice sur le poète pamphlétaire Béranger, et un compte-rendu d’un poème de Joseph Autran sur le siège de MilianaJoseph Autran, Milianah Coll. Michel Lévy, 1857 . le montre essentiellement sous le jour d'un patrioteRoger Klotz Gaston Crémieux, écrivain, L’écho des carrières Directeur de publication Gilbert Montel ..
Éducateur et franc-maçon thumb|upright|Léon Gambetta
En 1862, il quitte le barreau de Nîmes pour celui de Marseille (nommé le ) et ouvre son cabinet rue Venture. La même année, il entre au Grand Orient de France, dans la loge . En 1864, le , il épouse Judith Noémi(e)Noémi selon Roger Vignaud , Noémie selon Gilbert Larguier et Jérôme Quaretti, La Commune de 1871 : utopie ou modernité, Presses universitaires de Perpignan, 2000, 447 p. . MolinaActe de mariage sur Claudia.fr, site consacré aux juifs du pape ., dont il aura cinq enfants : Albert (1865-1890), André (1867-1945), Caroline, Valentine (morte en 1871) et Maximilien Armand Samuel (1869-1870)Acte de décès d'Armand Crémieux sur le site Claudia.fr consacré aux Juifs du Pape ., ce dernier prénommé en hommage à la figure emblématique du comité de salut public. Ils ont pour témoin l'homme de lettres Adolphe Carcassonne. En 1865, lors de la quatrième pandémie de choléra, il participe aux soins donnés aux malades, parcourt les quartiers et tombe d'épuisement.
La même année, Crémieux décide de mettre ses connaissances au service des associations ouvrières. Conseiller juridique de la chambre syndicale des peintres en bâtiment, il rédige en 1867 un cahier de doléances des ouvriers de Marseille où il propose qu'aux prudhommes l'ouvrier soit assisté d'un avocat financé par une association d'ouvriers. Il encourage la création d'associations d'ouvriers permettant de distribuer quelques subsides en cas de chômage et d'engranger un capital servant à l'aide juridique, et en rédige les statuts.
Ardent franc-maçon et partisan de la liberté absolue de conscience, le jeune avocat marseillais s'implique alors, dès 1865, dans la création d'écoles publiques réservées aux adultes le soir. C'est l'époque où des francs-maçons blanquistes et républicains (alors jugés d’extrême-gauche) tentent d’entraîner leurs « frères » dans la voie de la lutte révolutionnaire, au service des valeurs de la République, démocratique et sociale. Ceux des « Amis choisis » fondent le un comité central d'initiative des loges comprenant dix commissaires : Barne, Brochier, Carriol, Chappuis, Crémieux, Pleuc, Dhionnet, Massip, Rouvier et Adolphe Royannez.
Le de la même année naît l’association phocéenne de l’enseignement, de l’instruction et de l’éducation des deux sexes. L'avocat publie également en 1868 ses premiers poèmes dans le journal le Peuple, dirigé par Gustave Naquet, et un tiré à part, imprimé par Canquoin, rue VaconGaston Crémieux, Marseillaises. Némésis. La Cavalcade. Gandins et Cocottes. Les Voix du peuple ..
À la fin de cette année-là, il plaide avec Félix Baret dans l'affaire des empoisonneuses de Marseille. Trois Marseillaises, Marie-Rose Alavena, Marie Autrand et Antoinette Joséphine Duguet sont accusées d’avoir empoisonné leur mari avec de l’arsenic et de la belladone fournis par l’herboriste spiritiste Jean-François JoyeRenée Dray-Bensousan, Hélène Echinard, Régine Goutalier, Catherine Maran-Fouquet, Eliane Richard et Huguette Vidalou-Latreille, Marseillaises, vingt-six siècles d’histoire, Edisud, Aix-en-Provence, 1999, .. Les avocats sauvent la tête des accusées ainsi que celle de l’herboriste accusé de complicité.
En 1869, il soutient Léon Gambetta, alors marqué comme un radical. Ce dernier est élu député de la cité phocéenne. En dépit de quelques discours et de quelques articles violents, Crémieux n'est pas réellement un homme d'action. Néanmoins, il se veut de tous les combats et devient rapidement un personnage incontournable de la vie politique locale. En mai, il fonde avec Delpech et Rouvier le journal l'ÉgalitéArticle de Raymond Huard publié par « l'Humanité » le 20 juillet 2011 .. Le , il se présente au nom du parti démocratique aux élections cantonales de La Ciotat ; il est battu par Armand Béhic, candidat officiel de Napoléon III.
Défaite napoléonienne Avant l'effondrement du Second Empire devant la Prusse de Bismarck, les républicains marseillais prennent d'assaut les lieux de pouvoir. Le , une foule imposante de personnesLa Commune de 1871, colloque de Paris, mai 1971. Éditions de l'Atelier, 145 . menées entre autres, par Crémieux et Gustave Naquet, se présente à la préfecture pour réclamer des armes. Le drapeau tricolore les accompagne, sur lequel est écrit : Mais le préfet refuse et Naquet est arrêté dans la soirée. Le soir même, les radicaux se réunissent rue Vacon avec les socialistes, formant un comité central d'action, et, le lendemain, Crémieux se retrouve à la tête de cette première insurrection populaire avec Émile Bouchet, Maurice Rouvier, Delpech, Auguste Sorbier et Albertini. Ils retournent à la préfecture réclamer la libération de Naquet. Après un nouveau refus, la manifestation se tourne vers la mairie qu'ils prennent d'assaut, installant un comité révolutionnaire, formé par Crémieux,
Arrêté, Crémieux est emprisonné dans un cachot du fort Saint-Jean. Le , un conseil de guerre statue sur le sort des meneurs et condamne l'avocat à passer six mois de prison à Saint-Pierre. Pierre Bernard, Tardif, Barthélémy et Giraud écopent d'un mois, Tourniaire de trois, Combe, Bosc et Sorbier de six, Bordes de huit, Conteville, Gilbert et Maviel d'un an et Debray de deux ansOscar Testut, L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'Europe (1872) ..
Le , la proclamation de la République les tire de leurs geôles ; Gambetta confirme l'ordre de mettre Crémieux en liberté tandis qu'une foule imposante va à la rencontre des prisonniers dans la nuit du 4 au J.-A. Volcy-Boze, Les deux dernières Journées de l'Empire à la préfecture des Bouches-du-Rhône , Imp. phocéenne (Marseille), 1900, .. Le même jour, le nouveau chef du gouvernement nomme Alphonse Esquiros administrateur supérieur des Bouches-du-Rhône ; Adolphe Joseph Carcassonne est nommé président de cette première commune alors que Labadié est nommé préfet ; le drapeau tricolore est hissé sur la mairie. Le , Crémieux accueille Esquiros à la gare Saint-Charles et l'accompagne à la préfecturePage Crémieux du sie Jewisheritage ..
Dans le cadre de l'épuration (destitution des magistrats compromis sous l'Empire), Crémieux est pressenti au poste de procureur de la RépubliqueAntoine Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille et ses origines, M. Rivière, 1950, affirme qu'il est nommé à ce poste. mais il doit aussitôt faire face au front de ses détracteurs ; pour l'un d'eux, l'avocat général Desclozeaux : . La nomination de son confrère Thourel met fin à cet épisode au bout de quelques semaines. À l'automne, Crémieux rencontre brièvement Émile Zola. Après la création de la Ligue du Midi par Esquiros le , (13 départements), Crémieux est délégué de cette ligue dont la direction locale revient au préfet et à Bastélica ; il parcourt la province comme envoyé en mission :