Manuel Abramowicz (né à Bruxelles en 1967) est un auteur d'articles politiques sur l'extrême droite et un journaliste indépendant engagé à gauche. Il coordonne également depuis 1997 RésistanceS, le « web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite ».
Biographie Premiers engagements politiques Dans sa jeunesse au milieu des années 1980, il milite au syndicat étudiant affilié à la Fédération générale du travail de Belgique, syndicat socialiste belge, puis est sympathisant des Jeunes gardes socialistesPortrait de Manuel Abramowicz, dans le bis de la revue RésistanceS (juillet-août 1997), ., mouvement de jeunesse du Parti ouvrier socialiste (POS), une organisation communiste trotskiste anti-stalinienne. Il a ensuite participé à la fondation de La Gauche Maintenant, du MRAX-Jeunes en 1987, de la branche belge de SOS Racisme en 1989« Pourquoi ce blog ? », blog de Manuel Abramowicz, 18 janvier 2009., a été membre du PS en 1993, puis, dès sa fondation en , de Gauches unies, un cartel politique réunissant des déçus du PS, du PC et du POS... Manuel Abramowicz fut qualifié en 2008 par la chaine RTL de « journaliste et auteur d'extrême-gauche » ; il récuse alors cette étiquette, se disant « certes de gauche », mais « membre d'aucun parti politique »« La Gauche : “Jeter le bébé avec l'eau du bain libéral” », RTL-info, 02/11/2008, article en ligne..
Création de RésistanceS Depuis 1997, il dirige RésistanceS.be, le webzine de l'« Observatoire belge de l'extrême droite » et a participé à la constitution de la « Coordination antifasciste de Belgique ». L'association RésistanceS, qui diffuse un bulletin sur internet, a pris le statut d'asbl en 2002, se définissant alors comme un « Centre d'études et de formation pour l'action démocratique ». . L'année suivante, le livre de Manuel Abramowicz Guide des résistances à l'extrême droite, publié aux éditions Labor, obtient le prix dans la catégorie « meilleur livre francophone 2006 ». Ce prix est décerné par un jury indépendant à l'initiative du Centre de recherche et d'études politiques (CREP), un think tank qui consacre ses études à la réflexion sur la démocratie et à la « lutte contre l'extrême droite » et dont il est lui-même membre..
Parcours Après un passage à la RTBF, Manuel Abramowicz a ensuite été, en 1993, membre de l'équipe du cabinet de la ministre fédérale de l'Intégration sociale, Magda De Galan (PS). Il rejoindra les Éditions vie ouvrière (EVO), une maison d'éditions fondée par le Mouvement ouvrier chrétien (MOC), avant d'être engagé au Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR), un service public dépendant du gouvernement fédéral belge. Il y a été attaché de presse jusqu'à la fin 2008..
Il a participé à la réalisation de « documentaires pédagogiques », notamment, « Un jour ou l'autre, on pourrait tous être victime de l'extrême droite » et aux reportages de Jean-Claude Defossé (RTBF) sur le Front national belge et le Vlaams Belang. Il collabore à diverses publications comme Télémoustique, Le Journal des Juristes démocrates, L'Instant, Golias, Le Journal du mardi, La Revue nouvelle, etc.
Il a lancé CheQuotidien, un blog pour étudier le « phénomène Che Guevara », notamment au niveau de la récupération par la publicité de l'image de l'ex-guérillerosSite en ligne..
Ayant repris ses études, il soutient avec succès, puis publie en 2004, un mémoire de fin d'études à l'Université catholique de Louvain sur la « gauche radicaleLa Gauche radicale en Belgique francophone – Impact électoral, social et politique (1965-2004), Louvain, 2004. ».
Manuel Abramowicz est également enseignant à la Haute École libre de Bruxelles - Ilya Prigogine (HELB), dans les catégories sociale et économiqueHaute École Libre de Bruxelles-Ilya Prigogine (HELB).. Il y donne notamment des cours de communication de crise, sur les institutions nationales et internationales, les techniques d'édition et la presse écrite.
Plaintes et procès À la suite d'articles et d'enquêtes, plusieurs plaintes ont été déposées contre Manuel Abramowicz. Notamment par un conseiller communal bruxellois du Vlaams Belang, Roland Pirard, et l'ex-député fédéral du Front national, Patrick Cocriamont. Après interrogatoire à la police, à la demande du Parquet de Bruxelles, ces plaintes contre Manuel Abramowicz ont été classées sans suite.
À la suite d'autres actions judiciaires contre lui ou contre RésistanceS.be, Manuel Abramowicz s'est retrouvé devant les tribunaux.
Procès Facebook / Georges-Pierre Tonnelier (FN) À la suite de la plainte de Georges-Pierre Tonnelier, alors secrétaire-national du Front national (Belgique) et dirigeant de ce parti d'extrême droite depuis les années 1990 qui fut condamné pour racisme en 2006 avec le docteur Daniel Féret, président-fondateur du FN en Belgique« Daniel Féret condamné pour racisme : confirmation de la Cour de Cassation » : communiqué de presse du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (organisme fédéral public belge de lutte contre les discriminations), du 4 octobre 2006 ., et a été réhabilité en date du par la Cour d'appel de Bruxelles, Manuel Abramowicz, avec Julien Maquestiau, le porte-parole de RésistanceS.be, a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Bruxelles par une ordonnance de la chambre du conseil du tribunal de première instance de pour cinq motifs d'inculpation, dont « port public de faux nom, faux et usage de faux informatique, ainsi que violation du respect de la vie privée et harcèlement »RésistanceS en correctionnelle, Le Soir, .« RésistanceS en correctionnelle » : précisions Le Soir, .. Cette ordonnance a été confirmée par un arrêt de la chambre des mises en accusation de la cour d'appel de Bruxelles au mois de Manuel Abramovicz renvoyé en correctionnelle Le Vif/L'Express, .Manuel Abramowicz en correctionnelle La Libre Belgique, . malgré l'appel des inculpésFaux profil sur Facebook : RésistanceS.be renvoyé en correctionnelle fait appel, RTBF, . et le fait que le parquet de Bruxelles ait à deux reprises demandé le non lieu car il estimait « que ni Manuel Abramowicz ni Julien Maquestiau n’avaient commis d’infractions en prenant un profil imaginaire sur Facebook pour y mener une enquête journalistique d’investigation sur l’utilisation par l’extrême droite des réseaux sociaux numériques » Pourquoi soutenir M. Abramowicz et J. Maquestiau ?, La libre Belgique en ligne, .. Les prévenus se sont pourvus en cassation contre cette décisionRésistanceS.be introduit un recours en cassation contre l'arrêt "Facebook" RTBF, . mais la Cour de cassation a rejeté celui-ciCass. ( ch.), 25 septembre 2013, .. Néanmoins, inculpé au départ de cinq motifs d'inculpation, Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau ne se sont plus que retrouvés renvoyés pour deux motifs d'infraction.
Les faits reprochés sont liés à la création et la mise en ligne, dans le cadre d'une enquête journalistique « undercover » sur Facebook, d'un profil néonazi, avec une photo et une identité imaginaire, entre le et le Diable qu’il est drôle de traquer le diable Le Soir, .. Le plaignant, Georges-Pierre Tonnelier avait pris l'initiative du premier contact avec le profil imaginaire et, au cours des discussions, avait révélé spontanément les fonctions, notamment secrétaire-national et webmaster de son site Internet, qu'il occupait toujours au sein du Front NationalTonnelier dévoile son appartenance politique sur Facebook, RésistanceS.be..
Le , La Libre Belgique publie un appel signé par de nombreuses personnalités, dont notamment le journaliste d'investigation allemand Günter Wallraff, en soutien aux deux inculpés. L'appel souligne que la procédure judiciaire en cours pourrait menacer la liberté de la presse et ses signataires expliquent « que Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau ont scrupuleusement respecté la déontologie journalistique en matière de journalisme d’investigation, d’immersion et d’« undercover » ».
Par son jugement rendu le , la du tribunal correctionnel de Bruxelles a reconnu Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau coupables de port public de faux nom. Toutefois, en raison de l'absence d’antécédents judiciaires des prévenus, il leur a accordé le bénéfice de la suspension simple du prononcé pour une durée de .
Le tribunal a par ailleurs considéré que l'infraction à la loi sur la protection de la vie privée n'était pas établie et a donc acquitté Manuel Abramowicz et Julien Maquestau de cette préventionSuspension du prononcé pour les deux journalistes de l'asbl RésistanceS Le Vif, ..
A l'issue de ce procès, le journaliste judiciaire, Jacques Laruelle, du quotidien « La Libre Belgique », écrit : « Tenant compte de leur absence d'antécédents et du fait qu'il s'agissait d'un fait isolé, le tribunal leur a accordé la suspension du prononcé de la condamnation. C'est donc une simple déclaration de culpabilité, sans peine. Jacques Laruelle, « Tout n'est pas autorisé contre l'extrême droite », article, in « La Libre Belgique » [version imprimée], 21 mai 2014, p. 13. ».
Jean-François Dumont, secrétaire général de l'Association des journalistes professionnels, a quant à lui estimé, à la suite du prononcé de ce jugement, que Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau n'avaient pas respecté la déontologie journalistique. Il a écrit à ce sujet que « le tribunal rejoignait clairement la déontologie journalistique pour laquelle les « moyens déloyaux », dont la provocation, ne sont envisageables qu’à certaines conditions, non réunies ici »La fin ne justifie pas n'importe quel moyen, Journaliste, mensuel de l'Association des Journalistes Professionnels, n°160, juin 2014..
Pour sa part, après l'enquête undercover de 2009 sur Facebook de RésistanceS.be et avant le procès d'Abramowicz et Maquestiau, le vice-président de l'Association des journalistes professionnels, Mehmet Koksal, avait écrit en sur « Le blog investigation » de l’AJP et du Fonds pour le journalisme : « En utilisant les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, YouTube…) ou en suivant les activités de groupes ultranationalistes (avec ou sans méthodes undercover), des journalistes arrivent à produire des enquêtes exclusives sur des milieux où ils n’ont pas vraiment bonne presse. Mehmet Koksal, vice-président de l'AJP, in « Enquêter sur les milieux d’extrême droite » [en ligne], article, 15 octobre 2011, Le blog investigation de l’Association des journalistes professionnels (AJP) et du Fonds pour le journalisme (Belgique). Adresse URL : www.fondspourlejournalisme.be/enqueter-sur-les-milieux-dextreme-droite/ . ».