La bataille de La Nouvelle-Orléans, qui eut lieu le en Louisiane, est la dernière bataille de la guerre anglo-américaine de 1812thumb|left|Carte récapitulative des événements de l'année 1814 en Louisiane et Floride.. Les forces britanniques, débarquées dans ce territoire récemment acquis par les États-Unis lors de la vente de la Louisiane, sont vaincues par les hommes d'Andrew Jackson (futur président des États-Unis) avec l'aide des canons de Jean Lafitte.

Cette bataille se déroule alors que le traité de Gand mettant fin à la guerre était déjà signé depuis le , bien qu'il ne sera ratifié par le Sénat des États-Unis que le . La bataille de La Nouvelle-Orléans est souvent considérée comme la plus grande victoire terrestre américaine de la guerre, et eut un impact symbolique important pour les États-Unis.

Origines et préparatifs L'abdication de Napoléon Pendant les deux premières années de la guerre de 1812, les Britanniques ont été préoccupés par la guerre contre Napoléon Bonaparte sur le continent européen. Le , Napoléon abdique et est exilé à l'île d'Elbe. Un grand nombre de troupes britanniques est alors disponible pour être envoyé en Amérique du Nord, le but étant d'être en position de force pour négocier la paix. Une brigade du major général Robert Ross, entièrement composée de vétérans de l'armée du duc de Wellington, traverse l'Atlantique. Son arrivée est marquée par la , puis l'incendie de Washington. Le général Ross est tué lors de la bataille de Baltimore, le général Edward Pakenham qui s'était fait remarquer à la bataille de Salamanque lorsqu'il servait sous les ordres de Wellington est alors envoyé pour le remplacer avec l'aide de plusieurs régiments de la guerre d'Espagne. Il a pour objectif de prendre le contrôle de La Nouvelle-Orléans. La ville située à l'estuaire du Mississippi occupe une position clef et prendre son contrôle paralyserait un axe de communication important du pays. De plus, la Louisiane du fait de son rattachement récent aux territoires des États-Unis a une population composée de très peu d'autochtones américains. Elle est peu défendue et c'est un territoire inhospitalier où règnent riches marchands et brigands.

La république de Barataria vignette|redresse|gauche|Jean Lafitte, vignette gravée par (1895). Depuis plusieurs années, la baie de Barataria et les bayous qui l'entourent sont un repaire de pirates dirigés par Jean Lafitte et connu sous le nom de république de Barataria. Leur présence était tolérée au début par une administration américaine timide dans ce territoire récemment acquis mais en 1814 les tensions sont à leur comble avec le gouverneur Claiborne qui a mis la tête de Jean Lafitte à prix et fait emprisonner son frère Pierre Lafitte. Claiborne, Washington, ainsi qu'Andrew Jackson souhaitent mettre fin à Barataria. À cet effet arrive mi-août l'. C'est dans ce contexte que le , le lieutenant colonel , commandant des forces britanniques de Floride, entre en contact avec Lafitte par l'intermédiaire du capitaine Lockyer. Ils lui proposent de servir dans la flotte britannique ainsi qu'une prime de . L'engagement de Lafitte à leurs côtés serait à coup sûr synonyme de victoire, il connaît les bayous et les passes menant à La Nouvelle-Orléans mieux que n'importe quel Américain et possède sous son commandement de nombreux pirates expérimentés qui sont pour la plupart d'anciens soldats de l'armée française, rescapés de Saint-Domingue. Lafitte est un ancien lieutenant de l'armée française et reste loyal à la France dont l'empereur () est alors détenu par les Britanniques. Jean Lafitte ne décline pas l'offre britannique mais leur demande deux semaines de réflexion. Il fait alors transmettre une lettre pour le gouverneur Claiborne dans laquelle il les informe des desseins britanniques sur La Nouvelle-Orléans. Lafitte promet de ne pas intervenir en faveur des Britanniques et demande l'indulgence du gouverneur pour ses anciens crimes sans pour autant prendre une position franche envers les États-Unis. Le , Pierre Lafitte s'évade avec l'aide du messager venu porter la lettre de Jean Lafitte à Jean Blanque, un membre du comité de la direction de la ville. Le lendemain, Blanque rencontre Claiborne et lui remet la lettre mais avec l'évasion de Pierre, ils n'ont plus aucune garantie sur la fidélité de Jean.

Le gouverneur Claiborne décide alors de mettre fin à ce repaire de brigands et programme une attaque contre Lafitte. Le . trois barges, six canonnières et deux goélettes, l'USS Carolina et l', sous le commandement du commodore Patterson et du colonel Ross mettent le cap sur l'île de Grande Terre où se trouve le campement pirate fortifié et équipé de plusieurs canons. Lafitte ordonne à ses flibustiers de fuir en laissant tout sur place lorsqu'il s'aperçoit que son adversaire bat pavillon américain. Plusieurs centaines de pirates s'échappent ainsi à travers les marais. Malgré la déception de Claiborne en apprenant la fuite des frères Lafitte, les troupes américaines mettent la main sur les trésors accumulés par les pirates estimés à , sur de nombreux canons et capturent s dont Dominique You, le demi-frère de Jean Lafitte qui devait sa notoriété à son caractère trempé et à sa tentative pour libérer l'ex-empereur Napoléon Bonaparte.

La stratégie britannique

La flotte britannique organise le blocus de la côte atlantique en attendant des renforts en provenance des Bermudes. Du mois d'août à , elle harcèle constamment les navires américains à proximité de la baie de Chesapeake. Une fois la saison des ouragans terminée en novembre, la flotte met le cap sur la mer des Caraïbes et s'installe dans la baie Negril en Jamaïque, avant de lever l'ancre au mois de décembre en direction de La Nouvelle-Orléans. Le , en attente de renforts, l'amiral Cochrane avait envoyé un navire pour prendre contact avec les Amérindiens creeks réfugiés en Floride à la suite de la guerre qui les oppose aux États-Unis. Le , le capitaine Hugh Pigot débarquait en Floride à l'embouchure de l'Apalachicola. Celui-ci, après deux semaines en Floride, rapporta à Cochrane que Creeks étaient prêts à se battre et leur donna l'ordre de se regrouper à Pensacola. Le major fut alors envoyé à Pensacola avec pour objectif d'entraîner les Amérindiens aux techniques de combat européennes. Le gouverneur espagnol n'opposa aucune résistance à l'arrivée des Britanniques bien que depuis la fin de la guerre d'Espagne, l'Espagne soit devenue un pays officiellement neutre dans ce conflit. Nicolls avait aussi pour objectif de se renseigner sur les faiblesses de la défense de La Nouvelle-Orléans. Il envoya ainsi un navire pour entrer en contact avec Jean Lafitte. Le plan d'attaque de Cochrane prévoyait que pendant qu'il mènerait une offensive à partir des côtes, les Amérindiens prendraient le contrôle de Mobile puis attaqueraient La Nouvelle-Orléans depuis le nord.

Andrew Jackson, de l'Alabama à La Nouvelle-Orléans

vignette|redresse|Monument à Andrew Jackson à Pensacola. Andrew Jackson, général de l'armée américaine à la tête de la milice du Tennessee est le principal vainqueur de la guerre creek qui prend fin le avec le traité de Fort Jackson. Grâce à sa victoire, le général Jackson obtient le commandement des forces armées de Mobile. Le , il arrive à Fort Bowyer et trouve le fort abandonné alors que celui-ci revêt une importance stratégique puisque celui qui le possède est capable de bloquer l'accès à la baie de Mobile. Il laisse une garnison de commandée par le major William Lawrence pour y organiser sa défense puis se rend à Mobile. Le , Jackson envoie une lettre au gouverneur espagnol de Pensacola, Gonzalez Manrique, dans laquelle il l'accuse d'abriter des bandits creeks dont il demande l'arrestation. Mais Jackson ne peut pas prendre la décision d'attaquer Pensacola car cela reviendrait à attaquer un pays officiellement neutre dans le conflit.

Nicolls planifie une offensive sur Fort Boyer. En cas de victoire, il contrôlerait une position clef pour attaquer Mobile et cela aurait pour suite de doper le moral des troupes amérindiennesCocker, .. Le , quatre navires britanniques, les , , et , se positionnent aux abords du fort. Le , une troupe composée de britanniques et de amérindiens atteint le fort par voie terrestre. L'assaut est lancé et la première bataille de Fort Bowyer est engagée. Après plusieurs tentatives infructueuses, les forces britanniques se retirent. Les pertes sont de et côté américain et de et côté britannique.

Après la bataille de Fort Bowyer, Jackson est décidé à se débarrasser de la menace britannique à Pensacola. Le , il fait fuir les troupes britanniques de Pensacola après avoir tenté une ultime communication avec le gouverneur espagnol. Son attaque sans l'aval du gouvernement met la diplomatie américaine dans une situation précaire et le président lui écrit : . Malgré les appels de Claiborne pour que Jackson rejoigne au plus vite La Nouvelle-Orléans, celui-ci prend soin de bien organiser la défense de Mobile et arrive à La Nouvelle-Orléans seulement le .

Campagne précédant la bataille Bataille du Lac Borgne vignette|redresse|, Canonnières britanniques et américaines en action sur le lac Borgne, , Annapolis, United States Naval Academy Museum. Le , une flotte britannique sous le commandement de Sir Alexander Cochrane avec plus de et marins à bord, jette l'ancre dans le golfe du Mexique à l'est du lac Pontchartrain et du lac Borgne au niveau de Cat IslandSe référer à une carte de Louisiane.. L'accès aux lacs est bloqué par une flottille américaine composée de huit navires et commandée par le lieutenant Thomas ap Catesby Jones (, une petite goélette l'USS Seahorse et deux sloops de guerre l' et l'). Le matin du , environ britanniques et Royal Marines sous le commandement du capitaine Nicholas Lockyer. répartis dans , dont chacune d'une petite caronade arrivent dans la baie de Saint-Louis. Les Britanniques sont obligés d'utiliser des chaloupes pour naviguer sur le lac Borgne ainsi que dans les bayous en raison de la faible profondeur de ceux-ci. Trois chaloupes sont détachées pour capturer l'USS Seahorse qui est venu dans la baie pour se ravitailler à un dépôt sur la berge. Le Seahorse ouvre le feu sur les chaloupes, plusieurs sont touchées et comptent plusieurs blessés. Les trois chaloupes battent alors en retraite pour attendre la totalité des troupes de Lockyer. Une fois le reste de flottille arrivée l'assaut est relancé. Le capitaine du Seahorse, voyant sa situation désespérée, sabote le navire et incendie les ressources stockées sur la berge. Patterson ordonne à Jones de se replier aux abords d'un fort proche de La Nouvelle-Orléans mais le courant du détroit des Rigolets est trop fort, la manœuvre s'avère impossible et les navires se retrouvent en partie pris dans la vase. Le lendemain s'engage un affrontement entre les forces de Jones et les Britanniques connu sous le nom de la bataille du lac Borgne, les Britanniques capturent l'USS Alligator ainsi que les cinq canonnières américaines. Le capitaine du Tickles resté en retrait sur ordre de Jones incendie le navire lorsque tout espoir de victoire est perdu. Lors de l'affrontement, dix-sept marins britanniques sont tués et , tandis que sont tués, , et .. Parmi les blessés figurent Jones et Lockyer. Maintenant libres de naviguer sur le lac Borgne, des milliers de soldats britanniques débarquent sur l'île de PoixL'île de Poix, ou l'île Perle, est située à l'embouchure de la rivière aux Perles. à environ () à l'est de La Nouvelle-Orléans, où ils établissent une garnison, sous le commandement du général .

Affrontement de la nuit du 23 décembre vignette|redresse|Carte du sud de la Louisiane au . vignette|redresse|Plan du déroulement de la bataille au soir du .