Le Grand Prix automobile de Pau (en béarnais Gran Prèmi de Pau, en anglais Pau Grand Prix) est une épreuve de course automobile disputée chaque année sur le Circuit de Pau-Ville, tracée dans les rues de Pau, dans le département des Pyrénées-Atlantiques, en France.

Héritier d'une longue tradition de course automobile dans le sud-ouest de l'hexagone remontant à 1899, le Grand Prix de Pau, né sous le nom de « Grand Prix du Sud-Ouest » en 1901, s'est forgé une réputation grâce à son circuit urbain, identique depuis 1935 et considéré comme particulièrement difficile et relevé par de nombreux pilotes..

Après avoir accueilli des concurrents reconnus d'avant-guerre, le Grand Prix de Pau est devenu une course de Formule 1 hors-championnat du monde à partir de 1950. Après une période d'alternance entre la F1 et la F2, la course paloise est devenue une manche régulière du Championnat de France F2, puis du Championnat d'Europe, dans laquelle de nombreux pilotes de F1 chevronnés côtoyaient les jeunes talents du sport automobile. Le Grand Prix de Pau marque alors un passage important dans la carrière des jeunes pilotes désireux d'accéder en F1, y compris lorsque la Formule 3000 remplace la Formule 2 dans les années 1980.

Avec l'augmentation de la puissance et de la vitesse des véhicules, le circuit de Pau doit se résoudre à accueillir des compétitions moins exigeantes. À l'aube des années 2000, le Grand Prix devient une étape régulière du calendrier de la Formule 3 avec les championnats européens puis britannique. La tradition historique des monoplaces est perturbée lorsque le Grand Prix devient la manche française du Championnat du monde des voitures de tourisme (WTCC) de 2007 à 2009, ce qui lui permet de regagner en notoriété.

Après une annulation controversée de la course en 2010, la Formule 3 retourne dans les rues paloises à partir de 2011. Le Grand Prix de Pau redevient l'une des courses phare du Championnat d'Europe et constitue l'une des deux épreuves « spéciales » de Formule 3 avec le Grand Prix de Macao.. En 2019, la F3 Europe est remplacée par l'Euroformula Open.

En 2020 et 2021, le Grand Prix est annulé en raison des mesures de confinement prises en réponse à la pandémie de COVID-19.

En 2022, le Grand Prix de Pau est intégré au Pau Motors Festival, un événement de deux semaines sur le thème de l'automobile et la mobilité.

En 2024, le Grand Prix, sujet à un manque de financement de la part des partenaires à cause de la concurrence avec les Jeux Olympiques, est annulé.

Histoire

1898-1901 : origines du Grand Prix de Pau

vignette|Maurice Farman, vainqueur du Grand Prix du Sud-Ouest en février 1901 sur Panhard. À la Belle Époque, Pau est une ville hautement touristique et réputée pour son climat agréable, ainsi de nombreux riches touristes et industriels de tous les pays y viennent pour passer leurs vacances. La capitale du Béarn est alors l'une des rares villes à voir rouler quelques automobiles en son centre. Quelques courses automobiles sur routes ouvertes ont déjà lieu dans les environs de Pau et Bayonne. En 1898, le célèbre jockey américain installé à Pau William Knapp Thorn, petit-fils de l'industriel Cornelius Vanderbilt, décide conjointement avec le Comte Georges Nitot, membre de l'Automobile Club de France, de promouvoir l'utilisation de l'automobile en Béarn en créant le tout premier Automobile-Club Béarnais à l'occasion d'une réunion organisée le . L'année suivante, l'ACB organise sa première course entre Pau et Bayonne. Le , le Français Albert « Georges » Lemaître remporte la course Pau-Bayonne-Pau sur sa Peugeot en et à la moyenne de à l'heure.

Devant le succès populaire de la première course, l'Automobile-Club Béarnais organise un meeting complet en 1900 : la « Semaine de Pau ». L'épreuve principale du meeting : le « Circuit du Sud-Ouest », a lieu sur un tracé éponyme de plus de sur routes ouvertes dont la ligne de départ/arrivée est située à Pau et qui traverse Tarbes, remonte vers le Sud des Landes, se redirige vers Biarritz et la Côte basque puis retourne à Pau. Comportant plusieurs catégories différentes, l'épreuve est remportée au classement général par l'aristocrate belge René de Knyff sur sa Panhard, qui remporte également la catégorie « Grand Prix de Pau ». Pour la première fois, l'emploi du terme « Grand Prix » n'est plus réservé aux courses hippiques.

vignette|250px|René de Knyff, vainqueur du Circuit du Sud-Ouest en février 1900 sur Panhard. La « semaine de Pau » a lieu sur le même tracé en 1901, toujours en février. La principale épreuve du meeting change de nom et le « Circuit du Sud-Ouest » devient le « Grand Prix du Sud-Ouest ». Le Grand Prix du Sud-Ouest est quant à lui, la première épreuve automobile du monde à porter le nom de « Grand Prix » (bien que les affiches publicitaires des sponsors préfèrent garder l’appellation de « circuit » afin de garder la continuité avec l’épreuve de 1900). Le Grand Prix du Sud-Ouest est alors divisé en quatre catégories : « heavy cars », « light cars », voiturettes, et motos. Tandis que le « Prix du Béarn » est décerné à Osmont et sa moto De Dion, Henri Farman et Louis Renault remportent les Grands Prix du Palais d'hiver respectivement en catégories Light Cars et Voiturettes. Le vainqueur de la course au classement général Maurice Farman, se voit remettre le Grand Prix de Pau, réservé aux « heavy cars ». Ainsi, le pilote et ingénieur français est considéré comme le tout premier vainqueur du Grand Prix de Pau. Bien que cette catégorie existait déjà l'année précédente, le Grand Prix du Sud-Ouest est considéré comme le premier GP de Pau en tant que course à part entière et non en tant que catégorie au sein d'une course plus large.

1930-1935 : Grand Prix de France puis Grand Prix de Pau en centre-ville vignette|droite|Bugatti Type 35C L'Automobile Club de France confie à l'Automobile-Club Basco-Béarnais l'organisation du Grand Prix de France (GP de l'A.C.F.) pour la saison 1930 dans un contexte de tensions : de nombreux pilotes et constructeurs automobiles souhaitent quitter les circuits en raison d'un changement brutal de réglementation de la part de l'AIACR (ancêtre de la Fédération internationale de l'automobile). Afin de faire revenir les concurrents, l'ACF publie son propre règlement technique de Formule « Libre » si bien que 37 voitures, essentiellement des Bugatti, s'alignent sur le « Grand circuit de Pau », empruntant les routes reliant Pau à Tarbes et au village de Morlaàs, élargies pour l'occasion. Philippe Étancelin remporte les vingt-cinq tours de course sur sa Bugatti privée et empoche les promis au vainqueur. Grand succès populaire, le GP de France est pourtant un désastre financier pour l'ACBB, la plupart des entrées spectateurs n'étant pas payantes. Dans la culture populaire, la course de 1930 est considérée par erreur comme le premier « vrai » Grand Prix à Pau, y compris par son organisateur, car c'est la toute première course disputée sur routes fermées en région paloise.. Le Grand Prix moto de France est organisé par l'Union motocycliste de France le matin du GP automobile sur le même circuit avec ces différentes catégories et notamment la victoire de l'Irlandais Stanley Woods en .

vignette|gauche|Plan du circuit de Pau en 1933

L'ACBB souhaite alors poursuivre les compétitions automobiles à Pau mais doit attendre quelques années avant d'éponger toutes les dettes du GP 1930. En 1933, le secrétaire général de l'ACBB Georges Charaudeau imagine un premier tracé au cœur du centre-ville en s'inspirant des autres compétitions de l'époque telles le Grand Prix de Monaco, apparu dix ans plus tôt. La ligne d'arrivée et les stands sont situés à proximité du Casino/Palais d'hiver et du Parc Beaumont, principal espace vert de la cité paloise. Afin de promouvoir la réputation de Pau en tant que ville de sports d'hiver, l'édition 1933 se dispute en février sous la neige, c'est alors la toute première épreuve du calendrier international. Le pilote français Marcel Lehoux remporte le Grand Prix de Pau dans des conditions de courses considérées comme épouvantables.

Les organisateurs consacrent une année de réflexion et d'amélioration du Grand Prix avant de faire perdurer l'épreuve. Le tracé est modifié : le Parc Beamont et le Casino sont désormais contournés par la gauche, ce qui crée une nouvelle section formée de deux courbes et d'une chicane rapide qui rejoint le circuit original. Il est alors nécessaire de déplacer la voie des stands dans la partie basse, le long de la courbe des tribunes, désormais le premier virage du circuit. Pour l'édition 1935, le Grand Prix accueille de nouvelles marques. Aux Bugatti s'ajoutent les Maserati et les Alfa Romeo. Ces dernières sont alors présentées comme favorites, notamment avec les deux Tipo B de René Dreyfus et Tazio Nuvolari engagées par la Scuderia Ferrari. La troisième Alfa Romeo est quant à elle pilotée par Mariette « Hellé-Nice » Delangle, seule femme du plateau, qui termine huitième de la course alors que les deux autres Alfa réalisent le doublé après un duel spectaculaire et permettent à Tazio Nuvolari et à la jeune écurie Ferrari de s'imposer pour la première fois dans les rues paloises.

1936-1939 : courses sous tensions politiques

Fin 1935, des événements politiques perturbent les saisons de sports automobile. L'Italie fait l'objet de plusieurs sanctions économiques par la Société des Nations pour avoir envahi l'Abyssinie. En réponse, les autorités Italiennes boycottent, entre autres, les compétitions automobiles de la saison 1936 disputées en France et en Angleterre. Les Alfa Romeo de l'écurie Ferrari en partance pour Pau sont immobilisées à la frontière sur ordre de Benito Mussolini et la liste des engagés du Grand Prix de Pau 1936, première épreuve de la saison, ne comporte aucune écurie officielle. Il y alors cinq Alfa, trois Bugatti et deux Maserati dont celle du Français Philippe Étancelin qui s'impose après les et trois heures de course. Par ailleurs, des évolutions du règlement technique sont envisagées pour l'année 1938 alors que les voitures allemandes de Auto Union et Mercedes-Benz commencent leur domination sur les circuits européens.

Pour se différencier des Allemands, alors dominateurs en Grand Prix, de nombreux organisateurs de courses automobiles de l'hexagone décident de consacrer leurs épreuves aux voitures de sport. Ainsi le Grand Prix de Pau 1937 est disputé selon ces règles, au même titre que les 24 Heures du Mans, le RAC Tourist Trophy et de nombreuses autres épreuves autrefois utilisées par les voitures de Grand Prix telles que le Grand Prix de France, Tunisie, Marne... Le plateau est essentiellement composé de voitures françaises telles que Talbot et Delahaye, c'est finalement une Bugatti pilotée par Jean-Pierre Wimille qui s'impose avant le retour des voitures de Grand Prix l'année suivante. vignette|1938, au départ René Dreyfus sur Delahaye, derrière Caracciola sur Mercedes. La nouvelle réglementation des voitures de Grands Prix pour l'année 1938 a pour but d'équilibrer les performances des voitures : des moteurs de avec compresseur courent aux côtés des moteurs de atmosphériques. Alors que les écuries italiennes connaissent des difficultés, les concurrents allemands s'inscrivent dans de nombreuses courses afin de démontrer leur supériorité technologique et remporter des victoires. Ces dernières contribuent alors à la propagande du régime nazi, et ce dans un contexte de vives tensions politiques internationales. Côté français, le Comité de fonds pour la course automobile refuse de soutenir l'écurie Bleue Delahaye, pourtant favorite, au profit des Bugatti et Talbot, qui reçoivent plusieurs millions de Francs. Les redoutables Mercedes-Benz de Rudolf Caracciola et Hermann Lang sont alors engagées au GP de Pau mais perdent la course après un duel avec le Français René Dreyfus sur sa Delahaye, ce qui provoque la colère d'Alfred Neubauer, directeur de course de l'écurie Daimler-Benz.