Nicholas J. Spykman est un journaliste et universitaire américain né le à Amsterdam et mort le à New Haven. Il est considéré comme l'un des pères de la géopolitique aux États-Unis.
Il a écrit deux livres de politique étrangère. Le premier, America's Strategy in World Politics, a été publié en 1942, peu après que les États-Unis sont entrés dans la Seconde Guerre mondiale. Il analyse les différentes politiques d'un point de vue géopolitique et met en garde les États-Unis contre la conquête allemande de l'Europe et l'expansion japonaise en Asie. Le second livre, The Geography of the Peace, a été publié en 1944, une année après sa mort. Il illustre sa vision géostratégique en axant son analyse sur la sécurité américaine, qui, selon lui, passe par un certain équilibre du pouvoir en Eurasie.
Approche géopolitique Contexte La publication de ses travaux se produit dans un contexte particulier : celui de l'intérêt récent des universitaires américains pour la géopolitique après l'attaque de Pearl Harbor. Cela pendant que les géographes français critiquent une conception de la géopolitique, présentée comme une justification des conquêtes de l'Allemagne nazie, géopolitique qu'ils refusent de développerAlexandre Defay, La géopolitique, Paris, PUF, coll. "Que sais-je", 2005, .. La publication de la Geopolitik de Karl Haushofer et de Halford John Mackinder finiront par mener des universitaires américains comme Hans Weigert, Owen Lattimore, Derwent Whittlesey et Spykman à développer leur propre approche de la géopolitique, centrée sur les États-UnisOyvind Osterud, "The uses and abuses of geopolitics", dans Journal of Peace Review, , 1988, .
Spykman est le disciple critique d'Alfred Mahan et de Mackinder. Son idée maîtresse est de garantir la sécurité géopolitique d'une nation en assurant sa suprématie géographiqueDonald W. Meinig, "Heartland and Rimland in Eurasia History", dans The Western Political Quarterly, , 1956, . En cela, il complète la théorie du Heartland de Mackinder : la Terre est composée d'un coeur (Heartland) et d'un anneau de terre qui l'entoure qu'il appelle Rimland). Tout en conservant les catégories spatiales de Mackinder, il renverse cependant lecture et interprétation, assurant que le pays qui possède le Rimland peut contrôler le Heartland, et donc le monde.
Pensée générale Il ne croit pas à une paix durable à l'échelle mondialeNicholas Spykman, Geography of The Peace, 1969 (1944), . En effet, la multitude de codes de valeurs selon les différents pays rend l'idée de stabilité illusoire, ce qui empêche de réduire cette stabilité autour d’un code commun pour tous.
Bien qu’une telle idée permettrait de résoudre les problèmes liés à la sécurité de chaque pays, Spykman estime qu'il est impossible de créer une communauté mondiale réunie autour d’un même code de valeurs. C’est pourquoi il affirme que la paix ne peut s'obtenir qu'à travers l'application par un pays d'une politique étrangère suffisamment efficace, d'un point de vue sécuritaire, pour minimiser les risques d'agression par d'autres paysNicholas Spykman, Geography of The Peace, 1969 (1944), .
Dans ses œuvres et ses articles, il analyse les différentes stratégies géopolitiques et les points importants à prendre en considération pour saisir les rapports de pouvoir entre les divers pays du monde. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, son approche est très souvent fondée sur les aspects sécuritaires des pays, qui doivent se prémunir contre d'éventuels envahisseursNicholas Spykman, American Strategy in World Politics, The United States and The Balance of Power, New Brunschwick, Transaction Publishers, 2007 (1942)p.X.
Il consacre une grande partie de ses analyses au cas des États-Unis, qui, selon lui, dépendent fortement du contrôle de ce qu'il appelle le "Rimland" de l'Europe et de l'AsieNicholas Spykman, American Strategy in World Politics, The United States and The Balance of Power, New Brunschwick, Transaction Publishers, 2007 (1942), p. X.
En effet, la sécurité d'un État dépasse ses frontières et dépend du lieu géographique et des ressources rattachées à ce même lieu : "La sécurité doit, ainsi, être comprise en termes d'intégrité de la gestion de l'espace. De plus, les caractéristiques physiques du territoire influenceront directement la manière dont la sécurité est maintenue puisque le pouvoir est déterminé en grande partie par la géographie et les ressources naturelles""Security must, therefore, be understood in terms of the integrity of control over the land. Furthermore, the physical characteristics of the territory will influence directly the manner in which that security is maintained because power is determined to a great extend by geography and natural resources": dans Nicholas Spykman, Geography of The Peace, 1969 (1944), .
La sécurité est avant tout fondée sur la force défensive du pays, qui doit maintenir ses forces armées pendant les périodes de paix s’il veut pouvoir être militairement efficace pendant les périodes de guerre.
Spykman illustre ceci en prenant l’exemple de la topographie qui affecte, selon lui, la force, l'unité et la cohérence internes d’un État. En outre, le climat est un facteur qui influence directement les transports de marchandises, limite les productions agricoles et donc la structure économique et influence indirectement les politiques étrangères.
C'est pourquoi il considère le problème sécuritaire et l'établissement d'une politique étrangère d'un pays efficace selon des critères géographiques.
Il nuance cependant ses propos en affirmant que bien que les contraintes géographiques d’un lieu ne change pas, le pouvoir central peut insuffler une certaine dynamique de manière à diminuer ces contraintes particulièrement à cause de l'innovation technologiqueNicholas Spykman, Geography of The Peace, 1969 (1944), .
Une géopolitique pour un État puissant Dans sa géopolitique, il accorde une importance particulière à la politique étrangère, qui est le résultat de l'analyse de plusieurs facteurs géographique qui aideront à l'établissement de programmes qui doivent répondre aux besoins de l'ÉtatNicholas Spykman, Geography of The Peace, 1969 (1944), . Ainsi, l'État doit prendre en compte certains critères essentiels pour pouvoir s’affirmer sur la scène internationale ou au moins se prémunir contre des ennemis potentiels si elle souhaite jouer un rôle dans "la balance des pouvoirs"Nicholas Spykman, American Strategy in World Politics, The United States and The Balance of Power, New Brunschwick, Transaction Publishers, 2007 (1942), p. XI.
Taille du pays et pouvoir central Tout d’abord, la taille d’un État peut être considérée comme une faiblesse ou une force. Il explique que cette force peut devenir une faiblesse et dépendra d'un "développement technique, social, moral et idéologique, de la dynamique des forces au sein de l'État, sur la constellation politique du passé, et sur la personnalité d'individus"« Technical, social, moral and ideological development the dynamic forces within a state, on the political constellation of the past, and on the personality of individuals », dans Nicholas Spykman, American Strategy in World Politics, The United States and The Balance of Power, New Brunschwick, Transaction Publishers, 2007 (1942), p.XIII.
Les politiques de planification régionale influencent et procèdent également d'une campagne militaire ou d'une invasion ennemie. Ainsi, un État fort se doit de posséder un contrôle centralisé et efficace capable de contrôler sa périphérie" [...] effective centralized control", dans Nicholas Spykman, American Strategy in World Politics, The United States and The Balance of Power, New Brunschwick, Transaction Publishers, 2007 (1942), p. XIII. Ce contrôle dépendant des systèmes de communications mis en place, qui influencent les relations entre le centre et la périphérieNicholas Spykman, American Strategy in World Politics, The United States and The Balance of Power, New Brunschwick, Transaction Publishers, 2007 (1942), p.XIII.
Si ces critères sont remplis, l'État pourrait donc projeter sa puissance à l'extérieur de ses frontières.
Importance de la localisation Un élément plus important encore, selon Spykman, qui influencera considérablement la politique étrangère, est la localisation de l'État. Celui-ci sera mis en relation avec un système de référence géographique, puis historiqueNicholas Spykman, American Strategy in World Politics, The United States and The Balance of Power, New Brunschwick, Transaction Publishers, 2007 (1942), p.XIV.
Spykman définit trois différents types de pays et de localisation et les conséquences qui découlent de ceux-ci d’un point de vue sécuritaire : Les pays enclavés, qui ne sont donc délimités que par des frontières terrestres. Ces États doivent faire face principalement à leurs voisins directs. Les « Îles-États », ou Island States, aux frontières exclusivement côtières et dont les tensions se produisent par rapport aux autres puissances maritimes. Les États munis de frontières terrestres et maritimes, qui doivent veiller à étendre leurs frontières sur la mer et sur la terre, tout en se méfiant du pouvoir potentiel de leurs voisins directs ou proches.
Heartland et Rimland Une géopolitique basée sur la théorie du Heartland Spykman reprend la théorie du Heartland de Mackinder selon lequel le monde peut être partagé en trois espaces : le Heartland, une zone qui comprend l'Europe de l'Est et la Russie et est considérée comme le centre du monde ; le Rimland (ou « Croissant intérieur »), une région qui est composée de l'Europe de l'Ouest, du Moyen-Orient, et de l'Extrême-Orient ; The Off-Shore Continents (le « Croissant extérieur ») ou reste du monde, qui est composé de l'Australie, des Amériques du Sud et du Nord et de l'Afrique.
Le Heartland de Spykman Bien que Spykman ait repris la théorie du Heartland de Mackinder, l'auteur de Geography of The Peace estime que son prédécesseur a surestimé l'importance de celui-ci et a omis de prendre en considération les facteurs de la mobilité et de la force économique agricole. Le Heartland ne bénéficierait pas de ces critères pour devenir un centre de communication, de mobilité et de pouvoir potentielNicholas Spykman, Geography of The Peace, 1969 (1944), : Sans révolution technologique majeure dans l’agriculture, le climat contraindrait le centre de production agricole davantage vers l’ouest du pays et non au cœur du continent. Dès lors, le potentiel de développement de la Russie resterait limité : "Nous devons éviter l'erreur d'identifier toutes les Russies, ou le heartland, comme une région à fort potentiel de développement agricole""We must avoid the mistake of identifying all of Russia, or the heartland, as a region of great potential agarian productivity" dans Nicholas Spykman, Geography of The Peace, 1969, . Le développement des routes, du rail et de l’aviation a certainement permis une meilleure capacité de déplacement de la périphérie vers le centre, mais les obstacles climatiques, la glace et les températures négatives et les frontières physiques, les montagnes et les cols sont un frein incontestable dans le mouvement des flux, et donc de l'application du pouvoir central sur sa périphérie.