vignette|Principales villes du Sénégal.
L’histoire du territoire devenu le Sénégal s'inscrit, avant l'accession du pays à l'indépendance en 1960, d'abord dans celle de régions et entités plus larges telles que, successivement, le Sahara, le Soudan, la Sénégambie ou l'Afrique-Occidentale française (AOF), avant d'être associée à l'époque contemporaine à celle des États voisins du Sahel.. vignette|Sénégal administratif. vignette|Langues au Sénégal.
Historiographie Comme pour bien d'autres pays du continent africain, l'écriture de cette histoire se heurte à de multiples difficultésUne histoire de l'Afrique est-elle possible ?, NEA, Dakar/Abidjan, 1975, 257 p. (Entretiens radiodiffusés animés par Michel Amengual), tant méthodologiques qu'idéologiques.
Les commentaires attribués à certains explorateurs antiquesCes références semblent relever le plus souvent de la légende, si l'on en croit Raymond Mauny, Les Siècles obscurs de l'Afrique noire, Fayard, Paris, 1970, p. 95-101, les manuscrits des voyageurs arabes constituent les premiers témoignages connusDenis Dominique Cardonne, Histoire de l'Afrique et de l'Espagne sous la domination des Arabes, composée sur différens manuscrits arabes de la Bibliothèque du roi (dédiée à monseigneur le dauphin par M. Cardonne, Saillant, Paris, 1765, 3 volumes. C'est à partir du que l'on dispose de sources européennes. – narrations, compilations ou documents d'archives –, dont la finalité n'était généralement pas historique au départ : le chevalier de Boufflers décrit son exil à madame de Sabran, le naturaliste Adanson détaille la flore et la faune du pays, le directeur de la Compagnie du Sénégal, Jean-Baptiste-Léonard Durand, relate les péripéties de son expédition et l'abbé Boilat, dans ses Esquisses sénégalaises, pense surtout à l'évangélisation de la contrée.
Tantôt naïf, tantôt condescendant, le colonisateur se veut à la fois historien, ethnographe et pédagogue, comme en témoignent les ouvrages publiés par les administrateurs de l'AOF, les « villages noirs »Philippe David, « Présence des Sénégalais dans les "villages noirs" de France et d'Europe », dans . ou l'Exposition coloniale de 1931. Devant leurs réalités ainsi figées et dénaturées, les populations se voient privées de leur propre histoire. En outre la non-reconnaissance de leur participation à l'effort de guerre alimente une prise de conscience croissante à partir des années 1950, qui trouve un écho dans la déclaration d'indépendance en 1960, mais aussi dans la pensée novatrice de l'historien et anthropologue sénégalais Cheikh Anta Diop, chef de file de ce qu'on appellera l'« École de Dakar »Ibrahima Thioub, « L'École de Dakar et la production d'une écriture académique de l'histoire » in . Dans l'intervalle les recherches archéologiquesHamidou Bocoum, « Trajectoires archéologiques au Sénégal », dans , dynamisées sous l'égide de l'IFAN par Raymond Mauny et d'autres chercheurs européens, ont été relayées par des spécialistes nationaux et le Sénégal compte aujourd'hui nombre d'historiens de premier plan, tels que Abdoulaye Ly, Boubacar Barry, Abdoulaye Bathily, Hamady Bocoum, Iba Der Thiam, Mamadou Diouf ou Oumar Kane, disparu en 2008.
L'écriture de l'histoire du Sénégal implique aussi un combat contre la montre, car le patrimoine est toujours sous la menace du climat, des insectesAbdoulaye B. Ndiaye, « Insectes destructeurs du patrimoine : le cas des collections de l'IFAN-Ch. A. Diop à Dakar », . ou de la pénurie budgétaire. Sa sauvegarde reste préoccupante d'un point de vue scientifique, sans parler des enjeux touristiques dans le cas de Saint-Louis, Gorée ou Carabane.
Les traditions orales – désormais reconnues patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO – sont un peu mieux prises en compte, comme en témoigne ce colloque international consacré aux traditions orales du Kaabu en 1980 à DakarLes Actes du colloque international Traditions orales du Kaabu ont fait l'objet d'un numéro spécial de Éthiopiques (n° 28) paru en juin-octobre 1981. Voir notamment l'article de Djibril Tamsir Niane, « Les sources orales de l'histoire du Gabu » [Ethiopiques - Revue negro-africaine de littérature et de philosophie., mais n'ont pas encore trouvé une vraie place dans la construction du savoir à l'occidentale.
Préhistoire du Sénégal Préhistoire du Sénégal
Paléolithique gauche|vignette|La vallée de la Falémé. En l’état actuel de nos connaissances, selon Abdoulaye Camara, on peut considérer que les hommes sont apparus au Sénégal il y a environ . . C’est dans la vallée de la Falémé, dans le sud-est du pays, que l’on a trouvé les plus anciennes traces de vie humaineSauf indications contraires, la trame de cette partie s'appuie sur Ndiouga Benga et Mandiomé Thiam, « Préhistoire, protohistoire et histoire », dans ..
Ces vestiges sont menacés, non seulement en raison de l'acidité des sols en Afrique de l'Ouest qui détruit les ossements, mais aussi par les touristes sur la Petite-Côte, les machines utilisées pour l’exploitation des phosphates dans la région de Thiès ainsi que par les cultures maraîchères et l’urbanisation croissante dans la presqu'île du Cap-Vert. thumb|Exemple de débitage de type Levallois
Cependant la présence de l’homme au paléolithique inférieur est attestée par la découverte d’outils lithiques caractéristiques de l’Acheuléen, tels que les bifaces signalés par Théodore MonodThéodore Monod, « Sur la découverte du Paléolithique ancien à Dakar », Bulletin du Comité d'études historiques et scientifiques de l'AOF, t. XXI, 1938, p. 518-519 à la pointe de Fann, dans la presqu'île du Cap-Vert, en 1938, ou les hachereaux trouvés dans le sud-est du paysAbdoulaye Camara et Bertrand Dubosq, La préhistoire dans le Sud-Est du Sénégal, Actes du Colloque de Kédougou, 18-22 février 1985, Doc. du CRA du Musée de l'Homme (Paris), n° 11, 1987, p. 19-48. On a également retrouvé des pierres débitées selon la méthode Levallois, caractéristiques du paléolithique moyen. L’industrie moustéroïde est représentée notamment par des racloirs ou des grattoirs, trouvés dans la presqu’île du Cap-Vert, mais aussi dans les basses ou moyennes vallées du Sénégal et de la Falémé. Quelques pièces sont explicitement liées aux activités de la chasse, comme celles trouvées à Tiémassass, près de Mbour, un site controversé que certains rattachent au paléolithique supérieurThéodore Dagan, « Le Site préhistorique de Tiémassas (Sénégal) », Bulletin de l'Institut français d'Afrique noire, 1956, p. 432-448, alors que d'autres plaident en faveur du néolithiqueCyr Descamps, « Quelques réflexions sur le Néolithique du Sénégal », West African Journal of Archaeology, 1981, vol. 10-11, p. 145-151.
Néolithique Dans l’espace sénégambien, cette période où l’homme d’abord prédateur (chasseur, pêcheur) devient producteur, c’est-à-dire éleveur, agriculteur puis commerçant, est assez bien représentée et étudiée. C'est l'époque où des objets plus élaborés et des céramiquesMandiomé Thiam, La céramique au Sénégal : Archéologie et Histoire, Université de Paris I, 1991, 464 p. (thèse de doctorat) font leur apparition. Cependant beaucoup de zones d’ombres subsistent. Si plusieurs faciès culturels – c’est-à-dire l’ensemble des caractéristiques et des manifestations d'une civilisation – ont été identifiés au sein du néolithique, leurs origines et leurs liens restent souvent à préciser.
On peut néanmoins distinguer : thumb|Les îles de la Madeleine (A) et le Cap Manuel (B), « à trois lieues de distance le soir » (1779) le néolithique du Cap Manuel : le gisement manuélin de Dakar n’a été découvert qu’en 1940« Le gisement du Cap Manuel », conférence de Cyr Descamps, en ligne Gisement du Cap Manuel. Les roches basaltiques du cap – notamment l’ankaratrite - étaient utilisées pour confectionner des outils macrolithiques, par exemple des haches ou des rabots. De tels outils ayant été retrouvés à Gorée et sur les îles de la Madeleine toutes proches, une activité de construction navale de ces pêcheurs semble probable. le néolithique de Bel-Air : de plus petite taille et de formes géométriques, généralement en silex, l’outillage bélarien est présent dans les dunes de l’ouest, proches de l'actuelle capitale. Outre les haches, les herminettes ou les poteries, on relève aussi une statuette, la Vénus de Thiaroye « Prehistoria de África: Manifestaciones artísticas. Esculturas. Senegal » Préhistoire de l'Afrique le néolithique de Khant : le marigot du Khant qui se trouve dans le nord du pays, près de Kayar, dans la basse vallée du fleuve Sénégal, a donné son nom à cette industrie qui utilise principalement l’os et le boisMarie-Amy Mbow, « Le site archéologique du Khant (région de Saint-Louis du Sénégal) : nouveaux éléments », Présence africaine, 1998, n° 158, p. 7-22. Ce gisement figure sur la liste des sites et monuments classés du Sénégal.. le néolithique de la Falémé : localisée dans le sud-est du pays, l’industrie falémienne a produit un outillage poli utilisant des matériaux aussi divers que le grès, l’hématite, le schiste, le quartz ou le silex. Le matériel de broyage et la poterie y sont bien représentés. le néolithique de la vallée du Sénégal et du Ferlo ne constitue pas toujours une catégorie à part, c’est aussi le faciès le moins connu.
Protohistoire Dans le cas du Sénégal, la périodisation de la protohistoire reste controversée. En effet, on assimile souvent celle-ci à l'âge des métaux, en la situant donc entre la première métallurgie et l'apparition de l'écriture. Or cette définition eurocentrée semble peu adaptée aux réalités africaines. C'est pourquoi d'autres approches sont à prendre en considération, comme celle de Guy Thilmans et de son équipe qui, dès 1980Guy Thilmans, Cyr Descamps et B. Khayat, Protohistoire du Sénégal : recherches archéologiques, tome 1 : Les Sites Mégalithiques, IFAN, Dakar, 1980, 158 p., ont estimé que toute l'archéologie des temps pré-coloniaux pouvait être rattachée à cette appellation, ou encore celle d'Hamady Bocoum qui parle d'« archéologie historique » à partir du , du moins pour l'ancien TekrourVoir sa thèse de soutenue à la Sorbonne en 1986, La Métallurgie du fer au Sénégal et ses travaux des années 1990 sur ce thème. thumb|Amas coquilliers au cimetière de Fadiouth. Même si le débat n'est pas encore tranché, l'abondance de tels vestiges ne fait pas de doute, notamment dans l’ouest du pays, dans les vallées fluviales et à proximité de la frontière avec la Gambie.
Quatre ensembles peuvent être distingués : Sur le littoral et dans les estuaires des fleuves (Sénégal, Saloum, Gambie et Casamance), on observe de fortes concentrations de tumulus et d'amas coquilliers – que l'on désigne parfois sous leur nom danois Køkkenmødding (en anglais, kitchen midden), ce qui signifie « détritus de cuisine ». 217 de ces amas ont été recensés dans le seul delta du Saloum, par exemple à Joal-FadiouthEdmond Dioh et Mathieu Gueye, « Les amas coquilliers de la lagune de Joal-Fadiouth (région de Thiès) », dans ., mais on en trouve aussi dans le nord près de Saint-LouisAnnie Ravisé, Contribution à l’étude des Kjökkenmöddinger (amas artificiels de coquillages) dans la région de Saint-Louis, Dakar, Université de Dakar, 1969 (mémoire de Maîtrise), ainsi que dans l’estuaire de la Casamance Olga Linares de Sapir, « Shell middens of lower Casamance and problems of Diola protohistory », West African Journal of Archaeology, Oxford University Press, Ibadan, 1971, vol. I, p. 23-54. Parmi les mollusques identifiés, l'espèce dominante est lAnadara senilis, également dénommée « arche » ou « pagne »Amadou Abdoulaye Seck, « L'arche (Anadara senilis L.) espèce dominante des amas coquilliers du Sénégal », .