Marie-Madeleine Fourcade (née Bridou le à Marseille et morte le dans le .) est une résistante française.
Pendant la Seconde Guerre mondiale en France, elle commande l'un des plus importants réseaux de résistance ayant agi pour les Britanniques, le réseau Alliance, également connu sous le sobriquet d'« Arche de Noé », à cause des pseudonymes animaliers choisis pour ses membres (le sien était « Hérisson », après « POZ 55 »).
Elle succéda comme chef de ce réseau de droite à son fondateur Georges Loustaunau-Lacau après l'arrestation de celui-ci en 1941.
Elle est l'une des rares femmes à avoir dirigé un grand réseau de résistance en France, à l'instar de Marie-Louise Dissard, et l’une des rares en Europe avec la Belge Andrée De Jongh..
Biographie Vie privée Née Marie-Madeleine Bridou, elle se marie avant sa majorité au futur colonel Édouard Méric. C'est sous ce nom qu'elle apparaît dans les documents de la Seconde Guerre mondiale. Elle prendra le nom de Fourcade en 1947 après son remariage, nom sous lequel elle publiera ses souvenirs en 1968.. Mère de deux enfants (un fils né en 1929, et une fille née en 1932), la jeune mère les confie à leur grand-mère par l'intermédiaire d'un policier, Simon Cotoni (plus tard membre du réseau Ajax et chargé de la liaison avec celui d'Alliance). Le couple Méric se sépare quand Édouard se voit muté aux Affaires indigènes du Maroc.
Avant-guerre En 1936, elle rencontre deux camarades de son beau-frère Georges Georges-Picot, officier supérieur : Charles de Gaulle et Georges Loustaunau-Lacau. Déjà chroniqueuse (de mode) à Radio-Cité, elle accepte une proposition de travail du second, qui cherche à unir les mouvements de droite nationaliste et d'extrême droite contre le Front populaire. Elle est donc associée aux réseaux Corvignolles, puis elle est secrétaire générale du groupe de publications nationaliste et antisémite La Spirale (publiant notamment la revue L'Ordre national) qu'anime Loustaunau-Lacau...
Seconde Guerre mondiale Marie-Madeleine Méric, toujours à la tête de La Spirale en 1939, décide de « saborder » L'Ordre national après la mobilisation de Loustaunau-Lacau.. Celui-ci, lorsqu'il revient à Paris en , conseille à ses collaborateurs de partir vers le sud, où il les retrouvera . Il les rejoint en août et leur propose aussitôt de monter un réseau de renseignements proche du régime installé à Vichy, qu'il juge alors plus adapté. Il demande à M.-M. Méric d'en devenir le chef d'état-major, devant mettre au point le réseau tandis que lui devra exercer des fonctions publiques plus en vue, et devant permettre l'implantation rapide du projet (notamment en zone occupée). Elle n'est pas très enthousiaste à cette idée mais Loustaunau-Lacau semble n'avoir confiance qu'en elle pour cette tâche.
Prise en main La défaite attire les déçus de l'armistice dans les rangs de la petite organisation. Selon Rémi Kauffer, si Loustanau-Lacau conserve alors une certaine sympathie pour Pétain, M.-M. Méric le voit surtout comme un ambitieux. Une liaison entre zone occupée et zone non occupée est mise en place. Loustaunau-Lacau, souhaitant prendre contact avec les services britanniques et avec l'organisation montée par son ancien camarade de Gaulle, envoie par Pierre Fourcaud (adjoint du colonel Passy) et Pierre Dupuy (ambassadeur du Canada en France) des propositions à Londres. Qui plus est, il envoie un ambassadeur personnel, Jacques Bridou, frère de Marie-Madeleine, marié depuis peu à une Anglaise. Le résultat est en demi-teinte, de Gaulle n'acceptant qu'une complète allégeance à sa personne, ce que Loustaunau-Lacau est très loin de goûter ; les Britanniques en revanche sont intéressés, les premiers renseignements ramenés par Fourcaud montrant l'intérêt d'une liaison avec ce groupe.
M.-M. Méric durant ce temps organise ses troupes : recrutement et orientation des nouveaux arrivants, quadrillage de la zone libre, préparation de filières de passage de la ligne de démarcation et d'évasion vers l'Espagne. Son travail à Vichy est couvert par le général Baston, qui organise le camouflage de leur organisation. Elle commence notamment à recruter dans les milieux de la Marine, via l'officier-mécanicien Henri Schaerrer, auprès de l'Amicale des Marins de France. Cette amicale, installée à Marseille, est dirigée par un officier du Bretagne coulé à Mers el-Kébir, Jean Boutron, secondé par les lieutenants de vaisseau Gabriel Rivière et Émile Audoly, qui sont chargés par M.-M. Méric du renseignement dans le secteur de Marseille. Elle recrute à Monaco un professionnel du renseignement, le colonel Charles Bernis, vieil ami de Loustaunau-Lacau. Il accepte avec peu d'enthousiasme d'être sous les ordres d'une femme, et dirige dès lors la centrale-renseignement qui est installée à Pau.
Fin 1940, l'organisation passe en totale clandestinité ; Loustaunau-Lacau, délégué général à la Légion française des combattants, utilise ses fonctions pour passer facilement en zone occupée. M.-M. Méric doit utiliser des Ausweis fournis par un entrepreneur collaborationniste, et elle est contrôlée dès son premier passage ; elle rejoint l'ancien siège de L'Ordre national, où elle s'installe. Loustaunau-Lacau s'aperçoit qu'elle attire déjà la curiosité des services allemands et la fait repartir pour le sud. Entre-temps, elle a recruté le chef de secteur pour Paris, Armand Bonnet. De retour à Vichy, estimant que leur sécurité n'y est plus optimale, elle fait déménager leur quartier général pour rejoindre Pau.
Le , Loustaunau-Lacau rencontre les Britanniques au Portugal, en la personne de Kenneth Cohen du Secret Intelligence Service, alias « Crane ». Tous deux se mettent d'accord sur leurs relations futures : les Britanniques fourniront les moyens nécessaires au développement du réseau, et auront en échange la primeur des renseignements récoltés, ceux-ci étant ensuite également fournis à la France libre. M.-M. Méric a organisé son état-major : son adjoint est désormais le sous-officier Maurice Coustenoble, de l'armée de l'Air ; Henri Schaerrer prend la tête de la zone occupée. Elle organise les budgets. La lenteur des transmissions engendre de la frustration auprès de ses équipes.
À la suite de la rencontre du commandant Léon Faye, sous-chef d'état-major de l'armée de l'Air en Afrique, Loustaunau-Lacau prépare avec lui un complot visant à faire passer en dissidence l'entièreté de l'armée d'Afrique. Ce complot tourne court : Faye est arrêté à Alger le , Loustaunau-Lacau est exfiltré par l'un de ses contacts puis finalement arrêté le à Pau et emprisonné par la police française. Le général Baston est également arrêté. Malgré ces arrestations et celle de Schaerrer le , et malgré les doutes de ses subordonnés, M.-M. Méric décide de prendre seule la tête du réseau SR Alliance, ce qu'elle annonce par un simple télégramme radio à l'Intelligence Service. C'est sous son indicatif « POZ 55 » qu'elle prévient Londres de l'arrestation du du groupe, rédigeant tout au masculin ; Loustaunau-Lacau n'a pas transmis son identité aux Britanniques, qui ne connaissent que ses fonctions au sein du réseau et la confiance que « Navarre » lui porte. Elle prend un chef d'état-major, « Gavarni », et gère les urgences, le temps que Loustaunau-Lacau redevienne disponible. Le chef du secteur de Paris s'adonnant au marché noir, il est remplacé par son homologue de Bretagne ; en août, un premier parachutage avec comité de réception est organisé., et en octobre, six émetteurs. sont en fonction.
En octobre, le verdict du procès de Loustaunau-Lacau et de Faye, qui a eu lieu à Clermont-Ferrand, est rendu : les accusés sont exclus de l'armée et condamnés à de la prison ferme. Si Faye n'écope que de quelques mois, une peine de deux ans est appliquée à Loustaunau-Lacau, ce qui confirme le nouveau statut de M.-M. Méric. Un nouveau parachutage d'un opérateur-radio, accompagné de matériel et d'un budget de plusieurs millions de francs confirme la confiance des Britanniques. Ces bonnes nouvelles sont mises à mal par de nombreuses arrestations : tous les agents du secteur de Paris, le chef du secteur de Dordogne puis celui de Lyon-Dijon, les agents du secteur interdit du Nord, et enfin l'état-major de M.-M. Méric au grand complet à Pau sont appréhendés. Elle seule, prévenue par une prémonition de Coustenoble, peut y échapper ; elle rejoint l'Espagne grâce à Boutron (qui a été nommé responsable du SR-Marine à l'ambassade de France à Madrid), et y rencontre les émissaires des services britanniques. Ceux-ci, bien qu'étonnés par son identité, lui conservent leur confiance ; le secteur de Marseille, toujours actif, assure l'intérim, néanmoins « Gavarni », mis en liberté surveillée, agit désormais de façon douteuse. M.-M. Méric rentre en France fin décembre.
Nouvel état-major En Espagne, elle a pu corriger quelques écueils dans la transmission des renseignements avec Londres ; elle repart en France avec deux émetteurs supplémentaires. À Marseille, elle revoit enfin « Gavarni », qui lui expose la possibilité de faire libérer tous les agents pris par la police française, à condition que le réseau travaille directement pour les services vichystes ; il continuerait à garder une liaison avec les Britanniques pour obtenir des moyens supplémentaires. M.-M. Méric semble accepter (les agents de l'état-major sont libérés), mais préfère court-circuiter définitivement « Gavarni », en le remplaçant par Léon Faye, récemment sorti de prison, qu'elle convainc de rejoindre l'action clandestine. Le PC est installé à Marseille, et le recrutement est grandement facilité par les contacts que Faye a dans l'armée de l'Air, ravivés par son procès : les officiers Édouard Kauffmann, Jean-Baptiste Morraglia, Fernand Alamichel, le normalien Georges Lamarque et bien d'autres sont autant de cadres que le réseau peut ajouter à ses membres.
Le réseau prenant de l'ampleur change l'identification de ses membres, en adoptant des totems animaliers. Dès lors, Méric est « Hérisson », Faye prend le pseudonyme d'« Aigle ». Elle est sommée de se livrer à la police par son beau-frère Georges-Picot ; Boutron est arrêté. Si la confrontation avec les autorités de Vichy tourne en sa faveur (elle est relâchée), ses activités sont surveillées sans être entravées. Les agents, Boutron excepté, se disculpent. Le retour en avril de Pierre Laval à la tête du gouvernement les plonge à nouveau dans la clandestinité. Dans le Sud-Ouest, M.-M. Méric s'appuie sur le commissaire Jean Philippe dit « Basset », chef du secteur de Toulouse. Le même mois, Alamichel, chef du secteur de Paris, propose à Méric de prendre à eux deux la tête du réseau, écartant Faye et passant totalement sous le contrôle de De Gaulle. Elle y voit des ambitions plus personnelles et tente d'écarter Alamichel de Paris, le remplaçant par Maurice de Mac Mahon ; Alamichel refuse une nouvelle affectation et crée un réseau parallèle.
Opérations de résistance et arrestations vignette|Fausse carte d'identité de Marie-Madeleine Méric (avant 1944). À la demande du Secret Intelligence Service (MI6), Méric prend contact avec le général Henri Giraud, dont la personne intéresse fortement les Alliés. Évadé de la forteresse de Königstein en , Giraud est soutenu par Churchill et par Roosevelt, qui espèrent ainsi disposer en Algérie d'un appui plus docile (et plus populaire en Afrique du Nord) que de Gaulle. Les prétentions de celui-ci (qui souhaite prendre la tête de la Résistance pour toute l'Europe) sont telles qu'aucune suite n'est donnée pour un moment. Finalement, c'est l'imminence du débarquement allié en Afrique du Nord qui précipite les choses : l'opération Minerve, prévue pour le , sous la responsabilité de Faye et de Bernis, prévoit le départ en sous-marin (le ) depuis la plage du Lavandou, du général Giraud pour Gibraltar. Dans la nuit du au , à la suite de plusieurs retards, le transfert est enfin réalisé.