Le château d'Azay-le-Rideau, situé dans la commune d'Azay-le-Rideau en Indre-et-Loire, est un château de style Renaissance bâti sous le règne de François pour Gilles Berthelot, trésorier de France.
Profondément restauré et remanié au par ses propriétaires dans le style néo-Renaissance, il est acheté par l’État en 1905 et classé monuments historiques le . Il est un des fleurons des châteaux de la vallée de la Loire qui a accueilli plus de visiteurs en 2024, ce qui fait de lui le cinquième site du Val de Loire en termes de fréquentation, derrière le château de Chambord, celui de Cheverny, de Chaumont-sur-Loire et de BloisComité Régional du Tourisme Centre-Val de Loire, « Bilan de l'activité touristique en Centre-Val de Loire », 31 août 2025, p.3.
Histoire Construction du château pour le trésorier de France Gilles Berthelot et son épouse (1518) À la fin du , Martin Berthelot († vers 1498), maître de la chambre aux deniers du roi, reçoit en dot de sa femme l'ancienne forteresse d'Azay qui avait été achetée par le père de celle-ci, bourgeois de Tours. Son fils, Gilles Berthelot, trésorier de France et plus tard maire de Tours, complète en 1512 l’acquisition à Azay de biens qui forment alors son domaine d'AzayJean-Claude Le Guillou, Azay-le-Rideau: Entre Renaissance et romantisme, CNRS Éditions, 1985, pages 14-15..
Monté en partie sur pilotis dans le lit de l'Indre à l'emplacement même de l'ancienne forteresse, le château d'Azay-le-rideau est bâti de 1518 à 1524 par un architecte non identifié à ce jourJean-Claude Le Guillou, Azay-le-Rideau: Entre Renaissance et romantisme, CNRS Éditions, 1985, page 26. pour Gilles Berthelot et son épouse Philippe Lesbahy, à l'emplacement d'un château féodal qui selon la tradition, aurait été érigé pour un certain Huges Ridel et fut démantelé et brûlé en 1418 par le Dauphin lors de l'invasion de la Touraine par le duc de BourgognePierre-Marie Auzas, Azay-le-Rideau, 1949, pages 7-8..
Gilles Berthelot étant souvent absent, les travaux sont réalisés sous la direction de sa femme Philippe Lesbahy, qui quand elle est elle-même absente, confie la surveillance du chantier à l'abbé Guillaume Artault, curé de Saint-Cyr.
Gilles Berthelot n'a pas le temps de terminer la construction du château. Un certain nombre de financiers dont son cousin Jacques de Beaune-Semblançay et lui-même sont accusés de malversation. Semblançay est arrêté et pendu et Gilles Berthelot est condamné en . Craignant pour sa vie, il s'enfuit alors à Metz avec son épouse. Il meurt à Cambrai en 1529Hervé Chouinard, Axay-Le-Rideau, Éditions Ouest France, 1999, page 13.Bulletin de la Société archéologique de Touraine, volume 50, 2004, page 193.. En , François confisque le château qui est alors inachevé.
Donné par le roi à Antoine Raffin et transmission dans sa descendance (1535-1791) Philippe Lesbahy, veuve de Gille Berthelot, demande à François la restitution du château d'Azay-le-Rideau, mais en vain : le roi l'offre en 1535 à Antoine Raffin, capitaine de ses gardes du corps et sénéchal d'Agenois et de Gascogne.
Antoine Raffin fait effectuer quelques aménagements au château, mais l'idée de fermer la cour (ce qui lui aurait donné la forme traditionnelle d'un quadrilatère) est abandonnée et le château conservera une forme « en L »Jean des Cars La véritable histoire des châteaux de la Loire Ed. Plon, 2009..
Par le mariage de sa petite-fille, le château passe dans la famille de Saint-Gelais de Lusignan de Lansac, puis en 1651 dans la famille de Vassé et en 1684 à Henri de Beringhen, premier écuyer du roi. Ce dernier fit construire à l'entrée du château les communs, pour contenir les écuries, l'orangerie et les logements du personnel. Il fait également tracer une majestueuse cour en hémicycle devant la grille d'honneur. Le château passe à son fils Jacques-Louis de Beringhen, puis ensuite, toujours par alliance, à la famille de Vassé, puis à Alexis Le Mayre, marquis de Courtemanche, qui le vend en 1791 à la famille de BiencourtPierre-Marie Auzas, Azay-le-Rideau, 1949, page 9..
Achat et transformation par la famille de Biencourt (1791-1899) En 1791 le château « abandonné et très dégradé » est vendu pour tournois par Alexis de Courtemanche au marquis Charles de Biencourt (1747-1824), maréchal des camps et armées du roi, député de la noblesse aux États Généraux de 1789, puis à la Constituante. Le marquis de Biencourt étant favorable aux idées nouvelles, le château échappe de ce fait à la destruction lors de la Révolution Hervé Chouinard, Axay-Le-Rideau, Éditions Ouest France, 1999, page 15..
Le marquis de Biencourt et son épouse Marie-Jeanne Chauvelin de Beauséjour procèdent à de profonds changements intérieurs et extérieurs et emploient pour cela l'architecte Pierre-Charles Dusillion, qui avait également travaillé au château voisin d'Ussé. Ils font ajouter au rez-de-chaussée Sud du château un « pavillon chinois » (détruit vers 1860 ?), et vers 1825 ou 1826 aménager la bibliothèque qui, comme le salon situé à l'opposé, est alors décoré de lambris bas en bois mouluré surmontés d'une toile peinte à grands motifs végétaux (conservée - projet de restitution de l'état ).
Son fils Armand-François-Marie de Biencourt (1773-1854), maire de la commune d'Azay de 1825 à 1830, entretient avec beaucoup de soins le châteauGeorges Touchard-Lafosse, La Loire historique, Delahays, 1858, page 289. et entreprend la première grande restauration. En 1845, il fait construite une tour de style Renaissance pour remplacer une tour médiévale qui subsistait à droite à l'entrée de la cour d'honneur et ajoute en 1865 une nouvelle tour copiée sur la première, pour rendre symétrique la façade est. Il fait procéder au rétablissement des voûtes et des lucarnes, il fait aussi élargir le terre-plein dominant la rivière au sud, créant ainsi une grande terrasse desservie depuis le salon par un perron, qui sont supprimés lors de la restauration du .
Il y constitue une collection de près de 300 portraits historiques attribués aux plus grands peintres. Le château est ouvert aux visiteurs, fait rare pour un bien privé sous le Second Empire.
En 1871, après la défaite de l'armée française, des troupes prussiennes s'installent dans le château qui est réquisitionné. La demeure est occupée pendant un mois par le prince Frédéric-Charles de Prusse et son état-majorChâteaux de la Loire, Bonechi, 2011, page 128.
Mise en vente (1899) et achat par l’État (1905) Ruiné entre autres par le krach boursier de l'Union Générale (1882) et ne pouvant plus assurer l'entretien du domaine d'Azay-Le-Rideau, Charles-Marie-Christian de Biencourt (1826-1914), propriétaire depuis 1862, veuf et ayant perdu ses deux fils, est contraint en 1898 de mettre en vente ce patrimoine. Dans un premier temps, il met en vente le mobilier et les œuvres d'art dont les 300 portraits historiques puis la demeure et ses de terres dont un parc de , douze fermes, trois moulins à eau.
Ces biens sont acquis une première fois en pour par Henry de Larocque-Latour et son épouse Alice de Cugnac, dans le but de le transformer « en université destinée à de jeunes pensionnaires étrangers qui auraient étudié la civilisation française » ; mais leur projet s'avère insolvable ; le domaine est placé sous saisie par le tribunal civil de Chinon en 1902 qui ordonne une vente aux enchères publiques le du domaine et du château d'Azay-Le-Rideau pour une mise à prix de . L'adjudication fut ajournée faute d'enchères et le domaine fut remis en vente sur une nouvelle mise à prix de Bulletin trimestriel de la Société archéologique de Touraine, volume 37, Société archéologique de Touraine, 1972, page 442..
Le domaine est acheté pour par Jean-Achille Arteau, « avoué plaidant à Tours », qui conserve les vastes terres et bois de bon rapport, mais veut se défaire du château vide de mobilier et du parc, qu'il propose à l'État.
Le , l'État achète le château et une partie du parc pour -or (de l'ordre de grandeur d'un million d'euros de 2023), grâce à un legs de l'industriel Léon Dru ; l'ensemble est classé Monument Historique le même jour, et un an plus tard y est créé par décret un « musée national de l'art de la Renaissance », placé sous la double responsabilité du conservateur Xavier de Ricard et de l'architecte Jean Hardion.
Depuis 1907, le château a fait l'objet d'importantes restaurations, notamment celle menée de 2015 à 2017.
En 1939-1940, le château en partie démeublé abrite la Direction Générale de l’Éducation Nationale « en repli » comme les autres ministères français.
Le château est aujourd'hui géré par le Centre des monuments nationauxSite des Monuments nationaux.. Il a bénéficié d'importants dépôts du Mobilier national pour reconstituer d'après photographies, l'ambiance des intérieurs des Biencourt.
Architecture Extérieur vignette|Vue du château d'Azay-le-Rideau par le côté de la cour intérieure. Décrit par Balzac (hôte de Saché) qui y déjeune une fois, comme , Azay-le-Rideau est un des plus célèbres châteaux de la Loire.
Relativement petit, le corps de logis s'articule en un corps principal et une aile en équerre, quadrillés de bandeaux horizontaux, entourés par l'Indre et par un parc boisé. Chaque angle est pourvu d'une tourelle. Le centre du bâtiment est désigné par l'entrée monumentale, ainsi que par l'escalier d'honneur à rampes droites qui dérègle le rythme des fenêtres : il dispose en effet de trois étages de baies jumelées formant des loggias et un fronton ouvragé, décalés par rapport au réseau des fenêtres du reste de l'édifice. Cet élément à grande valeur décorative est composé de plusieurs ornements à la mode italienne : colonnes, pilastres, coquilles, médaillons
thumb|La salamandre de François et sa devise : « Nutrisco et extinguo ». La porte d'entrée, semblable aux arcs de triomphe romains, est ornée des initiales de Gilles Berthelot et de sa femme, tandis que la partie inférieure des baies est décorée de la salamandre et de l'hermine, en référence au roi François et à son épouse Claude.
Les volées portant le plafond de l'escalier d'honneur sont ornées de caissons encadrant des médaillons sculptés représentant des visages ou bustes de personnages vus de profil, certains du , série qui fut continuée par l'ajout de « la filiation des rois et reines de France de Louis XII jusqu'à Henri IV » commandée par Armand-François de Biencourt. Les clés d'arc présentent des sculptures très travaillées.
Mais cette inspiration italianisante alterne avec des références féodales devenues éléments de décor. Ainsi, on observe la trace de mâchicoulis sur les toits et d'un chemin de ronde sur les murs extérieurs dont la disposition - courant sur trois côtés et se prolongeant derrière les fenêtres ouvertes dans le parapet - rappelle celle du château de Montsoreau. Tout cela mêlé à de hautes toitures, ornées de poivrières effilées et de longues lucarnes.
Intérieur 200px|thumb|Antichambre au premier étage du château. Au-dessus de la cheminée, un portrait du marquis de Beringhen, par Mignard.
L'intérieur reste celui d'un château de la Renaissance italienne, avec ses décors sculpturaux riches, où restent des traces de la Renaissance flamande avec les tapisseries du et exposées dans plusieurs pièces du château.
On note des « verdures » d'Anvers et Tournai, des scènes de l'Ancien Testament tissés à Audenarde, l'Histoire de Psyché réalisée à Bruxelles, ou encore la tenture de Renaud et Armide, exécutée à Paris dans les ateliers du faubourg Saint-Marcel d'après des cartons de Simon Vouet. Le mobilier et le décor sont également très riches : chaire à dais en chêne de la fin du , crédences ainsi que plusieurs tableaux, dont une Dame au bain (Diane de Poitiers ?) de François Clouet, le portrait de Catherine de Médicis.
L'intérieur est notamment constitué de plusieurs salons et appartements, dont la plupart ont été redécorés dans le style néo-Renaissance au :