thumb|Prononciation en anglais américain de l'expression no highway cowboys , dont les cinq voyelles sont toutes des diphtongues. thumb|Diagramme phonétique des diphtongues de l'anglais américain illustrées par l'extrait ci-dessus. Une diphtongue est un type de voyelle dont le point d'articulation et le timbre varient lors de son émission entre une position de départ et une position d'arrivée.

Une diphtongue est comprise dans une seule et même syllabe : elle se distingue par là du hiatus, lequel désigne une succession de deux voyelles appartenant à des syllabes différentes. Elle doit également être distinguée du digramme, qui est une réalité graphique plutôt que phonétique : bien que les diphtongues soient souvent notées orthographiquement par des digrammes, il n'y a pas de rapport obligé entre les deux notions. Par exemple le digramme « au », qui correspondait bien à une diphtongue en latin et en ancien français (prononcée /au/ voire /aw/), n'est plus du tout aujourd'hui en français moderne une diphtongue mais correspond au phonème vocalique simple et stable : /o/.

Dans certaines langues, on peut trouver également des triphtongues, dont le timbre varie deux fois. Le terme générique de polyphtongue couvre l'ensemble de ces voyelles de timbre variable. Il s'oppose globalement à celui de monophtongue, qui désigne une voyelle de timbre stable tout au long de son émission.

Étymologie Le mot provient du grec ancien / díphthoggos, littéralement « son double », par son adaptation latine . Il est apparu en français dès le , sous la forme simplifiée ditonge..

Problèmes de définition Nature phonétique En réalité, l'analyse phonétique montre qu'il n'y a pas deux ou trois étapes dans les di- ou triphtongues mais que le son varie tout au long de l’articulation (glissement ou ) et que c'est par ailleurs le cas de tout son produit par le système articulatoire, ne serait-ce qu'au début et à la fin de son articulation. Il n'y a pas forcément de ligne absolument tranchée entre une vraie monophtongue et une vraie diphtongue mais on peut bien distinguer en général des voyelles typiquement stables (monophtongues) et d'autres plus typiquement variables (polyphtongues).

Statut phonologique C'est l'inventaire phonétique d'une langue qui donne une liste de ses phones, indépendamment de leurs notations conventionnelles. À partir de ce premier inventaire on peut rechercher la liste de ses phonèmes. Cet examen phonématique se fait par la méthode des paires minimales, qui consiste à essayer des permutations minimales de sons permettant d'obtenir de nouveaux mots, et à établir ainsi les oppositions pertinentes dans la langue envisagée. Deux chercheurs indépendants doivent normalement par cette méthode établir une liste identique des phonèmes, mais certains phénomènes peuvent compliquer cette recherche.

L'inventaire des phonèmes n'est normalement pas gêné par l'existence d'allophones, facilement réunis en un seul phonème ; par contre, il est connu que l'existence d'archiphonèmes (plusieurs phonèmes paraissant distincts dans certains contextes et identiques dans d'autres) peut effectivement gêner le comptage. De même les diphtongues dans une langue risquent d'être interprétées comme des suites de deux phones, donc de deux phonèmes (notamment si leurs points de départ et d'arrivée existent en tant que monophtongues dans la même langue) à moins qu'il existe des allophones monophtongues et d'autres diphtongues du même phonème dans différents dialectes.

Étant donné que la notion de phonème, en pratique, est couramment utilisée aussi bien par des phonéticiens que par des phonologues, un conflit sur le nombre de ceux-ci dans une langue pourra surgir entre ces deux disciplines. Un tel conflit pourrait être résolu par l'adoption de la théorie la plus « économique » ou encore par le recours à des disciplines parallèles comme la morphologie.

En pratique, que ce soit en phonologie ou en phonétique, les diphtongues sont rarement prises comme exemples dans les oppositions et peu souvent intégrées dans les tableaux des voyelles. Elles s'y opposeraient pourtant aux autres voyelles par leur seul caractère de diphtongues (une dimension souvent non prise en compte dans les tableaux qu'affectent les phonéticiens) et pourraient ensuite être classées dans un tableau à double entrée en fonction de leur point de départ et d'arrivée. Il existe apparemment peu d'exemples pédagogiques de la caractérisation d'une diphtongue par la méthode des paires minimales, en quelque langue que ce soit.

Diphtongues et hiatus Une diphtongue (ou triphtongue) doit être distinguée d'une séquence de deux (ou trois) voyelles en hiatus. La différence se reflète au niveau de la division en syllabes : une diphtongue constitue un seul noyau syllabique, tandis qu'une séquence de voyelles constitue autant de noyaux et de syllabes différentes.

Dans certaines langues, cette différence permet de constituer des paires minimales qui ne se distinguent que par la division syllabique. Exemple en espagnol : diphtongue hay « il y a » ~ hiatus ahí « là ».

Toutefois, l'hiatus est une position phonétiquement fragile qui peut évoluer historiquement en diphtongue de coalescence par abolition de la division syllabique entre ses composantes. Par exemple, le vieil irlandais différenciait les mots fíach « dette » (avec diphtongue) et fïach « corbeau » (avec hiatus). Cette distinction est conservée en gaélique écossais qui contraste toujours fiach « dette » (avec diphtongue) et fitheach « corbeau » (avec hiatus indiqué par le digramme th utilisé de manière non étymologique). Elle a disparu en revanche en irlandais moderne en faveur d'une prononciation unique en diphtongue , aboutissant à une homophonie entre les deux mots. C'est aussi le cas en mannois, où les deux homophones s'écrivent feeagh pour une prononciation similaire.

Diphtongues et semi-voyelles

Diphtongues, digrammes et fausses diphtongues La diphtongue est un phénomène relevant de la phonologie ou de la phonétique ; elle s'identifie dans le langage parlé et indépendamment de la transcription graphique choisie. Il convient de la distinguer du digramme, l'enchaînement de deux lettres-voyelles, qui relève uniquement de l'écrit. Le rapport de l'oral à l'écrit étant affaire de convention, un digramme peut transcrire une diphtongue, mais aussi bien une monophtongue. C'est fréquemment le cas en français moderne : par exemple, dans faute, le digramme au note la même monophtongue que la lettre simple o dans mot. On parle alors parfois de fausse diphtongue.

À l'opposé, une lettre simple peut très bien transcrire une diphtongue dans certaines langues, par exemple fréquemment en anglais. Ainsi dans les mots anglais gale et past, la lettre a note une diphtongue dans le premier mot et une monophtongue dans le second.

L'existence des fausses diphtongues provient souvent de la simplification historique d'une diphtongue vraie en une monophtongue (monophtongaison), sans que l'orthographe ne soit modifiée pour tenir compte de l'évolution phonétique. Le français au en est un exemple : il notait la diphtongue en ancien français, devenue ou plus rarement en français moderne.

Le digramme utilisé pour noter une fausse diphtongue issue d'une monophtongaison peut ensuite être étendu à des cas où la voyelle, historiquement, n'a jamais été une diphtongue. C'est par exemple le cas du grec ancien, où le digramme ει transcrivait au départ la diphtongue [ei̯], qui s'est ensuite monophtonguée en voyelle longue [eː]. Un cas d'école est la paire de verbes εἶμι « je vais » / εἰμί « je suis » , qui proviennent respectivement du proto-indo-européen *h₁éimi / *h₁ésmi : dans le premier cas, la voyelle longue provient d'une diphtongue plus ancienne, mais dans le second, elle résulte de l'allongement compensatoire de la voyelle brève [e] à la suite de l'amuïssement de la consonne [s]. La différence d'origine reste perceptible dans l'accentuation différente de ces deux verbes.

Les fausses diphtongues peuvent parfois gêner la compréhension d'une langue, notamment lorsqu'elles coexistent avec de vraies diphtongues. C'est notamment le cas en gotique, où la combinaison ai peut se lire soit [ɛ], soit [ɛː] (fausses diphtongues), soit [ai̯] (diphtongue vraie). Pour les distinguer, on peut ainsi avoir recours à des diacritiques, respectivement aí, ai et ái en transcriptionCes distinctions se justifient par l'étymologie, assurée par la comparaison avec les autres langues germaniques. Certains linguistes, par exemple Fernand Mossé dans son Manuel de la lanue gotique (éd. Aubier Montaigne, 1942), estiment cependant que la diphtongue [ai̯] s'était déjà simplifiée en [ɛː] à l'époque où le gotique a été écrit, de sorte qu'il n'aurait plus été nécessaire de faire la différence. Dans cette interprétation, le digramme ai note simplement une voyelle de timbre [ɛ], brève ou longue..

Dans d'autres cas, l'emploi d'un digramme pour noter une monophtongue est une simple commodité, permettant de distinguer un plus grand nombre de voyelles que les signes de base de l'écriture utilisée ne l'auraient permis, sans impliquer par là l'existence antérieure d'une diphtongue. C'est par exemple le cas du néerlandais oe qui note aujourd'hui la voyelle [uː], issue d'un [o:] simple en vieux néerlandais.

Notation Phonétique thumb|Diagramme phonétique des diphtongues de l'allemand. En notation phonétique – représentée conventionnellement entre crochets [] – les diphtongues sont notées dans l'alphabet phonétique international (API) par deux lettres, compte tenu de leur nature dynamique : la première représente la qualité initiale du son (timbre-source) ; la seconde la qualité finale de celui-ci (timbre-cible). Chacune des deux qualités étant un phone voyelle ou semi-voyelle.

Pour clarifier la nature de diphtongue et la différencier de l'hiatus, l'élément secondaire (le moins audible) peut être distingué par une brève inversée souscrite qui indique la nature non syllabique d'un segment, ou par une mise en exposant. Avant la Convention de Kiel en 1989, on utilisait plutôt la brève, mais cet usage est obsolète, ce signe indiquant aujourd'hui une voyelle extra-brève.

+ Différentes représentations de la diphtongue [au] dans l'API Digramme seul Digramme avec brève inversée souscrite Digramme avec exposant Digramme avec brève (obsolète)

Une autre possibilité est de préciser la division syllabique par des points, en distinguant ainsi la diphtongue de l'hiatus .

Sur un diagramme phonétique des voyelles, une diphtongue est représentée par une flèche entre le son au début et le son à la fin de cette réalisation. Une triphtongue est représentée par une flèche coudée passant par un troisième son intermédiaire.

Phonologique En notation phonologique – représentée conventionnellement entre barres obliques // – un conflit surgit entre : le souci de simplicité : ressembler le plus possible à l'écriture phonétique et ne pas avoir à introduire des signes spéciaux ; le souci de rigueur, tout phonème devant normalement être représenté par un graphème unique. Cette question est rarement évoquée dans la littérature scientifique. Une solution serait peut-être d'utiliser des ligatures de lettres (comme œ, æ, etc.) pour représenter les diphtongues, ce qui est possible en utilisant des logiciels spécialisés mais pas les traitements de texte courants. En pratique, l'usage de digrammes domine.

Types de diphtongue On peut relever de très nombreuses possibilités de diphtongues. Il est d'usage de les classer selon les rapports entretenus par le timbre de la position de départ et celui de la position d'arrivée. Deux classements sont couramment employés : selon la phonétique articulatoire, par l'évolution du degré d'aperture au cours de l'émission : on distingue alors des diphtongues fermantes, ouvrantes, centralisantes et harmoniques ;