Esprit-Adolphe Segrétain (Laval, - Paris, ), est un homme de lettres, philosophe, homme politique, essayiste et converti catholique français du . Il est surtout connu pour son amitié avec Louis Veuillot et dom Prosper Guéranger, abbé de Solesmes, ainsi que pour son engagement politique et ses écrits sur l’histoire religieuse de la France.
Biographie Origine Il est né à Laval en 1818 dans une famille enrichie par le négoceMichel Denis, Les royalistes de la Mayenne et le monde moderne (), Paris, Klincksieck, 1977, p. 383. et illustrée par plusieurs fonctionnaires publics de nuance libéraleMichel Denis, Bulletin de la Commission Archéologique et Historique de la Mayenne. Un ami mayennais de Louis Veuillot, Esprit Adolphe Segrétain, Lettres inédites (1855-1861) ., p. 26-56, 1967.. Il est de la famille de Louis-François-Laurent Segrétain. Jeunesse et formation Esprit-Adolphe Segrétain fait ses études au Collège de Versailles, où il se distingue par ses talents littérairesSociété d'archéologie et d'histoire de la Mayenne. Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, Imprimerie de L. Moreau (Laval), 1904, p. 405.. Il obtient en 1837, lors de la distribution des prix de la Sorbonne, le troisième accessit de discours français et le huitième de vers latins. Ces premiers succès annoncent une carrière marquée par une grande facilité d’expression et une curiosité intellectuelle éclectique.
Dès 1840, il publie ses premiers écrits : Poésies de collège, un drame historique en vers, puis un Essai sur l’imagination suivi d’une critique du Spiridion de George Sand et d’une étude sur le Phédon. Il s’essaie également au roman avec Jérôme Cardan, publié dans L'Écho de la Mayenne ( et ).
Carrière littéraire et philosophique En 1840, il publie Les Éléments de l’État, un ouvrage de philosophie sociale en deux volumes, dans lequel il propose un plan complet de réforme politique, religieuse et administrative. Cet ouvrage, composé à l’âge de dix-huit ans et publié à vingt ans, témoigne de sa précocité et de son ambition intellectuelle. Il y défend des idées chrétiennes et catholiques, bien qu’il soit alors influencé par les philosophes des Lumières de son époque.
Il aurait été voué à distraire son oisiveté aisé par la publication de quelques pièces littéraires s'il n'avait pas fait successivement la découverte de Félicité de Lammenais et de dom Guéranger. Ainsi se reconcilient en Esprit-Adolphe Segrétain, libéralisme et religion qui s'harmonisent si mal chez les Orléanistes.
Segrétain se tourne ensuite vers le journalisme, devenant l’un des principaux rédacteurs de L'Écho de la Mayenne. Il y aborde les questions littéraires, philosophiques et politiques qui animent le débat public. Ses relations avec dom Guéranger l'avaient mis en relations avec les rédacteurs de L'Univers, où il écrit des articles.
Engagement politique Seconde République Les Élections législatives françaises de 1848 l’appelèrent sur la brèche politique. Il écrivit dans L'Écho de la Mayenne une série d’articles pour demander des explications aux candidats, recommander le choix des hommes nouveaux, montrer le danger du socialisme, réclamer la liberté religieuse, la Liberté d'enseignement, et enfin pour se prononcer en faveur de Louis-Napoléon Bonaparte contre Cavaignac.
En 1849, après avoir demandé la dissolution de l’Assemblée nationale, il posa sa candidature aux Élections législatives de 1849 dans la Mayenne par une profession de foi très ferme, réclamant un gouvernement qui réalisât l’union de la liberté et de l’autorité, s’appuyant sur la religion. Il échoua avec 20 000 voix, mais se présente de nouveau. Second Empire C'est seulement le Second Empire qui va mettre en selle Esprit-Adolphe Segrétain, leader du parti catholique en Mayenne, grâce à son poids politique, et au choix donné de reprendre l'ancienne revendication de l'érection d'un évêché à LavalMichel Denis, Les royalistes de la Mayenne et le monde moderne (), Paris, Klincksieck, 1977, p. 387..
Il est finalement élu à Château-Gontier le aux Élections législatives de 1852 dans la Mayenne, contre Pierre René Martinet, sous le Second Empire. La même année, le , il est nommé maire de Laval par Napoléon III, fonction qu’il occupe jusqu’en 1857. Le préfet propose son nom car il se rattache par ses convictions religieuses à la majorité et à seul nettement arboré les couleurs napoléoniennes.
Pour autant, le catholique Segrétain et ses amis ne sont pas pour autant devenus de vrais bonapartistes. Le dévouement de Segretain envers le pouvoir n'est pas éclatant au Corps législatif. Segrétain reste en fonction jusqu'en 1857 quoiqu'il eût annoncé le qu'il ne se représenteraient pas aux élections municipales. Son mandat est marqué par un engagement en faveur de la création d’un évêché à Laval, projet qu’il soutient activement et qui aboutit en 1855. Il joue un rôle clé dans la nomination de l’évêque, bien que son candidat, dom GuérangerAmbroise Ledru, Dom Guéranger, abbé de Solesmes, et Mgr Bouvier, évêque du Mans, H. Champion (Paris), 1911, p. 294., ne soit finalement pas retenu.
Fin de la vie politique Aux Élections législatives de 1857, aussi, Antoine Halligon lui enleva le siège électoral de Château-Gontier. Après cet échec électoral, qu'il attribue aux manœuvres de Paul BoudetArchives nationales, F 1 b II Mayenne 10, lettre de démission de la mairie de Laval, 28 juillet 1857., il abandonne toutes ses fonctions politiques en 1857. Il démissionne de ses fonctions de maire et se retire de la vie politique, vint se fixer à Paris pour se consacrer à l’écriture et à la défense de la cause de l’Église.
Sous le Second Empire, après avoir soutenu vigoureusement le régime, comme Louis Veuillot, il lui retire son appui quand Napoléon III se met à favoriser les idées libérales ou favorables à l'héritage révolutionnaire. Segrétain devient sévère à l'égard de Napoléon III, d'autant plus qu'il ne parvient pas à obtenir une audience à Plombières-les-Bains où César mène la vie la plus follichonne du monde. L'Univers critique violemment la politique italienne de Napoléon III, favorable à la réunification italienne aux dépens des États pontificaux.. Ceci vaut son interdiction au journal, le .
Esprit-Adolphe Segrétain est créé commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand en 1861 suite à la demande de Louis Veuillot.Puisque vous savez la choseCommandeur de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, je ne vois pas pourquoi votre ringraziamento attendrait la notification officielle. Ce n'est point ici le cas de tourner sept fois la langue dans sa bouche, et il sied d'improviser. Réservez la réflexion pour les jours où il s'agira d'exécuter un ami tombé dans le malheur, je veux dire dans la distraction. Correspondance de Louis Veuillot, Volume 7, 1892
Conversion et amitié avec Louis Veuillot et dom Guéranger Segrétain est d’abord influencé par les philosophes des Lumières, puis se tourne vers le christianisme, notamment sous l’influence de dom Guéranger, abbé de Solesmes. Sa conversion est progressive : il fréquente d’abord Félicité de Lamennais, avant de se rapprocher de Guéranger, dont il craint d’abord la rigueur morale. Il se soumet finalement à la vie chrétienne après son mariage, en même temps que son épouse.
Son amitié avec Louis VeuillotCorrespondance de Louis Veuillot. Tome 5, 1884-1892, p. 224., qu’il rencontre en 1852, est marquée par une grande complicité intellectuelle et spirituelle. Leur correspondance, publiée en partie par Veuillot sous le titre Lettres à un amiLouis Veuillot, Historiettes et fantaisies, Lettres à un ami, 1866., révèle un esprit vif, brillant, et un caractère à la fois enjoué et profondément sérieux.Il était doué d'un esprit vif, brillant, frivole à l'extérieur, au fond très-sérieux. Sans beaucoup s'appliquer, il avait beaucoup appris. Certains hommes semblent nés pour savoir. Cet amoureux de la conversation, de la musique, de la distraction en tout genre, prenait à la course les choses les plus difficiles et ne lâchait rien. Un sens très-droit l'avait amené presque sans guide aux convictions les plus éloignées de ses premières études et des entraînements de sa vie.. Lettres à un ami, 1866.
Œuvres majeures En 1861, Segrétain publie Sixte-Quint et Henri IV, un ouvrage sur l’abjuration d’Henri IV, qui marque le début d’un projet plus vaste sur l’histoire du protestantisme en France et ses conséquences politiques. Ce livre, salué pour sa clarté et son style, est le premier volet d’une série qui devait inclure l’histoire du traité de Westphalie, de la révocation de l’édit de Nantes et des origines de la Révolution française. La maladie et la mort prématurée de Segrétain l’empêchent de mener ce projet à son terme. Dernières années et mort Atteint d’un cancer, Segrétain meurt à Paris le , à l’âge de 43 ans. Sa maladie et sa fin de vie sont marquées par une profonde conversion spirituelle. Il se tourne vers Dieu avec une foi ardente, acceptant sa souffrance avec humilité et confiance. Ses derniers mots, ses gestes et sa piété édifient ses proches. Publications Poésies de collège, Paris, in-18, 324 p., 1840On y trouve un drame historique en cinq actes et en vers Henri de Guise. ; Éléments d'esthétique. Essai sur l'imagination, suivi d'une critique du Spiridion de G. Sand, d'une étude sur le Phédon, et de quelques morceaux détachés, Paris, in-18, 288 p., 1840 ; Jérôme Cardan, 1840Publiés en deux articles de L'Echo, 31 octobre et . ; Des Éléments de l'État, ou Cinq questions concernant la religion, la philosophie, la morale, l'art et la politique, Paris, 2 volumes, in-18°, 1842 ; Exposition raisonnée de la doctrine philosophique de M. La Mennais, Paris, in-32°, 1843 ; Socialisme catholique, Laval, Feillé-Grandpré, 90 p., in-12, 1849 ; Sixte-Quint et Henri IV. Introduction du protestantisme en France, 1861 .
Pour approfondir Bibliographie
Michel Denis, Bulletin de la Commission Archéologique et Historique de la Mayenne. Un ami mayennais de Louis Veuillot, Esprit Adolphe Segrétain, Lettres inédites (1855-1861) ., p. 26-56, 1967.
Liens externes
Lettre de Lamennais à Esprit-Adolphe Segrétain
Notes et références
Catégorie:Député de la Mayenne Catégorie:Député du Second Empire Catégorie:Écrivain français du XIXe siècle Catégorie:Journaliste français du XIXe siècle Catégorie:Maire de Laval (Mayenne) Catégorie:Littérature dans la Mayenne Catégorie:Naissance en octobre 1818 Catégorie:Naissance à Laval (Mayenne) Catégorie:Décès en février 1862 Catégorie:Décès dans le 7e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 43 ans Catégorie:Chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand