Le M2 Bradley, aussi appelé M2 IFV (Infantry Fighting Vehicle) est un véhicule de combat d'infanterie américain produit par BAE Systems Land and Armaments, anciennement United Defense qui a absorbé la branche militaire de FMC Corporation. Il s'agit d'un des deux principaux modèles de la gamme des Bradley Fighting Vehicles. Ces deux blindés sont nommés en l'honneur du général Omar Bradley.
Histoire Développement initial
vignette|Un XM723 descend d'un MD YC-15 au cours de tests en 1977. Dès le début des années 1960, l’armée des États-Unis chercha à se doter d’un blindé d’un nouveau type : le Véhicule de combat d'infanterie, ou VCI. Alors que les véhicules blindés de transport de troupes utilisés jusque là, comme le M113, n’ont normalement pour rôle que d’amener l’infanterie jusqu’au champ de bataille, le VCI doit accompagner celle-ci au combat et lui permettre de combattre sous blindage en cas de besoin. Ce programme, lancé en 1963, est nommé MICV-70 et formait alors une paire avec le projet MBT-70 devant doter les armées américaine et ouest-allemande d’un char de combat principal commun.
Un premier prototype, le XM701, est livré en par la Pacific Car and Foundry Company, mais le projet est abandonné en 1966 faute de budget. Il est réactivé en 1968, cette fois avec la FMC Corporation, qui développe un autre véhicule, nommé XM765. Celui-ci ne satisfaisant pas entièrement l’armée, le projet traîne alors en longueur, mais, après avoir envisagé l’achat du Marder ouest-allemand, FMC est relancé en pour créer un troisième modèle, le XM723, dont le premier prototype est produit en 1974.
L’orientation des spécifications techniques change cependant en 1975. Du fait de l’abandon du projet ARSV, dont le but était de fournir à la cavalerie un nouveau véhicule de reconnaissance, le MICV est appelé à pouvoir également remplir ce rôle. Le XM723 étant inadapté à cette mission, qui exige notamment une tourelle suffisamment vaste pour deux membres d’équipage et une capacité antichar, le concept doit une nouvelle fois être repris. À la fin de l’année 1976, FMC dessine alors un nouveau modèle sur la base du XM723, mais avec une nouvelle tourelle : le MICV TBAT-II, qui est décliné en deux versions : une pour l’infanterie mécanisée et une de reconnaissance. En , la première est rebaptisée XM2 et la seconde XM3, l’ensemble de la plateforme prenant le nom de Fighting Vehicle System (FVS). Huit prototypes sont évalués entre et , puis l’autorisation de production des deux versions est donnée en , celle pour l’infanterie mécanisée prenant son nom définitif de M2 Bradley, en hommage au général Omar Bradley.
Production et modernisations Dès la mise en production, des études ont été lancées pour améliorer certains aspects du M2. Le résultat de ces études est synthétisé à Aberdeen en 1984 dans une série de prototypes baptisée M2E1. Outre des changements mineurs, comme l’optimisation du circuit électrique afin de réduire le nombre de composants différents ou l’élargissement du panier de tourelle, le M2E1 diffère du véhicule d’origine sur trois points : l’introduction d’un système de filtrage de l’air, ou GPFU, pour protéger l’équipage de conduite contre les armes NBC, le remplacement du TOW par le TOW-2 et la modification de l’aménagement intérieur afin de pouvoir embarquer un septième soldat dans le compartiment arrière. Ces changements sont incorporés progressivement sur la chaîne de montage entre et 1987, les anciens véhicules étant également mis à jour par la suite. Ceux disposant à la fois du GPFU et du TOW-2 prennent alors la désignation de M2A1.
Parallèlement aux travaux sur la version A1, l’apparition du BMP-2 conduit à lancer en 1984 un programme dit High Survivability Version (HSV), dont le but est d’augmenter la survie du véhicule et de son équipage. Ce programme, qui aboutit en à la version A2, contient des modifications importantes du blindage, qui se voit augmenté par des plaques d’acier boulonnées à la coque, un revêtement intérieur en kevlar et la possibilité d’installer des briques de blindage réactif. Il apparut toutefois, après que quelques centaines d’exemplaires ont été produites, que la mobilité des M2A2 était fortement affectée par la forte augmentation de la masse du véhicule causée par ces ajouts, ce qui conduisit à l’introduction d’une nouvelle motorisation en . Les M2A1 furent de leur côté progressivement modernisés à partir de 1990 vers la version A2, mais les M2A0 restèrent en l’état en raison du coût trop élevé de cette modernisation.
La chaîne de montage de FMC a fermé ses portes en 1994, après avoir produit , toutes versions confondues. À cette date, la division défense de l’entreprise a fusionné avec celle de Harsco Corporation pour devenir United Defense Limited Partnership, qui a pris alors en charge le développement des mises à niveau du véhicule. La majorité des A0 et A1 ont été reconstruits au standard A2 et A2 (ODS) dans les années 1990, tandis que l’objectif de conversion de M2A2 en M2A3 était de en 1996.
Le remplacement du Bradley est annoncé depuis 2000, mais connaît de nombreuses difficultés. Après l’annulation d’un premier programme en 2009, un second, moins ambitieux, est lancé en . Le programme GCV, pour Ground Combat Vehicle, vise à la production d’un véhicule de combat d’infanterie pouvant emporter neuf soldats en plus de ses trois membres d’équipage, tout en étant mieux protégés, en particulier contre les mines et les engins explosifs improvisés. À cause d’importantes dérives budgétaires et de problèmes de développement, ce programme est annulé à son tour en 2014. Une simple mise à jour du M2 ou l’achat de véhicules à l’étranger étant envisagés en remplacement..
Histoire opérationnelle 19 bataillons (dont 2 bataillons de la Garde Nationale des États-Unis) ont été réarmés avec le M2 Bradley au Department of Defense Appropriations for Fiscal Year 1988, pages 91-93).
Guerre du Golfe Le premier conflit auquel participa le M2 est la guerre du Golfe, avec environ déployés - et 470 en réserve -., dont environ la moitié de A2 et un tiers de A1. Afin de permettre à un maximum d’unités de bénéficier des versions les plus récentes, des M2A2 furent prélevées sur les réserves en Allemagne de l'Ouest ou envoyées directement depuis la chaîne d’assemblage de FMC, ce qui permit de laisser la majeure partie des A0 en arrière. Toutefois, finalement, seules la 1st Cavalry Division et la 1st Armored Division purent être dotées d’une majorité de M2A2, bien que les régiment et régiment de cavalerie blindé purent également troquer au dernier moment une partie de leur M3A1 contre des M2A2.
Au combat, le M2 fut remarqué pour sa vitesse, qui lui permit, à l’inverse des M113, de suivre le rythme des chars M1, ainsi que pour la qualité de son viseur thermique et sa fiabilité. Le canon se révéla également être particulièrement efficace, les obus perforants M919 à l’uranium appauvri parvenant même à détruire des chars T-55 et Type 59 depuis les côtés ou l’arrière.
Les Bradley détruisirent avec ce canon et les missiles TOW utilisés contre des chars à des distances allant de 800 à , plus de véhicules blindés irakiens que les chars M1 selon un rapport de 1992.
Vingt Bradley furent détruits et huit autres endommagés durant les quatre jours d'offensive terrestre de l'opération Tempête du désert, dont et trois endommagés par le feu ami. Les rapports indiquent une bonne capacité de survie de l'équipage et des troupes embarqués.
Guerre d'Irak vignette|gauche|Un M2 Bradley du Armored Cavalry Regiment durant la guerre d'Irak en 2006.
Durant la guerre d'Irak commencée en 2003, il se montra plus vulnérable dans un contexte de guerre asymétrique face aux engins explosifs improvisés et les tirs de RPG-7 et assimilés. Rien qu'en 2006, 55 Bradley ont été détruits et 700 autres endommagés, et à la fin de la présence militaire américaine en 2011, environ 150 Bradley ont été détruits..
Invasion de l'Ukraine par la Russie Lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie depuis 2022, Le M2 Bradley a été fourni à l'Ukraine par les États-Unis à partir de .. Pour l'analyste Tom Cooper ils .. Les 100 premiers Bradley équipent les trois bataillons mécanisés de la 47e brigade, les lots suivants remplacent les pertes et sont fournis aux 82e et 95e brigade d'assaut aérien, la 100e brigade mécanisée, les 33e et 425e régiment d'assaut « Skala ».
Selon les chiffres de Oryxspioenkop au , l'Ukraine a reçu plus 300 Bradleys, 72 unités ont été détruits et 8 capturés..
Caractéristiques Mobilité vignette|Un M2A1 traverse un plan d’eau en mode amphibie en 1983. Le moteur, placé à l’avant et légèrement décentré sur la droite du véhicule, était à l’origine un moteur Diesel Cummins VTA-903 développant à un régime de , couplé à une transmission hydromécanique General Electric HMPT-500. Cet ensemble permettait aux versions A0 et A1 d’atteindre une vitesse maximale de sur routes, pour une autonomie de .
L’augmentation du blindage de la version A2 conduisit toutefois à une forte augmentation de la masse du véhicule, qui perdit en mobilité. Un nouveau moteur fut donc introduit peu de temps après, en . Celui-ci, le Cummins VTA-903T, est similaire au précédent, mais se voit ajouter un turbocompresseur permettant d’augmenter sa puissance à . La transmission a également été remplacée par un modèle amélioré, la HMPT-500-3, également conçue par General Electric. L’ensemble permet au M2A2 de se déplacer à une vitesse maximale recommandée sur route de , bien que certains conducteurs prétendent avoir atteint des vitesses nettement plus élevées. Avec un plein complet de de carburant, l’autonomie est d’environ .
Le M2 dispose de bonnes capacités de franchissement, étant capable dans sa version A3 de grimper des pentes jusqu’à 40 %, d’escalader des murets de moins de de haut et de traverser des tranchées jusqu’à de largeur, tandis que sa garde au sol lui permet de passer par-dessus des obstacles de .
Le véhicule est partiellement amphibie et peut traverser une étendue d’eau après avoir été préparé à cette fin par la mise en place d’un brise-flots et d’un écran étanche permettant de relever la ligne de flottaison. Les versions A0 et A1 se déplacent dans l’eau avec leurs chenilles, à une vitesse maximale de . Celle-ci a été revue à la baisse à à partir de la version A2. Le système de flottaison présente cependant certaines faiblesses : l’écran étanche peut en particulier se détacher si le véhicule entre trop vite dans l’eau ou évolue à contre-courant, le conduisant à couler ; cette faiblesse a causé de nombreux accidents dans les premières années d’exploitation du Bradley.
En matière d'aide au guidage, le GPS a fait son apparition sur le M2A2ODS. Sur la version A3, il est intégré au sein du système PLGR, pour Precision Lightweight Global positioning system Receiver/Digital Compass System. Le PLGR permet au chef d’engin de localiser en temps réel sur une carte son véhicule, ainsi que ceux de son peloton, avec toutes les données utiles à la navigation. Il permet également de programmer un itinéraire. Le cap à suivre de point en point étant ensuite directement indiqué au conducteur
Armement et équipement Armement principal
Le M2 est armé d’un canon automatique de type Chain gun de , le M242 Bushmaster, disposant de trois modes de tir : semi-automatique, automatique lent à cent coups par minute et automatique rapide à deux cents coups par minute. L’alimentation en munitions se fait par deux bandes distinctes, permettant au tireur d’alterner instantanément entre deux types d’obus, généralement des obus explosifs M792 d’un côté avec des obus perforants M791 ou M919 de l’autre. Le pointage en site est de -9° à +59° tandis que la tourelle pivote en gisement à une vitesse de 60° par seconde.
vignette|Un Bradley tirant un missile TOW (en 1995).