Le minstrel show, ou minstrelsy (de l'anglais minstrel, du français « ménestrel »), est un spectacle américain créé vers la fin des années 1820, où figuraient chants, danses, musique, intermèdes comiques, interprétés par des acteurs blancs qui se noircissaient le visage (blackface)

Les personnages noirs de ces spectacles apparaissaient généralement comme ignorants, stupides, superstitieux, joyeux et doués pour la danse et la musique.

Les acteurs professionnels délaissèrent le genre vers 1910, mais des amateurs le firent durer jusque dans les années 1950. La montée de la lutte contre le racisme le fit totalement disparaître.

Histoire Les débuts Les premières représentations théâtrales de personnages noirs interprétés par des Blancs remontent au tout début du 17e siècleWatkins, Mel (1994), On the Real Side: Laughing, Lying, and Signifying—The Underground Tradition of African-American Humor that Transformed American Culture, from Slavery to Richard Pryor, New York: Simon & Schuster.. Les spectacles de minstrel proprement dits apparaissent toutefois plus tardivement. C’est en 1767 qu’Andrew Barton a produit The Disapointment, la première pièce professionnelle montée aux États-Unis qui mettait en vedette un personnage « negro »Green, A. W. (1970). "Jim Crow", "Zip Coon": The Northern Origins of Negro Minstrelsy. The Massachusetts Review, 385-397.. Vers la fin du , plusieurs types de personnages blackface ont alors commencé à apparaître aux États-Unis. Ils représentaient des serviteurs qui ajoutaient une touche de comédie à la mise en scèneCockrell, Dale (1997), Demons of Disorder: Early Blackface Minstrels and their World, Cambridge University Press / Cambridge Studies in American Theatre and Drama, ..

Ces personnages ont fini par se retrouver sur les scènes théâtrales de New York, mais aussi dans des tavernes et même au cirqueStrausbaugh, John (2006). Black Like You. Tarcher. . Ainsi le phénomène blackface s’est tout d'abord développé dans des endroits peu recommandables de New York, tels que Lower Broadway, au Bowery et à Chatham StreetLott, Eric (1993), Love and Theft: Blackface Minstrelsy and the American Working Class, New York: Oxford University Press, .. Finalement, les spectacles blackface ont migré vers des scènes plus prestigieuses. Le célèbre salon Park Theatre de Brooklyn a même hébergé de tels événements. Avec les années, le théâtre minstrel est devenu très populaire. Les classes sociales défavorisées ont commencé à assister à ces spectacles, très prisés. Les spectateurs jetaient des objets aux acteurs et aux orchestres lorsqu’ils étaient mécontents de l’interprétation d’un personnage ou de la comédie présentée. Les spectacles de minstrel typiques de l’époque étaient souvent des représentations courtes qui incorporaient les premiers éléments de ce qui allait devenir le burlesque américain. Ils se moquaient également des pièces de Shakespeare. Certains spectacles avaient des titres tels que : « Hamlet the Dainty », « Bad Breath, the Crane of Chowder », « Julius Sneezer » et « Dars-de-Money ». vignette|La troupe (blanche) des Bryants Minstrels, 1865 L’expansion du mouvement du spectacle de minstrel a permis à certains artistes blancs de se bâtir une réputation en tant qu’interprètes blackface reconnus. Ainsi, Charles Matthews, George Washington Dixon et Edwin Forrest sont devenus célèbres pour leurs interprétations dans divers spectacles de minstrel. Thomas Darmouth Rice a également grandement influencé le genreBéthune, Christian 8300 defect for UNSW L'Homme, 1 July 2007, Issue 183, . En 1828, il a écrit son numéro chanté et dansé « Jump Jim Crow » qui est alors devenu un emblème du mouvement minstrel. Rice se serait inspiré des esclaves des plantations du Sud des États-Unis pour créer le personnage de Jim Crow. En réalité, l’auteur s'est inspiré de gens du quartier new-yorkais de Catherine Street Market où, comme ailleurs en ville, des Noirs dansaient et chantaient pour récolter de l’argentThoms F. De Voe, The Market Book (1862), New York:Burt Franklin 1969, , quoted in Lott 1993, pp. 41–42. . Ils étaient souvent accompagnés par des musiciens qui jouaient de la musique typiquement associée aux Afro-Américains sur des instruments tels que le banjo. Contrairement au mythe populaire, Jim Crow n’est donc pas une représentation d’un esclave en particulier que Rice aurait rencontré, mais plutôt un assemblage de personnes qu’il aurait observées à New York. Les spectacles de minstrel et l’œuvre de Rice ont donc largement participé à créer des stéréotypes négatifs sur les Noirs. Par ailleurs, de nombreux Blancs s’intéressaient beaucoup à la chanson et à la danse de la culture noire américaine.

L'apogée vignette|Détail d'une affiche pour Bryant's Mintrels (blackfaces), New York, 1859. Tap Roots: The Early History of Tap Dancing par Mark Knowles (2002)

En 1843, un groupe de quatre acteurs a créé la troupe Virginia Minstrels, dirigée par Daniel Decateur Emmet. Leurs spectacles étaient peu organisés et ne présentaient pas une structure bien définie. Les quatre membres du groupe chantaient en s'accompagnant de divers instruments. Ils ajoutaient également quelques remarques comiques à leur texte. Leurs concerts se terminaient toujours avec une « chanson de plantation ». C’est à partir de ce moment que le terme minstrel est devenu synonyme des représentations théâtrales comportant des blackface. gauche|vignette|Couverture de la partition musicale de Dandy Jim from Caroline, avec Dan Emmett (centre) et d'autres acteurs de Virginia Minstrels, v. 1844

En 1845, les Ethiopian Serenaders étaient une troupe de minstrels qui proposait des thèmes plus développés. Ce groupe est devenu plus populaire que la très célèbre troupe Virginia MinstrelsToll, Robert C. (1974), Blacking Up: The Minstrel Show in Nineteenth-century America, New York: Oxford University Press.. La troupe de minstrel la plus importante et la plus renommée du était Christy’s Minstrels. Les acteurs de ce groupe ont joué sur la scène de Broadway pendant près de dix ans. Stephen Foster qui est considéré comme « le père de la musique américaine » a écrit de nombreuses chansons pour cette compagnie.

Les spectacles de minstrel ont atteint leur pic de popularité dans les années 1850 à 1870. Alors que la fréquentation des théâtres chutait dramatiquement, les spectacles de minstrel restaient un genre rémunérateur pour les troupes réputées.

Pendant les années de popularité du minstrel, les troupes d’acteurs voyageaient énormément et se produisaient dans des lieux très divers. Il était possible de voir leurs spectacles dans des maisons d’opéra extravagantes ou dans des tavernes.

La popularité des spectacles de minstrels a suscité la construction de salles de théâtre grandioses à travers les États-Unis afin d’accueillir un nombre croissant de spectateurs.

La popularité des spectacles de minstrel a incité certains Blancs à questionner les conditions de vie des esclaves noirs sans être pour autant pleinement informés de la réalité quotidienne des esclaves. En effet, les thèmes des spectacles blackface étaient alors très superficiels. Certains esclaves étaient représentés comme étant joyeux alors que d’autres étaient victimes d’actes inhumains. Durant les années 1850, les spectacles de minstrels ont soutenu le maintien de l’esclavagisme en donnant une image romantique et optimiste des esclaves. Les histoires montraient des esclaves cherchant à plaire à leurs maîtres par le chant et par la danse. Les propriétaires d'esclaves les suppliaient de rester esclaves en soulignant « la chance » qu’ils avaient de travailler pour eux. Les thèmes et les dialogues des spectacles de minstrels relevaient d'une approche raciste destinée à illustrer la supériorité des Blancs. Le message véhiculé par les spectacles de minstrels était clair : les esclaves étaient heureux et devaient rester en esclavage.

Le déclin Le déclin des spectacles de minstrel a commencé à la suite de la Guerre civile (guerre de Sécession), alors que de nouveaux types de spectacles et de divertissement apparaissaient au nord des États-Unis. Les comédies musicales et les spectacles de vaudeville devenaient des divertissements plus populaires que les spectacles de minstrels.

À la même époque, l’organisation des troupes de minstrels a changé. La taille des troupes augmentait. Une vingtaine d'artistes pouvaient évoluer simultanément sur scène. Des troupes telles que J.H. Haverly’s United Mastodon Minstrels comptaient parfois plus de cent membres. La mise en scène des spectacles s’est transformée. Les décors sont devenus beaucoup plus luxueux et donc plus coûteux. Il était également possible de voir des acrobates japonais ou des artistes de cirque dans les mises en scène de certaines troupes. Ces changements organisationnels ont rendu la production des spectacles de minstrels très dispendieuse et moins rentable.

Malgré ces changements, les nouvelles troupes de minstrels mettaient l'accent sur la qualité de la musique. La plupart des troupes ont ajouté des jubilees ou des spirituals à leur répertoire, vers les années 1870Baer, Hans A., and Merrill Singer. African American religion: Varieties of protest and accommodation. Univ. of Tennessee Press, 2002.. Les thèmes sociaux ont également continué à être au cœur de la plupart des spectacles. Les histoires ayant lieu dans des plantations ont pris moins de place dans les répertoires. La critique sociale principale ressortant des spectacles de minstrel s'est fixée sur la crise de la moralité dans le nord urbanisé des États-Unis. Les grandes villes étaient dépeintes comme corrompues, remplies de pauvres ou de gens malhonnêtes. Les spectacles de minstrels prônaient la vie familiale traditionnelle tout en dénonçant les revendications des femmes, le déclin de la religion et l’immoralité de la sexualité. vignette|Au centre, le comédien Johnny Danvers (1860-1939) lors d'un spectacle avec les Moore & Burgess Minstrels, v. 1901 Vers les années 1880, les spectacles de minstrels ne formaient plus qu’une petite part de l’industrie du divertissement américaine. À la fin du à New York, le Tin Pan Alley alimente les ministrels qui connaissent un regain de popularité avec une nouvelle génération d’Afro-Américains sur scène. En 1880 est apparu le personnage « coon », un homme noir comique qui pouvait parfois être dangereux. Les minstrels étaient mixtes, par contre les rôles pour les Noirs étaient beaucoup plus limités. Les textes du « coon », pleins de stéréotypes sur les Noirs, se rapportaient souvent à l’alcool, aux problèmes causés par les paris, au melon d’eau, au poulet, etc. Les foules blanches adoraient le coon et cet emploi constitua pour les Noirs une porte d'entrée dans le monde du divertissement. C’est au même moment que les lois ségrégationnistes commencèrent à être établies dans le Sud et compliquèrent encore la vie des artistes noirs.

À l’aube du XXe siècle, la musique afro-américaine captait l'esprit moderne de la musique et on y retrouvait de plus en plus de diversité raciale.

De petites troupes d'amateurs ont toutefois continué à divertir des spectateurs jusqu’au début du . Les audiences encore attirées par les spectacles de minstrels se concentraient dans le sud rural des États-Unis. Quelques troupes noires continuèrent à présenter des spectacles mais le genre avait perdu toute popularité. Peu à peu, les spectacles de vaudeville se sont imposés aux États-Unis.

Les minstrels noirs