Les types d'écritures du japonais sont composés de systèmes graphiques : Kanji : un ensemble de logogrammes ou sinogrammes utilisés pendant des siècles, optionnellement annotés de translittération phonétique kana de type furigana ; Kana : deux écritures syllabaires hiragana et katakana équivalentes ; Rōmaji : une romanisation dans l'alphabet latin dans certains cas plus restreints.

Contrairement à la langue chinoise qui connaît des tons, la langue japonaise est atone, et la compilation des kanjis donna lieu à de nombreux homophones. Seule l'écriture fait foi. De ce fait , on ne pourrait pas envisager, aujourd'hui, d'abolir les kanjis pour instaurer une écriture purement phonétique. Mais la langue reste évolutive, et les moyens contemporains de communication ne sont pas entravés au Japon. Au contraire, les kanjis ont des avantages : ce sont des condensés d'information.

Histoire Éléments archéologiques

Divers spécimens d'écritures primitives appelées jindai moji. ou kamiyo moji , quelques caractères pictographiques ou runiques et d'autres proches du hangeul coréen, sont maintenant considérés comme des faux créés pour promouvoir le nationalisme japonais dans les années 1930. L'argument principal est que ces systèmes sont fondés sur la phonologie du japonais moderne, plus restreinte que celle du japonais ancien.

Les caractères chinois firent leur première apparition au Japon comme éléments de décoration d'objets importés de Chine (sceaux, pièces de monnaie, épées, etc.).

vignette|90px|gauche| Shinto. Le plus ancien objet de ce type est le sceau du roi de Na., offert en l'an 57 par l'empereur Han Guang Wudi à un ambassadeur de la période Yamato. De même, des pièces de monnaie chinoises ont été trouvées dans des sites archéologiques de la période Yayoi..

Cependant, la pratique de l'écriture ne se répandit au Japon que vers le de notre ère ; ces caractères chinois importés n'étaient donc probablement pas compris des populations japonaises.

Parmi les premiers témoignages de kanjis au Japon, on trouve des poteries avec des caractères incisés dans la panse, le plus ancien exemplaire datant de la fin du ..

En 2019, le professeur Yasuo Yanagida a défendu l’hypothèse selon laquelle des objets du trouvés dans les ruines d'Uruujitokyu à Itoshima (Préfecture de Fukuoka) ou dans les ruines de Nakabaru à Karatsu (Préfecture de Saga) seraient des pierres à encre produites localement. Elles seraient la preuve d'une pratique de l’écriture au Japon à cette époque..

Proto-histoire

Si l'on en croit le Nihon shoki et le Kojiki, c'est un lettré semi-légendaire du nom de Wani (), envoyé par le royaume de Baekje pendant le règne de l'empereur Ōjin au début du , qui introduisit au Japon le confucianisme et les caractères chinois.. L'arrivée officielle des kanjis aurait eu lieu en 552 selon le Nihon shoki de l'an 720. Il s'agit d'un envoi d'une statue de bouddha et de sūtras par le roi Syöng-Myöng du royaume coréen de Paekche à l'empereur du Japon Kinmei. Une autre source, le Gangōji garan engi, donne la date de 538.

Les caractères chinois sont arrivés au Japon vers le . Pendant la période Yamato, les premiers documents japonais furent probablement écrits à la cour impériale par des émissaires bilingues chinois ou coréens. C'est à cette époque que se rattache la correspondance diplomatique des cinq rois de Wa, datée de 478.

Par la suite, une classe spéciale de lettrés, les fuhito, fut employée à la cour pour lire et écrire le chinois classique. Pendant le règne de l'impératrice Suiko (593-628), le Japon eut en Chine des représentants diplomatiques à temps plein, conduisant à généraliser au Japon l'apprentissage de ce système d'écriture. Initialement, les sinogrammes n'étaient pas utilisés pour écrire le japonais ; être lettré signifiait posséder l'habileté de lire et écrire le chinois classique.

Comme les Japonais n'avaient pas de système d'écriture, ils ont cherché à utiliser les caractères chinois non pas seulement pour écrire le chinois, mais aussi leur propre langue. Jusqu'à nos jours, sur le plan lexical, les kanjis sont ainsi encore essentiellement utilisés, non pour noter des prononciations, mais pour noter des sens. Cependant, le japonais a une structure très différente du chinois classique, et l'écriture chinoise ne permet pas d'en transcrire la grammaire et la syntaxe.

Évolution du système d'écriture

Il existait autrefois un système appelé kanbun (), qui utilisait à la fois les caractères chinois (kanjis) et quelque chose de très similaire à la grammaire chinoise. Le système kanbun de caractères diacritiques fut inventé et utilisé pendant l'époque de Heian (794-1185). À partir d'une écriture en chinois classique, des marques diacritiques étaient placées à côté des caractères chinois pour aider à faire comprendre l'équivalent japonais. Ce système permet aux locuteurs japonais de restructurer les phrases, en indiquant les inversions nécessaires dans l'ordre des mots, et les terminaisons grammaticales des verbes, de manière à pouvoir les lire conformément à la grammaire japonaise.

La première chronique historique écrite du Japon, le Kojiki (), aurait été compilée avant 712, et aurait été écrite en kanbun. Aujourd'hui, les universités japonaises et quelques lycées enseignent toujours le kanbun dans leur cursus littéraire.

Il n'y a pas eu de système d'écriture de la langue japonaise orale jusqu'au développement des man'yōgana (). Ce premier système d'écriture, qui utilisait des caractères chinois pour leurs propriétés phonétiques (dérivées de leur lecture chinoise) plutôt que pour leur valeur sémantique, apparut vers l'an 650 : c'est ce qu'on appelle les man'yōgana, par référence au man'yōshū ou manyōshū (), un recueil de poésie japonaise du qui donna son nom au système d'écriture dérivé. Ces caractères chinois apparaissent avec une valeur phonétique. Les man'yōgana ont initialement été utilisés pour écrire de la poésie..

Par la suite, les hiraganas () et les katakanas () sont tous deux dérivés des man'yōgana.

Initialement très nombreux, les man'yōgana ont au cours du temps subi une diminution drastique de leur nombre jusqu'à se limiter à un par son. Cette évolution conduisit aux hiraganas et katakanas modernes, deux syllabaires de 46 signes de base. ; ces deux systèmes syllabaires modernes de kana sont donc dérivés des caractères chinois kanjis. L'équivalence entre ces deux systèmes syllabaires est résumée dans le système gojūon .

On situe l'apparition des kana vers le , dans des écrits épistolaires. Les hiraganas dérivent d'un ensemble de kanjis utilisés de manière purement phonétique. Les hiraganas étaient autrefois beaucoup plus nombreux (près de trois cents). Pour une syllabe donnée, ces caractères syllabaires étaient utilisés de manière interchangeable, jusqu'à la réforme orthographique de 1900 qui réduisit le nombre à un caractère par syllabe. Les anciens hiraganas éliminés par cette réforme sont à présent appelés des hentaigana. Ces caractères phonétiques étaient écrits en style cursif, et c'est le caractère dans son ensemble qui a subi une très forte stylisation des traits. Les hiraganas étaient accessibles aux femmes (ils étaient appelés onnate.), qui n'avaient accès qu'à une instruction élémentaire : des œuvres majeures de l'époque de Heian (794-1185) ont ainsi été écrites par des femmes en hiragana. Les katakana ont une origine parallèle : ils résultent d'une simplification délibérée des man'yōgana à l'usage des élèves des monastères, et datent du (au début de la période Heian).. Ils ont été formés en ne retenant pour chaque syllabe que quelques traits simples, facilement tracés, et caractéristiques d'un man'yōgana particulier, d'où leur nom de . Ces traits ont ensuite été quelque peu déformés par le tracé cursif. De par leur origine, les katakana sont visuellement beaucoup plus simples que les hiraganas, et plus rapides à tracer.

Les deux syllabaires (hiragana et katakana) permettent de noter l'intégralité des sons existants de la langue japonaise (que l'on pourrait écrire uniquement avec ces syllabaires). Toutefois, les nombreuses homonymies présentes en japonais (voir plus haut) permettraient difficilement de comprendre le sens de certains mots ; d'où l'intérêt des kanjis.

Selon Philippe Pons et Pierre-François Souyri, les écrivaines de l'aristocratie du , comme Murasaki Shikibu (~893-~1015) ou Sei Shônagon (~966-~1024), qui utilisaient la langue de la cour, écrivaient en syllabaire : on jugeait , alors que . Par la suite, à l'époque Edo, les livres seront différenciés en deux catégories : les kôha mono (« choses dures »), livres savants, religieux, distingués, écrits en chinois, encore que truffés de syllabaire katakana ; et les nampa mono (« choses molles »), ouvrages ironiques, satiriques, frivoles, licencieux, comme ceux du maître Santô Kyôden (1761-1816), écrits en syllabaire hiragana..

Composants de l'écriture La une du journal Asahi shinbun du utilise simultanément les quatre formes d'écriture.

est en , en , en , rōmaji et chiffres arabes en noir : texte original : 「.、、1m」 transcription Hepburn : Radokurifu, Marason gorin daihyō ni, ichi-man mētoru shutsujō ni mo fukumi. traduction : séparateur virgule : 「、」 →

Quelques autres exemples d'écriture en japonais : Stylelittéraire.scolaireétrangeroccidentalcommentaireAlphabetsinogrammelisse.fragmentélatinlatinFormedensearrondieangulaire<romaniséelatiniséeGradeRōmajiTraduction française annéeいちイチichiun, 1わたしワタシwatashije, moi et きんぎょキンギョkingyopoisson rouge : たばこタバコtabakotabac, cigarette et げいしゃゲイシャgeisha +

Le corpus par type d'écriture répartie en million de glyphes dans les articles du journal Asahi shinbun de l'année 1993 se décline selon la statistique. suivante : PourcentageÉcrituresMillion de glyphes

Kanji

Les kanjis (漢字, littéralement caractères des Han), sont des caractères chinois assimilés à la langue japonaise. (il existe cependant quelques caractères nationaux). Lors de l'adoption de ces caractères, les Japonais ont également adopté leurs prononciations, qui durent être adaptées au système phonétique japonais beaucoup plus pauvre quant à la variété des sons. Il en résulte donc un grand nombre d'homonymies.

Les kanjis ont parfois un sens différent entre le japonais et le chinois car les emprunts faits au fil du temps n'ont pas été uniformes. On reprenait tantôt pour le sens, tantôt pour la prononciation : on écrivait alors certains mots japonais avec un idéogramme dont la prononciation chinoise se rapprochait de celle du mot japonais à transcrire.

Dans le classement UNESCO des langues les plus difficiles, la langue japonaise est entre le chinois et le français .. Un kanji complexe à calligraphier peut avoir 48 traits dans et jusqu'à 52 traits (4 * 13 traits ) dans . Pour les enfants, un livre d'apprentissage ludique des kanjis peut s'arrêter à 29 traits.. Les kanjis servent pour transcrire la plupart des mots pleins, porteurs de sémantique : gauche|Calligraphie du kanji mi.

le radical des verbes et des adjectifs, comme le caractère à gauche dans 見る (, voir) ou dans 白い (, blanc), la plupart des noms, comme (kawa, rivière) ou (gakkō, école), la plupart des noms propres de personnes comme (Tanaka) ou de lieu (Tōkyō). Cependant certains noms peuvent également être écrits en hiragana ou katakana, en tout ou en partie.

vignette|droite|210px|Prononcer Kyōto. Tous les mots japonais pourraient en principe être écrits entièrement en hiragana ou en katakana ; les mots dont le kanji est rare, trop complexe, ou difficile à comprendre (comme dans des livres d'enfants) sont généralement transcrits en hiragana.

Si certains kanjis peuvent avoir plusieurs lectures possibles selon le contexte, la plupart des kanjis japonais ont une lecture (on'yomi, lecture ON) correspondant aux lectures d'origines chinoises et une lecture (kun'yomi, lecture KUN) correspondant à la lecture japonaise par exemple pour signifiant le bruit :