Claude Boucher, né le 22 décembre 1842 à Blanzy (Saône-et-Loire) et mort le 13 novembre 1913 à Cognac, est un maître-verrier et inventeur français. Installé à Cognac à partir de 1878, il met au point une machine semi-mécanisée de fabrication des bouteilles en verre qui améliore à la fois la productivité, l'hygiène et les conditions de travail des ouvriers verriers. Son invention, brevetée en 1896, est commercialisée dans de nombreux pays et lui vaut un Grand Prix à l'Exposition universelle de 1900 ainsi que la Légion d'honneur en 1909.
Jeunesse et formation Claude Boucher est le fils de François Boucher, journalier puis potier-verrier, et de Marie Malot. Né dans une famille pauvre et illettrée à Blanzy, ville de mineurs de Saône-et-Loire, il commence à travailler en verrerie dès l'âge de dix ans, après une brève scolarité de trois années à l'école communale.
Apprenti-verrier en 1853, il part en 1863 se perfectionner à La Tremblade auprès d'un dénommé Dauxois. Il devient contremaître dès 1864, puis poursuit son parcours aux verreries de Richemont (Moselle) et de Rive-de-Gier (Loire), avant de revenir dans l'Ouest de la France en 1867 comme associé, puis directeur (1869), de la verrerie de Faymoreau en Vendée.
La verrerie de Saint-Martin (1878) En 1878, Claude Boucher rachète la verrerie de Saint-Martin à Cognac, alors dirigée par Léon Vayssette. Selon les sources, son installation à Cognac résulte soit de l'initiative de l'abbé Cousin, qui lui assure y trouver le sable, la craie, la marne et l'alumine nécessaires à la fabrication du verre, soit de ses propres recherches menées dès 1872. C'est dans cette verrerie qu'il développe l'essentiel de ses innovations.
Entre 1879 et 1901, Boucher dépose vingt-et-un brevets et huit certificats d'addition, portant sur les fours, les moules, les bouteilles, mais aussi les verres à vitre, les plaques de verre et le papier.
Innovations techniques
Le four à bassin (1884) En 1884, Boucher brevette un four de fusion dit « à bassin », qui permet d'économiser le combustible en réutilisant la chaleur perdue tout en protégeant les ouvriers de la chaleur. Selon Jules Henrivaux, alors directeur de la manufacture de Saint-Gobain, ce système se révélait supérieur au modèle concurrent développé par l'Allemand Siemens.
La machine semi-mécanisée (1896) Boucher développe une machine à deux moules — ébaucheur et finisseur — actionnée manuellement et pneumatiquement, avec une alimentation en verre encore manuelle, d'où le terme de semi-mécanisation. Brevetée le 15 décembre 1896 (brevet français n° 262149) puis complétée en 1897, elle est présentée comme permettant de « fabriquer mécaniquement les bouteilles et autres produits analogues en verre soufflé sans le concours d'ouvriers spéciaux ».
D'autres tentatives de mécanisation avaient précédé la sienne dès 1894 (modèles Vernay et Maussier), sans succès. La machine de l'Anglais Ashley, intégrant dès 1886 un moule à paraison, permettait de produire 400 bouteilles par jour ; celle de Boucher en produisait environ 1 900 avec seulement deux ouvriers et demi. En 1903, Jules Henrivaux évaluait la production quotidienne du système Boucher à 7 000-8 000 bouteilles en dix heures avec sept ouvriers, contre trente-six ouvriers nécessaires avec un procédé entièrement manuel.
Diffusion internationale Boucher commercialise sa machine à l'étranger sous licence. Si l'expérience allemande échoue, des accords sont conclus en France, dans le reste de l'Europe (jusqu'en Russie), ainsi qu'en Angleterre et en Écosse. L'industriel britannique John Forster améliore la machine pour créer un modèle « Forster/Boucher ». Une verrerie semi-mécanisée est également créée en Afrique du Sud en 1902 — la première de l'hémisphère sud — mais l'entreprise périclite en trois ans, malgré l'envoi sur place du fils de Boucher et de six verriers en 1904. En 1909, Boucher évoque une production de dix millions de bouteilles par an issues de ses machines.
La nouvelle verrerie, route de Saintes (1903) La verrerie de Saint-Martin, agrandie une première fois, est finalement abandonnée au profit d'un nouveau site route de Saintes, à Cognac. Le four unique, d'une capacité de 300 000 kilogrammes de verre fondu, est allumé le 17 octobre 1903 ; l'usine, dont la structure provient des halles de l'Exposition universelle de 1900, emploie alors 450 ouvriers pour une capacité de 30 000 bouteilles par jour.
Distinctions La machine de Boucher lui vaut le Grand Prix du jury international (classe 73) de l'Exposition universelle de 1900 à Paris, qui reconnaît à l'unanimité qu'il a « le premier résolu le difficile problème de la fabrication mécanique des bouteilles ». Il reçoit ensuite la médaille d'or de la Société d'encouragement à l'industrie nationale en 1901, puis le prix Montyon de l'Académie des sciences en 1902, dans la catégorie « Arts insalubres », doté de 2 500 francs. En 1904, à l'occasion de l'Exposition universelle de Saint-Louis, il obtient un nouveau Grand Prix.
Le 3 août 1909, le président Armand Fallières le nomme chevalier de la Légion d'honneur, au titre de « maître verrier à Cognac [...] 56 ans de pratique professionnelle ». Il est décoré le 6 septembre suivant par son ami Jules Henrivaux.
Vie personnelle, mort et postérité Claude Boucher épouse en 1866 Augustine Savy, née à Rochefort en 1850.
Il meurt le 13 novembre 1913 à Cognac. Ses obsèques, le samedi 15 novembre, rassemblent une foule nombreuse ; les commerçants de Cognac ferment leurs magasins en signe de deuil. Il est inhumé au cimetière de Crouin, à Cognac.
Son testament prévoit des legs de 30 000 francs à l'hôpital-hospice de Cognac, de 5 000 francs à la ville pour les crèches municipales et de 5 000 francs au bureau de bienfaisance, ainsi qu'une collection d'objets d'art décoratif en verre, dont plusieurs pièces Art nouveau de son ami Émile Gallé, léguée au musée de Cognac.
Une statue, œuvre du sculpteur Eugène Cartier, est inaugurée à Cognac en 1923. Son nom est également donné à une salle multisport, un collège et une rue de la ville, ainsi qu'à des rues de Châteaubernard, Bordeaux et Blanzy. Une salle du Musée des savoir-faire du cognac porte aujourd'hui son nom et présente l'une des deux machines Boucher connues encore existantes, ainsi que le tableau La verrerie Claude Boucher à Cognac, peint par René Hérisson en 1904. L'autre machine subsistante se trouve au château de Suze-la-Rousse (Drôme), destinée à la fabrication de magnums.
Selon le journaliste Félix Kem, Boucher avait également mis au point une machine à rincer les bouteilles, mais renonça à l'exploiter par crainte de supprimer l'emploi des ouvrières alors chargées de cette tâche.
Épilogue Après que Boucher se fut concentré sur la vente sous licence de son invention, l'Américain Michael J. Owens développa à partir de 1905 une machine entièrement automatisée, implantée en Europe dès 1907 puis en France à partir de 1910. Soixante ans après la machine Boucher, capable de produire 1 900 bouteilles par jour avec deux ouvriers et demi, le modèle Owens « à dix bras » en produisait 49 000 avec deux personnes.
La verrerie de Claude Boucher fut vendue à Saint-Gobain avant de rejoindre un nouveau site sur la commune voisine de Châteaubernard, où elle est toujours en activité.
Galerie de photographies
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Édouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art & Édition, 1930,
Articles connexes Histoire des techniques Histoire de Cognac
Liens externes
Mécanisation de la fabrication des bouteilles La machine Claude Boucher, carnet du Musée des Arts et Métiers Les cahiers Claude Boucher, Amicale des Retraités du Groupe Saint-Gobain Nécrologie de Claude Boucher par George B. Stirbey
Catégorie:Personnalité française de la viticulture Catégorie:Inventeur français du XIXe siècle Catégorie:Naissance en décembre 1842 Catégorie:Naissance en Saône-et-Loire Catégorie:Décès en novembre 1913 Catégorie:Décès à Cognac (Charente) Catégorie:Décès à 70 ans