Maurice Auguste ChevalierActe de naissance de Maurice Chevalier., né le à Paris 20 et mort le à , est un chanteur, acteur, écrivain, parolier, danseur, imitateur, comique et brièvement chroniqueur et homme d'affaires français.

Issu des milieux ouvriers du quartier de Ménilmontant, qu'il contribue à populariserLaeticia Bonnefoy, Le : itinéraires d'histoire et d'architecture, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 2009, ., Maurice Chevalier devient chanteur de « caf'conc' » à l'âge de douze ans. De fil en aiguille, il devient dans les années folles un des artistes les plus populaires du music-hall françaisAndré Halimi écrit : « Son nom, c'est le nom du music-hall pendant un demi-siècle. » (On connaît la chanson, Paris, Éditions L'Harmattan, 2005, .)Theodore Zeldin, Histoire des passions françaises, 1848-1945 : Goût et corruption, Paris, Seuil, 1981, .Pierre Milza et Serge Berstein, Histoire de la France au , volume 2 : 1930-1945, Paris, Éditions Complexe, 2003, . avant d'entamer une fructueuse carrière d'acteur à Hollywood dans les années 1930. Deux fois nommé à l'Oscar du meilleur acteur, il tourne notamment sous la direction d'Ernst Lubitsch. De retour en France, il enchaîne les succès et, pendant l'Occupation, continue à travailler jusqu'au début de l'année 1943 ; il est brièvement inquiété à la Libération puis lavé de tout soupçon en 1945. N'ayant rien perdu de son succès, il alterne tours de chant et cinéma en France (Le silence est d'or en 1947, Ma pomme en 1950) et entame une seconde carrière à Hollywood avec le film Ariane en 1957, consacrée par le succès mondial de Gigi en 1958. Après 66 ans de carrière, il annonce une tournée d'adieux en 1967, et donne son ultime récital à Paris sur la scène du théâtre des Champs-Élysées le .. Ne supportant pas l'ennui et le manque du public, il meurt en 1972 des complications d'une tentative de suicide.

Arborant souvent un canotier et un nœud papillon, Maurice Chevalier et son accent parisien volontairement forcé. représentèrent au long de sa carrière une certaine image de la France et du Français à l'étranger, et notamment aux États-Unis : celle du Parisien typique, gouailleur, souriant, désinvolte et charmeurPhilippe de Comes et Michel Marmin, Le Cinéma français : 1930-1960, Paris, Éditions Atlas, 1984, .James Robert Parish et Michael R. Pitts, Hollywood Songsters: Allyson to Funicello, Routledge, 2003, .. Star internationale de son vivant, il est aujourd'hui encore l'un des chanteurs français les plus connus dans le mondeÉtonnez-moi, 18 février 2012, France Musique (avec Jacques Pessis et Jacqueline Willemetz).. Plusieurs de ses chansons furent de grands succès populaires, telles que Prosper (Yop la boum), Dans la vie faut pas s'en faire, La Chanson du maçon, Valentine, Ah ! si vous connaissiez ma poule, Ma pomme, Ça sent si bon la France, Ça fait d'excellents Français, sa version de Y'a d'la joie, Thank Heaven for Little Girls ou encore son dernier enregistrement, le générique du film Les Aristochats.

Biographie thumb|Maurice Chevalier, photographie de jeunesse dédicacée.

1888-1900 : enfance et débuts scéniques Maurice Auguste Chevalier naît le , au 27 rue du Retrait, à Paris, de l'union de Victor Chevalier (1854-1916), peintre en bâtiment, et de Joséphine Van Den Bosche (1852-1929), passementière. dont les parents venaient de Gand, en Belgique. Il est le neuvième né d'une fratrie de dix enfants dont seulement trois ont atteint l'âge adulte : lui-même et ses frères Charles (1877-1938) et Paul (1884-1969).

Peu de temps après sa naissance, ses parents emménagent dans « un minuscule logement de deux pièces au 15 de la rue Julien-Lacroix, toujours à Ménilmontant ». Il entre à l'école des Frères des écoles chrétiennes, au patronage, rue Boyer, pour y être instruit. En janvier 1894, l'état de santé de sa mère nécessite son placement ainsi que celui de son frère Paul en dépôt à l'hospice des Enfants Assistés pour une vingtaine de jours sous les matricules 159 et 160..

Alors qu'il est âgé de 8 ans, son père, alcoolique, quitte le domicile familial après une ultime scène de ménage, abandonnant sa femme et ses trois enfants pour vivre seul au 27 rue de la Villette au Pré-Saint-Gervais.. Jusqu'à ce qu'il écrive ses mémoires, il préférera dire que son père est mort quand il était enfant..

Il entre à l'école communale de la rue Julien-Lacroix le . Il y restera deux ans, jusqu'au certificat d'études..

L'aîné, Charles, devient le chef de famille mais se fait vite tyrannique. Il va jusqu'à frapper Maurice Chevalier, ce que ce dernier ne lui pardonnera jamais.

Charles quitte à son tour le foyer pour accomplir son service militaire à Amiens le .. Après son retour, il quittera définitivement le domicile familial pour une femme qu'il épouse à Quincy-Voisins, le .

Maurice et Paul et leur mère, qu'ils surnomment « la Louque », restent soudés. Les revenus du foyer sont toutefois très modestes. Il lui faut travailler d'arrache-pied pour faire vivre ses enfants et elle complète ses revenus en faisant le ménage chez des voisins. Mais le surmenage l'affaiblit, provoquant une hospitalisation à l'Hôtel-Dieu de Paris. Alors que son frère Paul est assez âgé pour rester seul, Maurice Chevalier est placé en dépôt pour la seconde fois de sa vie à l'hospice des Enfants Assistés sous le matricule 1327. Il y reste une vingtaine de jours jusqu'au puis réintègre le domicile familial lorsque sa mère sort de l'hôpital..

Quelques semaines après la sortie de la mère de famille de l'hôpital, Paul Chevalier est promu ouvrier par son employeur. Il touche désormais sept francs par jour, soit quarante-deux francs par semaine. Ce nouveau salaire, couplé à celui de la « Louque » permet aux Chevalier de déménager du troisième étage de leur immeuble vers le premier, dans un appartement avec une fenêtre sur la rue.

Sa famille et lui vont tous les samedis et souvent le dimanche, « soit au Palais du Travail, soit au Cirque d'Hiver, soit au Concert du Commerce ou au Cirque Medrano ».

Fasciné par les enfants acrobates, il se met en tête de le devenir lui aussi afin de subvenir aux besoins de sa famille. Après l'école, il s'essaye avec les enfants du quartier à l'acrobatie sur les tas de sable de la rue Sorbier. Il gagne vite l'estime du quartier. Son frère le rejoint et ils fondent un duo nommé les « Chevalier Brothers ». Sans savoir que « brothers » veut dire « frères », Paul Chevalier maquille de vieilles affiches pour y afficher le nom de leur duo.

Il obtient son certificat d'études le . Le registre matricule de l'école Julien Lacroix indique : « Élève très intelligent peu appliqué sur la fin de ses études ». Il est donc désormais temps pour Maurice Chevalier d'entrer en apprentissage. Son frère le fait engager dans l'entreprise pour laquelle il travaille afin qu'il y apprenne la gravure sur métaux. N'ayant que l'acrobatie en tête, Maurice Chevalier est vite renvoyé. Paul décide d'abandonner le duo d'acrobates. Maurice Chevalier se fait engager à l'essai et sans salaire dans un trio acrobatique. La réalité le rattrape : il manque de force et de souplesse et c'est l'accident. Au cours d'un exercice, il heurte un camarade, tombe, s'évanouit et se reveille le visage ensanglanté. Sa mère le persuade alors d'abandonner son projet de devenir acrobate.

thumb|Maurice Chevalier et son frère Paul, 1912.

D'abord découragé, il décide ensuite de devenir chanteur. Il lui faut toutefois un emploi afin de subvenir à ses besoins. Il s'essaie à bien des professions, tour à tour apprenti menuisier, électricien, peintre sur poupées, imprimeur, commis marchand de couleurs, mais partout il est vite renvoyé du fait de son inattention, n'ayant que son nouveau projet en tête. Un apprentissage dans une fabrique de punaises prouvera qu'il murit, car il n'en est pas renvoyé. Payé au millier de punaises fabriquées, il gagne jusqu'à dix francs par semaine.

Il se rend chez un libraire et y achète deux partitions intitulées V'là les croquants et Youp Youp Larifla qui font partie du répertoire d'un chanteur de genre comique paysan nommé Carlos. Il répète allant jusqu'à imiter la gestuelle du chanteur et se procurer des vêtements et accessoires identiques à ceux que le dit artiste a l'habitude de porter sur scène. Malheureusement son attention professionnelle en pâtit, et il a un doigt écrasé dans la machine qu'il dessert. Cet incident l'oblige à arrêter de travailler jusqu'à la cicatrisation.

Pendant sa convalescence, vers la mi-1901, il se rend au Café des Trois Lions, sur le boulevard de Ménilmontant, dont le public est essentiellement ouvrier. Il veut obtenir d'y chanter ses deux chansons sur scène. Sceptique, l'exploitant consent à le laisser chanter, mais ajoute qu'en fait de salaire, il n'aura droit qu'à un café au lait. Extatique, Maurice Chevalier accepte.

Le soir venu, le pianiste lui demande dans quel ton il chantera. N'en ayant aucune idée, il lui répond de jouer dans le ton qu'il désire. Le pianiste commence alors à jouer V'là les croquants, Maurice Chevalier entre en scène déguisé en paysan et en chantant. Il provoque l'hilarité générale. Pensant triompher, il chante plus fort encore et termine la chanson dans ce qu'il pense être une ovation du public. Trois chanteurs lui expliquent en coulisse que la raison pour laquelle il a tant déchainé de rires est qu'il chantait trois tons plus haut que le pianiste ne jouait, et forçait beaucoup trop sur sa voix. Déçu, il rentre chez lui accompagné de son frère et sa mère narquois mais qui le réconfortent néanmoins, l'assurant qu'il sera meilleur la prochaine fois.

1900-1904 : début de la carrière de chanteur Le lendemain soir, il retourne au Café des Trois Lions et est pris sous l'aile de Georgel et Léon Delpierre, qui lui expliquent qu'il est nécessaire que le chanteur et le piano jouent sur le même ton, que le rire qu'il a provoqué la veille n'était pas un « bon rire » puisqu'à ses dépens et que « tout ça ne fait pas artiste ». Ces trois remarques resteront gravées dans sa mémoire.

Il devient un spectateur habitué du Concert du Commerce au Faubourg-du-Temple et commence à fréquenter le chanteur Boucot, qui s'y produit très souvent. Un jour, il descend avec lui « dans Paris », où Boucot se tient au courant des derniers succès à intégrer à son numéro. Ce jour-là, il rencontre entre autres Henri Christiné, auteur-compositeur à succès, et Mayol.

La cicatrisation de son doigt progresse. Il n'a pas oublié avoir promis à sa mère de retourner travailler sitôt remis de sa blessure. Guéri, il reprend donc le travail à la fabrique de punaises. Toutefois il se rend aux toilettes de la fabrique plus que de raison pour y répéter ses chansons.

Tous les samedis et dimanches il continue de se produire au Café des Trois Lions. Il apprend à chanter dans le même ton que le piano. Cependant, des travaux de rénovation contraignent les artistes à arrêter de se produire dans ce café. La troupe se produit alors dans un petit café situé rue Popincourt, mais le public est peu réceptif. Il apprend l'ouverture prochaine d'une salle des fêtes nommée Élysée-Ménilmontant dans un bureau de tabac rue de Ménilmontant et s'y présente. Six mois après ses débuts, il y est engagé sur sa réputation du Café des Trois Lions — toujours sans salaire.

thumb|Maurice Chevalier à ses débuts, très influencé par Dranem.