vignette|Photographie satellite du continent africain prise par la NASA. vignette|Le drapeau rouge, noir et vert, associé au panafricanisme et dessiné par l'UNIA en 1920.

Le panafricanisme est un mouvement et une idéologie politique qui promeut l'indépendance totale du continent africain, et encourage la pratique de la solidarité entre les Africains et les personnes d'ascendance africaine, où qu'ils soient dans le monde, indépendamment de leurs origines ethniques, leurs appartenances religieuses, ou leurs apparences physiques.

Le panafricanisme est à la fois une vision sociale, économique, culturelle et politique d'émancipation des Africains et un mouvement qui vise à unifier les Africains du continent et de la diaspora africaine en une communauté africaine mondialeFrick, Janari, et al. (2006), History: Learner's Book, , South Africa: New Africa Books.. Le cœur de son principe consiste en la certitude que les peuples d'Afrique et de la diaspora partagent une histoire et une destinée commune et que leur progrès social, économique et politique est lié à leur unité. Son objectif ultime est la réalisation d'une organisation politique intégrée de toutes les nations et peuples d'Afrique.

Le mot « panafricain » est apparu à la fin du lors de la préparation de la Première Conférence panafricaine de 1900. Historiquement, l'idée se développe en réaction aux conséquences du démantèlement progressif de l'esclavage en Amérique. L'expansion du panafricanisme se retrouve dans les écrits et discours de quelques figures fondatrices, parmi lesquelles Edward Wilmot Blyden et Anténor Firmin. Au début du , d'autres figures telles que Bénito Sylvain, W. E. B. Du Bois ou Joel Augustus Rogers contribuent à l'affirmation politique du projet panafricain. Avec la décolonisation, celui-ci prend une ampleur nouvelle et se retrouve incarné par des dirigeants tels que Kwame Nkrumah. Encore aujourd'hui, le panafricanisme s'exprime en Afrique comme dans les anciennes puissances coloniales dans les domaines politique, économique, littéraire ou encore culturel. La plus large organisation panafricaine aujourd'hui est l'Union africaineÀ propos de l'Union africaine http://www.au.int/fr/about/nutshell.

Aux origines du panafricanisme

Le mouvement abolitionniste et ses conséquences

L'abolition progressive de la traite et de l'esclavage Si on assiste à la fin du aux premiers balbutiements de la lutte anti-esclavagiste, celle-ci ne devient une réalité qu'avec l'engagement de la Grande-Bretagne. Celui-ci est premièrement textuel : un acte du interdit la traite négrière sur tous les territoires et côtes d'Afrique. De théorique, cette résolution devient réelle et militaire : l'Amirauté britannique établit en 1815 une croisière de surveillance permanente des voies maritimes africaines, la West Africa Anti-Slavery Squadron. Sous l'impulsion de la « croisade » britannique, d'autres puissances occidentales à l'instar des États-Unis (1808) et des Pays-Bas (1814) suivent le mouvement d'abolition de la traite. Le congrès de Vienne (1815) aboutit à une déclaration de principe sur l'abolition de la part des principales puissances européennes : Autriche, Espagne, France, Grande-Bretagne, Portugal, Prusse, Russie et Suède. Quant à l'abolition de l'esclavage (à ne pas confondre avec la traite), elle est selon les régions plus ou moins tardive : 1848 en France, 1863 aux États-Unis et 1888 au Brésil pour citer quelques exemples.

Les esclaves libérés par les Britanniques, puis par d'autres puissances dans les premiers temps de l'abolition de la traite, deviennent le plus souvent des citoyens libres. Le nombre de ces Noirs libres augmente encore considérablement avec l'abolition de l'esclavage en Amérique. Cette augmentation donne lieu, dans les anciennes puissances esclavagistes, à une réaction en deux temps : l'élaboration d'un racisme « scientifique » et la déportation volontaire ou forcée de Noirs en Afrique.

Le développement d'un racisme « scientifique » Au , le racisme s'exprimait dans le rapport utilitaire qu'entretenait le Blanc envers le Noir. C'est ainsi que le vicomte de Mirabeau, propriétaire d'une plantation, déclarait pendant la Révolution à l'Assemblée Nationale : .

Avec la disparition progressive de la fonction servile des Noirs au , un racisme fondé sur de nouveaux arguments « scientifiques » prend son essor. Ses théoriciens multiplient les démonstrations tendancieuses fondées sur des observations et des expériences anatomiques pseudo-scientifiques. En 1801, le médecin naturaliste Julien-Joseph Virey publie une Histoire naturelle du genre humain, dont voici quelques thèses : Pour appuyer ses théories, Virey met en avant des travaux de dissection comparés de corps blancs et noirs portant sur divers aspects, tels que la couleur du sang ou la taille du cerveau. De nombreux naturalistes, à la suite de Virey, établissent une hiérarchie des groupes humains afin de justifier l'hégémonie politique et historique de « races pures » sur des races prétendues inférieures.

La création et l'indépendance du Liberia thumb|285x285px|Le drapeau du Liberia, inspiré des couleurs américaines Au début du , un sentiment racial se développe donc dans la société occidentale, ce qui amène cette dernière à refuser la présence de noirs non serviles sur son sol et, dans le cas des États-Unis, au développement d'un mouvement de « blanchisation » de la population. C'est dans ce contexte qu'en 1816, le révérend Robert Finley et le pasteur créent lAmerican Colonization Society, organisation ayant pour but le transport des « Nègres » libres en Afrique. L'argument principal de Mills et de Finley pour promouvoir leur entreprise est l'amélioration des conditions de vie des Noirs. Il s'agit en fait d'un projet d'exclusion, mais également d'un projet civilisateur destiné à repeupler l'Afrique de Noirs « adoucis par la force de la religion ». De nombreux « Nègres » libres s'opposent à ce projet, notamment à Philadelphie où une assemblée dénonce une « tentative de souiller ignoblement la réputation des gens de couleur libres en déclarant qu'ils sont une partie de la communauté dangereuse et inutile », refusant le « projet de colonisation des côtes de l'Afrique » proposé par Finley et Mills.

Ayant finalement obtenu une autorisation gouvernementale pour organiser une colonie en Afrique, lAmerican Colonization Society envoie en trente familles de « Nègres » libres sur l'Ile Sherbo, située au sud-est de Freetown dans la colonie britannique du Sierra Leone. Par suite de l'échec de l'expédition, l'ACS s'installe en 1822 au Cap Mesurado, où elle fonde Monrovia, actuelle capitale du Liberia. Dans les années suivantes, les gouvernements fédéraux de nombreux états participent au financement du projet ou établissent d'autres colonies sur les côtes du Liberia. Après la constitution d'un Commonwealth du Liberia, les différentes colonies s'unissent et le pays obtient son indépendance en 1846. En 1900, le Liberia compte d'Afro-Américains et environ un million d'Africains.

Les déportations d'esclaves du Brésil Le mouvement d'émigration africaine depuis le continent américain est également présent dans une moindre mesure et sous une autre forme au Brésil. Face à l'intensification des insurrections serviles dans les années 1830, le gouvernement de Bahia déporte en effet dans le golfe de Guinée en . Cette mesure a des conséquences directes sur plusieurs centaines d'Afro-Brésiliens qui demandent volontairement dans les années suivantes leur retour sur les côtes africaines. Cet afflux a permis la formation de familles d’origine afro-bresiliennes notamment au Bénin, au Togo et au Nigeria. Ces créoles brésiliens sont appelés « Agoudas ».

Le rôle pionnier de la diaspora afro-américaine

Edward Wilmot Blyden, partisan du « retour » en Afrique

En dépit de son héritage controversé, Edward Wilmot Blyden a inspiré les dirigeants du panafricanisme en reliant la cause de l'émancipation des Noirs à la défense d'institutions africaines autonomes. Ne pouvant suivre des études aux États-Unis, il part au Liberia avant d'y mener une carrière universitaire et politique. Dès lors, il produit une œuvre idéologique et intellectuelle prolifique, plaidant pour le retour des Afro-Américains libres en Afrique, ainsi que pour l’établissement d'un pouvoir endogène sur le continentRoland Pourtier, « Le panafricanisme. Vers une identité culturelle africaine », hors série Le Monde-La Vie, , « L'atlas des utopies », 2017, 132-133..

Exposant en 1857 sa conception du nationalisme dans « A Vindication of the African Race », Blyden réfute l'idée d'une hiérarchie des races soutenue par Gobineau et appelle à la solidarité entre les Noirs. Promoteur de la pureté raciale, assignant aux Afro-Américains une mission civilisatrice à l'égard des peuples africains, il suscite des attaques de la part d'une partie des métis et de l'élite libérienne. Cette hostilité s'explique également par l'attitude des rapatriés et des Créoles, formant une couche sociale privilégiée par rapport aux autochtones. De par son activité militante et théorique, il a cependant beaucoup influencé les dirigeants du panafricanisme comme Nkrumah. Senghor affirme qu'il est l'un des pères idéologiques de l'unité ouest-africaine.

Anténor Firmin, défenseur de l’égalité humaine thumb|150x150px|Anténor Firmin Anténor Firmin, homme politique haïtien, contribue aux prémices de la pensée panafricaine en publiant en 1885 De l'égalité des races humaines, un essai dans lequel il répond aux théories racistes de Gobineau et démontre la contribution des Noirs à l'histoire et à la civilisation. Son ouvrage s'inscrit plus globalement dans le débat de l'époque entre les partisans du polygénisme et du monogénisme. Démontrant les carences méthodologiques de Georges Pouchet et de Paul Broca, entre autres, il affirme l'unité de l'espèce humaine, fait l'éloge du métissage, voit la civilisation comme une destinée commune contrairement à Dubois, qui, rejoignant les thèses de Johann Gottfried von Herder, défend l'idée que chaque culture possède sa spécificité propre.. En dénonçant la hiérarchie des races, Anténor Firmin s'attaque à la base idéologique de l'esclavage et du colonialismeLazare Ki-Zerbo, « Le panafricanisme, exemple et horizon indépassable de l'indépendance africaine : illustration à partir des Républiques Noires (Haïti, Liberia, Éthiopie) », Africultures 2011/1 (n° 83), p. 178-183, dans De l'égalité des races humaines : anthropologie positive, F. Pichon, 1885, p. 204 Lire en ligne

Le cas de l'Éthiopie

Les résistances de Ménélik II aux tentatives d'invasion italiennes et son succès lors de la bataille d'Adoua en 1896 ont donné à l'Éthiopie une place privilégiée dans la formation de la pensée panafricaine. En 1893, face aux prétentions italiennes, Ménélik II déclare : « L'Éthiopie n'a besoin de personne, elle tend les mains vers Dieu ». Le terme « Éthiopie » définissant à la fois le pays et le continent africain, de nombreux panafricains utilisent par la suite cette citation comme devise au . L'attirance des panafricains pour l'Éthiopie s'explique également par la volontés de ceux-ci, à l'instar d'Edward Blyden, de mettre en avant la lumineuse histoire du continent Africain. L'Éthiopie est en effet une des plus anciennes zones de peuplement humain, et la première forme étatique éthiopienne est attestée depuis le