La dysfonction érectile, également appelée « dysérection », « insuffisance érectile » ou « trouble de l'érection » (et autrefois, quoique de façon imprécise, l'« impuissance » ; voir « Terminologie » ci-dessous), consiste, soit dans l'impossibilité durable d'obtenir une érection adéquate, soit de ne pouvoir la maintenir si elle est obtenue avec une rigidité pénienne suffisante pour l'accomplissement de l'acte sexuel au moment précis de la pénétration...ou pour atteindre l'orgasme par la masturbation. Lorsqu'elle ne consiste que dans une absence de désir sexuel, il est alors question d'aphanisis (trouble du désir sexuel hypoactif). Cette expression désigne le plus souvent les troubles de l'érection du pénis, mais ces troubles existent aussi chez la femme concernant le clitoris.
Le diabète, le tabagisme et l'alcoolisme sont des facteurs de risque reconnus importants de dysfonction érectile, sans qu'il y ait besoin d'avoir d'autres maladies. Mais les troubles d'érection sont le plus souvent liés à des facteurs psychologiques ou interpersonnels.
Terminologie La dysfonction érectile est désignée de plusieurs manières.
Le terme d'« impuissance » a été longtemps utilisé dans le langage courant bien que la dysfonction érectile n'ait pas été la seule cause connue d'impuissance sexuelle des hommes. En effet, les ouvrages médicaux distinguent à proprement parler deux types d'impuissance sexuelle : limpotentia coeundi, signifiant en latin scientifique l'impuissance à réaliser le coït (impuissance dont la cause peut être une dysfonction érectile, mais pas nécessairement), et limpotentia generandi ou concipiendi, autrement dit stérilité ou infertilité (par exemple, absence de sperme). Le terme d'impuissance est en outre aujourd'hui considéré comme portant une « lourde connotation péjorative » et a depuis été remplacé par d'autres termes tels que « dysfonction érectile », « dysérection », « insuffisance érectile » ou « trouble de l'érection ».
Histoire La première trace écrite d’une dysfonction érectile proviennent de l'Égypte antique et datent de 2000 avant J.-C, avec les papyrus d'El-Lahoun (appelés auparavant de Kahun), ils auraient été écrits vers la fin de la et le début de la égyptienne. Les papyrus se trouvent aujourd'hui dans le musée Petrie d'archéologie égyptienne à l'University College de Londres, ils distinguent les impuissances physiques d'impuissances supposées maléfiques.
Dans la littérature grecque puis latine, la dysfonction érectile est l'un des sujets topiques de la satire où des auteurs comme Horace, Ovide ou PétroneHor., Epod. 8, v. 1-2 ; 17-20 ; Ov., Am. 3, 7, v. 27-30 ; 65-66 ; Petr., Sat. 132, 2 ; 138, 7. se moquent des hommes qui ont perdu leur virilité, soit du fait de l'âge, soit de leur intempérance.. Progressivement, à partir du après J.-C., le motif de l'impuissance sexuelle passe de la littérature érotico-satirique à la littérature technique. L'impuissance n'est plus un sujet de rire, mais une pathologie qu'il convient de guérir. Des auteurs comme Celse, Pline l'Ancien ou GalienCelse, Med. 2, 7, 14 ; 6, 18, 2A ; Pline, Nat. 26, 62, 95 ; Galien, Facultés des médicaments simples 8, 18, 5 (Περὶ σατυρίου, K. XII, 118). proposent toute une pharmacopée de substances aphrodisiaques visant à stimuler l'érection.
Le clitoris, sensible grâce au même nerf (nerf dorsal du clitoris, équivalent anatomique du nerf dorsal de la verge), et irrigué et vascularisé par la même artère pudendale que celle qui irrigue le pénisA. Leguerrier (2000) Membre inférieur : nouveaux dossiers d'anatomie-PCEM. Heures de France. est aussi concerné par de possibles troubles de la fonction érectile (ex : l'atteinte de l’artère pudendale externe, éventuellement accidentellement lors d'une opération chirurgicale, est associée à la dysfonction érectile) ; un sujet peu traité alors que la structure anatomique et fonctionnelle du clitoris, principalement interne, n'est décrite complètement que seulement depuis la fin du siècle.. La dysfonction musculaire du diaphragme pelvien (plancher pelvien, PFM) suggère une corrélation anatomique entre la fonction PFM et la fonction sexuelle féminine.
Prévalence Elle est difficile à déterminer en raison d'une sous-estimation probable des cas déclarés et variations de la définition donnée à la dysfonction érectile selon les études (incapacité à obtenir ou à maintenir une érection satisfaisante ; les différentes données ne sont donc pas comparables).
Au début du , en France, plus de 30 % des hommes de plus de 40 ans présenteraient un problème de dysfonction érectile et un même ordre de grandeur est retrouvé en Amérique où 8 % des hommes interrogés signalent une dysfonction érectile « totale ».
Physiopathologie
La stimulation sexuelle cause la libération de monoxyde d’azote qui est un des principaux médiateurs à l’origine d’une érection. Cette libération est localisée et démarre à partir des cellules endothéliales des corps caverneux d’une part et des neurones non adrénergiques et non cholinergiques d’autre part. Sous contrôle de récepteurs spécifiques, les récepteurs P2y, et à l’intérieur du muscle, ce monoxyde d’azote active la guanylate-cyclase, ce qui a pour conséquence d’entraîner une transformation de la guanosine triphosphate en guanosine monophosphate cyclique (GMPc). L’accumulation de GMPc mène, entre autres, à une relaxation de la musculature lisse des artères péniennes et du tissu intra-caverneux, ainsi qu'à l’engorgement du pénis et, , à l’érection.
Causes Elles sont organiques, psychogènes ou mixtes.
L'âge est aussi un facteur augmentant le risque de dysfonction érectile (problème qui touche moins de 10 % des moins de 50 ans, et plus de 20 % des plus de 60 ans)..
Il est fréquent que plusieurs causes additionnent leurs effets. Par exemple, chez les porteurs du HIV, le tabagisme double le risque de dysfonction érectile (prévalence = environ 56 %), mais les troubles anxio-dépressifs sont également présents.
Causes chimiques
L'isotrétinoïne ainsi que certains neuroleptiques, consommés à long terme, peuvent provoquer définitivement la dysfonction érectile.
Le tabac, qui contient notamment de la nicotine et des goudrons, provoque, à long terme, selon l'âge de la personne ou selon sa condition physique, la dysfonction érectile notamment car nocif pour les artères et les vaisseaux sanguins. Une étude épidémiologique basée sur de 35 à 74 ans sans maladie vasculaire clinique a conclu (en 2007) que les troubles de l'érection, en moyenne, augmentent avec le nombre de cigarette fumées par jour, et qu'ils sont plus importants encore si le sujet est diabétique. La cigarette aggrave fortement les troubles de l'érection chez ceux qui prennent d'autres drogues, et notamment chez les consommateurs d'héroïne ou ceux recevant de la méthadone. L'effet ne semble pas irréversible : arrêter de fumer améliore la tumescence du pénis et sa rigidité érectile, y compris après une prostatectomie.
En 2022, la littérature médicale disponible suggère que l'utilisation de la cigarette électronique induit un stress oxydant, avec formation directe d'espèces réactives de l'oxygène et de radicaux hydroxyles, entraînant des lésions endothéliales. Or la dysfonction endothéliale est l'un des mécanismes susceptibles d'engendrer des troubles de l'érection. Un lien causal certain entre le vapotage et la dysfonction érectile est encore à confirmer.
Causes organiques Divers mécanismes physiopathologiques possibles peuvent altérer .
Les maladies cardiovasculaires sont concernées au tout premier rang. Diabète sucré, hypertension artérielle (source de troubles de l'érectionBehr-Roussel D, Chamiot-Clerc P., Bernabé J. & al. (2006) L’hypertension artérielle: facteur de risque de l’insuffisance érectile — démonstration expérimentale. Communication au Congrès de l’Association Française d’Urologie, 20–23 novembre, Paris., en moyenne plus sévères que dans la population générale)., hyperlipémie, ou athérosclérose affectent la vasodilatation des vaisseaux, ce qui va altérer l’afflux sanguin et donc la fonction érectile. La survenue d'une dysfonction érectile avant 60 ans étant fortement corrélée avec le risque d'avoir une maladie cardiovasculaire, une recherche et prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire et des mesures hygiéno-diététiques est alors recommandée. Ainsi, la mise sous régime et exercice physique chez l'obèse permet parfois d'améliorer la dysfonction.
Divers symptômes du bas appareil urinaire et en particulier les « symptômes urinaires obstructifs », un mauvais état général de santé, et certaines maladies chroniques (insuffisance rénale chronique notamment) sont aussi des facteurs de troubles de l'érection. L'insuffisance rénale terminale affecte aussi la fonction sexuelle chez la femme, surtout via des anomalies endocriniennes, la dépression et l'anémie ; cette dysfonction sexuelle (SD) est bien étudiée chez les hommes pour ce qui concerne la dysfonction érectile, mais encore sous-estimée chez les femmes en hémodialyse périodique pour néphropathie diabétique ou néphroangiosclérose (sources d'inactivité sexuelle expliquée par « manque d'intérêt pour le sexe » (64,2 %) et plus rarement à une « difficulté sexuelle » (2,1 %) ; seules 6,2 % des femmes ont manifesté un intérêt à connaître les causes et le traitement de la dysfonction sexuelle, alors que l'hormonothérapie, la correction de l'anémie, la dialyse adéquate, le dépistage de la dépression, voire une transplantation rénale peuvent améliorer la santé sexuelle de ces femmes..
Les maladies neurologiques (accident vasculaire cérébral, sclérose en plaques, maladie d'Alzheimer, mais aussi traumatisme du système nerveux…) ou des déséquilibres hormonaux (insuffisance en hormones mâles liée à un hypogonadisme, maladie thyroïdienne…)Kuhn, J. M. (2001). Hypogonadisme et dysfonction érectile. Act méd Int, 5(6), 256-262. provoquent eux aussi des dysfonctions érectiles.
Certaines pathologies spécifiques du pénis ont aussi pour conséquences des troubles de l’érection ( maladie de La Peyronie., avec fibrose des tissus érectiles). La pratique intense du cyclisme, avec certains types de selles utilisées, est aussi une cause possible....
De nombreux médicaments affectent la fonction érectile. On parle alors d’iatrogénie médicamenteuse. C'est le cas des antihypertenseurs, de certains antidépresseurs., et de neuroleptiques, les diurétiques, les bêta-bloquants, les hypolipémiants, ou la chimiothérapie..
Un geste chirurgical au niveau pelvien (prostatectomie radicale) peut aussi induire des troubles de l’érection..
Le syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS) a été statistiquement significativement associé à une dysfonction érectile (DE). Traiter le SAOS de manière non-invasive (par exemple par un dispositif de pression positive des voies respiratoires) peut souvent améliorer la fonction érectile des patients souffrant à la fois de SAOS et de troubles de l'érection, mais l'acceptabilité de la CPAP par rapport à la prise de sildénafil n'est pas garantie, d'autant que le sildénafil semble aussi pouvoir légèrement améliorer la fonction érectile à 12 semaines..
Causes psychiques et psychosociales Chez beaucoup d’hommes, la « fonction érectile » peut être momentanément, épisodiquement ou durablement perturbée par des causes psychiques et psychosociales (stress, fatigue, réaction émotionnelle ou troubles psychologiques et/ou psychiatriques).