Le Pic de Guadeloupe (Melanerpes herminieri) ou Tapeur est une espèce d'oiseaux de la famille des Picidae appartenant au genre Melanerpes.
Espèce endémique et sédentaire de l'archipel de la Guadeloupe dans les Petites Antilles, ce pic forestier de taille moyenne, au plumage monomorphique entièrement noir avec des reflets rouges à violets sur le ventre, vit principalement dans les zones de la forêt tropicale humide de l'île mais s'adapte également, sous la pression de l'urbanisation, à des milieux forestiers plus ouverts de l'île. Oiseau solitaire et monogame durant la période de reproduction, il niche dans des trous qu'il creuse grâce à son puissant bec droit dans le tronc des arbres morts (principalement des cocotiers) où la femelle pond de trois à cinq œufs qui sont incubés durant quinze jours avant l'éclosion des oisillons, puis assure leur nourrissage au nid pendant environ un mois. Les juvéniles restent auprès des parents pour une longue période d'apprentissage avant de prendre leur autonomie. Les Pics de Guadeloupe sont principalement insectivores, bien qu'ils se nourrissent également de deux sortes de petits vertébrés (une grenouille arboricole et une espèce d'anolis endémique) et consomment une grande variété de fruits saisonniers.
Espèce longtemps considérée comme « quasi menacée » selon l'UICN en raison de son endémisme, de la prédation de ses œufs et de ses nids par les rats noirs, de ses effectifs totaux relativement faibles et des spécificités de l'archipel (topographie des îles, fragmentation de l'habitat et urbanisme), elle est repassée à une évaluation de « préoccupation mineure » en . Si le Pic de Guadeloupe semble relativement protégé sur l'île de Basse-Terre, l'état de ses populations sur Grande-Terre est nettement plus préoccupant. Il est devenu l'un des emblèmes de la faune guadeloupéenne qui se rencontre désormais assez facilement dans le parc national de la Guadeloupe.
Taxinomie Décrit en 1830 par René Primevère Lesson dans le genre Picus, le Pic de Guadeloupe prend son nom scientifique de Melanerpes herminieri en 1951 (travaux du père Robert Pinchon et de Marcel Bon-Saint-Côme) en hommage au naturaliste Félix Louis L'Herminier (1779-1833), personnalité importante de la Guadeloupe et auteur de nombreux ouvrages sur les oiseaux entre 1827 et 1844Pascal Villard (1999), .. Le nom du genre Melanerpes vient du grec melas signifiant « noir » et herpēs signifiant « grimpeur. ». Localement, il est appelé Tapeur, Tapé ou Toto bwa, Toc-toc en créole guadeloupéen.
Il a été envisagé quelque temps comme un genre monotypique, appelé Linneopicus, avant d'être définitivement associé au genre Melanerpes. Membre des vingt-quatre espèces qui composent le genreOu vingt-trois espèces selon Hans Winkler (2015), , qui regroupe Melanerpes pulcher et Melanerpes chrysauchen., il est possible qu'il ait évolué à partir du Pic de Porto Rico (Melanerpes portoricensis) durant le Pléistocène, lui-même dérivant phylogénétiquement du Pic à tête rouge (Melanerpes erythrocephalus) présent exclusivement sur le continent nord-américainPascal Villard (1999), ..Le Pic de Guadeloupe, comme les autres pics présents dans les Caraïbes, sont tous plus éloignés des Pics sud-américains que des espèces nord-américaines ; Pascal Villard (1999), . De plus, les fossiles les plus anciens retrouvés dans les Caraïbes pour le genre Melanerpes datent également du Pléistocène supérieur ; Hans Winkler (2015), ..
Cependant, la phylogénie du genre Melanerpes est celle qui est la moins connue parmi la famille des Picidae dont la divergence en trois sous-familles date d'il y a 30 à d'années, à l'Oligocène ou au Miocène inférieurHans Winkler (2015), ..
Répartition et habitat
Melanerpes herminieri est, depuis l'extinction sur l'île au des Psittacidae (Aratinga labati et l'Amazone de la Guadeloupe (Amazona violacea) Anthony Levesque et Frantz Delcroix, « Liste des oiseaux de la Guadeloupe – édition », Rapport Amazona–ONCFS , septembre 2013, .), la seule espèce d'oiseaux endémique de la GuadeloupeMelanerpes herminieri (Lesson, 1830), Inventaire national du patrimoine naturel, Muséum national d'histoire naturelle, 23 octobre 2018., ainsi que désormais la seule espèce de pics rencontrée dans les Petites Antilles Anthony Levesque et Alain Mathurin, Les Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux en Guadeloupe, Rapport Amazona , juin 2008, . Pascal Villard et Alain Rousteau, Habitats, Density, Population Size, and the Future of the Guadeloupe Woodpecker (Melanerpes herminieri), Ornitología Neotropical 9:121–128, 1998.. C'est aussi l'une des cinq espèces animales endémiques de la Guadeloupe, avec deux espèces de chauves-souris forestières et deux espèces de grenouillesIntroduction par Yves Villers, in Pascal Villard (1999), ..
L'espèce est présente sur l'île principale depuis le niveau de la mer jusqu'à la limite supérieure des arbres, vers d'altitude, mais est historiquement plus présente sur la Basse-Terre, avec une préférence pour la côte Est de l'île, que sur la Grande-Terre ; elle est en revanche totalement absente de toutes les dépendances de la Guadeloupe.
Espèce exclusivement sédentaire, le pic de Guadeloupe se répartit dans pratiquement tous les types forestiers de l'île (forêt semi-décidue sur sols volcaniques et calcaires , forêt tropicale humide à Basse-Terre, mangrove et forêt inondable), de manière cependant hétérogène : il est principalement présent à Basse-Terre, dans les zones de forêt tropicale humide qui regroupent, en 1998, plus de 70 % de la population totale de l'espèce en Guadeloupe, et à 5 % dans ses zones décidues, tandis que les forêts décidues de la Grande-Terre accueillent environ 20 % de la population et la zone de mangrove et de marais au centre de l'archipel les 5 % restants.
En 2008, une étude de l'avifaune guadeloupéenne a montré la présence du Pic de Guadeloupe dans toutes les zones du parc national de la Guadeloupe, avec toujours une préférence pour le massif ombrophile situé sur la côte Est de l'île (Côte-au-vent) ainsi que la zone Nord-Ouest vers Deshaies (nord de la Côte-sous-le-vent) Gilles Leblond, « Étude sur les structures de peuplement de l’avifaune du massif forestier du Parc national de Guadeloupe », Université des Antilles et de la Guyane–Parc national de la Guadeloupe, 2008.. L'espèce semble avoir de plus colonisé les monts Caraïbes, à la pointe sud de la Basse-Terre, entre 1998 et 2007. Globalement en 2008, la Basse-Terre accueille 75 % de la population des pics de l'archipel et la Grande-Terre 25 %. C'est un oiseau territorial qui a besoin d'un territoire de deux à cinq hectares par couple pour vivrePascal Villard (1999), ., voire de dix hectares dans la pointe sud de la Grande-Terre, plus aride.
Description vignette|gauche|alt=Tête d'un pic émergeant de l'entrée de son nid creusé dans un cocotier|Pic de Guadeloupe à l'entrée de son nid. vignette|gauche|alt=Pic entièrement noir agrippé verticalement sur le côté gauche d'un tronc d'arbre|Pic de Guadeloupe. Le Pic de Guadeloupe est une espèce de pics de taille moyenne, robuste, mesurant 26 à de longueur pour un poids compris entre chez les mâles contre chez les femellesCette différence de taille et de poids entre les sexes est probablement le résultat d'une sélection sexuelle des femelles pour des mâles plus gros et puissants par compétition intraspécifique entre mâles ; Pascal Villard (1999), . La fourchette de poids de l'espèce, comprenant les écarts maximums, varie donc de Pascal Villard (1999), .. Très spécifiques dans leur apparence au sein de leur genre Pic de Guadeloupe Melanerpes herminieri sur eBird, consulté le 20 avril 2019., le mâle et la femelle sont les seuls de tous les Melanerpes à ne pas présenter de dimorphisme sexuel marqué au niveau de leur plumageHans Winkler (2015), . : ils sont entièrement noirs, avec des reflets graduels allant du rouge-foncé au bordeaux sur le plumage ventral, bleu-foncé sur le dos et bleu-métallique sur le bout des ailes (faisant chez le mâle en moyenne de longueur pour une envergure de contre chez la femelle). Il est possible que la coloration noire du Pic de Guadeloupe soit un avantage pour sécher par exposition au soleil et lutter contre l'humidité, et que les plumes noires soient plus résistantes à l'abrasion, mais aucune explication définitive n'est à ce jour avancée par la communauté scientifique. De plus, ce pic est un animal qui ne vit pas en colonie ni en groupe, ce qui est un trait de comportement social souvent associé à un monomorphisme au niveau du plumage.
Les pattes sont de couleur gris-vert à gris-bleu, puissantes, aux serres très développées et décourbées pour la préhension de l'écorce par le seul bout de la griffe, ce qui représente une adaptation à la vie exclusivement arboricole sur les troncs et les branches. Les yeux ont de diamètre (pupille de ) avec des iris brun-foncé. Le bec, entièrement noir, est environ 15 à 20 % plus long Robert K. Selander, Sexual Dimorphism and Differential Niche Utilization in Birds, The Condor, vol. 62, , mars-avril 1966. et plus robuste chez le mâle Winkler, H., Christie, D.A. et de Juana, E., Guadeloupe Woodpecker (Melanerpes herminieri), Handbook of the Birds of the World, consulté le 4 avril 2019. ; c'est le critère principal de reconnaissance du sexe des individus : la taille du bec de la femelle est égale à celle de sa tête tandis que celle du mâle est distinctement plus longuePascal Villard (1999), ..
vignette|alt=Dessin d'un crâne de pic avec les différents os et la langue|Crâne d'un Picinae, montrant (en rouge) l'élongation et les attaches de l'appareil hyoïdien, formant à son extrémité la langue de l'oiseau. Comme pour tous les pics, espèces adaptées au perçage du bois, les narines sur le culmen possèdent de petites plumes pour protéger la respiration ainsi que des glandes à mucus pour piéger les poussières. Le muscle protracteur ptérygoïdien, très développé chez les pics, joue un rôle central dans l'adaptation à l'absorption des chocs en désolidarisant le bec (qui peut bouger de manière latérale) du crâne afin de minimiser la transmission de l'énergie cinétique au cerveau et aux yeux ; à cela s'ajoute un os ptérygoïde très spécifique chez les Picidae par rapport aux autres oiseauxHans Winkler (2015), .. De plus, ils présentent un tissu spongieux spécifique entre les os du crâne (fortement ossifié, notamment au niveau du septum interorbital fortement développé) et le bec, avec un déplacement de l'attache de la grande corne de l'os hyoïde à l'os carré ainsi qu'un sternum et un bréchet renforcés. Pris ensemble, tous ces éléments maximisent la dissipation de l'énergie et l'amortissement des chocs pour l'oiseau lors des percussions. Enfin, la longue langue très spécifique des Picidae est le résultat d'une évolution particulière de l'appareil hyoïdien avec deux parties : l'une osseuse à l'extrémité est munie de petits crochets, l'autre cartilagineuse s'allonge remarquablement sous l'action d'un muscle branchiomandibulaire (qui s'attache sur la branche de la mandibule) dédoublé qui pousse les cornes hyoïdes et la langue hors du bec« Les pics colorés», www.oiseaux-nature.be, consulté le 27 avril 2019..
Les oiseaux juvéniles sont similaires aux adultes, mais avec un plumage plus terne et plus proche du brun foncé. L'espérance de vie des individus est supérieure à cinq ansPascal Villard (1999), . et la longévité estimée est de huit à dix ans..
Comportement Alimentation