Le Bugaled Breizh (« Enfants de Bretagne » en breton) est un chalutier de Loctudy, une commune voisine de Guilvinec, dans le Finistère. Il a coulé subitement le , causant la mort de ses cinq marins. L'affaire fait l'objet de longues procédures judiciaires, les familles des victimes ne croyant pas à la thèse de l'accident, et suspectant principalement un accrochage avec un sous-marin nucléaire. Ces procédures se concluent en 2016 en France par un non-lieu, et la thèse de l'accident de pêche est retenue en 2021 par la justice britannique, sans convaincre les famillesINA.

Faits vignette|gauche|Le monument aux marins péris en mer de Loctudy : plaque commémorative des marins disparus du Bugaled Breizh. Ce chalutier de de long, construit en 1987 à Pont Lorois (à Belz dans le Morbihan) par les Chantiers Bretagne Sud (CBS), a coulé dans les eaux internationales au large du cap Lizard (extrémité sud-ouest de la Grande-Bretagne) par 49° 42' N et 5° 10' W le à UTC, soit locales. Le bateau de pêche immatriculé à Guilvinec, propriété de Michel Douce, armateur et artisan-pêcheur, a entraîné dans son naufrage les cinq marins du bord : Yves Gloaguen, Georges Lemétayer, Pascal Le Floch, Patrick Gloaguen et Éric Guillamet.

Le chalutier, qui s'abritait de la tempête dans le petit port de Newlyn depuis le début de la semaine, était reparti et naviguait alors dans une mer relativement calme quand il lance un SOS. Un autre chalutier, l'Eridan, donne l'alerte et les secours sont lancés (deux hélicoptères, deux canots de sauvetage, un remorqueur, bateaux de pêche se trouvant à proximité). Moins d'une heure après, un hélicoptère de la Royal Navy remonte deux corps et, selon les témoins, deux ou trois radeaux de survie sont repérés mais ils sont vides.

L'épave est renflouée en , cinq mois après le naufrage, sur décision du procureur de la République de Quimper.

Le Bugaled Breizh a coulé en quelques dizaines de secondes.

Explications et enquêtes à la suite du naufrage Dans les jours suivant l'accident, de nombreuses explications ont été avancées pour expliquer la cause du naufrage (coulé accidentellement par un sous-marin, vague scélérate, « croche molle » avec un obstacle sous-marin, explosion interne, collision de surface), dont certaines font l'objet d'une investigation.

Thèse de la collision avec un cargo Quelques heures après le naufrage, l’Andromède, un chasseur de mines de la Marine nationale, inspecte l'épave, particulièrement le flanc tribord, le navire étant couché au fond sur le flanc babord. Il donne une première explication sur les causes du naufrage : le Bugaled Breizh aurait été percuté par un navire de fort tonnage. Tous les navires circulant en Manche ce jour-là sont recensés et une cinquantaine de navires sont inspectés. Un mois plus tard, le Seattle-Trader, un vraquier philippin, est soupçonné d'être le navire abordeur. Il est retrouvé en Chine, où il est inspecté par des policiers chinois et des gendarmes maritimes français, avant d'être mis hors de cause au mois d'.

Après le renflouement du Bugaled Breizh en , ce qui apparaissait être un choc s'avère être la compression de la cale à poisson sous la pression de l'eau : les deux flancs du navire, bâbord et tribord, présentent les mêmes déformations symétriques, la tôle est enfoncée sur plusieurs mètres (Voir photo). En , la justice abandonne définitivement la piste d'un bateau abordeur.

Thèse de l'accrochage avec un sous-marin militaire Quelques heures après le naufrage, un communiqué de la préfecture maritime de l'Atlantique annonce que l'exercice militaire sous-marin Aswex 04 de l'OTAN avait lieu autour de la zone du naufrage, mais que le premier sous-marin (le sous-marin néerlandais Dolfijn), ayant fait l'objet de réparations suspectes aux yeux des marins, était à plus de . Le sous-marin britannique est également suspecté car il aurait subi des réparations après l'exercice, mais se serait trouvé à plus de du naufrage selon les autorités. D'autres documents mentionnent la présence à proximité du sous-marin allemand U22, ainsi que d'autres sous-marins plus loin (le sous-marin nucléaire d'attaque britannique et les deux sous-marins nucléaires d'attaque français et ).. Le juge d'instruction envisage également la présence d'un sous-marin inconnu venu espionner l'exercice de l'OTAN. Lorsque France 3, associée au magazine Le Point, diffuse le l'enquête qui révèle qu'en plus de cet exercice Aswex 04, la Royal Navy préparait aussi un exercice militaire le jour du drame, la thèse de l'accrochage avec un sous-marin militaire se renforce au sein des familles des victimes.

Le , Dominique Salles, amiral et ancien commandant du SNLE l'Inflexible., remet à la justice son rapport d'expertise qui affirme la présence dans la zone lors du naufrage d'un sous-marin américain non identifié effectuant une mission secrète d'observation autour d'une opération de transport de déchets nucléaires en direction du Japon. Il précise dans ce rapport que la rapidité du naufrage, , implique un SNA dont le safran aurait crocheté le câble du train de pêche du chalutier.. La présence de ce sous-marin semble se confirmer en 2016 quand on apprend que le bâtiment américain était sur zone au moment du naufrage. Aucun accrochage n'est cependant mentionné dans l'historique de ce sous-marin, ni de dégât matériel ayant demandé une réparation à son retour de mission.

L'hypothèse d'un accrochage sous-marin (si elle était confirmée) est un des scénarios qui permettrait d'expliquer — au même titre que la « croche molle » sur le sable avancée par le BEA mer — certaines particularités constatées sur l'épave : le fait que la fune (câble) bâbord du train de pêche soit étirée de de plus que l'autre fune, ce qui suppose que quelque chose a crocheté le train de pêche de biais ; les enfoncements et déformations de la coque sur l'étrave (voir photo) seraient dus à un coulage rapide du bateau, avec percussion du fond en quelques dizaines de secondes, expliquant le fait que les marins n'aient pas eu le temps de mettre les gilets de sauvetage et les radeaux à l'eau.

Selon Le Point, qui en apporte des images, des traces de titane ont été retrouvées sur la zone de frottement du câble qui a été étiré (fune bâbord) du chalut du Bugaled Breizh, mais pas sur l'autre câble. La présence de ces traces de titane n'est pas encore expliquée, sachant qu'une grande majorité de peinture en contient.

Un an après l'accident, l'existence, ce jour-là, d'un exercice de sous-marin en plongée à proximité du lieu de naufrage est parue dans la presse, contrairement au communiqué officiel qui parlait d'un exercice ayant eu lieu le lendemain du naufrage.

Il existe plusieurs cas où un accrochage entre sous-marins et bateaux de pêche a été évoqué ou avéré. Ainsi, dans les années 1980, le bateau de pêche Shéralga a coulé en mer d'Irlande : la marine britannique a affirmé n'avoir aucun sous-marin dans le secteur. Pourtant, un photographe amateur avait pris une photo d'un submersible britannique le matin du drame, non loin du lieu de l'accident. La Royal Navy a reconnu sa faute et indemnisé les familles. Le , à de la côte, à Ardglass, selon son équipage, le filet du chalutier Karen a été accroché par un sous-marin ; le capitaine Paul Murphy et ses quatre membres d’équipage n'ont évité de sombrer qu'en larguant leur filet. Le , le sous-marin portugais Tridente a été pris dans les filets du chalutier Daytona, également non loin du cap Lizard.

Critique de la thèse de l'accrochage avec un sous-marin militaire Des documents de l'OTAN ont été déclassifiés et transmis à la justice française.

En , le rapport d'enquête technique du BEA mer estime que l'hypothèse de la croche du train de pêche par un sous-marin militaire n'est pas crédible. Sa conclusion est :

Le , les juges chargés de l'enquête, Richard Foltzer et Muriel Corre, ont transmis aux parties civiles les conclusions d'un rapport d'expertise rédigé par Dominique Salles, officier sous-marinier à la retraite. Celui-ci affirme que

Le , le journaliste Philippe Urvois publie un article dans l'hebdomadaire Le Marin, citant un témoin anonyme qui identifierait le sous-marin britannique comme étant impliqué dans le naufrage : peu après le naufrage, ce sous-marin aurait signalé au Rubis qu’il était en avarie et rentrait au port. Cependant, il a été établi que ce sous-marin était amarré dans la base navale de Devonport au moment du drame.

Le , la piste du sous-marin nucléaire est relancée après la déclassification de documents de l'armée américaine faisant état de la présence du sous-marin dans les parages du lieu du naufrage.

Le , le quotidien Ouest-France interroge un membre de l'équipage du sous-marin Rubis ; il suspecte le sous-marin Turbulent d'être impliqué dans l'accident car, le jour du naufrage, les deux sous-marins devaient effectuer un exercice ensemble, mais il a été annulé à cause d'une avarie du Turbulent qui est alors retourné à son port d'attache.

Le ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie a indiqué à l'Assemblée nationale, lors d'une question au gouvernement, posée par la députée du Finistère Hélène Tanguy, que les éléments d'information en sa possession ne lui permettent pas « de suspecter un sous-marin d'être à l'origine du naufrage ».

À propos de la présence de sous-marins, celle-ci a également précisé :

En ce qui concerne la présence de titane, le rapport du BEA mer minimise son importance en indiquant que

Rapport du Bureau enquêtes accident Le rapport du BEA mer a été publié le . Les hypothèses étudiées sont : l’envahissement d’un compartiment sous le pont de franc-bord ; l’abordage avec un navire en surface ; la croche du train de pêche par un sous-marin ; la croche du train de pêche avec un obstacle de fond : épave, rocher ; l’enfouissement du train de pêche sur le fond vaseux ou sableux.

Le rapport exclut l'hypothèse de croche du train de pêche par un sous-marin militaire et conclut que . Il sera défendu par le procureur, Anne Kayanakis, qui retiendra la thèse de l'accident de pêche.

Ce rapport a été accueilli avec scepticisme par le milieu de la pêche qui a pointé le manque d'indépendance du BEA mer, placé sous l'autorité directe du ministère des transports. Ils soupçonnent l'État français de vouloir étouffer l'affaire pour éviter un incident diplomatique avec ses alliés militaires.

Rapport de l'Ifremer Dans le cadre de la procédure pénale, un rapport a été commandé à l'Ifremer. Ce rapport, rendu public en , affirme, après simulations informatiques, que la thèse de l'enfouissement du train de pêche sur le fond n'est pas possible.

Procédures administratives et judiciaires Procédure pénale Le procureur de la République de Quimper, Roland Esch, se saisit de l'affaire le jour du naufrage, à la suite de la découverte des deux premiers corps des marins. Il se dessaisit trois jours plus tard au profit des deux juges d'instruction de Quimper : Richard Foltzer et Muriel Corre, comme le veut la loi. Il est nommé, fin , vice-président du Tribunal de grande instance de Mâcon. Son remplacement est assuré par Anne Kayanakis, qui prend ses fonctions au Parquet de Quimper le .

Le juge d'instruction chargé du dossier aurait, selon les familles des victimes, indiqué que la thèse de l'accrochage avec un sous-marin, pouvant participer aux manœuvres de l'OTAN dans la zone, était « la plus plausible.. »

La thèse de l'accrochage avec un sous-marin est importante pour les familles des victimes et le propriétaire du bateau car elle est susceptible d'entraîner la responsabilité civile de l'État concerné et donc une indemnisation par celui-ci.

Une perspective de non-lieu a été évoquée par le procureur de la République de Quimper, Anne Kayanakis, en , prévoyant la clôture rapide de l'enquête tandis qu'au contraire les familles de victimes envisagent en de demander l'audition de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense à l'époque