Mirko Norac est un militaire croate né le , au hameau Keve près du village d'Otok, dans la municipalité de Sinj, en République de Croatie.
C’est un ancien général d'armée croate. Duc de Sinjska alka, il était le plus jeune colonel de l'armée croate, et est encore considéré comme un héros de guerre par beaucoup de Croates. En 2003 il devint général de l'armée croate puis fut jugé coupable pour ses crimes de guerre par un tribunal pénal croate. Il purge actuellement une peine d’emprisonnement de 12 ans.
Biographie Né le , au hameau Keve près du village d'Otok dans la municipalité de Sinj, Mirko Norac poursuit des études d'hôtellerie-restauration. Après avoir terminé le lycée hôtelier, il travailla quelques années (cela est discuté) en tant que serveur.
Peu après les premières élections en Croatie, en , Mirko Norac entra au Ministère de l’intérieur (le « MUP »). La même année, en septembre, il devint membre de l’unité antiterroriste (ATJ Lučko), unité d'élite de police croate.
Défense de Gospic En 1991 il fut sollicité afin de traiter les incidents liés à la guerre d'indépendance croate. En qualité de commandant de l'ATJ Lučko, il participa à plusieurs opérations des forces de police croate, notamment aux rixes armées qui ont éclaté dans le Parc national des lacs de Plitvice après l'annexion par la Région autonome serbe de Krajina.
En septembre 1991 il quitta le HV pour se déplacer à Gospić afin de combattre les rebelles locaux Serbes et les unités yougoslaves de l'armée populaire (JNA). La ville, dans laquelle se trouvait la garnison « Stanko Opsenica » de la JNA (avec environ 20 dirigeants et 200 soldats), fut prise d’assaut par 3 côtés. Après quatre jours de siège sous le commandement de Mirko Norac, le JNA fut forcé de rendre les armes. Cette zone était considérée par les analystes militaires (comme Davor Domazet et Davor Marijan) comme un territoire stratégique de première importance à maintenir rattaché à la Croatie. Le siège et la conquête de la garnison de Gospić fut un tournant majeur dans la guerre d’indépendance croate. Elle permit de rompre l’avancée des forces du JNA dont l’objectif était de fragmenter la Croatie en 5 zones distinctes. La région la plus importante était celle de Lika avec son centre Gospić : si Gospić était tombée, la Croatie aurait été coupée par la moitié et sa capacité de défense aurait été considérablement affaiblie.
Le 12 ou le , Mirko Norac fut nommé commandant de la de l’armée croate (Hrvatska Vojska ou « HV »). Un mois plus tard, il participa au massacre de Gospić où 100 à 120 Serbes furent assassinés par les hommes qui étaient sous son commandement. Dès le début de l’an 1992 (à l'âge de 25 ans) il devint le plus jeune colonel de l'armée croate.
Maslenica et Medak En novembre 1992, Norac fut nommé commandant de la de la Garde nationale croate rebaptisée plus tard la motorisée de la garde. Il prit part à l’opération Maslenica (début 1993) où son unité atteignit en premier le plateau de Maslenica. Ce dernier était un point stratégique très important car il constituait un pont reliant la Dalmatie au reste de la Croatie.
Cette opération a permis de faire la jonction terrestre entre la Dalmatie et le reste de la Croatie. En septembre de la même année, il commanda l’opération de la poche de Medak qui faisait partie de la Republika Srpska Krajina autoproclamée. Durant l'offensive, des crimes de guerre contre la population serbe locale furent commis.
Au cours de cette opération, il fut nommé à la tête du Secteur 1, une unité de combat spécialement formée pour les besoins de l’opération Pendant l'opération, Norac fut blessé aux mains et aux jambes par l’explosion d’une mine. Il séjourna un mois à l’hôpital de Zagreb puis retourna à Gospić. En 1994, il fut promu au rang de général de brigade et nommé commandant de la zone opérationnelle (ou District militaire) de Gospić. La même année il devint duc de « društvo d'Alkarsko », la distinction honorifique la plus élevée qu’un homme de Sinj puisse recevoir.
Opération Éclair Norac prit part à l’Opération Éclair en août 1995 et le de la même année il fut élevé par le Président Franjo Tudjman au rang de major général. Pour ses faits de guerre, beaucoup de croates le considèrent comme un héros. Le , Norac fut nommé commandant du District militaire de Knin. Le président de la Croatie le destitua de ses fonctions le , après qu'il a signé une lettre ouverte pour les actes criminels de la guerre d'indépendance croate, attitude politique considérée comme illégale par l’ensemble des soldats croates actifs. Cependant, des juristes croates sont divisés sur cette question : beaucoup clament que la constitution croate a explicitement cautionné les actions militaires croates.
Les crimes de guerre : les faits reprochés Les massacres de Gospić Le Tihomir Orešković (secrétaire du quartier général de crise de Lika et commandant de la région de Gospić) provoqua une réunion au quartier général de crise de Lika afin d'organiser le massacre des civils serbes du secteur. Au cours de cette réunion, une liste de Serbes à exécuter fut élaborée. Norac assista à la réunion et il participa (à visage découvert) avec un groupe de soldats masqués et de policiers en civils, au pillage des maisons de Gospić et à la capture de civils serbes afin de les interroger. Il organisa et dirigea les exécutions de ces derniers, dans une zone neutre, près de la ville. Il exécuta une femme lui-même pour inciter les autres au massacre.
Le un mandat d'arrêt est émis contre lui pour ces faits. Mirko Norac rentre alors dans la clandestinité jusqu'au Christophe Chatelot. Le général croate Mirko Norac met fin à sa cavale. Le Monde, 23 février 2001.. Norac rentra afin de nier les faits dont il était accusé. Le , un acte d'accusation contre Norac, Tihomir Orešković, Stjepan Grandić, Ivica Rožić et Milan Canić fut publié. Il les accuse d'avoir assassiné 50 civils à Karlobag, Pazarište et Lipova glavica. Le jugement par la cour de Rijeka a duré 14 mois et plus de 150 individus ont témoigné, y compris quelques soldats et civils croates. Le , Norac fut reconnu coupable et condamné à 12 ans de réclusion (Orešković et Grandić ont été condamnés à 15 et 10 ans, Rožić et Canić ont été acquittés de la totalité des faits qui leur étaient reprochés par insuffisance de preuves).
L'opération de la poche de Medak Le le TPIY publia un acte d'accusation contre Mirko Norac (ainsi que Rahim Ademi et Janko Bobetko) pour leurs responsabilités dans les crimes commis lors de l’opération poche de Medak. D'après l'acte d’accusation, la poche de Medak, d’environ quatre à cinq kilomètres de large et de cinq à six kilomètres de long, faisait partie de la Republika Srpska Krajina autoproclamée. Environ 400 civils serbes habitaient cette zone avant l’attaque. L’Acte d’accusation mentionne que l’attaque croate contre la poche de Medak aurait commencé le . Après environ deux jours de combats, les forces croates auraient pris contrôle de Divoselo, de Citluk et d’une partie de Pocitelj, puis l’avance croate se serait arrêtée. Selon l'acte d’accusation, la poche de Medak serait devenue inhabitable à la suite de l'opération militaire croate. Les villages de la poche auraient été complètement détruits, privant ainsi la population civile serbe de ses habitations et de ses moyens d’existence.
Selon l'acte d’accusation, « avant et pendant l’opération de la poche de Medak, du 9 au ou vers cette date, Mirko Norac, agissant seul et/ou de concert avec d’autres dont Janko Bobetko et Rahim Ademi, [aurait] planifié, incité à commettre, ordonné, commis ou de toute autre manière aidé et encouragé à planifier, préparer ou exécuter la persécution de civils serbes dans la poche de Medak, pour des raisons raciales, politiques ou religieuses ». L'acte d’accusation allègue que les persécutions auraient pris les formes suivantes : « l’exécution illégale de civils serbes et de soldats faits prisonniers et/ou blessés dans la poche de Medak ; les traitements cruels et inhumains infligés aux civils serbes et aux soldats faits prisonniers et/ou blessés dans la poche de Medak, y compris le fait d’infliger des blessures graves par balle ou à l’arme blanche, de sectionner des doigts, de frapper violemment les victimes à coups de crosse de fusil, de les brûler avec des cigarettes, de piétiner les corps, de les attacher à un véhicule pour les traîner sur la route, de les mutiler et de se livrer à d’autres exactions. Des précisions concernant certains des traitements cruels et inhumains infligés sont données à titres d’exemple : l'intimidation par la terreur de la population civile majoritairement serbe de la poche de Medak, y compris par la mutilation et la profanation du corps de Boja Pjevac, l'immolation publique de Boja Vujnovic sous les quolibets, l’intention déclarée de tuer tous les civils, les graffitis racistes écrits sur les bâtiments détruits, toutes choses qui ont poussé les civils à abandonner leurs foyers et leurs biens, et à quitter définitivement la région ; la destruction de biens appartenant à des civils serbes de la poche de Medak. Le ou après cette date, les forces croates auraient dans la région systématiquement détruit à l’explosif ou incendié environ 164 maisons et 148 autres bâtiments ; le pillage systématique de biens appartenant à des civils serbes pendant et après l’opération de la poche de Medak par des membres des forces croates, de concert avec des civils croates ».
Les chefs d’accusation Le Norac fut amené à comparaître devant le TPIY de la HayeLe général croate Mirko Norac comparaît devant le TPIY. Le Monde, 8 juillet 2004.. Il plaida non coupable à chacun des cinq faits reprochés. Dans l’Acte d’accusation, Mirko Norac est poursuivi sur le fondement de sa responsabilité pénale individuelle (Article 7 1 du Statut) et sur le fondement de sa responsabilité pénale de supérieur hiérarchique (Article 7 3 du Statut) pour : « Un chef de crimes contre l’humanité (Article 5 du Statut : persécutions pour des raisons politiques, raciales et religieuses) ; Deux chefs de violations des lois ou coutumes de la guerre (Article 3 du Statut : pillage de biens publics ou privés ; destruction sans motif de villes et de villages). Dans l’Acte d’accusation, Mirko Norac est poursuivi sur le fondement de sa responsabilité pénale de supérieur hiérarchique (Article 7 3) du Statut) pour : Un chef de crimes contre l’humanité (Article 5 du Statut : assassinat) ; Un chef de violations des lois ou coutumes de la guerre (Article 3 du Statut : meurtre). »
Le , le juge décida de le transférer de la prison du TPIY vers une prison Croate. Après son transfert il fut renvoyé devant la juridiction croate. Ce fut le premier à être transféré afin de comparaître devant la cour pénale de son pays.
L’opinion publique envers Norac