Le M4 Sherman est un char moyen et le char américain produit en plus grande quantité pendant la Seconde Guerre mondiale. Près de cinquante mille exemplaires (toutes versions confondues) furent produitsLe chiffre de est repris par de nombreux auteurs (y compris S. Zaloga et R. Ford - voir paragraphe références)..
Dénomination Le système de dénomination américain se compose de trois éléments : le type de véhicule, ici medium tank pour « char moyen », la lettre T ou M suivi d’un numéro, qui désigne s’il s’agit d’un prototype ou d’un modèle de série. Ainsi, la désignation dans la nomenclature américaine est medium tank M4 et celle du prototype est medium tank T6. Les variantes reçoivent en sus un numéro de version composé de lettre A suivie d’un numéro, A1 représentant la première mise à jour. L’inconvénient de ce système est qu’il peut facilement porter à confusion lorsque le nom est abrégé : ainsi, le nom M3 seul peut désigner à la fois un char moyen, un char léger, une automitrailleuse, un half-track, un pistolet-mitrailleur.
Afin d’éviter ces confusions, les Britanniques prennent l’habitude de renommer le matériel américain qu’ils reçoivent, en attribuant aux chars des noms de généraux de la guerre de sécession américaine. Les variantes sont ensuite incrémentées avec des chiffres romains. Le M4 devient ainsi le Sherman, d’après le général William Tecumseh Sherman, le M4A1 correspondant au Sherman II. Après la Seconde Guerre mondiale, la désignation britannique est devenue majoritaire, y compris aux États-Unis, alors que ceux-ci ne l’ont pas utilisée pendant la guerre
Histoire Contexte À la fin de la Première Guerre mondiale, l'US Army est équipée du char Renault FT ou de sa version construite sous licence le M1917 et de quelques chars anglais. Les années 1920 et 1930 sont des années maigres pour les forces armées : de 1930 à 1939, l'armée de terre achète légers pour l'infanterie - plus pour la cavalerie qui, à la suite d'une loi votée par le congrès en 1920, n'a plus le droit de mettre en œuvre des « tanks »Steven Zaloga, Armored Thunderbolt. Stackpole Books, 2008. ..
La montée des menaces déclenche une course aux armements en Europe que les États-Unis ont du mal à suivre : il faut attendre les chocs du début de la Seconde Guerre mondiale et en particulier de la défaite française, ainsi que l'augmentation de la demande anglaise, pour qu'ils se lancent dans un programme massif de conception puis de fabrication de chars, les plans initiaux étant de porter l'armée américaine à dont Il y aura finalement blindées et de chars indépendants (Zaloga, 1993).. Créée en , l'« Armored Force » absorbe les chars de l'infanterie et de la cavalerie. Le manque d'expérience américain dans la fabrication des tourelles portant des armes de fort calibre conduit, dans le domaine des chars moyens, à développer d'abord le char M3Steven Zaloga, Armored Thunderbolt. Stackpole Books, 2008. ..
Le M4 est conçu à une époque où l'armée américaine considère que la mission principale du char est de conduire des percées sur les arrières de l'ennemi. L'appui de l'infanterie est également une mission importante mais pas la lutte contre les chars adverses, qui doit être confiée principalement à des chasseurs de chars ou « Tank Destroyers » dédiés. Cette philosophie conduit l'armée américaine à choisir pour le M4 un canon de efficace pour les missions d'appui mais qui se révèle rapidement insuffisant pour lutter contre les chars allemands, plus puissants, auxquels il est confronté à partir de 1943Sur la durée de la guerre, 70 % des obus tirés par les chars américains étaient de type explosif, contre 20 % seulement d'anti-chars (armor piercing) et 10 % d'autres types (fumigènes). Steven Zaloga, M4 () Sherman Medium Tank 1943-65, Osprey Publishing Ltd, 2003. ..
Naissance du M4
En parallèle du développement du M3, les caractéristiques attendues de son successeur sont publiées par l’Armored Force le . Du fait de la surcharge de travail, les équipes devant développer le M3 et le nouveau char étant les mêmes, le travail de conception ne commence vraiment qu’en . Les spécifications sont plus fermement établies au mois d’avril. Afin de réduire le temps de production, le châssis du M3 est en grande partie conservé, mais il est requis que l’armement principal soit placé dans une tourelle et que la hauteur soit plus faible que celle de son prédécesseur. Il est également prévu que la tourelle soit modulable et permette l’installation de différents types d’armement.
Un premier prototype est achevé le et prend le nom de T6. Outre le châssis, celui-ci conserve certaines caractéristiques du M3, mais le canon de se trouve désormais dans une tourelle centrale et le canon de a été supprimé pour réduire la hauteur. Anticipant sur la mise en service prochaine du canon M3, les ingénieurs ont choisi d’utiliser la monture de ce dernier, ce qui nécessite d’adapter un imposant contrepoids à l’extrémité du tube de l’ancien canon M2. Le véhicule est approuvé en octobre après quelques modifications : certains vestiges du M3, comme les portes latérales et le tourelleau du chef de char, sont supprimés et une mitrailleuse de ajoutée sur le toit de la tourelle pour la défense contre les avions.
Les véhicules pilotes de production sont construits en et les désignations de série sont attribuées le : les véhicules à coque soudée reçoivent le nom medium tank M4, tandis que ceux à coque coulée prennent celle de medium tank M4A1.
Mise en production vignette|Fabrication de chars M4 Sherman dans le Detroit Tank Arsenal par Chrysler dans la banlieue de Détroit. La production du M4A1, à coque moulée, débute en à l’usine Lima Locomotive Works sur la ligne d’assemblage dédiée au prêt-bail avec les Britanniques, puis, à partir de mars, chez Pressed Steel Car Company. Le premier M4A1 sort des usines de la Pacific Car and Foundry Company au mois de mai et la production s’arrête à la fin de l’année 1943 avec un total de du M4A1 produits avec le canon de . De leur côté, les Canadiens commencent à produire en septembre à la Montreal Locomotive Work une copie presque exacte du M4A1, qu’ils appellent Grizzly, afin de remplacer le Ram II, mais la production est rapidement arrêtée après , le nombre de Sherman américains étant suffisant pour répondre aux besoins.
La production du M4, à coque soudée, commence en à la Pressed Steel Car Company. Pendant le reste de l’année 1942 il s’agit de la seule usine à produire cette variante, mais de nombreuses autres se rattachent au programme à partir de 1943 : Baldwin Locomotive Works en janvier, American Locomotive Company en février, Pullman Standard Car Company en mai et enfin le Detroit Tank Arsenal en août. La production de cette version s’arrête progressivement à partir de l’automne 1943, mais certaines usines la produisent encore jusqu’en ; à cette date dotés du canon de ont été produits.
Évolutions
À la fin de l’année 1941, les efforts se concentrent sur la production d’une version du M4 dotée d’une motorisation Diesel. Reprenant les composants du M3A3 et notamment le moteur Diesel General Motors 6046, le prototype du M4A2 sort d’usine en . Bien que les essais montrent des performances supérieures à celles des versions précédentes, les évaluateurs s’inquiètent des difficultés de maintenance, les filtres à air et le système de refroidissement présentant des défauts. En parallèle, des expérimentations sont également menées afin d’améliorer les moteurs à essence. Le moteur Ford GAA est ainsi choisi pour équiper une nouvelle version, appelée M4A3, dont le premier prototype est produit en .
Le nombre de moteurs de ce type se révélant toutefois insuffisant pour suivre le rythme de production, une autre version, le M4A4, dotée d’un moteur comme le M3A4 sur lequel elle est basée, entre en production en . Ce moteur pose toutefois de nombreux problèmes : il est notamment peu performant et pose de grandes difficultés de maintenance en raison de sa taille et de sa complexité. Ces inconvénients sont en partie résolus par la simplification du moteur et l’agrandissement du compartiment moteur, mais l’U.S. Army choisit tout-de-même de ne pas l’utiliser au combat et le réserve pour l’entraînement et le prêt-bail.
Les efforts suivants vont porter sur la puissance de feu du M4, qui montre ses limites face aux chars allemands les plus modernes comme les Panther, ou les Tigre. Le premier essai est britannique, avec le montage de leur canon de 17 livres dans une tourelle standard de Sherman. Connu sous la dénomination « Sherman Firefly » (luciole), il est particulièrement réussi, et se révèle déterminant pour lutter contre les chars de la Wehrmacht, au cours des opérations en France et en Italie. Tant et si bien que même les unités américaines l'adoptent, de M4A3 étant ainsi transformés (mais, arrivés trop tard sur le théâtre d'opération, ils ne seront jamais utilisés au combatSteven Zaloga, M4 () Sherman Medium Tank 1943-65, Osprey Publishing Ltd, 2003. .).
Cependant, les États-Unis adoptent une autre solution en montant une nouvelle tourelle T23 embarquant un canon M1 de calibre de fabrication nationale, dérivé du 3 inch déjà utilisé sur le chasseur de chars M10 Wolverine Si le calibre du est réellement de , le du chasseur de chars M10, le nouveau et le 17-pounder britannique ont tous un calibre réel de .. Les premiers chars M4A1(76)W, armés du nouveau canon apparaissent peu après le débarquement de Normandie, ils sont rapidement suivis par des M4A3(76)W. Totalement absents de la première ligne lors du débarquement de Normandie, car les généraux n'en avaient pas vu l'utilité et souhaitaient simplifier la logistique, les modèles à canon de seront rapidement réclamés par tous à la suite des premières rencontres avec les Panther et les TigreLes américains avaient rencontré des Tigre en Tunisie et en Sicile, ainsi que des Panther en Italie, mais ils estimaient que ces deux chars, déployés en faibles quantités, ne remettraient pas en cause l'équilibre des forces. La désillusion fut cruelle (Zaloga, Ford, op. cit.).. Mais le canon de est à peine supérieur au avec sa munition anti-char M62 APC et il lui est inférieur pour la munition explosive HE (High explosive), ce qui explique la réticence de l'état-major US à le déployer en première ligne. Ce n'est que lorsqu'il sera doté d'obus de type T4 HVAP (High-velocity armor-piercing : perforants à haute vitesse initiale) qu'il permettra d'affronter les derniers chars allemands avec de bonnes chances de succès Steven Zaloga, M4 () Sherman Medium Tank 1943-65, Osprey Publishing Ltd, 2003. .. Le nombre de chars équipés de canons de augmentera progressivement jusqu'à atteindre 50 % des effectifs des chars Sherman US en Steven Zaloga, M4 () Sherman Medium Tank 1943-65, Osprey Publishing Ltd, 2003. ..Dans le même temps apparaît une version d'appui feu armée d'un obusier de , le M4A3 . Bien que fabriqué avec des caisses récentes, avec un glacis incliné à 47°, il est dépourvu pour des raisons de masse du système de stockage humide.
L'aboutissement de la série est la version M4A3E8, équipée de la nouvelle suspension HVSS (Horizontal Volute Spring Suspension) où les ressorts agissent dorénavant à l'horizontale. Bien que cette suspension ne lui apporte pas un gain de vitesse sur route, combinée avec de nouvelles chenilles plus larges T80 ou T84 elle se révèle plus à l'aise en tout terrain, gagnant le surnom de « Easy Eight » (« le huit facile »)Selon S. Zaloga, cette appellation ne devint populaire qu'après la guerre. Steven Zaloga, M4 () Sherman Medium Tank 1943-65, Osprey Publishing Ltd, 2003. . À noter toutefois que Easy désignait la lettre E dans l'alphabet militaire US à l'époque et donc que l'appellation n'est pas surprenante.. Elle est très utilisée à partir de la bataille des Ardennes.
Bilan du conflit