Les Esséniens ou Essènes, du grec ancien , , ou En hébreu moderne, « esséniens » s'écrit . Cette graphie ne correspondrait pas à l'hébreu ancien. sont un mouvement du judaïsme de la période du Second Temple qui a prospéré à partir du et dont l'existence est attestée au en Judée.
Au , les esséniens sont mentionnés dans (« Apologie en faveur des Juifs »)Philon d'Alexandrie, Apologie pro Judæis. Ouvrage perdu, mais dont certains passages nous sont connus par des citations qu'en fait l'écrivain chrétien Eusèbe de Césarée (v.265-339) dans Preparatio evangelica (« Préparation évangélique »), Livre 8, chap. XI. et Quod omnis probus liber sit (« Tout homme vertueux est libre »)Philon d'Alexandrie, Quod omnis probus liber sit, XII, 75. Cité par Eusèbe de Césarée dans Preparatio evangelica, Livre 8, chap. XII. de Philon d’Alexandrie (v.12 av. ), dans la Guerre des JuifsFlavius Josèphe, Guerre des Juifs, Livre 2, chap. VIII, 2-13. et les Antiquités judaïquesFlavius Josèphe, Antiquités judaïques de Flavius Josèphe (), ainsi que dans une courte notice figurant dans lHistoire naturelle de Pline l’Ancien (). Le philosophe et chroniqueur judéo-alexandrin Philon et l'historien judéo-romain Josèphe rapportent qu'il existait des esséniens en grand nombre, et que plusieurs milliers vivaient dans la Judée romaine. Pour Flavius Josèphe, les esséniens sont la « troisième secte » de la société juive de Judée, avec les pharisiens et les sadducéens. Il décrit les esséniens comme des communautés d'ascètes, volontairement pauvres, pratiquant l'immersion quotidienne et l'abstinence des plaisirs du monde.
Les esséniens ont acquis une renommée dans les temps modernes à la suite de la découverte près de Qumrân, à partir de 1947, d'un vaste groupe de documents religieux connus sous le nom de « manuscrits de la mer Morte », dont une centaine pourraient être esséniens, ou d'un mouvement proche se donnant, dans une trentaine de manuscrits, le nom de Yahad (« Unité », « Alliance »). Toutefois, cette identification ne fait pas consensus.
Sources, dénomination et étymologie L’origine du terme « essénien », pour lequel une dizaine d'étymologiesSelon Émile Puech, « Essénien vient de l'araméen hasaya (« les pieux »)/ hasîn (« des pieux »), transcrit directement dans les sources par les termes grecs ou ( en latin). Philon d'Alexandrie les nomme hosioi « saints », traduisant l'hébreu hasidîm, transcrit en grec par hasidaioi, « les pieux », connus des livres des Macchabées. » Cfr. Émile Puech, « Esséniens et interprétations », dans Qumrân le secret des manuscrits de la mer Morte, Paris, BNF, 2010, 136. — Philon d'Alexandrie propose une étymologie : « Essaioi, ce nom, à mon avis, bien qu'il ne soit pas à strictement parler un mot grec, peut être rapproché du mot « sainteté ». ». Pour André Dupont-Sommer, « Philon semble jouer sur la ressemblance entre les termes grecs Essaioi « Esséens » et osioi « saints, purs ». » Dupont-Sommer souligne toutefois que « le radical dont il est formé est manifestement ess-, qui transcrit sûrement un mot sémitique ». Il propose « d'y reconnaître le mot hébreu ésah « conseil, parti » : les esséniens dans les textes de Qumrân, sont « les hommes du Conseil (ou du Parti) de Dieu ». » Cfr. André Dupont-Sommer, op. cit., 31. a été proposéeLaurent Héricher, « Les esséniens entre mythe et réalité » dans , n’est pas connue (), ou reste obscure.
Le terme « essénien » n’est mentionné dans aucun des manuscrits de la mer Morte, ni dans le Nouveau Testament, ni dans l'immense littérature talmudique.. Au , les éléments connus sur ce groupe viennent de Flavius Josèphe (v.37-v.100) et de Philon d'Alexandrie (v.12 av. ), et il existe aussi une courte mention au sujet d'esséniens célibataires « retirés au-dessus d'Engaddi, au bord de la mer morte » chez Pline l’Ancien (23-79) Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre 5, , cité par ..
Après que les manuscrits de la mer Morte découverts aux alentours de Khirbet Qumrân eurent été attribués « aux esséniens », cette dernière mention est devenue très célèbre. Flavius Josèphe, Philon d'Alexandrie et Pline l'ancien les mentionnent sous des noms différents : , ou et qu'on rassemble sous le nom d'esséniensLe texte de Flavius Josèphe utilise même deux formes de ce nom : et .. Au , l'évêque chrétien Épiphane de Salamine, spécialiste des « hérésies », c'est-à-dire des autres groupes religieux proches du christianisme, utilise la forme pour désigner le groupe à qui Elkasaï a prêché pour former les elkasaïtes, qu'il désigne par ailleurs sous l'appellation de communautés « osséennes » ou « sampséennes » .
Pour André Dupont-Sommer, le radical dont est formé le mot « essénien » ( ou ) « est manifestement « ess- », qui transcrit sûrement un mot sémitique. »
Philon et Flavius Josèphe
Les récits de Philon sont très proches de ceux de Josèphe (Gu. , , 2-13 ; Ant. , , 5).. Il est possible qu'ils aient utilisé tous deux, au moins pour une part, une source commune.
Les données relatives aux esséniens Suivant l'historien André Paul, Philon d'Alexandrie, Flavius Josèphe et Pline l'Ancien et, à leur suite, les Pères de l'Église attestent l'existence des esséniens et .
L’œuvre de Flavius Josèphe s’adresse à un public romain auquel il souhaite faire connaître la nation juive dont il fait partie. À deux reprises, il situe les esséniens comme étant la « troisième secte » de la société juive de Judée, aux côtés des pharisiens et les sadducéens. Pour Josèphe, ces trois grands courants religieux juifs apparaissent au « milieu du , lorsque Jonathan Maccabée reçoit la charge du grand sacerdoce (-152) ». Il classe à part ce qu'il appelle la « quatrième philosophie », le mouvement « galiléen », dont il est très difficile de comprendre s'il l'identifie au futur mouvement sicaire ou zéloteSimon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, .. Selon lui, les esséniens vivaient dans des villes différentes, mais rassemblés dans la vie communale consacrée à l'ascèse, volontairement pauvres, pratiquant l'immersion quotidienne et l'abstinence des plaisirs du monde, y compris le célibat. Ces groupes sont désignés collectivement par les différents spécialistes sous le nom d'« esséniens ». Josèphe rapporte qu'il existait des esséniens en grand nombre, et que des milliers vivaient dans la Judée romaine. Philon d'Alexandrie parle de « plus de quatre mille » essaioi vivant en « Syrie palestinienne », « dans de nombreuses villes de Judée et dans de nombreux villages et groupés en grandes sociétés comprenant de nombreux membres ». Josèphe reprend ce même nombre, sur une population totale évaluée à 1,5 ou 2 millions d'habitants au temps d'Hérode.
Josèphe présente les esséniens comme vertueux en insistant sur les détails qui semblent « exotiques » pour ses lecteurs romains. Son témoignage est intéressant, car Josèphe indique qu'il a personnellement fréquenté ce mouvementSelon André Paul, « Flavius Josèphe rapporte une expérience singulière. Dans sa jeunesse et cherchant sa voie, il séjourna chez les Esséniens, puis auprès de Bannos, sorte de moine du désert dont les traits et les mœurs rappellent d'assez près ceux de Jean Baptiste. Voici ce qu'il écrit : "Ayant entendu parler d'un certain Bannos qui vivait au désert, se contentait pour vêtement de ce que lui fournissaient les arbres, et pour nourriture, de ce que la terre produit spontanément, et usait de fréquentes ablutions d'eau froide de jour et de nuit, par souci de pureté, je me fis son émule." (Autobiographie, 11) ». Cfr. André Paul, Les Mouvements baptistes.. Les esséniens étaient « plus ascétiques et plus ésotériques que les Pharisiens ou les Sadducéens, et cela les rendait plus intéressants pour l'ancien public hellénisé à qui s'adressaient Flavius Josèphe et Philon d'Alexandrie. Ainsi, si cette communauté était plus réduite que les deux autres (selon ces deux auteurs, elle comptait environ ), ils la décrivent plus en détail. » Flavius Josèphe . Dans ses livres, il mentionne aussi « trois prophètes esséniens : Judas sous le règne d' (-104 à -103), Menahem sous Hérode le Grand (-40 à -4), et Simon sous Hérode Archélaos (-4 à +6) ». Il
Au , Eusèbe de Césarée suit de près Philon, mais s'en éloigne parfois aussi. Ainsi, pour lui, les esséniens ne sont pas nécessairement juifs.
La localisation des esséniens par les auteurs antiques Selon Flavius Josèphe, les esséniens étaient installés , mais . Philon d'Alexandrie parle de « plus de quatre mille » essaioi vivant en « Syrie palestiniennePhilon d'Alexandrie, cité par Laurent Héricher, écrit : Laurent Héricher, « Les esséniens entre mythe et réalité », dans Qumrân le secret des manuscrits de la mer Morte, Paris, BNF, 2010, , traduit par E. del Medico, Le Mythe des esséniens des origines à la fin du Moyen Âge, Paris, Plon, 1958. », et aussi, « dans de nombreuses villes de Judée et dans de nombreux villages et groupés en grandes sociétés comprenant de nombreux membres ». Les esséniens formaient à l'intérieur des villes juives de Judée romaine des communautés soudées et fermées. Ceux dont parle Pline l'Ancien se trouvent « sur la côte ouest de la Mer Morte, bien loin du rivage… [au-dessus] de la ville d'Engaddi »..
Flavius Josèphe fait référence à une « porte des esséniens » dans sa description du parcours « du plus ancien » des trois murs de JérusalemFlavius Josèphe (v. 75). Guerre des Juifs, 5, 145., qu'il situe sur le mont Sion qui, à l'époque, désigne la colline de l'Ophel situé au sud du mont du TempleSimon Claude Mimouni, Dormition et Assomption de Marie : histoire des traditions anciennes, 534.. Il y avait peut-être une communauté essénienne dans ce quartier de la ville.
Les ruines de Qumrân, le Yahad et les esséniens thumb|Localisation de Qumrân, d'Engaddi, de Massada, du Nahal Hever (grottes), de Murabba'at (grotte), de Jéricho, où des manuscrits de la même époque ont été trouvés, parfois dans des grottes.
Les manuscrits de la mer Morte En 1948, le professeur Eleazar Sukenik a été, avant même la découverte des premières grottes à manuscrits de Qumrân, le premier à suggérer que les auteurs des sept premiers rouleaux achetés à des bédouins pouvaient être ces esséniens, mentionnés dans la littérature ancienne. André Dupont-Sommer est aussi parvenu aux mêmes conclusions à la même époque. En faisant une analyse précise de différents textes, dont le Document de la Nouvelle Alliance au pays de Damas, il arriva à la conclusion que le Maître de Justice était encore en vie peu avant la prise de Jérusalem par les Romains en -63 et que cet écrit qui relatait ces événements avait été rédigé entre -63 et -48André Dupont-Sommer, Les Écrits esséniens, découverts près de la mer Morte, Paris, Payot, 1983, ..