vignette|redresse|Pratique de la mosaïque au musée de site de la villa gallo-romaine de Loupian, (Hérault). vignette|redresse|Le Jugement de Pâris, mosaïque de sol originaire d'Antioche, , Paris, musée du Louvre.
La mosaïque est un art décoratif dans lequel on utilise des fragments de pierre (marbre, granito), de pierres colorées, d'émail, de verre, ou encore de céramique, assemblés à l'aide de mastic ou d'enduit, pour former des motifs ou des figures. Quel que soit le matériau utilisé, ces fragments sont appelés des tesselles.
Très utilisée pendant l'Antiquité romaine, la mosaïque reste en usage tout au long du Moyen Âge, en particulier chez les Byzantins, continuateurs des Grecs et des Romains (basilique Saint-Vital de Ravenne), et tout au long de la Renaissance. Après avoir quasiment disparu pendant plusieurs siècles, cet art est réapparu au grand jour en France avec les mosaïques de l'opéra Garnier à Paris, par Giandomenico Facchina. Le mouvement Art nouveau amplifiera par la suite cette large diffusion. Aujourd'hui, la mosaïque est utilisée tant par des artistes du mouvement Op art tels que Carlos Cruz-Diez, VasarelyLa Mosaïque contemporaine, . que pour des décors du quotidien en architecture et décoration intérieure ou extérieure.
On distingue différents types de mosaïques : la mosaïque grecque, faite de galets non taillés ; la mosaïque romaine, faite de pierre et de marbre, plus rarement de pâte de verre et de coquillages, elle revêt les sols et les murs ; la mosaïque byzantine, puis vénitienne : faite d'émaux, de pâtes de verre, et d'or, elle est essentiellement pariétale ; la mosaïque florentine : faite de pierres semi-précieuses extrêmement imbriquées les unes dans les autres. La technique a aussi été développée au , en Russie, pour constituer la mosaïque russe, ou école russe de la mosaïque florentine ; la mosaïque moderne : faite d'émaux vénitiens, de grès, de marbre, d'or, elle revêt les sols et les murs ; la mosaïque contemporaine : faite de tous types de matériaux, elle s'applique à tous types de supports ; la mosaïque de grains : faite de pierres broyées en grains et permet de très belles décorations de mur et/ou des objets.
Historique vignette|redresse|La Bannière d'Ur, mosaïque sumérienne (coquille, calcaire rouge, lapis-lazuli et bitume) découverte dans une tombe d'Ur (vers ), Londres, British Museum.
Étymologie et origine La mosaïque apparaît à Uruk, en Mésopotamie (de nos jours région d'Irak), il y a environ . Les mosaïques sont alors faites de cônes d'argile peints qui, assemblés, constituent des motifs géométriques.
Le terme « mosaïque » vient du latin tardif , mot lui-même dérivé du grec ancien , désignant ce qui se rapporte aux Muses« Mosaïque », TLFi.. Dans la Grèce antique, cette technique, à l'origine, était employée dans les grottes consacrées aux muses.
Mosaïque grecque vignette|redresse|Mosaïque de la chasse au cerf, maison de l'Enlèvement d'Hélène à Pella, Œuvre signée par le mosaïste Gnôsis. À ses débuts, avant d'être un art décoratif, la mosaïque grecque est utilitaire. On la trouve dans les pièces exposées à l'humidité en tant que pavement. La technique la plus ancienne, , est constituée de galets non taillés noirs, blancs, orange, marron et rouges, quoiqu'ils soient souvent placés en dichotomie (contraste sombre/clair), rappelant les vases peints. On représente bientôt des scènes de la vie quotidienne, de chasse et des animaux. Les mosaïques du palais de Pella symbolisent l'apogée de cette technique, et on y observe des galets de terre cuite trempés dans du colorant, ainsi que l'utilisation de lames de plomb et de terre cuite pour cerner certains détails anatomiques. Les mosaïques ne sont plus uniquement destinées aux pavements, mais sont aussi pariétales. Elles sont devenues un mode de revêtement prisé utilisé pour la décoration domestique.
Au , les tesselles composant les mosaïques commencent à être taillées à la marteline, et cette technique de taille sera employée ensuite pour toutes les mosaïques à l'époque romaine. C'est l'. Une autre technique voit le jour, l', constitué de grandes plaques de marbre aux motifs géométriques, découpées selon le dessin.
Les techniques de mosaïque se développent essentiellement en Macédoine à l'époque hellénistique, mais elles se propagent sur tout le bassin méditerranéen, on retrouve donc ce type de mosaïque dans des villes égyptiennes.
Mosaïque romaine vignette|redresse|Colombes, mosaïque, Pompéi, maison du Faune. Perfectionnée à Carthage, la technique de la mosaïque se généralise dans le monde romain à l'occasion des guerres puniques.
La mosaïque était beaucoup utilisée pendant l'Antiquité pour la décoration intérieure des maisons et des temples, notamment de leurs murs ou de leurs sols (« tapis en mosaïque » à l'intérieur d'une pièce d'habitation antique, ou « paillasson en mosaïque » à son entrée.). Elle nous est devenue particulièrement familière depuis la découverte des sites romains bien conservés tels que Pompéi ou Herculanum. Passant par différents styles, la mosaïque romaine sera utilisée durant toute la période et toutes les régions de l'Empire romain. Les mosaïques romaines sont faites essentiellement de marbres, mais aussi parfois pour partie de pâtes de verre ou de coquillages.
La construction d'un complexe hôtelier en 2010. à Antakya a nécessité un programme préventif de recherches archéologiques qui a révélé une mosaïque qui s'étale sur . Elle est ornée de motifs géométriques. Il est probable qu'elle recouvrait une place publique. Elle a été datée du . Sa dimension est remarquable au point que le projet immobilier devrait être modifié pour l'intégrer dans le complexe et permettre au public de pouvoir l'admirerHistoria; , , ..
Mosaïque byzantine vignette|redresse|Moïse, basilique Saint-Vital de Ravenne, . Continuateurs des Grecs et des Romains, les Byzantins l'utilisent. À l'Oratoire carolingien de Germigny-des-Prés, on peut voir l'unique exemple existant encore en France d'une mosaïque inspirée de la mosaïque byzantine. Mais les deux grands lieux de la mosaïque byzantine sont Ravenne et Constantinople. La basilique Saint-Vital de Ravenne en offre un exemple, ainsi que la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. D'autres, comme le Saint-Sépulcre de Jérusalem, ont été détruits. Les mosaïques byzantines sont essentiellement pariétales, et les tesselles d'or et de pâte de verre qui les composent ne sont pas posées de manière plane, ce qui crée de multiples reflets donnant une intensité particulière aux compositions.
L'art islamique à ses débuts a utilisé la mosaïque d'inspiration byzantine, comme on peut encore le voir à Jérusalem et à Damas ; ce sont des œuvres d'artistes grecs. vignette|Détail d'une mosaïque en tesselles de pâte de verre (tête d'apôtre, fin VIIIe siècle, triclinium du Latran)
Mosaïque au Moyen Âge Au Moyen Âge, dans les zones qui ne sont pas sous influence de l'empire byzantin on préfère à la mosaïque les carreaux de céramique et plus particulièrement en Europe, les carreaux estampés moins coûteux., dans le monde islamique, les carreaux de céramique lustrée. Cependant, quelques exemples subsistent, aux techniques plus proches de la mosaïque romaine, comme les mosaïques de l'Abbaye Notre-Dame de Ganagobie.
Mosaïque de la Renaissance Continuatrice de l'art byzantin, la Renaissance italienne l'emploie. Ainsi, nombre de représentations picturales ornant les murs de la basilique Saint-Pierre sont réalisées selon cette technique. Elle est à cette époque en concurrence avec la fresque.. On souhaite à cette époque réaliser des mosaïques qui ressemblent le plus possible à la peinture : les joints séparant les tesselles sont infimes et les gammes chromatiques, avec l'apparition des émaux vénitiens, sont très étendues. On obtient alors des dégradés très subtils.
En Italie, la passion des Médicis. pour les objets en pierre semi-précieuse (onyx, jaspe, cornaline, améthyste, malachite, agate, marbre, lapis-lazuli) conduisit le grand-duc Ferdinand de Médicis à fonder, à Florence en 1588, la Manufacture d’art spécialisée dans le travail des pierres dures. Dès la fin du , la mode des vases et du mobilier en pierre dure se répandit et s’affirmèrent alors le goût et la technique de la mosaïque florentine. La manufacture poursuivit son activité pendant plus de trois siècles, et est devenue le musée de la Manufacture de pierres dures de Florence. Des objets décoratifs en lazurite, issus de l'ancienne manufacture (vases, coupes, cruches), sont aussi exposés au musée de l'Argenterie (), au Palais Pitti, à Florence.
Mosaïque russe vignette|redresse|Constantin Oukhtomski, Le Salon des malachites au Palais d'Hiver (1865), localisation inconnue. La technique florentine a été déclinée en Russie vers 1848, et adaptée par des maîtres lapidaires, pour le placage sur des objets d'art, de minces lamelles de pierres semi-précieuses, comme la malachite, le lapis-lazuli, ou la rhodonite..
Compte tenu de la richesse exceptionnelle des mines de l'Oural, en Sibérie, l'exploitation industrielle de la malachite, a permis de produire au et en grande quantité, des objets d'art, afin de décorer les intérieurs d'immeubles, de palais ou de châteaux : le du palais d'Hiver, à Saint-Pétersbourg, la cathédrale Saint-Isaac à Saint-Pétersbourg, le grand palais du Kremlin, à Moscou, ou en France, dans le salon des malachites au château du Grand Trianon à Versailles. Les objets d'art étaient réalisés dans les trois manufactures lapidaires impériales, de Peterhof, Ekaterinbourg, ou à la Après l'effondrement de l'URSS, l'usine intègre le ministère des Services publics de la Russie. Dès 1990, l'usine n'a pas été en mesure de survivre. Elle est mise en faillite en 1998. Depuis , l'usine fabrique des produits en granit, telles les bordures de protection. En conséquence, le premier centre de taille de pierre de la Sibérie, continue à fonctionner, ..
Mosaïque moderne Avec la tendance de la peinture à l’huile durant la Renaissance, aucune nouvelle modification n’a vraiment été apportée à l’art de la mosaïque jusqu’au . Mais à partir de l’époque victorienne, la mosaïque commence à connaître un renouveau en Europe occidentale sous la forme de micromosaïques. Elles consistaient à réaliser des broches, des bijoux ou bien de petits cadres photographiques représentants le plus souvent les ruines de la Rome antique ou des motifs végétaux très détaillés.
Cependant, la mosaïque moderne comme on la connait, naît au moment de la construction de l'opéra Garnier avec les mosaïques de Giandomenico Facchina. Celui-ci réalise alors les mosaïques en atelier par technique indirecte. Les mosaïques sont ensuite collées aux supports (sols, murs). Ce travail en atelier permet de faire baisser considérablement le coût de production de la mosaïque et connait alors un grand succès lors de l’Exposition universelle de 1855. Par la suite les mosaïques se diffuseront partout en France et seront réalisées en grande partie par des artisans immigrés de la région du Frioul en Italie. Ces mosaïques sont réalisées en émaux de Venise et en marbre.
Dans ce style de mosaïque moderne, on peut citer à Paris, le cul-de-four de l'abside de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre décoré de la plus grande mosaïque de France, couvrant une surface de , conçue selon le dessin de Luc-Olivier Merson et exécutée de 1918 à 1922 avec des Émaux de Briare par les mosaïstes parisiens de l'Atelier Guilbert-Martin. La mosaïque représente le Sacré-Cœur de Jésus glorifié par l’Église catholique et la France.
On peut également noter la réalisation, entre 1933 et 1941, d'une grande mosaïque de , décorant le chœur de la basilique du Sacré-Cœur de Marseille, selon les cartons préparatoires réalisés par le peintre Henri Pinta.