La mer d'Aral (en russe, Аральское море, en kazakh, Арал теңізі/Aral teñızı, en ouzbek, Orol dengizi, en karakalpak, Aral Teńizi) est un lac d'eau salée d'Asie centrale situé entre 43° et 47° de latitude nord et entre 58° et 62° de longitude est, occupant la partie basse de la dépression touranienne ou aralo-caspienne au milieu d'espaces désertiques. Elle est partagée entre le Kazakhstan au nord et l'Ouzbékistan au sud. Elle tire son nom du mot kazakh Aral qui signifie « île » en référence aux milliers d'îles qui la couvraient.
Formation Dans sa forme actuelle, la mer d'Aral est apparue il y a environ . Auparavant, à l'époque glaciaire, une période particulièrement sèche, il n'y avait dans cette région que quelques marécages et étangs hypersalés N. V. Aladin, I. S. Plotnikov, R. Letolle [ https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-94-007-0967-6_6#page-2 « Hydrobiology of the Aral Sea »], dans Dying and Dead Seas Climatic Versus Anthropic Causes, NATO Science Series: IV: Earth and Environmental Sciences Volume 36, 2004, pp 125-157., mis à part, au plus fort des glaciations quaternaires, lorsque les glaces de la mer de Kara bloquaient le cours de l'Ob et forçaient les eaux de la Sibérie occidentale à s'écouler vers la mer Caspienne en passant par le bassin de l'Aral Jan Mangerud, Valery Astakhov, Martin Jakobsson, John Inge Svendsen, « Huge Ice-age lakes in Russia », Journal of Quartenary Science, 2001, 16, 773-777.. Cela s'est produit, pour la dernière fois, il y a près de et la mer d'Aral atteignait une taille de Avjit Gupta, « Large Rivers: Geomorphology and Management », page 68, John Wiley & Sons, 28 févr. 2008..
Après la dernière glaciation, la mer d'Aral s'est formée lorsque le Syr-Daria a commencé à remplir une dépression creusée par l'érosion éolienne. Ces eaux, auxquelles sont bientôt venues s'ajouter celles de l'Amou-Daria, n'étaient donc pas encore salées et la faune aquatique provenait d'abord de ces fleuves. Il y a , la mer d'Aral a atteint sa plus grande extension, son niveau atteignait l'altitude de et elle s'étendait jusqu'au lac Sary Kamysh. Ses eaux s'écoulaient alors dans la mer Caspienne par l'intermédiaire de l'Ouzboï, ce qui permit sa colonisation par les poissons venus de la Caspienne. Ce maximum est lié à un climat plus chaud et plus humide ; les fleuves avaient alors un débit trois fois plus élevé qu'au début du et apportaient alors d'eau par anPeter O. Zavialov, « Physical Oceanography of the Dying Aral Sea », Springer, 6 mars 2007 - 168 pages..
Plus tard, le climat est redevenu plus sec et le niveau de la mer a varié en fonction des apports de l'Amou-Daria, qui pouvait soit alimenter la mer d'Aral, soit s'orienter vers le lac Sary Kamysh et l'Ouzboï. Les reconstitutions paléogéographiques laissent penser que ce deuxième cheminement a été préféré entre -1800 et -1200 puis entre +100 et +500 et de 1200 à 1550, faisant pratiquement disparaître la mer d'Aral à ces périodes.
Géographie
vignette|L'extrémité méridionale de la Grande mer d'Aral vue des falaises du plateau d'Oust-Ourt en mai 2012.
La mer d'Aral couvrait, au début des années 1960, une superficie de (soit plus de deux fois la superficie de la Belgique), dont occupés par des îles. Longue de , large de , elle se localisait dans une des parties les plus basses de la dépression touranienne, affaissée depuis la fin de l'ère tertiaire (Pliocène supérieur) par les mouvements alpins ayant affecté l'Asie moyenne. Située à au-dessus du niveau moyen de la mer, la mer d'Aral est caractéristique de l'endoréisme de cette région du monde. C'était un espace lacustre peu profond (sur plus du tiers de sa superficie, la profondeur ne dépassait pas ). Toutefois, cette profondeur était dissymétrique, la partie occidentale de la mer d'Aral (en rebord du plateau d'Oust-Ourt) voyait les fonds descendre jusqu'à alors que moins de 10 % de ces derniers dépassaient les dans la partie orientaleDictionnaire illustré des merveilles naturelles du monde, Sélection du Reader Digest, 1977, ..
Les rives de la mer d'Aral étaient variées, même si elles présentaient un point commun par leur caractère désertique. La rive orientale était caractérisée par son relief sablonneux formé de basses crêtes longitudinales indentées par une série de longues baies étroites parsemées d'îlots. La rive occidentale, au contraire, était marquée par son profil rectiligne dominé par de hautes falaises (se dressant à pour les plus élevées) battues par les flots. La rive septentrionale correspondait à la limite sud du plateau argilo-sableux de Tourgaï, s'élevant jusqu'à au-dessus du rivage et découpé de profondes baies. Entre ses diverses parties, au nord-est et au sud, les vastes deltas du Syr-Daria et de l'Amou-Daria prenaient l'aspect de grands espaces plans, changeant rapidement grâce au déversement abondant de leurs eaux limoneuses.
Hydrologie vignette|Carte de la mer d'Aral en 1853.
gauche|vignette|Images satellites montrant l'évolution des niveaux d'eau dans la mer d'Aral de 2000 à 2018.
La surface de la mer d'Aral était soumise à des oscillations de plus ou moins grande amplitude. Une variation quotidienne était provoquée par le phénomène des seiches à longue période et pouvait atteindre des amplitudes de à relevées à la station « Mer d'Aral » située au nord-est de l'étendue lacustre. Toutefois, de violentes tempêtes pouvaient provoquer des oscillations bien supérieures (en fut relevée une montée des eaux de ). Il faut également noter la présence épisodique d'un courant circulaire provoqué par la conjugaison du vent et de l'arrivée des eaux de l'Amou-Daria et du Syr-Daria.
Hydrographie Le bassin hydrographique de la mer d'Aral, correspondant essentiellement aux bassins de ses deux grands fleuves tributaires, l'Amou-Daria et le Syr-Daria, couvre une superficie de ( de terres cultivables dont sont irriguées). Ce vaste territoire, situé entre les longitudes 56° et 78° est, et les latitudes 33° et 52° nord, coïncide géographiquement avec presque toute la zone de l'Asie centrale et comprend la totalité du territoire de l'Ouzbékistan, du Tadjikistan, la majeure partie du Turkménistan, trois provinces du Kirghizistan (Och, Djalal-Abad, Naryn), deux régions ou oblys méridionales du Kazakhstan (Kyzylorda, Kazakhstan-Méridional), quelques contrées septentrionales de l'Iran et de l'Afghanistan..
Assèchement vignette|Navires de la marine impériale russe vers 1850. alt=Vestiges d'une coque de bateau à l’abandon dans la zone asséchée de la mer d'Aral.|gauche|vignette|Vestiges d'une coque de bateau abandonné dans la zone asséchée de la mer d'Aral.
vignette|Évolution de l'assèchement progressif de la mer d'Aral.
Depuis 1960, la mer d'Aral a perdu de profondeur, 75 % de sa surface, et 90 % de son volume., ce qui a augmenté sa salinité et entraîné la disparition de la plupart des espèces endémiques.. Le nombre d'espèces de poissons est passé de 32 à 6P.Micklin et N.Aladin, Pour la Science, Décembre 2008. Des épaves de bateau sont échouées sur l'ancien fond marin.
Conséquences biologiques et biomédicales Les 28 espèces endémiques de la mer d’Aral ont disparu. Seule subsiste une espèce de raie importée et sélectionnée pour survivre à de tels taux de salinité.
Tentatives de sauvetage vignette|Animation par satellite de l'assèchement de la mer d'Aral entre 2000 et 2011.
Pour empêcher cet assèchement total, de multiples projets ont été évoqués : détournement des fleuves Volga, Ob, et Irtych, ce qui redonnerait à la mer sa taille originale en vingt à trente ans pour un coût de de dollars. ; en 2011, des projets en ce sens étaient en cours d'élaboration. ; creusement d'un canal depuis la mer Caspienne avec station de pompage ; amélioration des canaux d'irrigation ; demande aux agriculteurs de moins gaspiller l'eau des rivières ; remplacement du coton par des espèces moins gourmandes en eau ; changement économique en favorisant l'économie non plus basée sur l'agriculture dans les pays en amont.
Barrage en béton de Kokaral La construction du barrage de Kokaral, au sud de l’embouchure du fleuve Syr-Daria, fut un premier succès. En effet, ce barrage permit de barrer le détroit entre la Petite mer (Maloïé), ancienne mer bordière de la mer d'Aral au nord avant son assèchement, et la Grande mer (Bolchoïé), ce qui reste de la Grande mer au sud.
Avant la construction du barrage de Kokaral, le maire de la ville d'Aralsk, Alachibaï Baïmirzaev avait décidé en 1995 de faire construire une digue de de long constituée de sable et de roseaux. Terminée en 1996, elle permit d'éviter immédiatement que les eaux du fleuve Syr-Daria ne se perdent dans le delta entre la Petite et la Grande mer d'Aral, remontant le niveau de la Petite mer, en augmentant le volume, et faisant avancer les rives de la mer de plusieurs kilomètres sur la terre. Après cela; la vie renaquit autour de la mer : des roseaux, des renards, des rongeurs, des oiseaux, ainsi que quelques espèces de poissons commencèrent à repeupler le bassin de la Petite mer. Malheureusement, une tempête violente détruisit en 1999 cette digue fragile et une partie de ce qui avait été gagné en volume et en superficie fut à nouveau perdu.
La Banque mondiale décida en 2003 de financer la construction de la digue en béton de Kokaral, ainsi qu’une série de digues secondaires, en vue d’éliminer l’excès de sel par des déversoirs et de faire remonter le niveau de l’eau. Ce projet controversé, dont les travaux ont débuté en 2003, a permis à la Petite mer de regagner environ de superficie, mais il empêche aussi la Grande mer de limiter trop vite son assèchement, même si une vanne située au-dessus du barrage prévoit de déverser le surplus en eau dans la Grande mer d'Aral, située pour une part importante en Ouzbékistan. Ce barrage permettant à la vie de revenir dans la Petite mer est une pomme de discorde entre le Kazakhstan, qui en est le bénéficiaire, et l'Ouzbékistan, qui pourtant, avec le Turkménistan, détourne la quasi-totalité des eaux de l'Amou-Daria et détruit ainsi toute vie dans la Grande mer.
Le président Noursoultan Nazarbaïev fit apparaître un semblant d'espoir de renaissance de la mer d'Aral au Kazakhstan car il avait pour projet de rehausser le niveau de la Petite mer grâce à la construction du barrage de Kokaral, permettant ainsi à l'industrie de la pêche de retrouver son ancien niveau et à la ville d'Aralsk de redevenir un port plus ou moins important. Ce projet estimé à de dollars ( d'euros) était financé principalement par les revenus du pétrole du Kazakhstan, et prévoyait également le creusement d’un canal de jonction entre les deux bassins et la construction de nouvelles structures pour exploiter l’énergie hydroélectrique. Cette digue en béton, dont les travaux ont fini en 2005, est construite dans la partie nord de l'ancienne mer d'Aral, à l'est de l'île de Kokaral, et mesure de long pour de haut, à une altitude de .
Selon le site internet Structurae.info, le barrage a remonté le niveau de la Petite Aral d'au moins , passant de moins de en 2005 à en 2009. Alors que les spécialistes de la Banque mondiale avaient prévu que l’eau ne remonterait pas avant trois ans — d’autres hydrologues pensaient même que la mer d’Aral serait irrémédiablement perdue — la Petite mer a déjà regagné 30 % de sa superficie, ce qui représente plus de de mètres cubes d’eau. Cependant, d’après certains responsables kazakhs, il vaudrait mieux ne pas se réjouir trop tôt, car une solution définitive n’a pas encore été apportée.
Plantations de saxaoul dans le désert
vignette|Jeunes plantations de saxaoul () sur l'ancien fond de la mer d'Aral – au sud de la Grande mer d'Aral en Ouzbékistan.