Cécile de Grèce (en grec : et en allemand : ), princesse de Grèce et de Danemark puis, par son mariage, grande-duchesse titulaire de Hesse-Darmstadt, est née le à Tatoï, en Grèce, et morte le à Ostende, en Belgique. Épouse du prétendant Georges-Donatus de Hesse-Darmstadt et sœur du duc d'Édimbourg, c'est une princesse gréco-allemande surtout connue pour l'accident d'avion dont elle a été victime en même temps que plusieurs membres de sa famille, en 1937.

Troisième des cinq enfants d'André de Grèce et d'Alice de Battenberg, la princesse Cécile grandit dans une famille aimante et unie. Ses premières années sont cependant marquées par les conflits auxquels la Grèce est confrontée à cette période : d'abord les guerres balkaniques (1912-1913), puis la Première Guerre mondiale (1914-1918) et enfin la guerre gréco-turque (1919-1922). Pour la petite fille et ses proches, les deux derniers conflits ont des conséquences dramatiques puisqu'ils aboutissent à leur bannissement et leur exil en Suisse (entre 1917 et 1920) puis en France (de 1922 à 1936). Durant leur exil, Cécile et les siens dépendent de la générosité de leur parentèle étrangère, et notamment de Marie Bonaparte (qui leur offre un logement à Saint-Cloud) et d'Edwina Ashley (qui les soutient financièrement).

L'année 1929 est un moment charnière dans la vie de Cécile. La jeune fille noue en effet une idylle avec un cousin de sa mère, le grand-duc héréditaire Georges-Donatus de Hesse-Darmstadt. Dans le même temps, la princesse Alice est frappée d'une crise mystique qui conduit à son internement dans un hôpital psychiatrique jusqu'en 1933. Mariée en , Cécile s'installe auprès de la famille de son époux, à Darmstadt. Elle y donne naissance à trois enfants, Louis (1931), Alexandre (1933) et Jeanne (1936), avant une nouvelle grossesse en 1937. Initialement éloignée du mouvement nazi, elle rejoint le NSDAP en même temps que son époux en .

Six mois plus tard, la princesse et sa famille entreprennent un voyage au Royaume-Uni, où ils doivent assister au mariage de Louis de Hesse-Darmstadt avec Margaret Campbell Geddes. Cependant, l'avion qui devait les conduire à Londres s'écrase à Ostende, tuant sur le coup l'ensemble des passagers. Rapatriées à Darmstadt, leurs dépouilles sont enterrées à la nécropole grand-ducale de Rosenhöhe le .

Famille La princesse Cécile est la troisième fille du prince André de Grèce (1882-1944) et de son épouse la princesse anglo-allemande Alice de Battenberg (1885-1969). Par son père, elle est la petite-fille du roi (1845-1913) et de la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926) tandis que, par sa mère, elle descend du prince Louis de Battenberg (1854-1921), marquis de Milford Haven, et de la princesse Victoria de Hesse-Darmstadt (1863-1950). Cécile a donc la particularité généalogique d'être à la fois l'arrière-petite-fille du roi (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », et l'arrière-arrière-petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), connue comme la « grand-mère de l'Europe ».

Cécile a deux sœurs aînées, les princesses Marguerite (1905-1981) et Théodora de Grèce (1906-1969), ainsi qu'une sœur et un frère cadets, la princesse Sophie de Grèce (1914-2001) et le prince Philippe (1921-2021), duc d'Édimbourg et époux de la reine (1926-2022).

Le , la princesse Cécile épouse, à Darmstadt, en Allemagne, le grand-duc Georges-Donatus de Hesse-Darmstadt (1906-1937), fils du grand-duc souverain Ernest-Louis de Hesse-Darmstadt (1868-1937) et de sa seconde épouse Éléonore de Solms-Hohensolms-Lich (1871-1937).

De cette union naissent quatre enfants, tous décédés avant leur majorité : Louis de Hesse-Darmstadt (1931-1937), grand-duc héréditaire de Hesse-Darmstadt ; Alexandre de Hesse-Darmstadt (1933-1937), prince de Hesse-Darmstadt ; Jeanne de Hesse-Darmstadt (1936-1939), princesse de Hesse-Darmstadt ; N. de Hesse-Darmstadt (1937-1937).

Biographie Une enfance dans un contexte difficile Une enfance marquée par la guerre vignette|redresse|alt=Portrait à l'huile dans des teintes pastel en buste d'une petite fille blonde ayant les épaules dénudées.|La princesse Cécile représentée par Philip de László (1914).

La princesse Cécile voit le jour au palais de Tatoï, près d'Athènes, le . Baptisée le suivant, elle reçoit pour parrains et marraine le roi , le grand-duc Ernest-Louis de Hesse-Darmstadt, le prince Nicolas de Grèce et la grande-duchesse Vera Constantinovna de Russie.

Cécile passe une enfance heureuse, au milieu d'un foyer uni, déjà composé de deux petites filles, les princesses Marguerite (née en 1905) et Théodora (née en 1906), et qui s'élargit encore avec l'arrivée de la princesse Sophie (née en 1914). Fille préférée du prince André de Grèce, l'enfant grandit entre Athènes, Tatoï et Corfou, où son père hérite du palais de Mon Repos après l'assassinat du roi , en 1913. Issues d'une dynastie cosmopolite, Cécile et ses sœurs communiquent en anglais avec leur mère, mais elles utilisent aussi le français, l'allemand et, bien sûr, le grec avec leurs proches et leurs gouvernantes. Les petites filles effectuent aussi, très jeunes, des séjours à l'étranger avec leur famille. En 1911 et 1913, Cécile voyage ainsi au Royaume-Uni et en Allemagne, où elle est présentée à la parentèle de sa mère.

Les premières années de la princesse sont néanmoins marquées par l'instabilité que connaît la Grèce au début du . Cécile est ainsi le témoin des guerres balkaniques (1912-1913), durant lesquelles son père sert dans l'état-major de pendant que sa mère s'investit comme infirmière. La petite fille est cependant surtout touchée par la Première Guerre mondiale, qui divise les différentes branches de sa famille et durant laquelle la Grèce voit sa neutralité violée par l'Entente. Cécile et ses sœurs se trouvent ainsi dans le palais royal d'Athènes lorsque celui-ci est bombardé par la flotte française à la suite de combats survenus dans la capitale le .

Une enfance marquée par l'exil En , le roi est finalement déposé et chassé de Grèce par les Alliés, qui le remplacent sur le trône par son deuxième fils, le jeune . Quinze jours plus tard, la famille de Cécile est à son tour poussée à l'exil et doit quitter Mon Repos afin de couper le nouveau monarque de toute influence de ses proches. Contraint à résider en Suisse alémanique, le petit groupe séjourne d'abord dans un hôtel de Saint-Moritz, avant de s'établir à Lucerne, où il vit dans l'incertitude de l'avenir.

vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme accoudé à une voiture dans laquelle est assise une femme.|Le père et la mère de Cécile, en 1921.

L'exil n'est cependant pas la seule source d'inquiétude pour la famille. Avec la chute de l'Empire tsariste en 1917, plusieurs parents de Cécile sont assassinés en Russie. C'est notamment le cas de deux de ses oncles paternels (les grands-ducs Paul Alexandrovitch et Georges Mikhaïlovitch), d'un de ses grands-oncles paternels (le grand-duc Dimitri Constantinovitch) et de deux de ses grands-tantes maternelles (la tsarine Alexandra et la grande-duchesse Élisabeth). Peu de temps après ces événements, la famille grand-ducale de Hesse, à laquelle Cécile est étroitement apparentée par sa mère, est renversée en même temps que toutes les autres dynasties allemandes au cours de l'hiver 1918-1919. Finalement, les exilés grecs connaissent quelques problèmes de santé. Durant l'année 1920, Cécile contracte ainsi successivement la grippe et la scarlatine.

Début 1919, la petite fille a néanmoins la joie de retrouver sa grand-mère paternelle, la reine douairière Olga, épargnée par les Bolcheviks grâce à l'intervention de la diplomatie danoise. Dans les mois qui suivent, Cécile assiste, par ailleurs, à la réunion de sa famille avec le marquis et la marquise de Milford Haven, parents de la princesse Alice, ainsi qu'avec sa sœur (Louise) et son frère (Louis). Pour la petite fille, qui forme désormais un tandem avec sa sœur cadette Sophie, l'exil n'est donc pas uniquement synonyme de tristesse : c'est aussi l'occasion de longues réunions familiales et de promenades en montagne.

Un bref retour en Grèce Le , le roi , cousin de Cécile, est mordu par un singe domestique lors d'une promenade à Tatoï. Mal soigné, il contracte une septicémie, qui l'emporte le , sans qu'aucun membre de sa famille ne soit autorisé à se rendre à son chevet. La mort du souverain provoque alors une violente crise institutionnelle en Grèce. Déjà englué, depuis 1919, dans une guerre contre la Turquie, le Premier ministre Elefthérios Venizélos perd les élections législatives de . Humilié, l'homme politique crétois se retire à l'étranger tandis qu'un référendum aboutit à la restauration de .

vignette|alt=Vue d'une demeure de style néo-classique.|Le palais de Mon Repos, à Corfou (2012). Le prince André ayant été reçu triomphalement à Athènes le , son épouse et ses quatre filles le rejoignent quelques jours plus tard. Cécile revient alors vivre à Corfou avec les siens. Dans le même temps, la princesse Alice découvre qu'elle est de nouveau enceinte. Le , la famille s'agrandit donc encore avec la venue au monde du prince Philippe, futur duc d'Édimbourg. La joie qui entoure cette naissance est cependant obscurcie par l'absence du prince André, qui a rejoint les forces grecques en Asie mineure. Malgré l'inquiétude liée à la guerre, Cécile et ses sœurs profitent de la vie à Mon Repos, où elles reçoivent la visite de leur grand-mère maternelle et de leur tante Louise au printemps 1922. Dans le parc du palais, construit sur un cimetière antique, les adolescentes s'adonnent à l'archéologie et découvrent quelques poteries, des pièces en bronze et des ossements.

Durant cette période, Cécile et ses sœurs participent aussi, pour la première fois, aux grands événements mondains qui ponctuent la vie des familles royales. En , les princesses assistent ainsi, à Athènes, au mariage de leur cousine Hélène de Grèce avec le prince héritier Carol de Roumanie. Surtout, en , elles se rendent au Royaume-Uni pour être demoiselles d'honneur lors des noces de leur oncle Louis Mountbatten avec la richissime Edwina Ashley, dont la beauté fascine Cécile.

La défaite militaire de la Grèce face à la Turquie et les troubles politiques qu'elle occasionne bouleversent cependant la vie de Cécile et de sa famille. En , abandonne définitivement le trône au profit de son fils aîné, . Un mois plus tard, le prince André est arrêté avant d'être jugé par un tribunal militaire, qui le déclare responsable de la défaite de la Sakarya. Sauvé de l'exécution par l'intervention des diplomates étrangers, le prince est condamné au bannissement et à la dégradation. Il quitte donc précipitamment la Grèce avec sa famille à bord du début .

Une adolescence en exil Une princesse apatride vignette|gauche|redresse|alt=Photographie noir et blanc d'une petite fille à la mine triste portant des cheveux longs et clairs.|La princesse Cécile en 1922. Après un périple de plusieurs semaines, qui les mène successivement en Italie, en France et au Royaume-Uni, Cécile, ses parents et ses frère et sœurs s'installent à Saint-Cloud, au début de l'année 1923. Logés dans une maison attenante à celle de la princesse Marie Bonaparte (épouse de Georges de Grèce), au de la rue du Mont-Valérien, les princes hellènes dépendent, durant sept ans, de la générosité de celle-ci et de deux autres tantes de Cécile : d'abord Nancy Stewart (épouse de Christophe de Grèce) puis surtout Edwina Ashley (épouse de Louis Mountbatten). Marie Bonaparte finance ainsi les études de ses neveux tandis qu'Edwina Ashley prend l'habitude d'offrir à ses nièces les toilettes dont elle ne veut plus. De fait, les parents des adolescentes n'ont plus guère de revenus et les enfants sont les témoins réguliers de leurs problèmes d'argent et de leur difficulté à maintenir une maison dont les domestiques aux origines diverses passent leur temps à se quereller.