Henri-Pierre Delaage, baron de Saint-Cyr, né le à Angers et mort le dans cette même ville, est un général français de la Révolution et de l’Empire.
Sa jeunesse sous l'Ancien Régime Henri-Pierre Delaage est le fils unique de Jean-Pierre-Germain Delaage, directeur de l'économat du diocèse d'Angers. Le jeune garçon passe son enfance entre le domicile de ses parents, dans la cité, et la propriété de Vaugoyeau, à Saint-Barthélemy (aujourd'hui Saint-Barthélemy-d'Anjou). Après ses études, d'un bon niveau, étant donné son milieu familial, Henri-Pierre est tout naturellement attaché à l'économat du diocèse puis surnuméraire dans l'administration des Domaines.
Sa carrière aurait pu se poursuivre dans les pas de son père si ce n'est que le jeune Henri-Pierre, patriote et d'un tempérament fougueux, envisage une tout autre destinée. Les événements de 1789, à Paris, créent une agitation sociale amenant la bourgeoisie angevine à constituer un corps de volontaires chargé d'assurer "la tranquillité publique". Il fait partie des canonniers volontaires d'Angers avec le grade de sergent.
États de services aux armées En 1791, avec la création de corps de volontaires nationaux chargés de défendre les frontières de l'Est, Delaage s’enrôle dans le bataillon de volontaires de Maine-et-Loire, sous les ordres du lieutenant-colonel Nicolas Beaurepaire où il est élu par ses camarades, le , au grade de Sous-lieutenant de grenadiersBibl. mun. Angers, Mss 1290..
La guerre contre la Coalition (1791-1793) Le , pour seconder Beaurepaire, Delaage est nommé adjudant-major par le général Dumouriez. Le , après une longue attente en Loire-Inférieure, le bataillon de volontaires de Maine-et-Loire part enfin vers l'Est pour rejoindre l'armée du Centre. Delaage fait partie de la garnison de Verdun et observe ce qui a causé la reddition de la ville, le Le 28 octobre 1792, Delaage prononce, à la barre de la Convention nationale, un discours en relatant tous les manquements. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k43962j. Il reste dans la place avec 50 hommes afin d'enlever le corps du commandant Beaurepaire qui se serait donné la mort pour éviter de signer la capitulation. La Convention nationale lui accordera les honneurs du Panthéon sans toutefois que son corps n'y fut jamais déposé. vignette|284x284px|Parcours de Delaage contre la Coalition. Après avoir mis en terre leur commandant dans le cimetière de Sainte-Menehould, bien des hommes du bataillon de volontaires décident de rentrer au pays, comme leur contrat les y autorisePar décret du 28 décembre 1791, "tous les citoyens admis dans les bataillons de gardes nationales volontaires, seront libres de se retirer après la fin de chaque campagne [...].. Le lieutenant-colonel Lemoine prend le commandement du bataillon qui rejoint l'armée du Nord. Les états de services de Delaage attestent de sa présence au défilé de Grand-Pré et au "camp de la Lune" qui n'est autre que Valmy. Nous sommes le , c'est la première victoire de l'Armée française face aux coalisés.
Avec l'armée de Dumouriez, il est à Jemmapes, à Mons, à Bruxelles et à Liège le où s'apercevant que les tirailleurs français hésitent à pénétrer dans un bois défendu par l'ennemi, Delaage s'y précipite suivi seulement d'un tambour et met en fuite les Autrichiens, écrit Mullié dans sa biographie des célébrités militaires.
L'année suivante, il est au siège de Maastricht , au combat de la Montagne-de-Fer et à la bataille de Neerwinden. Il prend part à toutes les fatigues des vingt jours de l'armée de Belgique. Ce nouvel échec marque le début de la retraite et le commencement de l'invasion de la France.
Au camp de Maulde, près de Valenciennes, dans les premiers jours d', lorsque Dumouriez excite son armée à marcher contre la Convention. Delaage ayant répondu à cette proposition par le cri de « Vive la liberté, périssent les traîtres ! », un officier du hussards fond sur lui le sabre à la main ; il fait alors apprêter les armes à sa troupe ce qui incite le général en chef à interrompre la revue et à s'éloigner. Nommé capitaine de la compagnie de son bataillon le suivant, il prend part à la bataille de Famars, sous les murs de Valenciennes puis avec les 600 hommes restant du bataillon de volontaires de Mayenne-et-Loire, il fait partie de la garnison chargée de défendre la ville. Lors de la capitulation de la place, le , il est fait prisonnier par les Autrichiens et obtient, peu après un échange de prisonniers, sa libération à condition d'être employé dans l'intérieur.
Adjoint à l'état-major le et affecté à l'armée des Alpes, il se trouve au siège de Lyon, à la suite duquel il est envoyé dans l'armée de l'Ouest engagée dans la "Virée de galerne" contre les Vendéens.
Guerres de Vendée 1793-1800)
Dès le , il défend l'artillerie de la division Beaupuy dans la déroute éprouvée à la bataille de Croix-Bataille. Dans une mêlée sanglante où les Vendéens se sont emparés des canons des Républicains, quoique blessé et renversé par la chute de son cheval tué sous lui, il conserve le commandement de sa colonne et reprend son artillerie. Dans une autre circonstance, Kléber, ralliant ses soldats lors de la bataille de Dol, dit à Delaage : « Tiens ferme une demi-heure à l'entrée du pont et l'armée est sauvée ! », ordre si bien exécuté que Kléber demande pour lui à la Convention le grade de général de brigade. Les représentants lui décernent le grade d'adjudant-général chef de brigade provisoire le 8 frimaire An II [] confirmé le 25 prairial An III.
Le 15 frimaire an II [] alors que les Vendéens assiègent Angers, Kléber lui ayant donné le commandement de son avant-garde, Delaage part de Châteaubriant, arrive en douze heures devant Angers et les contraint à renoncer à leur attaque. Delaage est accueili en héros par les représentants et ses amis : "Ce cher Delaage, le ciel nous devait de l'avoir pour libérateur" dira l'un d'euxFrançois Grille, Le siège d'Angers, Angers, éd. Pavie, 1841.
À la bataille du Mans le 22 du même mois, il leur enlève vingt pièces de canon. Si dans cette bataille, les Républicains se livrent à des massacres sur la population, Marceau et l'intrépide Delaage, parcourant les rues au grand galop, du plat de leur épée, arrachèrent des mains des soldats les femmes et les enfants qu'ils allaient massacrerA; Launay, Correspondance et papiers de Benaben, éd. Sauton, Paris, 1886, . Peut-être dénoncé pour son comportement humanitaire, à l'issue de la bataille du Mans, Delaage est arrêté par Carrier. Kléber, indigné, demande à un officier de porter l'ordre de le libérer. Vingt officiers des chasseurs se présentent, partent bride abattue, l'arrachent à la prison et le ramènent à l'armée.
Après la Virée de Galerne, nommé "commandant de la rive droite de la Loire, depuis Nantes jusqu'à Angers", il mène à cette époque différents combats sur les deux rives de la Loire, collaborant avec le général Cordelier et ses colonnes incendiaires :
"Je profite de la marche de nos colonnes sur la rive [gauche] pour travailler sur la rive droite. J’ai fait traquer la forêt du Cellier et les bois y adjacents. Je crois qu’elle est enchantée car, d’après tous les rapports, même dans la nuit du 24, les espions balançaient entre mille et trois-mille hommes. […] Je prends tous les jours quelques nouveaux gibiersRapport au général Robert, 14 mars 1794. Service Historique de la Défense, Vincennes, B 5/8-84.."
À la tête d'une colonne républicaine, il surprend dans le bocage plusieurs divisions vendéennes et défait les troupes de Stofflet à Chemillé. Sur ces entrefaites, une révolte ayant éclaté à Paimbœuf parmi les troupes de terre et les soldats de marine, Delaage rétablit la tranquillité et force les équipages à se rembarquer.
Il est nommé par le général en chef Lazare Hoche, commandant de la subdivision de Luçon quand il apprend que Charette s'efforce de réunir des troupes pour protéger le débarquement de la flotte anglaise. Delaage atteint son avant-garde à Saint-Vincent, le défait et lui enlève ses magasins d'armes, de munitions et d'uniformes anglais. Remis de cet échec, à la tête de s et de , Charette marche sur Luçon, et chemin faisant, attaque le 3 vendémiaire an IV [], le bourg de Saint-Cyr-en-Talmondais, défendu seulement par 200 républicains qui, retranchés dans l'église, résistent pendant plusieurs heures. Delaage arrive à la tête d'un détachement de seulement d'infanterie et d'un escadron de chasseurs à cheval, se porte en colonne sur le centre des Vendéens et les disperse, délivrant les 200 soldats encerclés dans le bourg. Le général en chef Hoche le félicite pour sa conduite et lui donne, le même jour, le commandement de la colonne de hommes du général Boussard, tué dans cette affaire. Il se lance à la poursuite de Charette à qui il enlève son artillerie, détruit ses magasins à poudre et obtient la soumission de plusieurs villes royalistes. Lors d'une reconnaissance, il reçoit deux coups de sabre et ne doit son salut qu'à l'arrivée de deux officiers républicains.
Depuis son départ d'Angers, en 1791, Henri-Pierre Delaage n'a pas cessé de combattre aux frontières du pays et dans l'Ouest. Au cours de ses six campagnes militaires, il a reçu de nombreuses blessures. Il est malade et souffre de l'usage trop fréquent du cheval. Le , il se résigne à démissionner de l'Armée. Le précédent, il avait épousé Marie Lemonnier, fille de Pierre Lemonnier, négociant, l'un de ceux qui lui avait fait un accueil chaleureux lors de la libération d'Angers en 1793. Le , ils eurent un fils, prénommé Henri-Pierre.
Ce n'est qu'à la nouvelle insurrection vendéenne qu'il demande l'autorisation de reprendre du service. À cette occasion, le ministre Bernadotte lui écrit : « Quand on a fait un aussi bon emploi de ses armes, on ne doit pas les quitter ». Le 21 thermidor an VII [], Il est donc envoyé dans la division militaire, faisant alors partie de l'armée d'Angleterre. À la tête des gardes nationales actives du pays et d'un détachement de la demi-brigade de deuxième formation, il bat les Vendéens dans différentes rencontres. Escorté par 14 hommes, il tombe près de Noailles dans une embuscade de 300 Vendéens qui, dès la première charge, le mettent presque hors de combat ; il parvient cependant à saisir le fusil d'un chasseur de sa troupe, blesse le chef ennemi et parvient à se dégager. Une autre fois, attiré à Chemillé dans le désir d'obtenir la soumission de quelques révoltés, il faillit être assassiné pendant la nuit ; mais au lieu de prendre la fuite, il charge les assaillants, se fait jour au milieu d'eux et regagne le poste où se trouvent ses soldats. Dans une autre circonstance, il cerne un rassemblement dans Moulins-sous-Châtillon, s'empare de 15 chefs et disperse le reste.
Ayant des connaissances en mathématiques et déjà doté d'une belle expérience militaire, Delaage sent qu'une étude sérieuse de la tactique ajouterait beaucoup à ses dispositions naturelles. Il est alors reconnu pour ses compétences et appelé à combattre auprès de Napoléon, dans l'armée d'Italie puis dans la Grande Armée.
Campagnes dans la Grande Armée (1800-1812)
Sa septième campagne en Vendée à peine terminée, il se trouve encore à Cholet quand, le 9 germinal An 8 [], il reçoit l'ordre du général Tilly, chef d'état-major de l'armée de L'Ouest, de se rendre à Tours afin d'y prendre le commandement de employés dans la division Monnier de la campagne d'Italie. Il combat à Montebello, à la bataille de Marengo : dans la journée du 25 prairial An 8 [14 juin 1800], et lors d'une seconde attaque de Castel-Ceriolo, ayant éparpillé ses tirailleurs comme il l'a vu faire aux Vendéens, il réussit à s'emparer des pièces d'artillerie qui foudroient sa division.