Jean-Marie Lustiger, né le à et mort le à , est un prélat de l'Église catholique. Archevêque de Paris de 1981 à 2005, il est créé cardinal par le pape en 1983 dans l'ordre des cardinaux-prêtres. En 1995, il est élu membre de l'Académie française.
Biographie Jeunesse et conversion Aron LustigerAron et non Aaron, d'après la plaque du cercueil et la feuille de messe diffusée lors des funérailles à Notre-Dame de Paris, le . est né dans le de ParisSophie de Ravinel, « Le cardinal Lustiger est mort », Le Figaro du 5 août 2007.. Il est le fils de Charles (Karl) Lustiger (né le à Żarnowiec en Pologne et mort le à Amiens Karol Charles v Becalel Lustiger Karol Charles v Becalel Lustiger. geni.com.) et de Gisèle (Gissel Léa) Lustiger (elle-même fille de Jacheta Wolnerman et née le Serge Klarsfeld, Le Mémorial de la déportation des Juifs de France, Beate et Serge Klarsfeld, Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms, FFDJF (Fils et filles de déportés juifs de France), 2012. à Będzin et morte le à Auschwitz Gisèle Lustiger. geni.com. Cette référence donne comme date de naissance 1905, ce qui semble inexact.). Ses parents sont tous les deux issus d'une famille juive ashkénaze originaire de Pologne, de Będzin en Haute-Silésie où son père était boulanger« Les dates du cardinal Jean-Marie Lustiger », chronologie dans La Croix du . et son grand-père paternel rabbin. Ils sont arrivés en France au début du siècle pour Gisèle et en 1918 pour Charles. Ils tiennent un commerce de bonneterie rue Simart. et habitent au 43Voir, Klarsfeld, 2012. rue Delambre. Aron Lustiger grandit sur la butte Montmartre jusqu'à ce que ses parents s'installent rue Jules-Chaplain dans le quartier Notre-Dame-des-Champs ; il fait ensuite ses études au lycée Montaigne à Paris, où il apprécie l'enseignement qui lui est dispenséL'adieu à Jean-Marie Lustiger, par Henri Tincq dans Le Monde du 6 août 2007.. Vers dix ou douze ans, il découvre une Bible protestante. Il découvre également l’antisémitisme dont il est victime : Il en fait aussi l'expérience à travers la littérature et à l’occasion d’un voyage en Allemagne en 1936 et 1937, dans une famille protestante, où il apprend la langue et découvre, en même temps que le national-socialisme, les premiers Allemands chrétiens anti-nazis. En 1939, sa santé fragile l'oblige à effectuer un long séjour à l'hôpital maritime de Berck.
La Seconde Guerre mondiale pousse ses parents à l'envoyer, avec sa sœur Arlette, se réfugier à Orléans, fin . Ils sont recueillis et hébergés par Suzanne Combes, jeune professeur de lettres classiques à l'école du Bourdon-Blanc et future directrice de cet établissement catholique d'enseignement. Aron, devenu élève du lycée Pothier (établissement public), fréquente assidûment le 14 rue Sainte-Anne, siège des Œuvres diocésaines, dirigées par Henri Feuillâtre (« le Père Feu »), également aumônier du lycée. Gisèle Lustiger, sa mère, continue à tenir son commerce de bonneterie-mercerie à ParisRobert Serrou, Lustiger "Cardinal, juif et fils d'immigré", Perrin, 1996, 2001.. Le Nouveau Testament s’impose à lui comme étant l’aboutissement de l’Ancien Testament. Pendant la Semaine sainte de 1940, au cours d'une visite de la cathédrale d'Orléans, Aron Lustiger ressent le désir de se convertir au catholicisme. « Là, témoignera-t-il, j'ai eu l'intuition que ce que je pensais de la condition juive trouvait dans la figure du Messie son sens et un certain aboutissement ».. Toute sa vie, il explique que son christianisme n'a jamais signifié un renoncement à son identité juive. Le , à l'âge de , il reçoit le baptême à Orléans, en même temps que sa sœur Arlette, et malgré l'opposition de leurs parents. Aron devient chrétien sous les noms de baptême de Jean et de Marie (qui étaient au pied de la Croix) et qui, comme son prénom Aron, sont aussi des prénoms d'origine hébraïque. Il expliquera plus tard qu’il n’a jamais renoncé au prénom d’Aron et que le grand-prêtre qui porte ce nom dans la Bible est aussi vénéré comme saint par l’Église catholiqueInterview avec Serge Moati sur KTO, 2006 (vérifier) : http://www.ktotv.com/video.php3?numero=1140.
Peu de temps après, les parents Lustiger se convertissent à leur tour à Orléans pour tenter de se protéger, quelques jours après la promulgation des lois antisémites de Vichy le . Toutefois, sa mère est arrêtée le pour infraction au port de l'étoile jaune (selon le biographe Henri Tincq) ou sur dénonciation de son employée de maison (selon le cousin d’Aron, l'historien allemand Arno Lustiger) : cette jeune femme, en relation intime avec un membre de la Milice, était avide de récupérer son appartement. Gisèle Lustiger est alors internée à Drancy puis déportée, par le convoi , en date du , vers le camp d'extermination d’Auschwitz où elle est gazée à son arrivée le (et non le comme l'indiquent certaines sources). La famille n’aura la confirmation de son décès qu’en 1946.
Après avoir passé son baccalauréat en , Jean-Marie rejoint clandestinement son père qui travaille alors dans une usine de Decazeville dans l'Aveyron dans l'espoir d'y trouver un repli pour sa famille. Découverts, Jean-Marie est protégé par l'abbé Bezombes, haute figure de la Résistance, et son père par l'École jésuite de Purpan jusqu'à la Libération. Ce dernier n’acceptant toujours pas la conversion de son fils, essaie en vain, au lendemain de la guerre, de le persuader de renoncer au catholicisme.
Après avoir terminé ses études secondaires au lycée d'Orléans, il s'inscrit à l'université de Paris, afin de suivre des études de lettres à la Sorbonne.
Carrière ecclésiastique Sa vocation sacerdotale le conduit à entrer au séminaire d'Issy-les-Moulineaux puis au séminaire des Carmes de l'Institut catholique de Paris en 1946, malgré l'opposition de son père. Il est ordonné prêtre le à l'âge de , dans l'église du séminaire des Carmes.
De 1954 à 1969, il est un des aumôniers, puis le responsable de l'aumônerie des étudiants de Paris, connue sous le nom de Centre Richelieu, rassemblant les étudiants en lettres et sciences de la Sorbonne ainsi que de quelques grandes écoles (École spéciale d'architecture, ENS de Fontenay-Saint-Cloud, École des chartes). Son charisme attire nombre d’étudiants et professeurs. Puis Mai 68 embrase l'université. Il affirme alors : Il passe alors une année d’études aux États-Unis.
En 1969, il est nommé curé de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal, dans le de Paris, et a comme vicaire l'abbé André Vingt-Trois, son futur successeur à la tête de l'archevêché de Paris. Il renouvelle profondément la liturgie, commandant au sculpteur Jean Touret des œuvres marquantes (une grande croix, un autel et des panneaux en bois) . On retrouve en libre accès dans l'oratoire du Collège des Bernardins une statue et un panneau de tabernacle. sculptés par l'artiste et ayant appartenu au cardinal. Avec l'organiste titulaire Henry Paget, il renouvelle l'orgue en en confiant la maîtrise à Alfred Kern. Avec Henry Paget, il écrit des chants liturgiques importants qui seront enregistrés (Veilleur où en est la nuit !). L'enseignement paroissial est organisé. Des personnalités comme les pères Thomas Kowalski, Bernard Violle et Georges Marion animent ce qui devient un lieu où se regroupent à la fois des paroissiens et des fidèles qui avaient connu l'abbé Lustiger en son étape d'aumônier. Ses sermons sont publiés chez Fayard sous le titre Sermons d'un curé de Paris en 1977. En 1981, l'ouvrage allait être envoyé au pilon avant que l'éditeur ne revienne sur sa décision. Cette étape a constitué les préliminaires d'une action diocésaine plus importante.
Le , il est nommé évêque d'Orléans par le nouveau pape , et, le , il reçoit l'ordination épiscopale par l'imposition des mains du cardinal François Marty, alors archevêque de Paris. Il choisit comme devise Matth. 19, 26, cf. message de Jean-Marie Lustiger lors de son ordination épiscopale à Orléans, le 8 décembre 1979 (http://www.catholique-orleans.cef.fr/index.php?dlm/4/27) et id., “Le choix de Dieu: Entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, Éditions du Fallois 1987, (http://www.araldicavaticana.com/extraits_du_livre_du_cardinal_lu.htm).. Il n'occupera que quinze mois le siège d’Orléans.
Il est nommé archevêque de Paris le et intronisé le , succédant au cardinal François Marty. Deux ans plus tard, le , il est créé cardinal par le pape , avec le titre de cardinal-prêtre de Santi Marcellino e Pietro attaché à l'église romaine du même nom. En 1994, après le décès du cardinal Marty, il reçoit le titre de Saint-Louis des Français traditionnellement accordé au cardinal archevêque de Paris.
et lui ont de nombreux points communs mais surtout ils ont une analyse souvent très proche de la situation ecclésiale et mondiale.
Le cardinal Lustiger fut une figure très remarquée de l'Église universelle, même si ses chances de succéder à Jean-Paul II étaient très faibles au conclave de 2005.
Le pasteur et l'homme vignette|Jean-Marie Lustiger par Erling Mandelmann en 1987. L'intuition fondamentale qui a guidé l'action et la vie de Lustiger fut que la foi dans le Christ était pour l'homme la seule chance d'être vraiment libre et d'avoir une raison d'espérer. Il s'est donc engagé sur tous les fronts pour la défense de la liberté intérieure et religieuse de l'homme, face aux totalitarismes des États, des idéologies, de la pensée unique et des médiasL'effondrement de la démocratie, autoritarisme et totalitarisme dans l'Europe.. Il était opposé aussi au cléricalisme..
Il mit en place une série de réformes au sein du diocèse de Paris : en 1984, il fonde la maison Saint-Augustin.. Il s'agit d'offrir à des jeunes hommes chrétiens la possibilité de faire une année de refondation spirituelle et de discernement afin qu'ils réfléchissent dans le but de décider ou non d'entrer au séminaire. La maison Saint-Augustin est la première du genre en France ; elle a très rapidement accueilli des jeunes d'autres diocèses, dispersion des séminaristes dans de petits centres de formation au sein de Paris, de préférence à un grand séminaire unique), fondation d'une faculté de théologie indépendante au sein de l'École cathédrale de Paris, distincte de l'Institut catholique (dont l'idéologie ne lui semblait pas la bonne), en 1984. Il encouragea un renouveau des paroisses de Paris, la construction de sept nouvelles églises et la mission de communautés nouvelles au sein du diocèse (Communauté de l'Emmanuel, Communauté du Chemin Neuf). Passionné de philosophie et de sociologie, son souci de comprendre les enjeux de notre temps se traduit notamment par la création avec le Bâtonnier de Paris des cycles « Droit, liberté et foi » associant depuis 1992 le Barreau de Paris et le Diocèse de Paris. À la demande du Saint-Siège, le cardinal Lustiger fut, jusqu'en , l'évêque accompagnateur de la Communauté de l'Emmanuel sur le plan international.
Le , peu après la consécration sans mandat pontifical d'évêques par Marcel Lefebvre , il célèbre la messe dominicale selon le rite de Saint Pie V à Notre-Dame de Paris, une première depuis le , année de l'application du concile Vatican IIArchive de l'INA du journal d'Antenne 2 du 3 juillet 1988 : https://gloria.tv/post/V3pxz624hp923icEcSjph7Tr1. Dans la foulée, il envoie Patrick Le Gal comme son émissaire auprès de ces derniers pour s'assurer de leur intégration..
Il réorganise des structures diocésaines de solidarité avec notamment la création de la Fondation Notre-Dame en 1992, qui soutient l’association Aux captifs, la libération, la fondation et l'accompagnement de l'association Tibériade pour l’accueil des malades du SIDA et de plusieurs autres associations caritatives dont Août Secours Alimentaire, la Maison Jeanne Garnier pour les soins palliatifs, l’Association Sainte-Geneviève pour le logement, etc..
Initié en 2002 mais terminé après sa mort, c'est en 2009 que sera inauguré le Collège des Bernardins dont il fut l'instigateur de la restauration...