Le Shire (prononcé ) est une race de chevaux de trait britannique originaire du centre de l'Angleterre. De la même origine que le Clydesdale, il descend vraisemblablement de chevaux flamands et frisons importés sur l'île de Grande-Bretagne. Si des prémices de sélection remontent à la fin du avec Robert Bakewell, le Shire devient véritablement une race distincte au cours du , avec la création de la Shire Horse Society en 1884 et sa séparation officielle de son voisin écossais, le Clydesdale. C'est l'une des trois races de cheval massivement exportée vers l'Amérique du Nord pour les besoins de l'agriculture et des transports. Comme d'autres chevaux de trait, la motorisation le mène au bord de l'extinction, avant un renouveau à la fin du .

Très charpenté, le Shire détient le record du plus grand cheval au monde. Il est facilement reconnaissable avec sa robe généralement sombre, son profil de tête nettement busqué, ses fanons très abondants et ses grandes marques blanches aux quatre membres ainsi que sur la tête. Grâce à sa docilité et son bon caractère, il est surnommé « gentil géant ».

Désormais très peu utilisé pour le travail agricole, il est surtout médiatisé par des compagnies de brasseurs britanniques et australiennes, pour lesquelles il tire d'impressionnantes voitures. Exporté en Europe, aux États-Unis, au Canada et en Australie, il ne dispose que d'un effectif relativement faible, mais sa popularité permet de maintenir son élevage.

Dénomination Cette race de chevaux doit son nom aux comtés (, en anglais) du centre de l'Angleterre. En raison de l'influence de l'éleveur Robert Bakewell, elle a également reçu le nom de Bakewell Black. Avant 1884, le Shire est appelé English Cart Horse. Il est lié à l'Old English Black, et souvent cité pour ses liens avec le Great Horse.

Il est surnommé gentle giant (en français : « doux géant »)...

Histoire Origines

Il existe de multiples hypothèses concernant l'origine du Shire. C'est peut-être un descendant direct du « » (Grand cheval) médiéval, bien que cette filiation n'ait jamais été prouvée. Cette hypothèse a été popularisée par Sir Walter Gilbey, président de la Shire Horse Society, en 1889. Elle est jugée peu crédible par l'autrice américaine Judith Dutson, qui souligne le peu de ressemblances entre le cheval de joute anglais et le Shire moderne ; Bonnie Lou Hendricks (Université de l'Oklahoma) et Margaret Derry (docteure en histoire) la mettent également en doute.

Dutson estime plus probable que le Shire descende du cob anglais, comme celui utilisé dans les armées du roi . Pour Jasper Nissen, il est possible que l'ancêtre du Shire soit proche des actuels Fell et Dales.

Il existe aussi des attestations historiques d'importations d'une à partir des Flandres, entre 1199 et 1216. Le cheval qui résulte de ces croisements, déjà dépeint au , est rebaptisé « » à l'époque du Commonwealth d'Oliver Cromwell. La race est particulièrement influencée par le Flamand, un cheval lourd introduit par les Hollandais aux pour défricher et drainer les Fens à l'est de l'Angleterre, ce qui rend le Shire proche du Trait belge. L'influence du Frison est également notable. Tout au long du , et interdisent régulièrement l'exportation des chevaux de grande taille depuis l'Angleterre. Au cours du siècle suivant, la morphologie typique du Shire commence à devenir identifiable. La Révolution industrielle et agricole, qui débute en Angleterre plus tôt que sur le continent européen, accroit la demande pour des chevaux de traction lourde.

Selon Derry, le Shire partage la même origine que la race voisine du Clydesdale écossais, soit un croisement entre souche locale et chevaux d'origine flamande, avec de nombreux échanges de reproducteurs entre éleveurs anglais et écossais.

Le célèbre éleveur Robert Bakewell semble avoir été le premier à fixer un modèle grâce à ses méthodes d'élevage, entre 1760 et 1790. Si les méthodes qu'il applique ne sont pas parfaitement documentées, Bakewell a vraisemblablement recouru à la consanguinité et à l'élevage en lignées. Le tout premier Shire arrivé en Écosse serait un cheval issu de l'élevage de Bakewell, en 1774. C'est à cette époque que l'idée de sélection raciale commence à s'affirmer. Son influence déterminante sur la sélection du Shire provient vraisemblablement de son idée de croiser des juments de type frison avec un étalon noir originaire du Leicestershire. L'étalon considéré comme fondateur de la future race Shire, Packington Blind Horse, né en 1755 et mort en 1770, a donné naissance à de très nombreux poulains dont les enregistrements sont conservés entre 1770 et 1832. Il est né à Packington, près d'Ashby-de-la-Zouch dans le Leicestershire.

D'après Youatt, Bakewell parvient à monnayer très cher les saillies de ses meilleurs étalons de trait, soit un prix équivalent à celui habituellement demandé pour les meilleurs étalons de course.

Les bases d'élevage posées par Bakewell permettent la prospérité d'autres éleveurs de chevaux de l'île de Grande-Bretagne tout au long du . Les poulains apprennent à tracter des attelages vers leurs trois ans, puis sont vendus dans des foires urbaines lorsqu'ils ont quatre ou cinq ans.

En 1864, le vétérinaire William Youatt décrit la couleur de robe noire, avec une large liste blanche et de grandes balzanes au bas des jambes, comme caractéristiques du .. Jusqu'à la création des registres généalogiques (stud-books) du Clydesdale en 1877 et du Shire l'année suivante, les souches de ces deux futures races sont très fréquemment croisées entre elles par leurs éleveurs. Il est également fréquent de recourir à des croisements avec des chevaux importés des Flandres ou du Brabant.

Le berceau du Shire se situe dans le centre de l'Angleterre, plus précisément dans les comtés de Lincolnshire, de Cambridgeshire, de Derbyshire, de Leicestershire et de Staffordshire. Au , son élevage se structure et une sélection est mise en place afin d'obtenir les spécimens jugés les plus beaux ; c'est pourquoi la race est considérée comme fixée à cette époque. Utilisé dans l'agriculture et par l'industrie, il se répand dans les régions voisines, puis à l'ensemble de l'Angleterre. Le Shire est dans un premier temps destiné à la traction carrossière, puis dans un second à la traction agricole et à celle des lourds omnibus.

De la Cart Horse Society à la Shire Horse Society À partir des années 1870, le futur Shire acquiert une popularité en Angleterre qu'il n'avait jamais connue jusqu'alors, en raison de l'accroissement de la demande pour ce type de chevaux. L’ est créée en 1876, 1877, ou 1878 selon Gilbey, et publie son premier registre généalogique en 1880. Cette même année, le premier concours de race officiel est organisé à Islington. Le premier étalon Shire influent est Honest Tom (1865-1885), qui devient un symbole de la American Shire Horse Association créée en 1885. Ce dernier a eu 139 descendants.

Jugeant le nom Cart Horse trop vague, en 1884, la remplace l’. Le nom de « Shire » est alors officiellement adopté. Cette même année, la race est présentée pour la première fois à Amsterdam, où elle connaît un succès immédiat. Elle rencontre rapidement le succès aux expositions agricoles d'Amsterdam, d'Anvers et de Bruxelles. En 1888, la société de race présidée par Walter Gilbey compte ; elle est devenue l'une des deux principales sociétés de race de Grande-Bretagne, avec celle du Clydesdale reconnu de son côté comme race distincte pour des raisons de marketing. La morphologie du Shire n'est cependant pas encore homogène.

Le vingtième volume du stud-book Shire est publié en ..

Entre-temps, le Shire est exporté vers les États-Unis, aux côtés d'autres chevaux de trait européens... Sur le marché nord-américain, trois grandes races se partagent alors la demande : le Shire (anglais), le Clydesdale (écossais) et le Percheron (français). Toutefois, le Shire ne parvient jamais à atteindre la popularité du Clydesdale sur ce marché.

Séparation du Shire et du Clydesdale vignette|Un Clydesdale typique, d'après une peinture publiée en 1911.|alt=Tableau ayant comme sujet un cheval tirant une charrette.

En 1883, Lawrence Drew et David Rydell, deux éleveurs en grande partie responsables de l'introduction de croisements du Clydesdale écossais avec le Shire, créent l'éphémère .. Ils considèrent que le Clydesdale et le Shire ne sont que deux variantes d'une même souche de chevaux de trait. Toutefois, ils souhaitent aussi établir un statut de race à part entière, considérant que cette démarche marketing favorisera la commercialisation du Clydesdale. Leur société disparaît en 1888, avec l’homogénéisation du Clydesdale et la mort de Drew.

Les meilleurs étalons Shire se reproduisent toujours avec des juments Clydesdale dans les années 1880 et 1890. La sélection, selon Drew et Rydell, s'appuie sur la qualité plutôt que sur la généalogie. La reconnaît la valeur des croisements effectués entre le Shire et le Clydesdale, chez l'une et l'autre race. Quelques éleveurs assurent aussi que ces croisements donnent de bons chevaux.

Toutefois, la majorité des acheteurs d’Amérique du Nord se montrent sceptiques envers les croisements non répertoriés. Ils exigent des pedigrees complets et fiables, et des « races pures », ce qu'ils voient comme une garantie de qualité. Drew est accusé de vendre des poulains issus de mères Shire comme de purs Clydesdales, et d'avoir créé un fallacieux compromettant la pureté de « la plus grande et la plus noble race de cheval de trait du monde ». En 1886, le registre américain du Clydesdale interdit officiellement les croisements avec le Shire. Cette interdiction se répercute chez les éleveurs écossais, qui deviennent moins enclins à pratiquer ce croisement. En 1895, les responsables écossais du registre Clydesdale établissent une séparation entre les deux races, et interdisent le croisement Shire à leur tour. Les membres de la leur emboîtent le pas, car l'autorisation de croisement compromettrait leurs relations commerciales avec les États-Unis.

C'est au début du que le Shire atteint l'apogée de sa popularité dans son pays d'origine. La race est très bien représentée jusqu'en 1930, le Shire restant alors le principal cheval de trait anglais.. Entre 1901 et 1914, la Shire Horse Society enregistre près de Shire chaque année. La Shire Horse Society, entre sa création et 1950, rassemble jusqu'à , et publie 70 volumes de son Stud Book à raison d'un chaque année : elle enregistre au total et .

Avec l'arrivée de la motorisation dans les transports, l'agriculture et l'industrie, la race voit ses effectifs réduire drastiquement au point de frôler l'extinction. Après la Seconde Guerre mondiale, seules quelques compagnies de brasseurs anglaises continuent d'utiliser des attelages de Shire pour leurs livraisons à Londres. Cette réduction des effectifs, faute de sélection, fait qu'une partie des Shire perdent leur taille élevée. De plus, certains chevaux sont sélectionnés pour la boucherie.

Une poignée d'éleveurs entreprend la sauvegarde et la revalorisation de cette race dans les années 1960., si bien que des signes de reprises sont visibles dans les années 1970. Une douzaine de brasseries se portent volontaires pour soutenir la sauvegarde de la race. Le soutien de la famille royale britannique s'avère également déterminant. En 1996, un grand congrès mondial, le premier pour la race, est organisé près de Londres.

Description vignette|gauche|Shire américain à l'attelage de tradition.|alt=Un cheval noir paré vu de profil tractant au pas. Le Shire est l'une des races de chevaux les plus facilement reconnaissables à son apparence et son gabarit, seul le Clydesdale en étant très proche. En effet, hormis par une légère différence de taille entre ces deux races, il est impossible de les distinguer. Il appartient au groupe des chevaux de trait lourd d'Europe de l'Ouest.

Taille et poids