vignette|Développement de la marche. Le décrit comment la motricité d'un nouveau-né change et se perfectionne au fil du temps. Le développement psychomoteur décrit la prise de contrôle progressive par l'enfant de son système musculaire au fur et à mesure de la disparition de la motricité primaire (réflexes archaïques), de la maturation du système nerveux central, de la progression de son éveil, et de la répétition de ses expériences motrices. Ce développement moteur est indissociable du développement sensoriel avec lequel il fonctionne en interaction permanente. Par exemple, pour saisir un objet, l'enfant doit coordonner sa vision et sa préhension.
Ces changements ont fait l'objet de recherches importantes en psychologie du développement. Le développement de la motricité implique des interactions importantes entre l'enfant et son environnement. Elle implique également des interactions complexes entre des systèmes physiques et génétiques (en particulier les réflexes) présents à la naissance et le développement sensoriel, émotionnel, social, et cognitif de l'enfant qui est en grande partie appris, ou construit. Le développement psychomoteur s'intéresse à la motricité générale (par exemple, apprendre à marcher) et à la motricité fine (par exemple, tenir une cuiller).
Enfin, les psychomotriciens restent les spécialistes du développement psychomoteur de l'enfant qu'il peut évaluer par son outil clinique qu'est l'examen psychomoteur.
Principales théories Le développement moteur ou psychomoteur a été étudié historiquement d'abord en termes de maturation du système nerveux à partir des années 1930, puis dans son aspect cognitif (à partir de 1936 avec la théorie des schèmes de Jean Piaget), puis dans la perspective des interactions avec le développement du système perceptuel dans les années 1970.
Le psychologue Jean Piaget a consacré sa carrière à tenter de comprendre les origines de l'intelligence chez l'enfant. Dans son ouvrage Le développement de l'intelligence chez l'Enfant, publié en 1936, il élabore ses hypothèses liant le développement sensoriel et moteur de l'enfant au développement de sa pensée. Chez les nourrissons, le développement psychomoteur interagit avec la construction de l'intelligence en permettant à l'enfant d'interagir avec son environnement, d'en découvrir les principes de fonctionnement et de les mentaliser. Sa théorie est dite constructiviste. Il a élaboré une théorie en stades, selon laquelle certaines fonctions psychologiques (schèmes) doivent être acquis par l'enfant pour lui permettre de passer à un niveau cognitif ou intellectuel supérieur. Le stade sensori-moteur constitue la première grande étape de ce développement.
Le psychologue Henri Wallon a mis en évidence les liens entre les interactions motrices et le développement psychologique, y compris émotionnel, du jeune enfant.
Dans les années 1970, les psychologues James Gibson et Eleanor Gibson développent le concept d'affordance qui rend compte du fait que les objets sont perçus en fonction des actions que l'organisme peut appliquer sur lui.
Vers 1995, la psychologue Esther Thelen a développé une approche reposant sur la théorie des systèmes dynamiques, qui vise à comprendre les composantes complexes (génétiques, environnementales, historiques, cognitives, etc.) entrant en jeu dans l'apprentissage de la marche chez les nourrissons. Elle propose que le développement de la motricité ne se fasse pas par stades mais de manière continue, sous des contraintes physiques. Par exemple, le réflexe de la marche ne disparaît pas pour réapparaître lorsque l'enfant le décide. Ce réflexe ne disparaît pas car l'enfant continue de l'exercer quand il est sur le dos ou dans l'eau. Des conditions environnementales (comme la pesanteur et la force musculaire de l'enfant pour porter son poids), inhibent ou favorisent l'acquisition de la marche. La maturation cérébrale de l'enfant joue un rôle sur ses acquisitions, mais ses motivations et les conditions environnementales expliquent le développement de certaines habiletés motrices. Le modèle de Thelen rend compte des raisons pour lesquelles des enfants apprennent à marcher bien plus tôt que d'autres.
L'importance d'un environnement adapté à la motricité libre constitue un pilier fondamental dans le soutien du développement moteur de l'enfant. C'est en ce sens que la pédiatre hongroise Emmi Pikler a apporté une contribution significative à notre compréhension du développement infantile, en mettant l'accent sur l'importance du temps passé sur le ventre, sous une surveillance attentive. Cette pédiatre a mis en avant l’importance de la liberté de mouvement lors du développement du nourrisson, ainsi que l’importance de la position plat ventre sous surveillance active. Cette pratique est cruciale pour le développement des compétences motrices, car elle permet au bébé, initialement, de réaliser des mouvements aléatoires qui, grâce à des opportunités répétées, évoluent vers des gestes plus ciblés et propulseurs, conduisant finalement à la capacité de se déplacer de manière autonome. Cette évolution reflète la transition d'une motricité globale et réflexe vers une motricité volontaire, marquant des étapes clés dans le cheminement vers une autonomie motrice.
Développement psychomoteur de l’enfant de 0 à 3 ans
Principes de développement Le développement moteur est soumis à plusieurs lois, qui s'articulent selon un rythme variable suivant l'enfant et l'environnement. Différenciation : L'activité motrice est d'abord globale, puis s'affine, devient de plus en plus élaborée et localisée. Le bébé passe d'une motricité réflexe à une motricité volontaire : réflexe d'agrippement (grasping) à 1-, préhension au contact d'un objet placé dans sa main à 3-, préhension volontaire à 5-. Variabilité : La progression est non uniforme et non continue : périodes de progression rapide suivies de stagnations et de possibles régressions. Chaque enfant évolue donc à son rythme (exemple de la marche). Succession : Elle comprend la loi de progression céphalo-caudale : le progrès moteur se fait du haut vers le bas du corps, depuis la libération du point d'appui de la tête vers la verticalisation des membres inférieurs. Elle comprend aussi la loi proximo-distale du centre vers l'extérieur : le contrôle des segments proximaux du corps, tels que le tronc et les épaules, intervient avant celui des segments distaux comme la main.
Développement des capacités posturales et de la marche vignette|upright=0.7|Mère aidant son enfant dans ses premiers pas (statue de Karl Hultstrom). Les enfants marchent sans l’aide des adultes. Soutenir l’enfant ou lui donner un petit doigt sont des aides possibles psychologiquement mais inutiles physiologiquement. Durant les deux premiers mois, la tête et le tronc sont mous et les membres hypertoniques (toujours fléchis). Progressivement l'axe du corps se tonifie et bébé peut tenir sa tête droite et son dos ferme vers les -, et peut vers la même période rouler sur le côté. Vers le -, il acquiert la capacité de rester assis s'il est tenu. S’appuyer sur les mains, rouler du dos sur le ventre et vice-versa, faire l'avion sont des étapes indispensables au ramper, qui va initier le déplacement à quatre patte, squi lui-même amènera à la marche. Dans le développement naturel de l’enfant, la station assise n'est pas une étape d’acquisition de la marche. Celle-ci s’acquiert généralement avant le mois.
Les premiers pas apparaissent généralement entre 11 et , en même temps que la capacité à pousser un objet devant soi. La marche se développe jusqu'au . La marche est acquise lorsque l’enfant sait démarrer du sol et y retourner, s'arrêter de lui-même, repartir...
Jusqu'à trois ans, l'enfant la perfectionnera en apprenant à monter un escalier debout ou à sauter sur place, par exemple. Il est à noter que les enfants disposant du quatre pattes auront toute la flexibilité des hanches pour gravir des marches ; la descente représente, elle, un véritable danger.
Préhension vignette|upright=0.7|Réflexe d'agrippement de la paume (palm grasp) chez un nouveau-né. Le nouveau-né possède un réflexe d'agrippement des objets placés dans sa main. Ce réflexe évolue pour lui permettre vers les - d'attraper un objet placé au contact de sa main. Chez le nourrisson, les mouvements volontaires apparaissent vers le (mouvements générés par le cortex).
La préhension volontaire et prolongée intervient aux -, ce qui lui permet de porter les objets à sa bouche. La préhension s'affine progressivement. Les - voient se développer la préhension en pince inférieure (entre le pouce et le petit doigt), la préhension en pince supérieure (entre le pouce et l'index) commençant à se mettre en place vers les -. Dans le même temps l'enfant acquiert la capacité à relâcher volontairement et à jeter les objets. La pince supérieure se perfectionne vers la fin de la première année.
Les deux années suivantes permettent à l'enfant de maîtriser des gestes de plus en plus précis et complexes, comme reproduire un cercle avec un crayon (entre et ).
Affinement de la coordination Jusqu'à l'âge de trois ans environ, l'enfant continue de développer sa capacité de se déplacer librement et de manipuler des objets de plus en plus précisément. Les coordinations entre perception et mouvement se développent et en particulier la coordination visuo-motrice. L'enfant développe sa motricité générale ou motricité globale (engageant le corps entier, comme s'asseoir ou courir) et sa motricité fine (le contrôle de la main et des doigts, en particulier la préhension, essentielle dans des tâches comme se nourrir avec une cuiller, dessiner, écrire).
Développement moteur du jeune enfant Chez le jeune enfant, les habiletés motrices progressent. La myélinisation du cerveau qui se poursuit permet une amélioration continue de la coordination motrice. Le jeune enfant fait preuve d'une activité motrice très intense qui lui permet d'exercer et de développer sa motricité générale. Il adore jouer, ce qui l'amène à bouger et apprendre de nouvelles compétences motrices (faire du vélo, marcher sur le bord d'un muret, attraper une balle, frapper dans un ballon de football en l'envoyant dans la direction voulue, etc.). Sur le plan de la motricité fine, la latéralité manuelle ou préférence manuelle est en place vers l'âge de trois ans. À cet âge, la plupart des enfants ont une préférence claire pour l'utilisation de la main droite (82 % des individus sont droitiers) ou de la main gauche (gauchers) ; certains ne développent pas de préférence et sont ambidextres. Développement moteur de l'enfant d'âge scolaire et prépubère L'enfant d'âge scolaire continue d'améliorer ses performances de motricité grâce aux nombreux jeux physiques appris ou improvisés. Les jeux de course et de poursuite, par exemple, sont très populaires chez les enfants partout dans le monde ; ils culminent vers l'âge de six ans et diminuent progressivement vers l'âge de . Les performances générales et fines continuent de se développer au cours de la vie, grâce aux apprentissages et entraînements (pratique de sports, d'instruments de musique). Cependant, selon René Paoletti, le stade final de la maîtrise des comportements moteurs fondamentaux est atteint vers l'âge de : les mouvements sont alors coordonnés et fluidesPaoletti R., Éducation et motricité : l'enfant de deux à huit ans, De Boeck Supérieur, 1999..