Le , le vol Gol 1907 (GLO1907), un vol intérieur régulier assuré par un Boeing 737-800 et effectuant la liaison Manaus-Brasilia-Rio de Janeiro, est entré en collision en vol, au-dessus de l'Amazonie, avec un jet d'affaires, de type Embraer Legacy 600, volant en sens inverse au-dessus de l'État brésilien du Mato Grosso. Le winglet du Legacy 600 a cisaillé la moitié de l'aile gauche du 737, provoquant la perte de contrôle de l'appareil, qui s'est disloqué en vol avant de s'écraser dans une zone de jungle dense, causant la mort des 154 passagers et membres d'équipage présent à bord. Malgré de graves dommages à l'aile gauche et à la queue, le Legacy a atterri avec ses sept occupants indemnes..
Il s'agit de la deuxième catastrophe aérienne la plus meurtrière de l'histoire du Brésil, après celle du vol TAM 3054 survenue l'année suivante. Cet accident a également été la première perte et le premier accident mortel impliquant un Boeing 737-800, ainsi que le premier accident grave impliquant la compagnie aérienne brésilienne Gol Transportes Aéreos, qui a été fondée en 2001.
L'enquête sur cet accident, qui a déclenché une crise dans l'aviation civile brésilienne, a été menée par le Centro de Investigação e Prevenção de Acidentes Aeronáuticos (CENIPA) et le Conseil national de la sécurité des transports (NTSB) américains, et un rapport final a été publié en 2008.. Le CENIPA a conclu que cette collision aérienne a été causé par de graves erreurs de la part du contrôle aérien (ATC) brésilien, mais également commises par les pilotes américains du Legacy, notamment le fait de ne pas avoir reconnu que leur TCAS n'était pas activé, tandis que le NTSB a déterminé que les deux équipages avaient agi correctement et avaient été placés sur une trajectoire de collision par les contrôleurs aériens, considérant que la désactivation du TCAS par les pilotes du Legacy n'était qu'un facteur contributif plutôt qu'une cause directe..
Contexte Avions Le premier appareil impliqué dans cet accident, un Boeing 737-8EH (SFP) (Short Field Performance) immatriculé PR-GTD (numéro de série 34653/2039), est une version du 737-800 conçue pour atterrir dans des aéroports équipé de pistes courtes, que Gol Transportes Aéreos avait reçu neuf de Boeing le , soit moins de trois semaines avant la catastrophe. Configuré avec 186 sièges (36 en Economy Plus et 150 en Economy), il totalise seulement 202 heures de vol, réparties sur 162 cycles (décollage/atterrissage), au moment de l'accident..
Le second aéronef, un Embraer Legacy 600 immatriculé N600XL (numéro de série 965), nouvellement sorti des usines du constructeur brésilien Embraer et acheté par la compagnie américaine , basé à Ronkonkoma, dans l'État de New York, effectuait son vol inaugural vers les États-Unis. Il est parti de l' (SJK), près de São Paulo, à 14 h 51 BRT (17 h 51 UTC) et était en route vers l'aéroport international Eduardo Gomes (MAO), à Manaus, pour y effectuer une escale prévue selon le plan de vol.
Passagers et équipages Vol GLO 1907 Six membres d'équipage et 148 passagers se trouvaient à bord du 737. Les six membres d'équipage et 105 passagers étaient brésiliens ; les autres passagers étaient de diverses autres nationalités. L'équipage était composé du commandant de bord Decio Chaves Jr. (44 ans), du copilote Thiago Jordão Cruso (29 ans), et de quatre agents de bord. Le commandant de bord, qui était également instructeur de vol sur Boeing 737 au sein de la compagnie aérienne, totalise 15 498 heures de vol, dont 13 521 heures sur 737. Le copilote totalise 3 981 heures de vol, dont 3 081 à bord d'un 737.
NationalitéPassagersÉquipageTotal105611110010606505404404303303303202202101Total1486154
Legacy 600 L'équipage d' était composé du commandant de bord Joseph Lepore (42 ans) et du copilote Jan Paul Paladino (34 ans), tous deux citoyens américains. Le commandant Lepore était pilote professionnel depuis plus de 20 ans et cumulé 9 388 heures de vol à son actif, dont seulement 5 heures sur Legacy 600. Le copilote Paladino était également pilote professionnel depuis 10 ans et cumulé plus de 6 400 heures de vol, dont seulement 3 heures aux commandes du Legacy 600, ainsi que 317 heures en tant que commandant de bord sur des avions de ligne de type Embraer ERJ 145 et Embraer ERJ 135 pour American Eagle ; il a également été copilote chez American Airlines, pilotant sur McDonnell Douglas MD-82/MD-83 et Boeing 737-800 entre les États-Unis et le Canada. Les deux pilotes étaient légalement qualifiés pour piloter le Legacy 600 en tant que commandant de bord.
Deux des cinq passagers étaient des employés d'Embraer, deux autres étaient des cadres d'ExcelAire et le cinquième passager était , chroniqueur de voyages d'affaires au New York Times, qui rédigeait un reportage spécial pour Business Jet Traveler.
Circonstances de l'accident thumb|Trajectoires de vol approximatives des deux avions, depuis leurs points de départ jusqu'au lieu de l'accident.Rouge : Route du Boeing, à destination du sud-estVert : Route de Legacy 600, en direction du nord-ouest. À 16 h 56 BRT (19 h 56 UTC), le vol 1907 et le Legacy 600 sont entrés en collision quasi frontale à une altitude de 37 000 pieds (11 000 m), à mi-chemin entre Brasilia et Manaus, près de la ville de Matupá, à 750 km au sud-est de Manaus. Le winglet gauche du jet d'affaires a tranché prés de la moitié de l'aile gauche du 737 (le moteur de l'aile gauche est resté intact, fixé à la partie de l'aile restée attachée au fuselage), provoquant le piqué immédiat de l'appareil et une vrille incontrôlable, qui a rapidement entraîné sa désintégration en vol.. L'enregistreur phonique (CVR) s'est arrêté à 16 h 57, moins d'une minute après la collision. L'interruption du CVR a été attribuée à la perte d'alimentation électrique suite à la défaillance structurelle du 737, à une altitude d'environ 8 000 pieds (2 400 m).
Le vol 1907 s'est finalement écrasé dans une zone de forêt tropicale dense, à 200 km à l'est de la municipalité de Peixoto de Azevedo. Les 154 passagers et membres d'équipage ont tous péri et l'appareil a été totalement détruit ; ses débris se sont dispersés autour du lieu de l'accident..
Le Legacy 600 a pu poursuivre son vol malgré de graves dommages à l'empennage horizontal gauche et au winglet gauche, bien que son pilote automatique se soit désengagé et qu'il ait fallu exercer une force inhabituelle sur le manche pour maintenir les ailes à l'horizontale. Grâce à l'assistance radio du vol Polar Air Cargo 71, un Boeing 747 qui survolait la même zone, l'équipage de l'Embraer a réussi à poser l'appareil endommagé à l', qui fait partie du vaste complexe militaire de , situé à environ 160 km du lieu de la collision.
Le passager et journaliste a décrit son expérience à bord de l'Embraer dans un article du New York Times, intitulé « Colliding With Death at 37,000 Feet, and living », publié le . :
Détention et inculpation de l'équipage d'Embraer thumb|Photo du Legacy 600 après son atterrissage, avec son aile gauche et son empennage endommagé. Immédiatement après l'atterrissage d'urgence du Legacy 600, des responsables de la Force aérienne brésilienne et de l' (ANAC) ont interpellé et interrogé l'équipage. Les deux enregistreurs de vol — l'enregistreur phonique (CVR) et l'enregistreur de paramètres (FDR) — ont été extraites du jet et envoyées à São José dos Campos, dans l'État de São Paulo, puis à Ottawa, au Canada, dans les laboratoires du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST), pour analyse.
Lors d'une première déposition, les pilotes de l'Embraer ont témoigné avoir été autorisé par le contrôle aérien de Brasilia à atteindre le niveau de vol FL370, soit 37 000 pieds (environ 11 000 m), et s'être maintenu à cette altitude au moment de la collision. Ils ont également affirmé avoir perdu le contact radio avec le contrôle aérien de Brasilia au moment de la collision et que leur système anticollision (TCAS) ne les a pas alertés de la présence d'un autre appareil.
Le , le tribunal de justice du Mato Grosso a ordonné au commandant et au copilote du Legacy 600 de remettre leurs passeports dans l'attente d'une enquête plus approfondie. La demande, formulée par le procureur de Peixoto de Azevedo, a été acceptée par le juge Tiago Sousa Nogueira e Abreu, qui a déclaré que la possibilité d'une erreur de pilotage, de la part de l'équipage de l'Embraer, ne pouvait être exclue. Il a été contraint de rester au Brésil jusqu'à la restitution de ses passeports, plus de deux mois après l'accident, suite à la décision d'un juge fédéral selon laquelle aucun fondement juridique ne justifiait de « restreindre la liberté de circulation des étrangers »..
Avant leur départ prévu pour les États-Unis, l'équipage a été formellement inculpé par la police fédérale brésilienne pour « mise en danger d'un aéronef », un délit passible d'une peine maximale de 12 ans de prison. Les deux pilotes ont dû s'expliquer sur le fait qu'ils n'avaient pas activé le transpondeur.. Ils ont été autorisés à quitter le pays après avoir signé un document s'engageant à revenir au Brésil pour leur procès ou à la demande des autorités brésiliennes. Ils ont ensuite récupéré leurs passeports et sont rentrés aux États-Unis.
Opération de recherche et de récupération La Force aérienne brésilienne (Força Aérea Brasileira (FAB)) a dépêché cinq avions et trois hélicoptères dans la région pour une vaste opération de recherche et de sauvetage. On estime à 200 le nombre de personnes mobilisées, dont un groupe de Kayapos connaissant bien la forêt. Le site du crash du vol 1907 a été repéré le par l'armée de l'air au matin au nord de l'État du Mato Grosso, à 200 km à l'est de Peixoto de Azevedo, près du ranch Fazenda Jarinã. Les secouristes auraient rencontré des difficultés pour atteindre le site du crash, en raison de la densité importante de la forêt. La société exploitant les aéroports brésiliens, Infraero, a d'abord évoqué la possibilité de cinq survivants, mais une déclaration ultérieure de l'armée de l'air brésilienne, basée sur les données recueillies par son personnel descendu en rappel sur le lieu du crash et par la police locale ayant participé aux opérations de recherche et de sauvetage, a confirmé l'absence de survivants. Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a décrété trois jours de deuil national..
thumb|Le module de mémoire du CVR du vol 1907, qui a été retrouvé enfoui dans le sol, après quatre semaines de recherches intensives. Le FDR et une partie non liée aux CVR du 737 ont été retrouvés le et remis aux enquêteurs, qui les ont envoyés au BST pour analyse. Le , les équipes de récupération ont commencé à transférer les corps vers une base temporaire, établie au ranch voisin. La FAB a déployé un C-115 Buffalo pour transporter les corps à Brasilia en vue de leur identification.
Le , après près de quatre semaines de recherches intensives dans la jungle menées par environ 200 soldats de l'armée brésilienne équipés de détecteurs de métaux., le module de mémoire du CVR a été retrouvé. Il a été découvert intact, séparé des autres débris, enfoui à environ 20 cm de profondeur, et a également été envoyé pour analyse aux laboratoires du BST, au Canada. Les équipes de récupération ont travaillé sans relâche pendant près de sept semaines dans une jungle dense, à la recherche des restes des victimes et à leur identification. Toutes les victimes avaient été retrouvées et identifiées par des tests ADN le .
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