Andrée Viénot, née Andrée, Maria, Mathilde Mayrisch le à Dudelange (Luxembourg) et morte le à Charleville-Mézières (Ardennes), est une femme politique socialiste française. Résistante, députée de l'Assemblée constituante de 1946, elle est l'une des trois femmes membres d'un gouvernement de la , en tant que sous-secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports.

Elle défend des positions anticolonialistes dans le contexte de la guerre d'Algérie, ce qui la conduit à démissionner de la SFIO puis à rejoindre le Parti socialiste unifié. Elle est membre du comité central de la Ligue des droits de l'homme de 1958 à 1970.

Biographie Enfance, études et mariage Née Andrée Mayrisch le à Dudelange au Luxembourg, elle est la fille d'Émile Mayrisch, industriel fondateur d'Arbed, et d'Aline de Saint-Hubert, femme de lettres (qui recevait notamment André Gide ou Roger Martin du Gard) et fondatrice de la Croix-Rouge luxembourgeoise.

Jeune, elle pratique le campisme au sein d'un groupe assimilé au scoutisme à Dudelange, comme membre puis cheftaine dans la section neutre de la FFE.

Elle passe son baccalauréat en 1918, puis étudie la médecine en Suisse durant une année. Elle s'inscrit ensuite à l'École libre des sciences politiques qu'elle quitte au bout de trois semaines, .. Elle obtient une licence d’économie politique en 1923 à la London School of Economics ; c'est dans la capitale britannique qu'elle commence à fréquenter des milieux socialistes, assez éloignés de son milieu familial qui est néanmoins non catholique. La même année, elle fait la connaissance de son futur mari, Pierre Viénot, aux décades de Pontigny. Les décades, fondées par Paul Desjardins, fonctionnent en effet en étroite liaison avec le centre de rencontres que Pierre Werner a établi au château de Colpach au Luxembourg.

Elle épouse Pierre Viénot le . Ils vivent à Berlin jusqu'au début de 1930, puis s'installent dans les Ardennes, où Pierre Viénot est élu député républicain-socialiste en 1932, dans l'arrondissement de Rocroi.. À Charleville, elle reprend un engagement scout au sein de la Fédération française des éclaireuses, section neutre (laïque). Elle y est cheftaine et commissaire locale.

Engagement politique et Seconde Guerre mondiale Elle adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) en 1932, son époux en 1937. Elle milite au sein des « Amis de l'Enfance ouvrière », association du mouvement des Faucons rouges. Elle est attachée au cabinet de son mari lorsqu'il est sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères dans le premier gouvernement de Léon Blum, pendant le Front populaire de 1936.

En juin 1940, le couple embarque à bord du paquebot Massilia réquisitionné par le gouvernement Reynaud replié à Bordeaux, afin de permettre à des hommes politiques (dont ) de quitter la France avec l'intention de continuer la guerre contre l'Allemagne depuis l'Afrique du Nord. Son mari est ensuite emprisonné par le régime de Vichy, puis rejoint la Résistance puis les Forces françaises libres à Londres le , où il meurt d'une crise cardiaque le . Andrée Viénot, quant à elle, s'est installée dans les Alpes-Maritimes, où elle mène des actions de résistance et participe à la reconstruction clandestine du Parti socialiste. Elle rejoint les Ardennes dès la libération du département, à la fin du mois de .

Elle est déléguée par la SFIO à l'Assemblée consultative provisoire de Paris et en septembre au comité départemental de la Libération.

Engagements et carrière politique sous les et Républiques

Députée et sous-secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports À la Libération, en , Andrée Viénot devient conseillère générale du canton de Rocroi. Elle est députée des Ardennes au sein de la seconde Assemblée constituante, en 1946. Dans le prolongement, elle est nommée sous-secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports dans le Gouvernement provisoire de Georges Bidault puis dans l'éphémère gouvernement de Léon Blum, premier gouvernement de la République. Elle est l'une des trois femmes membres des gouvernements de la République, avec Germaine Poinso-Chapuis et Jacqueline Thome-Patenôtre. Elle occupe au total ces fonctions du au .

Sur le plan administratif, elle obtient notamment le rattachement des services des sports et des équipements sportifs, précédemment reliés à la santé, aux services de la jeunesse et de l'éducation populaire. Dans un contexte de restrictions budgétaires, elle réalise la réunion des inspections de ces deux secteurs et la création des Inspecteurs de la jeunesse et des sports. Animée par une vision stricte du principe de laïcité, elle défend la fin des subventions publiques aux associations éducatives confessionnelles ou proches d'un mouvement politique, mais sa proposition de budget n'est pas suivie. Elle est soutenue dans son accession à ce poste par Madeleine Léo-Lagrange et l'ancienne équipe de Léo Lagrange.

En 1947, elle démissionne de son mandat de députée pour des raisons familiales.

Engagements anticolonialistes À la fin des années 1950, elle s’oppose à la politique de Guy Mollet au sujet de la guerre d'Algérie (ainsi qu'à la crise de Suez) et démissionne de la SFIO après le vote des en Algérie au gouvernement Mollet le . Elle déclare : .

Elle soutient l'indépendance de l'Algérie, notamment au sein de la Ligue des droits de l'homme (LDH), dont elle est membre du comité central de à 1970. Elle y porte, avec André Philip, Andrée Viollis et son ami Daniel Mayer, une position alors minoritaire de défense du droit des peuples colonisés par la France à disposer d'eux-mêmes. Elle signe l'appel des 229 personnalités dans Les Temps Modernes dénonçant la brutalité de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961Les Temps Modernes, n°186, novembre 1961.. Elle publie en 1961, dans le bulletin de la Ligue des droits de l'homme, une analyse de la situation des Français d'Algérie comme , en défendant la nécessité de préparer dignement leur rapatriement mais exposant que leurs ne pouvaient prévaloir sur les droits des Algériens. Elle lutte aussi au sein du « Mouvement socialiste pour les États-Unis d'Europe ».

Elle participe à la création, en 1957, les Comités d'action socialiste, qui fusionnent avec le Parti socialiste autonome (PSA) lors de sa création, en 1958. Elle rejoint ensuite le Parti socialiste unifié quand le PSA fusionne avec l'Union de la gauche socialiste. Elle s'oppose à la création de la République.

Maire et conseillère générale Elle se présente sans succès aux élections sénatoriales de 1959. Elle conserve son mandat de conseillère générale jusqu'en 1970 et reste maire de Rocroi de sa première élection en 1953 jusqu'à sa mort. En 1963, elle reçoit, en tant que maire, le général de Gaulle à Rocroi et tout en réaffirmant son opposition au régime politique de la République. Elle soutient la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1965. Elle refuse de se présenter aux élections législatives de 1968 alors que son parti le lui demande. Elle visite la Chine en et meurt le à Charleville-Mézières. Les œuvres d'art familiales sont léguées à la Croix-Rouge.

thumb|285px|La tombe de Pierre et d'Andrée Viénot au cimetière de Chooz (Ardennes).

Mandats Sous-secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports du gouvernement Bidault I (du au ) Sous-secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports du gouvernement Blum III (du au ) Déléguée à l'Assemblée consultative provisoire : - Députée SFIO des Ardennes : - (démission) Conseillère générale des Ardennes, canton de Rocroi (1945-1970) Maire de Rocroi (1953-1976)

Hommages Place et rue Andrée-Viénot, Revin (Ardennes) Collège Andrée-Vienot (1978-2007), Rocroi (Ardennes) Rue Pierre-et-Andrée-Viénot, Chooz (Ardennes) Salle Pierre-et-Andrée-Viénot, Givet (Ardennes) Rue Andrée-Viénot, Ballan-Miré (Indre et Loire) Rue Pierre-et-Andrée Viénot, Sedan (Ardennes) Rue Andrée-Viénot, Charleville-Mézières (Ardennes) Piscine Andrée-Pierre-Vienot, Guyancourt (Yvelines) École maternelle Andrée-Vienot, Vaulx-en-Velin (Rhône)

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Marie-France Barbe et Gilles Déroche, « Andrée Vienot (1901-1976), une femme au service des autres », in Terres Ardenaises, 1998.

Articles connexes Femmes ministres en France Gouvernement provisoire de la République française - Gouvernement Bidault I - Gouvernement Blum III

Liens externes

Catégorie:Femme politique française Catégorie:Personnalité du Parti socialiste unifié Catégorie:Personnalité de la Section française de l'Internationale ouvrière Catégorie:Personnalité de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen Catégorie:Maire des Ardennes Catégorie:Personnalité liée à Rocroi Catégorie:Maire membre de la Section française de l'Internationale ouvrière Catégorie:Conseiller général des Ardennes Catégorie:Député de la première législature de la Quatrième République Catégorie:Député des Ardennes (Quatrième République) Catégorie:Député membre de la Section française de l'Internationale ouvrière Catégorie:Ministre de la Quatrième République Catégorie:Membre de l'Assemblée constituante de 1946 Catégorie:Membre du gouvernement Blum III Catégorie:Membre du gouvernement Bidault I Catégorie:Sous-secrétaire d'État français Catégorie:Secrétaire d'État français à la Jeunesse Catégorie:Secrétaire d'État français aux Sports Catégorie:Membre de l'Assemblée consultative provisoire Catégorie:Résistante française Catégorie:Conjoint de personnalité politique Catégorie:Élève de l'École libre des sciences politiques Catégorie:Naissance en juin 1901 Catégorie:Naissance à Dudelange Catégorie:Décès en octobre 1976 Catégorie:Décès à Charleville-Mézières Catégorie:Décès à 75 ans