Madame Bovary. Mœurs de province, couramment abrégé en Madame Bovary, est un roman de Gustave Flaubert paru en 1857 chez Michel Lévy frères, après une préparution en 1856 dans la Revue de Paris. Il s'agit d'une œuvre majeure de la littérature française. L'histoire est celle de l'épouse d'un médecin de province, Emma Bovary, qui lie des relations adultères et vit au-dessus de ses moyens, essayant ainsi d'éviter l’ennui, la banalité et la médiocrité de la vie provinciale.
À sa parution, le roman fut attaqué par le procureur de Paris du Second Empire pour immoralité et obscénité. Le procès de Flaubert, commencé en , fit connaître l’histoire en France. Après l'acquittement de l'auteur le , le roman fut édité en deux volumes le chez Michel Lévy frères. La première édition de 6 750 exemplaires fut un succès instantané : elle fut vendue en deux mois. Il est considéré comme l'un des premiers exemples d'un roman réaliste.
Écriture Genèse du roman thumb|left|upright=0.8|Manuscrit de Madame Bovary.
Après l’échec de La Tentation de saint Antoine, que Flaubert renonce à faire paraître, Louis Bouilhet conseille à l'écrivain de prendre comme sujet un fait divers tel que celui du suicide de Delphine Delamare suivi de celui de son époux.. Maxime Du Camp écrit également au romancier pour lui demander s'il fait des progrès sur cette histoire..
Flaubert commence le roman en 1851 et y travaille pendant cinq ans, jusqu’en 1856. À partir d’, le texte est publié dans la Revue de Paris sous la forme de feuilleton jusqu’au suivant. Il passe relativement inaperçu : c'est le premier roman d'un auteur trentenaire qui fuit la bonne société littéraire, et dont la critique ne sait rien. La notoriété du roman va venir du scandale, très involontairement.
En , le gérant de la revue, Léon Laurent-Pichat, l’imprimeur et Gustave Flaubert sont jugés pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Flaubert est blâmé pour Le procureur Ernest Pinard, le censeur de Flaubert et Baudelaire, émission sur Europe 1, 16 février 2011., et est défendu par l’avocat Jules SenardLa plaidoirie de Maître Sénart, sur le site de J.B. Guinot et suite. ; il sera acquittéProcès intenté à M. Gustave Flaubert devant le tribunal correctionnel de Paris ( Chambre) sous la présidence de M. Dubarle, audiences des 31 janvier et 7 février 1857 : réquisitoire et jugement, Bibliothèque électronique de Lisieux.. malgré le réquisitoire du procureur Ernest Pinard. Le roman connaîtra un important succès en librairie.
Honoré de Balzac avait déjà abordé le même sujet dans La Femme de trente ans, en 1831, sous forme de nouvelle-roman qui parut en 1842 dans l’édition Furne de La Comédie humaine, sans toutefois faire scandale. C'est en sa mémoire que Flaubert a sous-titré l'œuvre Mœurs de province, faisant référence à la nomenclature de La Comédie humaine.
Au début, Flaubert ne voulait pas qu'on illustrât son roman avec un portrait de femme, pour laisser libre cours à l'imagination du lecteur.
La première phrase du roman (l'incipit) a été rédigée juste avant la publication :
Chronologie de la rédaction En 1851, il fait la première mention de son écriture le . Pendant les mois d’août et de septembre, Flaubert écrit les plans et les scénarios généraux. Il commence la rédaction proprement dite le .
En , Flaubert est au milieu de sa première partie (chap. 4). Début mars, il lit des livres d’enfant pour le chapitre 6. Fin avril, il commence la scène du bal (chap. 8). La première partie est terminée à la fin du mois de juillet : « Je suis en train de recopier, de corriger et raturer toute ma première partie de Bovary. Les yeux m’en piquent. Je voudrais d’un seul coup d’œil lire ces cent cinquante-huit pages et les saisir avec tous leurs détails dans une seule pensée. » () . En septembre, un an après le début de la rédaction, Flaubert aborde la deuxième partie. La scène de l’auberge (chap. 2) lui prend jusqu’à la fin du mois d’octobre. En décembre, il en est à la visite chez la nourrice (chap. 3).
En , Flaubert indique qu’il se trouve à la page 204 de son manuscrit, ce qui correspond à la fin du chapitre 4. En avril, il rédige la visite d’Emma au curé Bournisien (chap. 6). « C’est trop long pour un homme que 500 pages à écrire comme ça ; et quand on en est à la et que l’action commence à peine ! » (). En juillet, Rodolphe entre en scène (chap. 7). Le long chapitre des Comices (chap. 8) s’étend sur trois mois, du début du mois de septembre jusqu’à la fin de novembre. En décembre, Flaubert arrive à ce qu’il appelle la scène de la « baisade » (chap. 9).
En , Flaubert étudie « la théorie des pieds bots » pour le chapitre 11.
En , Flaubert rédige le premier chapitre de la troisième partie. En mai, il en est à la description de Rouen (chap. 5). Les embarras financiers d’Emma l’occupent pendant le mois d’août (chap. 6). En octobre, il se renseigne sur les empoisonnements par l’arsenic, pour le chapitre 8.
Flaubert achève Madame Bovary en . En cinq ans, Flaubert aura noirci quatre mille pages (sur des grands feuillets de 21,7 cm par 35 cm) de brouillons et de manuscrits d'ensembleJeanne Goldin, « Fils et textures : Flaubert et l’avant-texte des comices agricoles », Études françaises, volume 14, numéro 1-2, avril 1978, p. 123–124 (lire en ligne)..
Différentes éditions En 1856, la publication se fait dans la Revue de Paris du au , à raison d’une livraison tous les quinze jours, pour un total de 6 livraisons. Au fur et à mesure des livraisons, le gouvernement du Second Empire envoie deux avertissements à l'éditeur pour faire retirer ou modifier les textes : ainsi, la scène du fiacre dans la livraison a été censurée, et plusieurs scènes de la livraison ont été modifiées ou censurées. La revue accepte et oblige Flaubert à faire des coupes..
Le , Flaubert exige la publication d'une note relative aux mutilations que subit son roman, mais cela a pour effet d’accroître la vigilance des services impériaux. Le procureur impérial Félix Cordoën estime que Madame Bovary doit être poursuivi, et le procès aura lieu un mois plus tard, le .
En , alors que Flaubert a gagné son procès, il fait publier Madame Bovary chez Michel Lévy, édition originale en deux volumes, avec des modifications, en général étrangères à ce qui est attendu après le jugement. Les scènes supprimées dans la Revue de Paris sont réintroduites et le livre n'est pas poursuivi, malgré toutes les nouvelles modifications.
L'édition de 1857 connaît de nombreux tirages, mais, en 1858, une nouvelle édition corrigée est publiée. Deux autres éditions vont paraître chez Michel Lévy en 1862 et 1869.
À la suite d'une brouille avec l'éditeur Michel Lévy, Flaubert fait paraître en 1873, chez Charpentier, une édition qu'il nomme « édition définitive », et il y fait inclure le réquisitoire de l’avocat impérial, la plaidoirie de son avocat, ainsi que le texte du jugement. Il faut savoir que, pendant le Second Empire, l'article 17 du décret du interdisait la publication des procès de presse (disposition qui a été abrogée sous la Troisième République). Dans cette édition, Flaubert se trompe sur la date du procès, qui a eu lieu en fait le et non le 31, erreur qui sera souvent reprise.
Une dernière édition paraît chez Alphonse Lemerre en 1874. Flaubert meurt en 1880 ; cette édition n'est pas pour autant considérée comme fiable pour servir de texte de référence, ainsi qu’il est d’usage avec le dernier texte publié du vivant d'un auteur. C’est pourquoi le texte de Madame Bovary est établi le plus souvent d’après l’édition Charpentier.
Résumé vignette|gauche|redresse|Emma et Charles Bovary à l'heure du repas. Illustration d'Alfred de Richemont pour une réédition du roman en 1905. Emma Rouault, fille d'un riche fermier, a été élevée dans un couvent. Elle rêve d'une vie romantique et brillante comme les princesses des romans à l'eau de rose dans lesquels elle se réfugie pour rompre la monotonie de son existence. Elle devient l'épouse de Charles Bovary, qui, malgré de laborieuses études de médecine, n'est qu'un simple officier de santé qui ne lui offre qu'une vie routinière, bien vite monotone et frustrante pour Emma. Charles a été le médecin du père Rouault et est vite tombé amoureux de sa fille aux manières raffinées.
L'invitation au bal du marquis d'AndervilliersFlaubert décrit le lieu du bal comme étant le manoir du Héron (lettre à Louis Bouillet, 13 mars 1850, Correspondance, éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t. I, ). Ce château du marquis de Pomereu d'Aligre, connaissance du père de Flaubert, aurait été visité par Gustave Flaubert adolescent. Les souvenirs embellis des fastes d'un premier bal dans le milieu de l'aristocratie servirent à merveille l'imagination de l'écrivain, et la trouvaille du nom de la localité de la demeure des Bovary : Croisy-sur-Andelle qui deviendra Yonville-l’Abbaye. lui fait entrevoir un monde auquel elle souhaiterait, en vain, appartenir. La fête finie, à laquelle les époux ont été invités par courtoisie, la vie sans joie d'Emma reprend ; elle sombre dans un état dépressif. Alors que son mari commence à se faire une clientèle mais convenant qu'elle a besoin de changement, il décide de quitter le bourg de Tostes et de s'installer dans celui plus animé d'Yonville. Emma fait ainsi la connaissance des personnalités locales : le pharmacien progressiste et voltairien Monsieur Homais, présenté comme le type du notable de province, péremptoire et content de lui, qui donne discrètement et illégalement des consultations médicales dans son arrière-boutique ; le brave curé Bournisien ; Léon Dupuis, charmant clerc du notaire Guillaumin ; le libertin hobereau Rodolphe Boulanger, propriétaire du château de la Huchette.
vignette|La mort d'Emma Bovary. Toile d'Albert Fourié, musée des Beaux-Arts de Rouen, 1883. Emma est déçue par la naissance de la petite Berthe, puisqu’elle aurait préféré mettre au monde un garçon voué à un grand destin. Elle s'enlise dans l'ennui et perd tout espoir d'une vie meilleure. Elle n'éprouve plus aucun amour pour Charles, qui pourtant ne lui veut que du bien. Elle ne parvient pas non plus à aimer sa fille, qu'elle trouve laide et qu'elle confie à Rolet, nourrice vénale qui vit dans une pauvreté sordide. Elle laisse libre cours à ses dépenses compulsives chez son marchand d'étoffes et autres colifichets, M. Lheureux. Elle repousse les avances de Rodolphe et de Léon, puis elle finit par céder, se révélant une amante passionnée prête à quitter mari et enfant. Mais ses amants se lassent vite du sentimentalisme exacerbé et effrayant de la jeune femme qui rêve de voyages, de luxe et de vie aventureuse.
Emma a accumulé une dette envers M. Lheureux, qui exige d'être remboursé. Les amants d'Emma ont refusé de lui prêter la somme due, les biens des Bovary vont être saisis. Acculée, Emma se suicide. Charles meurt de chagrin. À la mort de ses parents, Berthe est confiée à une tante, pauvre, qui l'envoie travailler dans une filature de coton pour subsister financièrement. Le roman s’achève sur M. Homais qui vient de recevoir la croix d'honneur..
Personnages principaux
Emma Bovary : personnage principal du roman et femme de Charles Bovary. Il semble que Flaubert se soit inspiré du suicide à Ry de Delphine Delamare, fille d'un riche propriétaire terrien. Son mariage avec Eugène Delamare, ancien élève du père de Gustave Flaubert et officier de santé à la vie sans relief, fut une source de grande frustration jusqu'à son suicide par absorption d'arsenic en 1848.p. 458. Charles Bovary : mari d'Emma et officier de santé. Charles-René Bovary : père de Charles. Berthe : fille d'Emma et de Charles. Bovary mère : mère de Charles et fille d'un marchand. Théodore Rouault : père d'Emma. C'est à la suite de la fracture d'une de ses jambes que Charles Bovary fera la connaissance de sa fille.