vignette|La mort de Roland, enluminure de Jean Fouquet extraite des Grandes Chroniques de France, vers 1455-1460.

La littérature française du Moyen Âge est formée des œuvres écrites entre autour de l'an mille et autour de 1500 au royaume de France dans les langues romanes de celui-ci, ancien français au nord et occitan médiéval au sud.

Chronologiquement, on retient d'abord le genre épique des chansons de geste qui exaltent les exploits des chevaliers (ex. la Chanson de Roland, ), puis vient la littérature courtoise, apparue au , qui voit trouvères et troubadours chanter l'amour parfait dans leurs poèmes et Chrétien de Troyes qui a écrit les Romans de la Table Ronde, alors que la fin de la période offre une poésie lyrique authentique avec Rutebeuf, au , et surtout François Villon, au milieu du .

À côté des genres nobles apparaissent des genres populaires (souvent connus) comme les fabliaux, le satirique Roman de Renart ou au théâtre les farces comiques à côté des Mystères aux sujets religieux.

D'autres genres existent aussi comme le genre semi-littéraire de la chronique historique avec Joinville ou Froissart.

Présentation

Le premier texte en langue romane connu est le Cantilène de sainte Eulalie (entre 881 et 882), qui en fait est une adaptation en 29 vers d'un poème latin, à vocation religieuse et pédagogique.

La littérature religieuse (les textes religieux chrétiens, didactiques, hagiographiques, homilétiques, liturgiques, mystiques, logiques…), en langue latine ou non, est une réalité traitée sous d'autres rubriques : christianisme, docteurs de l'Église, théologiens, expansion…

Les premiers grands textes de la littérature française féodale datent, eux, du milieu du Moyen Âge (), époque de développement de l'agriculture et d'expansion démographique après des périodes d'invasions, de chaos politique et d'épidémies.

Évolution de la langue française du Les parlers celtiques des habitants de la Gaule se sont effacés progressivement au cours de la conquête romaine au profit des langues latines : le latin écrit (classique) et latin parlé (vulgaire). Le latin classique, enseigné dans les écoles, reste la langue des services religieux, des ouvrages scientifiques, des actes législatifs et de certaines œuvres littéraires ; le latin vulgaire, parlé par les soldats et les marchands romains, et adopté par les natifs, évolue lentement en prenant les formes de différents parlers romans selon les régions du pays. Ces parlers se divisent en deux rameaux : la langue d'oïl au nord de la Loire (francien, picard et anglo-normand) et la langue d'oc, au sud (catalan, occitan, provençal). Au , les parlers romans étaient déjà très éloignés du latin : pour comprendre, par exemple, la Bible, écrite en latin, des commentaires étaient nécessaires. Avec l'affermissement du pouvoir royal, à partir du , le francien, parler en usage dans l'Île-de-France, l'emporte petit à petit sur les autres langues et évolue vers le français classique.

Au , la langue parlée est tellement éloignée du latin ou du gallo-romain qu'il est parfois nécessaire d'utiliser à l'écrit le roman, comme en témoignent les Serments de Strasbourg (842), considérés comme le premier texte (non-littéraire) en français.

Les langues qu'on retrouve dans les manuscrits datés du forment ce qu'on appelle l'ancien français. Elles continuent d'évoluer et aux , , on distingue le moyen français.

Aperçu de la période

Les chansons de geste sont de longs poèmes comportant des milliers de vers qui sont destinées à être chantés en public, geste signifiant ici exploits guerriers. Elles relatent, sous une forme épique mêlant légendes et faits historiques, des exploits guerriers passés, et mettent en valeur l'idéal chevaleresque. La plus ancienne et la plus connue est la Chanson de Roland qui a été écrite au ; elle raconte, en les idéalisant, les exploits de l'armée de Charlemagne.

La littérature courtoise, apparue au , a pour thème principal le culte de l'amour unique, parfait et souvent malheureux. Elle trouve son origine dans l'antiquité, intègre des influences orientales dues au retour des Croisés, et s'inspire de légendes celtiques. Ainsi, la légende de Tristan et Iseut raconte l'histoire d'un amour absolu et impossible qui se termine par la mort tragique des amants ; ces poèmes étaient chantés à la cour des princes par les trouvères et les troubadours. Chrétien de Troyes (1135 ?–1190 ?) est sans doute le premier romancier de la littérature française ; ses romans comme Yvain ou le Chevalier au lion, Lancelot ou le Chevalier de la charrette et Perceval ou le Conte du Graal sont typiques de ce genre littéraire. Le long poème Le Roman de la Rose, écrit au début du , est l'un des derniers écrits portant sur le thème de l'amour courtois, et cela seulement dans son court début écrit par Guillaume de Lorris. Le reste du poème, continué par Jean de Meung contient au contraire des passages (dont celui de La vieille) d'une étonnante misogynie, mêlée par ailleurs à des arguments articulés de critique sociale.

Vers la même époque, le Roman de Renart est un ensemble de poèmes qui relatent les aventures d'animaux doués de raison. Le renard, l'ours, le loup, le coq, le chat, etc. ont chacun un trait de caractère humain : malhonnête, naïf, rusé... Les auteurs anonymes raillent dans ces poèmes les valeurs féodales et la morale courtoise.

Le poète parisien du Rutebeuf se fait gravement l'écho de la faiblesse humaine, de l'incertitude et de la pauvreté à l'opposé des valeurs courtoises.

Les premières chroniques historiques écrites en français sont des récits des croisades datant du . Certains de ces récits, comme ceux de Jean de Joinville retraçant la vie de saint Louis, ont aussi un but moral et idéalisent quelque peu les faits relatés. Ensuite la guerre de Cent Ans (1337–1453) est racontée par Jean Froissart (1337–1410 ?) dans deux livres appelés Chroniques.

Après la guerre de Cent Ans, le poète François Villon (1431–1463 ?) traduit le trouble et la violence de cette époque. Orphelin d'origine noble et bon étudiant, il est ensuite condamné pour vol et meurtre. Son œuvre à la fois savante et populaire exprime une révolte contre les injustices de son temps.

Le théâtre religieux se développe tout au long du Moyen Âge, il met en scène à partir du les Mystères, c'est-à-dire les fêtes religieuses comme Noël, Pâques et l'Ascension ; au contraire des genres littéraires précédents plutôt aristocratiques, il s'adresse au plus grand nombre. À côté de ce théâtre religieux, un théâtre comique appelé farce apparaît, toujours au , où il est durement combattu par les autorités religieuses.

La question de l'auteur Auteur s'écrit de différentes façons : aucteur, acteur, auteur, autheur, si bien que les spéculations sur l'origine du mot étaient nombreuses, et les médiévaux friands de fausses étymologies. L'étymologie admise est que le mot vient du latin auctor, du verbe augere, « augmenter un texte (déjà existant) ». Jean Froissart l'utilise clairement : « Je aucteur et augmenteur de ce livre. »

Dante utilise sa propre étymologie : auteur vient de auieo qui signifie « je lis ». Pour lui, c'est un mot où il y a toutes les voyelles, donc l'auteur lit des sons musicauxIl exprime cette opinion dans . Cf. .

On affirme généralement que la littérature médiévale est surtout anonyme. Pourtant il y a différents types d'anonymats. L'anonymat cache souvent un nom d'auteur difficile à déchiffrer, car l'auteur a donné son nom par des procédés relevant de la devinette. Il y a différentes manières pour l'auteur d'apparaître : ou , nom caché par jeu dans le prologue ou l'épilogue, en listant ses autres œuvres, en apparaissant dans un personnage (Raoul de Houdenc et son personnage Raoul)...

D'un manuscrit à l'autre, l'attribution peut changer, car il n'y a pas de paternité, c'est un phénomène fréquent dans les recueils de poèmes des trouvères. C'est souvent signe que le scribe change l'attribution en croyant reconnaître le style d'un autre.

Mais le Moyen Âge s'emploie davantage à faire parler les noms qu'à les trouver, par jeu, surtout chez Rutebeuf qui commente son nom sans cesse. Il y a une mise en scène du nom, notamment parce que les médiévaux croient que le nom (nomen) est un destin (omen).

L'anonymat est donc dû soit à une raison morale quelconque, soit par humilité (notion très importante chez les médiévaux), soit par jeu dont le nom n'a pas été déchiffré.

Il est fréquent de trouver une « vida » de l'auteur au début d'un manuscrit, écrite par un autre, le problème étant que cette « vida » est tirée de la pièce lyrique, comme si le récit de fiction était un récit biographique. Généralement, ces « vida » sont donc fausses.

La posture d'humilité est très importante pour comprendre la façon dont se présentent certains auteurs dans leurs œuvres, ce qui explique pourquoi beaucoup d'auteurs s'affichent comme borgnes (la vue est le sens le plus noble), laids (comme Socrate ou Ésope), estropiés, lépreux, bègues, bossus... Il y a une récupération du défaut physique pour en faire quelque chose de supérieur, avec l'idée que c'est un signe de reconnaissance.

L'auteur médiéval existe largement par le biais d'une persona, plutôt que par une biographie concrète.

Œuvres et auteurs Les premiers textes romans L'hagiographie en langue française et les traductions partielles de la Bible forment les premières œuvres de la littérature française. Parmi elles, on compte: Au : La Cantilène de sainte Eulalie Au : La Vie de saint Léger Au : La Vie de saint Alexis Au : La Vie de saint Gilles de Guillaume de Berneville La Vie de saint Thomas Becket de Guernes de Pont-Sainte-Maxence

Bien que le contenu des hagiographies soit parfois repris d'œuvres antérieures ou contemporaines en latin, la composition et le style sont, eux, originaux et démontrent la culture des clercs qui en étaient les auteurs.

Par ailleurs, les procédés narratifs des vies de saints influenceront largement le genre de la chanson de geste.

Le souvenir des héros des chansons de geste était souvent attaché à des églises qui se trouvaient sur les chemins de pèlerinage vers les sanctuaires les plus courus de l'époque tels que Aix-la-Chapelle, Saint-Jacques-de-Compostelle et Saint-Gilles (par exemple, Girart de Roussillon à la Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay ou Guillaume d'Orange à l'Abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert).

La littérature féodale Les chansons de geste ou épopées, du , sont majoritairement écrites en langue d'oïl. "Geste" vient de "gesta" qui signifie "exploit héroïque". La Chanson de geste est considérée à l'époque comme une histoire vraie (se fondant soi-disant sur de très vieux manuscrits trouvé en abbaye), et non comme de la fiction. Le héros, un chevalier, est exemplaire, incarne le lien social, le chevalier idéal, les rapports féodaux parfaits, et la foi inébranlable en Dieu. L'épopée puise dans l'histoire de la communauté afin d'affirmer l'unité d'un territoire. Plus tard, il y a une évolution vers la littérature distrayante avec l'introduction du rire carnavalesque, bouffon, et le merveilleux du folklore, une dérive vers le roman grec. Elles peuvent être regroupées en trois cycles :

La Geste du Roi

Ce cycle est dominé par le personnage de Charlemagne et regroupe une trentaine d'œuvres qui permettent de reconstituer une histoire poétique de la vie de Charlemagne (écrite par Eginhard dans Vita Karoli Magni). L'empereur absorbe en sa légende tous les Carolingiens depuis Charles Martel. Il prend à son compte les exploits, les épreuves, les victoires. Il groupe autour de lui héros et personnages ou historiques ou légendaires.

Classement chronologique des principales chansons : Au , début : Chanson de Roland - Pèlerinage de Charlemagne ; Au : Mainet - Les Saisnes - Aspremont - Fierabras - Huon de Bordeaux - Ogier le Danois - Couronnement de Louis ; Au : Otinel - Gui de Bourgogne - Berte aux grands pieds. Classement par rapport à Charlemagne :