Mircea Eliade, né le Dans ses Memorii, parus aux éd. Humanitas en 1991, Mircea Eliade écrit : « Je suis né à Bucarest le 9 mars 1907 (le 25 février, selon le calendrier ancien) ». Il existe toutefois une note de bas de page des éditeurs portant que la date de naissance réelle d’Eliade est le 28 février/13 mars 1907, sur la foi de l’acte de naissance découvert et publié par Constantin Popescu-Cadem dans la Revista de istorie și teorie literară en 1983. à Bucarest (Roumanie) et mort le à Chicago (États-Unis), est un historien des religions, mythologue, philosophe, romancier et diplomate roumain qui a rédigé ses œuvres en roumain, français et anglais.
Originairement spécialiste de la philosophie indienne et du yoga, Mircea Eliade est considéré comme l'un des fondateurs de l'histoire moderne des religions. Savant studieux des mythes, il élabore une vision comparée des religions en trouvant des relations de proximité entre différentes cultures et moments historique, et développe un certain nombre de conceptions ontologiques religieuses universelles comme celle du mythe de l'éternel retour (volonté d'échapper au Temps par une régénération du mythe cosmogonique) ou encore le symbolisme du centre, tout en insistant sur la rupture paradigmatique judéo-chrétienne (passage d'une hantise du devenir à l'acceptation de l'Histoire comme théophanie). La démarche eliadienne se situe par ailleurs dans une perspective clairement anti-réductionniste cherchant à restituer et à comprendre l'expérience humaine dans toute son authenticité.
Son œuvre littéraire, directement influencée par ses études religieuses, se caractérise par une volonté de révéler le sacré et le transcendant dans le déroulement habituel des événements de la vie, et par l'expérience amoureuse assimilée à un élément chargé d'une lourde signification.
Sa formation d'historien et philosophe l'a amené à étudier les mythes, les rêves, les visions, le mysticisme et l'extase. En Inde, Eliade étudia le yoga et lut, directement en sanskrit, des textes classiques de l'hindouisme qui n'avaient pas été traduits dans des langues occidentales.
Auteur prolifique, il cherche à trouver une synthèse dans les thèmes qu'il aborde (excepté dans son Histoire des religions, qui reste purement analytique). De ses documents est souvent souligné le concept de « Hiérophanie », par lequel Eliade définit la manifestation du transcendant dans un objet ou dans un phénomène de notre cosmos habituel.
Il a été membre du mouvement fasciste roumain de la garde de fer dans les années 1930 et 1940 et a exercé dans les mêmes années pour le royaume de Roumanie les fonctions d'attaché culturel en Angleterre et au Portugal.
Vers la fin du , quelques textes d'Eliade nourrissent la vision gnoséologique de mouvements religieux, apparus avec la contre-culture des années 1960.
Biographie Enfance Mircea Eliade naquit à Bucarest d’un père officier de l’armée de terre roumaine, Gheorghe Eliade (dont le nom patronymique était à l’origine Ieremia)., et de Jeana née Vasilescu Mircea Eliade-biograpy notice établie d'après l'article « Mircea Eliade » de Bryan Rennie, dans Routledge Encyclopedia of Philosophy, 1998.. Fidèle de l’Église orthodoxe roumaine, Gheorghe Eliade déclara la naissance de son fils quatre jours avant la date réelle, afin de la faire coïncider avec la fête des Quarante martyrs de Sébaste du calendrier liturgique. Mircea Eliade avait une sœur, Corina, future mère du sémiologue Simona Chițan, Nostalgia după România (« Nostalgie de la Roumanie »), entretien avec Sorin Alexandrescu, dans Evenimentul Zilei, 24 juin 2006.. La famille déménagea plusieurs fois entre Tecuci et Bucarest, pour finalement se fixer dans la capitale en 1914 ; les Eliade s’y achèteront une maison rue Melodiei, non loin de la place Rosetti, que Mircea habitera jusque tard dans son adolescence.
Eliade garda un souvenir particulièrement heureux de son enfance et relatera plus tard l’impact qu’eurent sur son esprit d’enfant différents épisodes et rencontres inhabituels. Lors de l’un de ces épisodes, qui eut lieu pendant la campagne de Roumanie de la Première Guerre mondiale, alors qu’Eliade avait une dizaine d’années, il fut témoin du bombardement de Bucarest par des dirigeables allemands et de la ferveur patriotique qui s’empara de la capitale occupée à la nouvelle que la Roumanie avait été en mesure de contenir l’avancée des Empires centraux en Moldavie , Mircea Eliade la începuturi (« Mircea Eliade à ses débuts »), dans Revista Sud-Est, 1/2007 ; consulté le 21 janvier 2008..
Mais, plus particulièrement, cette phase de sa vie fut marquée par une expérience tout à fait singulière, qui se produisit lorsque certain jour il fit son entrée dans un salon qu’une « inquiétante lumière iridescente » avait transformé en un « palais de conte de fées », expérience qu’Eliade appellera une épiphanie, Mahaparanirvana, dans El Hilo de Ariadna, Vol. II. Remémorant cet épisode, il écrivit :
Robert Ellwood, professeur de religion, auteur de , qui fut le disciple de Mircea Eliade, considérait ce type particulier de nostalgie comme l’un des thèmes les plus caractéristiques de l’œuvre théorique et de la vie d’Eliade.
Adolescence et débuts littéraires Après des études primaires à l’école de la rue Mântuleasa, Mircea Eliade fréquenta le Collège national Spiru Haret de Bucarest, où il fut le camarade de classe d’, de et de Petre Viforeanu, et pendant quelques années celui, plus âgé, de Nicolae Steinhardt, lequel deviendra son ami, chap. Steinhardt.. Parmi ses autres condisciples figuraient aussi le futur philosophe Constantin Noica et l’ami de celui-ci, le futur historien de l’art Veronica Marinescu, ’Am luat din întâmplarile vieții tot ce este mai frumos’, spune cercetatorul operei brâncușiene (« Dans les occurrences de la vie, je pris tout le meilleur », dit l’analyste de l’œuvre de Brancusi »), entretien avec , dans , 13 mars 2004 ; consulté le 22 février 2008..
Enfant, Eliade était fasciné par le monde naturel, qui forme le décor de ses toutes premières tentatives littéraires, ainsi que par le folklore roumain et par la foi chrétienne telle que vécue par les paysans. En grandissant, il se proposa de déceler et de consigner ce qui lui apparaîtrait comme la source commune de toutes les traditions religieuses. L’intérêt du jeune Eliade pour la culture physique et l’aventure le porta à pratiquer l’alpinisme et le nautisme, et aussi à rejoindre les boy scouts roumainsMaria Vlădescu, 100 de ani de cercetași (« 100 ans de scoutisme »), dans Evenimentul Zilei, 2 août 2007..
Avec un groupe d’amis, il conçut et fit construire un bateau à voiles, puis le manœuvra sur le Danube, de Tulcea à la mer NoireConstantin Roman, Continental Drift: Colliding Continents, Converging Cultures, CRC Press, Institute of Physics Publishing, Bristol et Philadelphie 2000, . . En même temps, Eliade tendait à s’éloigner de son milieu scolaire, étant peu enclin à se plier à la discipline requise et obsédé par l’idée qu’il était plus laid et moins viril que ses condisciples. Afin de se renforcer le caractère, il se contraignait à avaler des insectes et ne dormait que quatre ou cinq heures par nuit. À un certain moment, il était en situation d’échec dans quatre matières scolaires, dont la langue roumaine.
En contrepartie, il se plongea dans l’étude des sciences naturelles et de la chimie, de même que dans l’occultisme, et écrivit de courts textes sur des sujets d’entomologie. Malgré les inquiétudes de son père, qui craignait de voir se détériorer sa vue déjà affaiblie, Eliade lisait avec passion. L’un de ses auteurs préférés était Honoré de Balzac, dont il étudia l’œuvre attentivement. Il découvrit aussi les nouvelles modernistes de Giovanni Papini et les ouvrages d’anthropologie sociale de James George Frazer.
Son intérêt pour ces deux auteurs l’incita à apprendre par ses propres moyens l’italien et l’anglais ― maîtrisant donc déjà, vers 1925, l'allemand, l'anglais, le français et l’italien ―, et s’initia par ailleurs aux langues persane et hébraïque>. Dans le même temps, il se familiarisa avec les poésies de Saadi et avec l’épopée mésopotamienne de Gilgamesh. Il s’intéressa également à la philosophie, étudiant notamment Socrate, Vasile Conta et les stoïciens Marc Aurèle et Épictète, et lut des livres d’histoire, les deux historiens roumains qui l’influencèrent dans son jeune âge étant Bogdan Petriceicu Hasdeu et Nicolae Iorga. Sa première œuvre publiée fut Inamicul viermelui de mătase (« l’Ennemi du ver à soie »), qui parut en 1921, suivie, alors qu’il avait quatorze ans, de la nouvelle Cum am găsit piatra filosofală (« Comment j’ai découvert la pierre philosophale »)La Vie et l'œuvre de Mircea Eliade (1907-1986) par Ralph Stehly, professeur d'histoire des religions, université Marc-Bloch, Strasbourg.. Quatre ans plus tard, Eliade achevait de rédiger sa première œuvre parue en volume, le roman autobiographique Romanul adolescentului miop (« le Roman de l'adolescent myope »).
Études universitaires et séjour en Inde En 1925, Eliade s'inscrivit à la faculté de philosophie et lettres de l’université de Bucarest. C'est alors qu'il subit l'influence de Nicolae C. Ionescu (mieux connu en Roumanie sous le nom de Nae Ionescu), alors professeur assistant de logique et mathématique, également journaliste, et dont il deviendra le disciple et l’amiNastasă, .. L'engagement de ce confrère à l'extrême-droite et le sien furent critiqués et ont terni la réputation d'EliadeTraian Sandu : Fascisme roumain, 2014, Éditeur : Perrin, . Ce dernier se sentait tout spécialement attiré par les idées radicales d’Ionescu et par son intérêt pour la religion, qui représentaient une rupture avec la tradition rationaliste incarnée par les aînés de l’université tels que , et Tudor Vianu, lesquels étaient tous redevables, quoiqu’à des degrés variés, à la défunte société littéraire Junimea. En 1927, il entreprit un voyage en Italie, où il rencontra Papini et collabora avec l’universitaire Giuseppe Tucci. En 1928, il fit la connaissance, à l'université de Bucarest, d’Émile Cioran, lui aussi lié à la Garde de fer, et d’Eugène Ionesco, prélude à une longue amitié qui se poursuivra en France.
Il consacra son mémoire de maîtrise à la Renaissance italienne et, en particulier, aux philosophes Marsile Ficin, Giordano Bruno et Tommaso Campanella, et obtint son diplôme en 1928. L'humanisme de la Renaissance est demeuré une influence majeure dans les travaux d’Eliade.
Eliade découvrit l'œuvre de René Guénon dans les années 1920 : les nombreux articles de Guénon sur le symbolisme eurent sur lui un impact majeur. Il déclara en 1932 que Guénon était « l'homme le plus intelligent du ». Eliade approfondit l’œuvre de Guénon, en particulier l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues et L'homme et son devenir selon le Vêdânta, durant son séjour en Inde en 1929-1931. Après-guerre, Guénon se félicitera qu'Eliade reprenne la thèse de l'universalité de ces symboles qu'il développera plus particulièrement dans son Traité d'histoire des religions publié en 1949 et préfacé par Georges Dumézil. Ce traité est d'ailleurs structuré autour de symboles fondamentaux dont la plupart proviennent de la lecture des articles de Guénon. Eliade cita très rarement Guénon : même s'il disait adhérer à ses idées en privé, il déclara ne pas pouvoir l'exprimer ouvertement pour ne pas s'aliéner les milieux universitaires, hostiles à Guénon après guerre.