La bataille de Grunwald, bataille de Žalgiris ou première bataille de Tannenberg eut lieu le dans le cadre de la guerre du royaume de Pologne-Lituanie contre l'ordre Teutonique. L'alliance du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie, menés respectivement par le roi Ladislas II Jagellon (Władysław Jagiełło) et le grand-duc Vytautas (Witold), écrasa les chevaliers teutoniques commandés par le grand-maître Ulrich von Jungingen. La plupart des commandants teutoniques furent soit tués soit capturés.

À court terme, les chevaliers teutoniques parviennent à limiter les pertes territoriales lors de la paix de Toruń (1411) grâce à leur résistance au siège de Marienbourg. Mais à plus long terme l'ordre Teutonique ne se relèvera jamais de cette défaite. Le fardeau financier des indemnités de guerre et la taxation pour la payer entraînèrent des tensions internes, une crise économique et des révoltes sur ses terres, et dans leurs disputes suivantes avec la couronne polonaise les teutoniques auront toujours le dessous (paix du lac de Melno en 1422, Paix de Brest (1435), Traité de Thorn (1466), etc.)

Ainsi la bataille marque un basculement des pouvoirs en Europe orientale et permet à l'union de Pologne-Lituanie de devenir la puissance politique et militaire dominante dans la région.

Sur le plan symbolique et culturel la bataille est considérée comme l'une des plus importantes de l'Europe du Moyen Âge, et la plus importante victoire dans l'histoire polonaise et lituanienne. Portée par le nationalisme romantique, elle devint un symbole de résistance face aux envahisseurs et une source de fierté nationale. Au cours du , la bataille fut exploitée à la fois par les propagandes nazie et soviétiqueMichel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, 2015, Éd. Tempus Perrin, .

Terminologie et sources Noms La bataille eut lieu sur le territoire de l'État monastique des chevaliers teutoniques dans la plaine entre trois villages : Grünfelde (Grunwald) à l'ouest, Tannenberg (Stębark) au nord-est et Ludwigsdorf (Łodwigowo, Ludwikowice) au sud. Les 3 villages ne sont distants que de l'un de l'autre. Ladislas II fait référence au site en latin par in loco conflictus nostri, quem cum Cruciferis de Prusia habuimus, dicto Grunenvelt.. Les chroniqueurs polonais interprétèrent le mot Grunenvelt par Grünwald, littéralement forêt verte en allemand et l'expression est reprise par les Lituaniens sous le terme de Žalgiris. Les Allemands nomment le lieu de la bataille sous le nom de Tannenberg (mont aux sapins en allemand). Ainsi il existe trois noms couramment utilisés pour désigner la bataille : , , . Son nom dans les langues des autres peuples impliqués est , , , , .

Sources thumb|Une lettre anonyme concernant la Grande Bataille (datée aux alentours de 1412) est l'une des rares sources contemporaines.|gauche thumb|Le document le plus important concernant la bataille est la Cronica conflictus Wladislai Regis Poloniæ cum cruciferis anno Christi.|gauche Il existe peu de documents contemporains concernant la bataille et la plupart ont été rédigés par des Polonais. Le plus important et le plus digne de confiance est la Cronica conflictus Wladislai regis Poloniæ cum Cruciferis anno Christi 1410 qui fut écrit moins d'un an après la bataille par un témoin oculaire. Son auteur est inconnu mais plusieurs candidats ont été proposés, le chancelier polonais et le secrétaire de Ladislas II, Zbigniew Oleśnicki.. L'œuvre complète de Cronica conflictus ne nous est pas parvenue mais un court résumé fut préservé. Une autre source majeure est Historiæ Polonicæ de l'historien polonais Jan Długosz (1415–1480). Il s'agit d'un texte détaillé et précis écrit plusieurs décennies après la bataille. La fiabilité de cette source souffre cependant de l'intervalle entre l'événement et son récit et des préjugés de Długosz envers les Lituaniens.. Le Banderia Prutenorum est un manuscrit du milieu du représentant et décrivant les étendards teutoniques capturés après la bataille et exposés dans la basilique du Wavel. Les autres sources polonaises incluent deux lettres écrites par Ladislas II à sa femme Anne de Celje et à l'évêque de Poznan, Wojciech Jastrzębiec et des lettres envoyées par Jastrzębiec aux Polonais du Saint-Siège. Les sources allemandes incluent un rapport concis de la bataille dans la chronique de . Une lettre anonyme, écrite entre 1411 et 1413, découverte par l'historien suédois en 1963 fournit d'importants détails sur les manœuvres lituaniennes.

Contexte historique Croisades baltes et Union de la Pologne-Lituanie

vignette|Expansion territoriale de l'État monastique des chevaliers teutoniques entre 1260 et 1410.|gauche En 1230, l'ordre Teutonique, un ordre militaire croisé, s'implanta dans le Culmerland (région centrée sur Chełmno) et lança une croisade contre les clans prussiens païens. Avec le soutien du pape et de l'empereur du Saint-Empire romain germanique, les Teutoniques avaient conquis les Prussiens vers 1280 et tournèrent leur attention vers les païens du grand-duché de Lituanie. Durant un siècle, les chevaliers vont piller les terres lituaniennes, particulièrement la Samogitie qui sépare les chevaliers de Prusse de la branche livonienne de l'Ordre. Les Lituaniens abandonnèrent la Samogitie durant la de 1381 par le .

En 1385, le grand-duc Jogaila de Lituanie épousa Hedwige de Pologne lors de l'union de Krewo. Jogaila se convertit au christianisme et fut couronné roi de Pologne et créa ainsi une union personnelle entre le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie. La conversion officielle de la Lituanie au christianisme supprima l'argument religieux pour les activités teutoniques dans la région. Le grand-maître de l'Ordre, Konrad Zöllner von Rotenstein, soutenu par le roi hongrois Sigismond contesta publiquement la sincérité de la conversion de Jogaila et porta la question devant la maison pontificale.. Les tensions territoriales concernant la Samogitie, appartenant aux Teutoniques depuis la paix de Raciąż de 1404, continuaient, la Pologne avait des revendications contre les chevaliers à propos de la région de Dobrzyń et de Dantzig (Gdańsk) mais les deux États étaient en paix depuis le traité de Kalisz de 1343. Les disputes étaient également motivées par des raisons commerciales, les chevaliers contrôlaient les embouchures des trois plus importants fleuves de Pologne et de Lituanie, le Niémen, la Vistule et la Daugava.

Guerre, trêve et préparatifs thumb|left|Lituaniens combattant des chevaliers teutoniques (bas-relief). En mai 1409, un soulèvement dans la Samogitie teutonique commença. Les Lituaniens soutenaient les rebelles et les chevaliers menacèrent d'entrer en guerre. La Pologne annonça son soutien à la Lituanie et menaça d'attaquer la Prusse. Alors que les troupes prussiennes évacuaient la Samogitie, le grand-maître Ulrich von Jungingen déclara la guerre à la Pologne et à la Lituanie le . Les chevaliers espéraient défaire la Pologne et la Lituanie séparément en commençant par envahir la Grande-Pologne et la Cujavie où ils prendraient les Polonais par surprise.. Ils incendièrent le (Dobrzyń nad Wisłą), capturèrent après un siège de deux semaines, prirent Bromberg (Bydgoszcz) et pillèrent plusieurs villes. Les Polonais organisèrent des contre-attaques et reprirent Bydgoszcz et les Samogitiens attaquèrent Memel (Klaipėda). Cependant aucun des deux camps n'était prêt pour une guerre de grande envergure.

L'empereur Venceslas du Saint-Empire accepta de servir de médiateur et une trêve fut signée le mais elle expirait le . Les deux camps utilisèrent la trêve pour se préparer en rassemblant des forces et en engageant des manœuvres diplomatiques. Venceslas, qui avait reçu un présent de florins des chevaliers déclara que la Samogitie appartenait légalement à l'ordre et que seule la région de Dobrzyń devait être rendue à la Pologne.. L'ordre offrit également ducats à Sigismond de Hongrie, qui avait des vues sur la principauté de Moldavie, pour son soutien militaire. Sigismond tenta également, sans succès, de briser l'alliance polono-lituanienne en semant la discorde par l'offre d'une couronne royale à Vytautas, ce qui aurait fait éclater l'accord d'Ostrów. Vytautas resta ferme dans son alliance et réussit au contraire, en signant une trêve avec l'ordre Livonien, à priver les teutoniques de ce soutien..

En , Ladislas II et Vytautas s'étaient accordés sur une stratégie commune, leurs armées se rassemblaient en une force unique qui avançait vers Marienburg (Malbork), capitale de l'ordre Teutonique.. Les chevaliers qui étaient sur la défensive ne s'attendaient pas à une attaque commune et se préparaient à repousser une double invasion, par les Polonais le long de la Vistule vers Dantzig (Gdańsk) et par les Lituaniens le long du Niémen vers Ragnit (Neman).. Pour contrer cette menace, Ulrich von Jungingen concentra ses forces à Schwetz (Świecie), un emplacement central d'où les troupes pourraient répondre rapidement à une invasion. Des garnisons importantes étaient laissées dans les forteresses orientales de Lötzen (Giżycko) et de Memel (Klaipėda). Pour garantir le secret de leur plan et induire les chevaliers en erreur, Ladislas II et Vytautas organisèrent dans les territoires frontaliers de nombreux raids, pour les forcer à immobiliser leurs forces.

Forces en présence

+ Estimations des forces en présence. Historien Polonaises Lituaniennes Teutoniques Karl Heveker et Hans Delbrück Eugene Razin. – Max Oehler Jerzy Ochmański – Sven Ekdahl – – Andrzej Nadolski Jan Dąbrowski – – Zigmantas Kiaupa. – Marian Biskup – – Daniel Stone Stefan Kuczyński Henry Bogdan

Le nombre de soldats impliqués est difficile à évaluer.. Aucune des sources contemporaines ne fournit un compte fiable des troupes. Jan Długosz rapporte le nombre de bannières de différents belligérants, 51 pour les Teutoniques, 50 pour les Polonais et 40 pour les Lituaniens. Il est cependant difficile de connaître le nombre d'hommes sous chaque bannière. La structure et les effectifs des unités d'infanterie (piquiers, archers, arbalétriers) et d'artillerie est inconnue. Des estimations, souvent biaisées par des considérations politiques et nationalistes ont été avancées par de nombreux historiens. Les historiens allemands tendent à minimiser les effectifs et les historiens polonais tendent à utiliser les estimations les plus hautes. L'estimation haute réalisée par l'historien polonais de Polonais-Lituaniens et de Teutoniques. fait souvent référence dans la littérature occidentale...

Si elle était inférieure en nombre, l'armée teutonique était mieux entraînée, mieux commandée et disposait d'un armement supérieur. La cavalerie lourde teutonique était l'une des meilleures d'Europe et l'armée disposait de bombardes. Les deux armées étaient composées de soldats venant de plusieurs territoires ou États et de nombreux mercenaires. Les mercenaires bohémiens combattirent par exemple des deux côtés. Les chevaliers invitèrent des nobles croisés venant de 22 peuples différents mais principalement allemands. Les Teutoniques recrutèrent des soldats en Westphalie, en Frise, en Autriche, en Souabe et en Poméranie... Deux nobles hongrois, et , amenèrent 200 hommes aux chevaliers mais le soutien de Sigismond de Hongrie fut décevant.

Les Polonais recrutèrent des mercenaires de Moravie et de Bohême dont Jan Žižka qui commandera par la suite les forces hussites. Alexandre de Moldavie commanda les soldats moldaves.. Vytautas rassembla des troupes de Lituanie et de Ruthénie dont des Tatars de la Horde d'or menés par .. Le commandant en chef des forces polono-lituaniennes était le roi Ladislas II même s'il ne participa pas directement à la bataille. Les forces lituaniennes étaient commandées effectivement par le grand-duc Vytautas qui mit au point la tactique de la campagne et participa directement à l'affrontement.

Cours de la bataille Avancée à travers la Prusse thumb|300px|Mouvements des belligérants lors de la campagne de Grunwald.