La Course de la Paix (en polonais Wyścig Pokoju, en allemand Internationale Friedensfahrt et en tchèque Závod míru) est une épreuve cycliste à étapes, créée en 1948. Organisée par les quotidiens des partis communistes polonais Trybuna Ludu et tchécoslovaque Rudé Právo, la course se dispute jusqu'en 1951 entre Varsovie et Prague (et vice-versa). En 1952, le journal Neues Deutschland, organe du Parti socialiste unifié d'Allemagne (le SED) se joint à l'organisation. Désormais, la Course de la Paix alterne ses départs et ses arrivées entre les trois capitales, Berlin, Prague et Varsovie. Cette organisation (à l'exception de l'année 1969, où Prague refuse sa participation) dure jusqu'en 1984. En 1985 et 1986, les soviétiques sont associés à l'organisation de la course : le quotidien la Pravda devient coorganisateur et les départs sont donnés de Moscou puis de Kiev. Elle reprend en 1987 son parcours traditionnel, entre Berlin, Prague et Varsovie, et célèbre son en réunissant au départ de Berlin 156 coureurs répartis en 26 équipes2 sites publient la liste et la composition des équipes de chacune des 59 Courses disputées : Friedensfahrt et Zavod Miru. Voir les liens externes. En 1987, les 26 équipes nationales viennent d'Europe, 20 pays (Pologne, Portugal, URSS, Pays-Bas, Allemagne (RFA), Suisse, Espagne, Tchécoslovaquie, Allemagne (RDA), Suède, Grande-Bretagne, Finlande, Italie, Bulgarie, Belgique, Roumanie, Norvège, Hongrie, Yougoslavie, France), d'Asie, 3 pays (Chine, Mongolie, Syrie), d'Amérique, 3 pays (États-Unis, Mexique, Cuba). Des éditions précédentes avaient permis la venue fréquente d'équipes africaines (Maroc, Algérie, Égypte). En 1954, une équipe de l'Inde avait été au départ. La présence fréquente de l'Autriche, et du Danemark, celle de l'Albanie, du Luxembourg, voire de Monaco, la venue du Brésil en 1988, de la Colombie en 1990, du Canada en 1991, donnent encore plus de lustre au côté international de la course, alors que le cyclisme n'est pas encore mondialisé. venues de 3 continents. C'est son apogée. La première page du règlement de la Course de la PaixInformator, édition de 1986 ; voir en Sources. définit l'objectif de l'épreuve :
« (...) La Course de la Paix exprime la volonté de tous les participants de défendre une paix durable, la sécurité et la coopération entre les peuples de tous les continents de notre planète. (...) Elle approfondit la solidarité internationale entre les sportifs tout en popularisant le cyclisme amateur. »
Mais en 1988 la course évite Prague et Varsovie et prend son essor à Bratislava. En 1989, ce sont bien les trois capitales que le peloton relie par kilomètres de parcours, mais la plus grande part de l'élite du cyclisme soviétique n'est pas au rendez-vous, car passée dans les rangs du cyclisme professionnel.
Les bouleversements survenus en 1989-1991 dans l'Est de l'Europe ont entraîné un changement profond de l'épreuve, réduite en son kilométrage, et privée de la participation de l'élite du cyclisme mondial. Sa dimension géographique perd toute symbolisme. En 1991, elle relie Prague et Varsovie mais évite la nouvelle Allemagne. En 1992, elle part de Berlin mais ignore Varsovie et Prague. En 1993, seule l'aide des organisateurs du « petit » Tour de BohêmeL'ancien coureur tchécoslovaque Pavel Dolezel, organisateur du Tour de Bohême, joue dans ce sauvetage un rôle décisif. Voir le site sportif du club de Brno, Sportovni sin slavy mesta Brna. lui permet de survivre au centre de l'Europe, réduit au quadrilatère tchèque jusqu'en 1996. À partir de ce millésime, les organisateurs font face aux nouvelles catégories instaurées par l'Union cycliste internationale. Souvent oubliée dans les palmarès annuels du cyclisme, devenue une course de catégorie inférieure (2-5), elle remonte en 2-4 en 1999, en 2-3 en 2001, et est reclassée en 2-2 de 2002 à 2004. Cette année-là, la Course, à la recherche de nouveaux symboles se veut trait d'union entre l'ouest et l'est du continent européen en adoptant un parcours qui mène les coureurs de Bruxelles à Prague, via Hanovre et Wroclaw. La dernière édition de la Course de la Paix, reclassée H.C., s'est déroulée en 2006, entre Linz (Autriche), Karlovy-Vary (République tchèque) et Hanovre (Allemagne).
thumb|Affiche éditée pour la Course de la Paix thumb|Trentième Course internationale de la Paix, Berlin-Est, 1977. L'association avec la Journée internationale des travailleurs a été un des principes fondateurs de la Course de la Paix. De 1948 à 1962, la date du départ se situe le Premier mai (3 fois), le 30 avril (3 fois) et se fixe au 2 mai à partir de 1954. Ce n'est qu'en 1963 que les organisateurs associent la date du départ de la Course avec le 8 mai, référence à la défaite du nazisme et à la victoire des alliés, en particulier ici, soviétiques. thumb|Le passage des frontières par les courses cyclistes est à l'Est comme à l'Ouest, fortement symbolique, à peu d'années de la Seconde Guerre mondiale. À noter ici entre RDA et Pologne, la présence emblématique de la colombe de la Paix.
La course emblématique des « pays de l'Est », 1948-1991 Une course cycliste en prise dans l'histoire contemporaine de l'Europe thumb|Nommée Course de la Paix, la compétition sur les routes entre Berlin, Prague et Varsovie célèbre L'amitié entre les peuples, dans une Europe bouleversée par la Seconde Guerre mondiale
Officiellement reconnue par l'Union cycliste internationale (UCI) en 1954, cette compétition se veut trait d'union entre des peuples marqués par les traumatismes de la seconde guerre mondiale. Conçue par deux journalistes sportifs, le polonais Zygmunt Weiss et le tchécoslovaque Karel ToclArticle , , dans Ralf Schröder, Lexikon Radsport, Verlag Die Werkstatt, Göttingen, 2005, , ., organisée en 1948 sous la forme de deux courses distinctes, Varsovie-Prague, Prague-Varsovie, elle se tient dans les conditions précaires de la reconstruction des deux pays organisateurs, Tchécoslovaquie et Pologne. Dès 1950, elle est utilisée comme illustration et outil de propagande pour la paix : elle prend le nom officiel de Course de la Paix et adopte pour symbole la colombe que l'artiste Pablo Picasso avait créée en , pour le premier Congrès mondial des partisans de la paixCe premier Congrès se tient simultanément à Paris et à Prague, du 20 au 25 avril 1949. La colombe blanche, pour Picasso, n'est pas seulement l'oiseau de la Paix. Paloma, « Colombe » en espagnol, est le prénom qu'il donne à la fille, née au printemps 1949 de Françoise Gilot et de lui. Voir Pierre Daix, Picasso, éditions Somogy, Paris, 1982.. Cet oiseau orne le maillot du leader du classement général. D'abord fixée autour du Premier mai, fête internationale des travailleurs, la date du départ fut repoussée en 1963. Les dates durant lesquelles se dispute l'épreuve coïncident alors avec les cérémonies qui marquent l'anniversaire du (victoire des alliés sur le nazisme). L'admission en 1952Information tirée de la page de présentation du site Friedensfahrt : Was ist die Friedensfahrt ? de la RDA parmi les organisateurs consacre cette volonté affichée de réconciliation entre les pays et les peuples naguère ennemis.
Cependant les événements politiques qui se déroulent dans les pays sous influence soviétique interfèrent à plusieurs reprises sur la compétition. En 1969, première année de la Normalisation en Tchécoslovaquie après l'invasion soviétique d'août 68, la course évite Prague, du fait de l'opposition de la fédération cycliste tchèque, qui n'admet pas d'organiser une course « sous la botte » de l'occupant russe. L'état d'urgence décrété en Pologne après 1981 change plus encore l'atmosphère de la course. À la même époque l'emprise du cyclisme soviétique, emmené par des champions de grande valeur, tel Sergueï SoukhoroutchenkovSergueï Soukhoroutchenkov, né le 10 août 1946 à Briansk, URSS, vainqueur en 1979 et 1984 de la Course de la Paix, s'y classait en 1981, en 1982., écrase la courseL'équipe soviétique triomphe par équipes 7 années de suite, de 1975 à 1981, et au classement individuel 5 années de suite entre 1977 et 1981, avec Aavo Pikkuus, Alexandre Averine, Soukhoroutchenkov, Youri Barinov et Charkit Zagretdinov. Au classement général elle réalise même 3 doublés « vainqueur-second », avec Vladimir Osokine (1977), Youri Zatcharov (1978) et Soukhoroutchenkov (1981)..
L'enjeu du classement par équipes thumb|Une des équipes soviétiques victorieuses du Classement par équipes, la « Dream-Team » de 1962, déjà victorieuse en 1961, fait le tour de piste du stade de Varsovie : de gauche à droite, Viktor Kapitonov, en 1961, champion olympique 1960 ; Gainan Saidschushin, vainqueur 1962, du classement par points 1965 ; Alexeï Petrov, du classement par points 1962, 11 étapes gagnées de 1961 à 1966 ; Youri Melikhov, en 1962, vainqueur 1961, 8 victoires d'étape entre 1959 et 1965 ; Anatoli Tcherepovitch, 5 étapes gagnées entre 1957 et 1963 ; Stanislav Moskvine, quadruple champion du monde (1963, 1965, 1967, 1969 ) sur piste par équipes.
Les rivalités entre les équipes des pays de l'Est avec celle de l'Union soviétique prennent souvent l'allure de revanche, par coureurs interposés, sur la domination politique de l'URSS. La première victoire en 1956 d'un coureur polonais fait de celui-ci, Stanisław KrólakStanislav Krolak, né à Varsovie le 26 janvier 1931, décédé le 31 mai 2009, à l'âge de 78 ans, est une des « figures » des 15 premières années de la Course, où son palmarès est éloquent. Vainqueur en 1956, en 1952, en 1953, en 1954, en 1955, en 1958, en 1961., un « héros nationalBlog du journaliste Tom Kalemba, consulté le 13 octobre 2009. ». C'est pareillement que sont vécus les exploits des cyclistes polonais dans les années 1970, en particulier les quatre victoires de Ryszard Szurkowski (1970, 1971, 1973, 1975) ou la victoire du tchèque Vlastimil MoravecVlastimil Moravec, né le 7 mai 1949 à Nave Mesta na Morave, Vysadina, en Tchécoslovaquie, décédé à Brno le 15 avril 1986, vainqueur en 1972 lors de sa deuxième participation, a couru plusieurs fois la Course de la Paix ; il fut en 1971 et 1977, en 1974, en 1975. en 1972. Celui-ci l'emporte finalement à Varsovie avec 2 secondes d'avance sur le soviétique Nejlubin. C'est le plus faible écart jamais enregistré entre les deux premiers, mais c'est tout un peuple qui triomphe. De même les deux victoires de l'allemand de l'est Gustav-Adolf Schur, en 1955 et 1959, prennent valeur pour la RDA de consécration de son existence en tant qu'État. La victoire au classement général par équipes prend, pour les fédérations concernées, une valeur équivalente, sinon plus, que le classement final individuel. À cet égard, la domination soviétique est nette:
Victoires au classement par équipes (1948-1991) vignette|Employés d'HO (Handelsorganisation) décorant leur magasin avant une Course de la Paix. Borna, 1954. Photo : Renate et Roger Rössing. 1. : 20 succès de l'équipe de l'URSSL'URSS ne participe à la Course de la Paix qu'à partir de 1954 ; de fait c'est en 37 participations quelle triomphe 20 fois par équipes, se classant seconde 5 fois, et troisième 4 fois... en l'espace de 45 éditions. 2. : 10 victoiresRDA, par équipes: 10 victoires, 18 deuxièmes places, 6 troisièmes places.. 3. : 8 succèsPologne par équipes: 8 victoires, 11 deuxièmes places, 7 troisièmes places.. 4. : 5 succèsTchécoslovaquie, 4 victoires par équipes, 5 deuxièmes places, et 17 troisièmes places.. 5. (FSGT) et : 1 succès.
L'emprise soviétique