Le massacre de Mỹ Lai (en , , en ) est un crime de guerre américain qui a fait entre 347 et 504 morts civils dans la république du Vietnam (Vietnam du Sud), le . Il est commis par des soldats de l'armée de terre américaine : la compagnie C (« Charlie »), bataillon, régiment d'infanterie, brigade, d'infanterie (« Americal »). Les victimes sont des hommes, des femmes, des enfants et des nourrissons. Certaines femmes sont violées en groupe et leurs corps mutilés.

Vingt-six soldats américains sont accusés pénalement, mais seul le second lieutenant William Calley, chef de peloton dans la compagnie C, est reconnu coupable de la mort de . Il est condamné à une peine d'emprisonnement à perpétuité, mais il purge seulement trois ans et demi en résidence surveillée.

Le massacre, plus tard appelé , a lieu dans deux hameaux du village de Sơn Mỹ dans la province de Quảng Ngãi dont l'un est nommé Mỹ Lai. L'incident suscite l'indignation internationale lorsqu'il devient public en . Le massacre de Mỹ Lai augmente dans une certaine mesure l'opposition à la guerre du Vietnam, lorsque les meurtres et les dissimulations sont mis au jour. Au début, trois militaires américains qui tentent de mettre fin au massacre et de sauver les civils cachés sont même dénoncés comme traîtres par plusieurs représentants américains. Ce n'est qu'après trente ans qu'ils sont reconnus et décorés, l'un à titre posthume, par l'armée américaine pour avoir protégé des personnes « non combattantes » sur une zone de guerre.

Avec le massacre de No Gun Ri en Corée dix-huit ans plus tôt, Mỹ Lai est l'un des plus grands massacres de civils par les forces américaines dans le et .

Déroulement des opérations Dénomination Les deux hameaux du village de Sơn Mỹ où se sont déroulées les atrocités sont dénommés sur les cartes topographiques de l'armée américaine comme « My Lai » (Mỹ Lai) et « My Khe » (Mỹ Khe).. Le surnom de l'armée américaine pour ces hameaux dans la région est « Pinkville » en référence à la couleur rose (pink en anglais) dépeignant une zone plus densément peuplée sur les cartes militaires américaines. Ce surnom fait que le carnage est initialement appelé « massacre de Pinkville » ().. Plus tard, lorsque l'armée américaine commence son enquête, les médias l'ont changé en « massacre à Songmy » ().. Désormais, l'événement est appelé « massacre de Mỹ Lai » () aux États-Unis et « massacre de Sơn Mỹ » () au Vietnam.

Contexte

vignette|gauche|redresse|Carte du Vietnam en 1968-1969.

La compagnie C (« Charlie »), bataillon, régiment d'infanterie, brigade, division d'infanterie (« Americal ») arrive en république du Vietnam (Vietnam du Sud) en . Bien que ses trois premiers mois au Vietnam se passent sans contact direct avec l'ennemi, à la mi-mars, la compagnie subit au moins humaines à cause de mines terrestres ou de pièges.. Ces événements auraient contribué à l'engrenage diabolique aboutissant au massacre..

Durant l'offensive du Tết, en janvier 1968, le de l'armée du Front national de libération du Sud Vietnam (FNL) opère dans la zone de l'actuelle province de Quảng Ngãi. Les services de renseignements militaires américains estiment que des éléments de cette unité, battant retraite, se sont probablement repliés et ont trouvé refuge à Mỹ Lai, un petit hameau du village de Sơn Mỹ, sur la côte du golfe du Tonkin, au nord de la république du Vietnam, non loin de la frontière avec la république démocratique du Vietnam (Vietnam du Nord).

En février et , le Military Assistance Command, Vietnam (« Commandement américain pour l'assistance militaire au Vietnam »), essaye énergiquement de reprendre l'initiative stratégique au Vietnam du Sud après cette offensive ennemie, et mène une opération de recherche et destruction contre ce bataillon du FNL.. La Task Force Barker (TF Barker), une force opérationnelle de la taille d'un bataillon, doit être utilisée pour cette mission. Formée en , cette unité, dirigée par le lieutenant-colonel Frank A. Barker, se compose de plusieurs compagnies de la brigade d'infanterie.

Une première tentative de sécurisation du village de Sơn Mỹ est effectuée en par la TF Barker, mais le succès de l'opération reste limité.

Préparations vignette|Vue moderne du hameau de Co Luy, près du site du massacre, en 2009.

Le , lors du briefing, les officiers supérieurs expliquent aux GI de la force opérationnelle qu'ils vont combattre contre le de l'armée du FNL. Avant l'engagement, le colonel Oran K. Henderson, commandant de la brigade, exhorte ses officiers à .. À son tour, le lieutenant-colonel Barker aurait ordonné aux premiers commandants du bataillon de brûler les maisons, de tuer le bétail, de détruire les vivres et de saboter les puits. Il ne donne aucune instruction sur la mise à l'écart et la protection des civils.

À la veille de l'attaque, lors du briefing de la compagnie C, le capitaine Ernest Medina indique à ses hommes que presque tous les habitants civils des hameaux du village de Sơn Mỹ auraient quitté le marché avant et que ceux qui restent sont donc du FNL ou des sympathisants du FNL.. D'après des témoignages postérieurs, y compris provenant de chefs de peloton, les ordres sont de tuer tous les combattants de la guérilla, les combattants nord-vietnamiens et les ainsi que tous les animaux, pour brûler le village et polluer les puits.. À un soldat questionnant sur la nature de l'ennemi, Medina répond : ..

La compagnie C doit entrer dans le village de Sơn Mỹ, avec le peloton à l'avant-garde, engager l'ennemi et le chasser. Les deux autres compagnies de la TF Barker reçoivent l'ordre de sécuriser la zone et de fournir un soutien en cas de nécessité. La zone est désignée « » : les soldats américains sont donc autorisés à lancer des frappes d'artilleries et aériennes dans cette zone.

Massacre vignette|gauche|Illustration type de troupes héliportées lors de la guerre du Vietnam, avec l'iconique hélicoptère Bell UH-1 Iroquois, en 1966.

Le matin du , vers ., entre 100 et de la compagnie C commandée par Medina posent leurs hélicoptères à Sơn Mỹ après un court barrage d'artillerie et de mitrailleuses. Sơn Mỹ est un patchwork d'habitations, de rizières, de fossés d'irrigation, de digues et des chemins de terre, reliant un assortiment de hameaux et de sous-hameaux. Bien que les GI ne soient pas attaqués après leur atterrissage, ils soupçonnent encore la présence de guérilleros Việt Cộng qui se cachent sous terre ou dans les huttes. Confirmant leurs soupçons, les mitrailleuses d'un hélicoptère engagent plusieurs ennemis armés dans le voisinage du hameau de Mỹ Lai. Plus tard, une carabine est récupérée sur le site..

Selon le plan opérationnel, le peloton commandé par le sous-lieutenant (second lieutenant en anglais) William Calley et le peloton commandé par le sous-lieutenant Stephen Brooks pénètrent dans le hameau de Tu Cung en formation à , tandis que le peloton commandé par le sous-lieutenant Jeffrey U. Lacross et le poste de commandement du capitaine Medina restent à l'extérieur.. À l'approche, les deux pelotons tirent sur des personnes qu'ils voient dans les rizières et dans les bosquets.

Les troupes américaines pénètrent dans le village et arrivent à le boucler totalement sans trouver un seul combattant vietnamien. Les villageois, qui se préparent pour une journée de marché, ne paniquent pas et ne fuient pas , lorsqu'ils sont rassemblés. Harry Stanley, un mitrailleur de la compagnie C, déclare lors de l'enquête de la United States Army Criminal Investigation Command (CID) que les tueries commencent sans avertissement. Il voit un membre du peloton frapper un Vietnamien de sa baïonnette, puis le même soldat pousse un autre villageois dans un puits avant d'y jeter une grenade. Il voit ensuite quinze ou vingt personnes, principalement des femmes et des enfants, agenouillées autour d'un temple en brûlant de l'encens. Ils prient et pleurent et sont tous tués par des tirs dans la tête.

La plupart des meurtres ont lieu dans la partie sud de Tu Cung, un sous-hameau de Xom Lang, qui abritait .. Xom Lang est marqué à tort sur les cartes militaires américaines de la province de Quảng Ngãi en tant que Mỹ Lai.

vignette|Corps d'un Vietnamien non identifié jeté dans un puits.

Un important groupe d'environ 70 à est encerclé par le peloton à Xom Lang, puis conduit à un fossé d'irrigation vers l'est. Tous les détenus sont poussés dans le fossé et sont ensuite tués après des ordres répétés de Calley, qui tire également. Le soldat Paul Meadlo témoigne qu'il a utilisé plusieurs chargeurs de son M16. Il se souvient que les femmes auraient déclaré « pas VC ("pas Việt Cộng") » en essayant de protéger leurs enfants. Il indique à l'époque être convaincu que les villageois étaient tous piégés avec des grenades et étaient prêts à attaquer.. À une autre occasion lors de la sécurisation de Mỹ Lai, Meadlo tire de nouveau sur des civils, le second lieutenant Calley. à ses côtés.

Le soldat Dennis Konti, témoin du procès., raconte un épisode particulièrement atroce pendant la tuerie : . D'autres membres du peloton témoignent que beaucoup de décès d'hommes, de femmes et d'enfants vietnamiens ont eu lieu à l'intérieur de Mỹ Lai lors de la sécurisation du hameau. Le bétail est également abattu.

Lorsque le soldat Michael Bernhardt est entré dans le sous-hameau de Xom Lang, le massacre est en cours. Il déclare : ..

Un groupe de 20 à est emmené au sud de Xom Lang avant d'être tué sur une route de terre. Selon le témoignage du photographe militaire Ronald Haeberle sur le massacre, dans un cas : ..

vignette|gauche|Un soldat brûlant une habitation.

Le second lieutenant Calley témoigne qu'il a entendu les tirs et est alors arrivé sur les lieux. Il a observé ses hommes dans un fossé avec des Vietnamiens dedans et il a ensuite commencé à tirer avec un M16. Un hélicoptère a ensuite atterri de l'autre côté du fossé et un pilote a demandé à Calley s'il pouvait fournir une assistance médicale aux civils blessés dans Mỹ Lai. Calley admet avoir répondu qu'une grenade à main était le seul moyen disponible qu'il avait pour l'évacuation des blessés. Après cela, vers , le capitaine Medina annonce le cessez-le-feu et le peloton prend une pause déjeuner..

Plus tard, les membres du peloton tuent au moins entre 60 et 70 Vietnamiens alors que ces derniers traversent la moitié nord de Mỹ Lai et Binh Tay, un petit sous-hameau à environ au nord de Mỹ Lai. Un membre du peloton est tué et sept autres blessés par des mines et des pièges. Après les passages des et pelotons, le peloton est envoyé pour traiter toute résistance restante. Le peloton, resté en réserve, aurait également rassemblé et tué un groupe de sept à douze femmes et enfants. Avant d'être tuées, certaines victimes sont agressées sexuellement, violées, battues, torturées ou mutilées... Les chats et les chiens ne sont pas épargnés. Les blessés sont achevés.

Comme la compagnie C ne rencontre aucune opposition ennemie à Mỹ Lai et ne demande pas de soutien, la compagnie B (« Bravo »), bataillon, régiment d'infanterie de la TF Barker est héliportée entre et , trois kilomètres plus loin. Elle attaque le sous-hameau de Mỹ Hoi du hameau de Co Luy, cartographié par l'armée américaine comme Mỹ Khe. Au cours de cette opération, entre 60 et , y compris des femmes et des enfants, sont tuées..

Le lendemain, les deux compagnies sont impliquées dans l'incendie et la destruction des habitations, ainsi que des mauvais traitements infligés à des détenus vietnamiens. Bien que certains soldats de la compagnie C ne participent pas aux crimes, ils ne protestent pas ouvertement ni ne se plaignent plus tard à leurs supérieurs..

William Thomas Allison, professeur d'histoire militaire à l'université du Sud de la Géorgie, écrit : ..

Intervention de l'équipage de l'hélicoptère