Charles Louis Marie Lanrezac, né le à Pointe-à-Pitre et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un général français qui s'est notamment illustré lors de la phase initiale de la Première Guerre mondiale, comme commandant la française. En août et , il participe à la tête de la française aux batailles de Charleroi et de Guise face aux assauts de l'armée allemande. Des résultats de cette dernière découleront une grande partie des conditions du succès de la bataille de la Marne.

Biographie

Origine Charles Louis Marie Lanrezac naît le rue Royale à Pointe-à-Pitre en GuadeloupeRegistre d'état-civil de Pointe-à-Pitre, acte de naissance de l'année 1852, Archives nationales d'outre-mer, consultable en ligne page 60/95., de Victor Lanrezac, officier d'infanterie de marine, et Marie-Louise Dutau. Il est baptisé le dans l'église de Port-Louis (Guadeloupe)Mention marginale sur la copie de l'acte de naissance dans le dossier de Légion d'honneur, base Léonore, http://www2.culture.gouv.fr/LH/LH095/PG/FRDAFAN83_OL1473046V031.htm. Il a un frère cadet, Victor Lanrezac (1854-1916), gouverneur des colonies, chevalier de la Légion d'honneur.

Sa famille, issue de la petite noblesse toulousaine, les Quinquiry d'Olive de Cazernal, a émigré à Hambourg durant la Terreur. À des fins d'anonymat, « Cazernal » est l'anacyclique de son nom de famille. « Cazernal » est lui-même issu d'une mauvaise transcription de Cabanial, fief de sa famille, il est à noter également que le mot "cazernal" existe en ancien occitan, . Son père est officier d'infanterie de marine issu du rang. Il reçoit du préfet de la Manche une bourse pour étudier alors que son père est en garnison à Cherbourg.

Pendant la guerre de 1870 Entré au Prytanée militaire de La Flèche en 1863, il en est renvoyé en 1868 car il veut présenter simultanément le baccalauréat et le concours d'entrée à Saint-Cyr contre l'avis de ses professeurs. Il termine son année scolaire à Cherbourg, où il est reçu au baccalauréat avec la mention "très bien" et, la même année, après avoir obtenu une dispense d'âge pour présenter le concours, est admis à l'École impériale spéciale militaire de Saint-Cyr en avec le classement de sur 250 admis. Sortant de Saint-Cyr dès 1870 avec le grade de sous-lieutenant, il rejoint le d'infanterie. Il est présent au de marche du d'armée appartenant à l'Armée de la Loire. Il participe aux combats de Coulmiers, le , puis aux combats autour d'Orléans, le . En , son corps rejoint l'armée de l'Est du général Bourbaki dont la mission est de dégager Belfort et prendre les Prussiens à revers en Alsace. Il participe aux combats d'Héricourt du 15 au . Puis son unité se porte à Besançon pour protéger la retraite de l'armée. Il échappe à l'internement en Suisse, à l'issue du combat de Larnod, le .

Carrière et doctrine stratégique À l'issue du conflit, il reprend ses études à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr dont il ressort sur 176. Le , il est affecté au d'infanterie à Annecy comme lieutenant. Il est promu capitaine le et muté au d'infanterie à Paris. Il entre à l'École supérieure de guerre le et en ressort breveté d'état-major sur 72 en 1879. Le , il est nommé professeur adjoint d'art militaire à l'École spéciale militaire. Le , il est promu chef de bataillon et muté au d'infanterie à Blois. Le , il est envoyé comme stagiaire à l'état-major de la brigade d'occupation de la Tunisie puis titularisé le . Le , il est nommé professeur adjoint d'histoire militaire, de stratégie et de tactique générale à l'École supérieure de guerre, promu chef de bataillon à l'ancienneté et rattaché au d'infanterie à Mamers. En 1898, il est promu lieutenant-colonel et nommé sous-directeur des études de l'École supérieure de guerre. En 1901, il est promu colonel et reçoit le commandement du d'infanterie à Louviers.

En , il commande par intérim la d'infanterie à Vannes qu'il commande pleinement lorsqu'il est promu général de brigade en .

Professeur, puis commandant en second de l'École supérieure de guerre, Charles Lanrezac apparaît alors comme l'un des plus fins stratèges français. Il est aussi le moins écouté à la veille du Premier Conflit mondial. En effet, opposé au recours systématique et préconçu à l'offensive à outrance, il préconise un recours plus fréquent à la manœuvre raisonnée qu'il résume ainsi : , selon un extrait de l'article "Stratégie" du Dictionnaire militaire dont il fut l'un des collaborateurs.

Commandant la Armée Lanrezac est placé, en , par le généralissime Joffre, qui le connaît et le considère comme l'un de ses plus brillants généraux, à la tête de la Armée française de mobilisation en remplacement de Gallieni ayant atteint la limite d'âge. Cette nomination s'accompagne en outre de son entrée au Conseil supérieur de la guerre, dont il devient, à souxante-et-un ans, le benjamin.

Dans ses mémoires (), le généralissime écrit : « mon attention avait depuis longtemps été attirée sur le général Lanrezac, par les hautes qualités d'intelligence, d'activité, d'initiatives, de sens de la manœuvre dont il avait fait preuve au cours des travaux sur carte et des exercices sur le terrain. Nul ne sembla mieux préparé que lui au commandement de la , celle dont la manœuvre serait la plus délicate à mener, celle à laquelle il serait dévolu un rôle essentiellement variable selon les circonstances ». Avant la déclaration de guerre, par un mémoire du , il attire l'attention du généralissime Joffre sur le danger de voir les armées allemandes déboucher au nord de la Meuse et de la Sambre. Il le convainc de porter ses troupes, soit , sur le front de Charleroi.

Lors de la bataille de Charleroi du 21 au (qui s'inscrit dans la bataille des frontières), de violents combats ont lieu à maints endroits au bord de la rivière Sambre : à Tamines, Arsimont, Châtelet, Gozée, Thuin et Lobbes. L'impréparation des armées françaises est flagrante, notamment s'agissant de l'absence d'artillerie lourde. Lanrezac se rend compte du fait que son armée risque de se faire encercler par trois armées allemandes. Lors des combats qui se déroulent autour de Thuin, il prend seul la décision de faire reculer son armée.

Avec le recul, cette décision de retraite, du , même si elle confère une victoire tactique allemande, met en échec stratégiquement le plan Schlieffen-Moltke. Elle permet fort probablement de sauver cette armée française.

Lors de la bataille de Guise le , durant laquelle la Armée française est opposée aux et Armées allemandes dans une contre-attaque demandée par Joffre le , Lanrezac porte un coup d'arrêt partiel à l'ennemi. Il l'oblige à resserrer son dispositif vers l'est. Cette bataille contribue ainsi, indirectement, à la victoire de la bataille de la Marne, dix jours plus tard.

En effet, la armée (von Bülow) change son axe de déplacement, passant de l'orientation sud-ouest à la direction sud-est pour poursuivre la en repli. La armée (von Kluck) lancée sur Amiens doit accomplir une conversion de 90 degrés pour garantir le flanc-garde de Bülow. En effet, il manque aux Allemands les et l'artillerie lourde qui sont retenus par le siège de la place forte d'Anvers et qui, s'ils avaient été disponibles sur le front français, auraient pu couvrir Kluck. Pour compenser cette absence, von Bülow offre son flanc en changeant de cap, ce qui lève la menace qu'il faisait peser sur Paris. La capitale n'est désormais plus sur le passage du coup de faux du plan Schlieffen. La (Maunoury) peut alors quitter la défense de Paris, pour s'installer sur le flanc de Kluck et frapper sa droite sur l'Ourcq (premier choc de la bataille de la Marne).

Le limogeage Lanrezac est limogé le par Joffre et remplacé par Franchet d'Esperey.

Selon l'historien militaire Rémy Porte, le général Lanrezac porte une grande responsabilité dans son éviction.

Dans le cadre général de la retraite, l'une des priorités fixées par Joffre au général Lanrezac était d'assurer à l'aile gauche du dispositif français les meilleures relations possibles sur le terrain avec le corps expéditionnaire britannique (BEF). Le lieutenant-colonel Brécard affirme qu'il est arrivé à Lanrezac, « dans les rapports avec ses voisins britanniques, d'user d'expressions qui n'étaient pas faites pour améliorer leurs relations ».

Le général Spears confirme ce témoignage et raconte en particulier que lors du premier entretien entre Lanrezac et le maréchal French, l'officier britannique demanda au général français si les Allemands étaient susceptibles de franchir la Meuse à Huy. Et Lanrezac de répondre « sèchement », « en se montrant délibérément grossier » :

Il lui est reproché, entre autres, sa mésentente avec le maréchal anglais French, ainsi qu'une lenteur d'exécution de l'ordre de contre-attaque à Guise, justifiée par le général Lanrezac par un temps de préparation nécessaire, perçu par Joffre comme un temps d'hésitation.

Quelques jours après son limogeage, Lanrezac est envoyé à Bordeaux, avec pour mission (rédigée par Alexandre Millerand, ministre de la Guerre) de constituer une armée de 200 000 hommes. Regroupée à Orléans, cette dernière devait être acheminée par train jusqu'à Rouen, puis par voie maritime à Anvers, qui résistait toujours aux Allemands. Le but de ce débarquement aurait été de couper l'axe de ravitaillement de l'ennemi, entre Anvers et Liège.

Malheureusement, le G.Q.G. qui avait une autre vue stratégique, privilégia l'attaque pour contourner l'aile droite allemande. Cette offensive nommée Bataille de l'Aisne n'eut pas l'effet escompté, les Allemands ayant eu le temps d'élaborer des lignes de défense, prélude à la guerre des tranchées. D'autre part, Anvers avait dû capituler entretemps, le , livrant 3 000 pièces d'artillerie à l'ennemi.

La fin de sa vie Atteint de diabète et désabusé, il refuse, en 1917, le poste de major général des armées que lui propose Paul Painlevé, alors ministre de la Guerre.

Lanrezac publie, après la guerre, un pamphlet contre Joffre. Peu de temps avant de mourir, il exprime ses regrets : .

Marié à Louise Marie Dutan, il meurt le à son domicile du 209 ter avenue de Neuilly à Neuilly-sur-Seine. Ses obsèques sont célébrées le suivant en l'église Saint-Jean-Baptiste de Neuilly.

Distinctions par décret du , le au motif : . par décret du par décret du par décret du La citation pour l'élévation à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur comporte l'attribution de la Croix de guerre.

Décorations étrangères

(Italie) en (Belgique) 14-18 avec palme (Belgique)

Œuvres , prix Marcelin Guérin de l’Académie française en 1908

Voir aussi

Bibliographie

Vidéographie

Frères d'armes - Charles Lanrezac, série Frères d'armes, film-portrait raconté par Karole Rocher, co-réalisé par Pascal Blanchard et Rachid Bouchareb, 2016, 2 minutes.

Hommages posthumes Une rue de Paris, située près de l'Arc de triomphe, porte son nom depuis 1925. Neuilly-sur-Seine a une petite rue du Général Lanrezac. Marseille a un boulevard Général Lanrezac. Saint-Malo possède une avenue du Général-Lanrezac et Nantes une rue Général-Lanrezac.Charleroi a une rue du Général Lanrezac.

Notes et références

Liens externes

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