(en néerlandais : , « le style ») est un mouvement artistique néerlandais, fondé en 1917 à Leyde par Theo van Doesburg, qui publie d' à une revue d'art, , organe de diffusion des idées néoplasticiennes de Piet Mondrian et des membres du groupe .

Ces peintres, architectes, sculpteurs et poètes influencent profondément l'architecture du , en particulier le Bauhaus et ensuite le style international.

La plupart des membres envisagent un environnement utopique par le biais de l'art abstrait, d'une harmonie universelle dans l'intégration complète de tous les arts.. L'ambition de De Stijl est de donner un sens nouveau aux arts en les rapprochant, en les intégrant autour du désir de destruction du (selon l'acception que Van Doesburg et ses amis donnaient à ce mot), par l'utilisation de couleurs et de formes « pures », en équilibre dynamique et comme en expansion, légères et même, visuellement, en apesanteur. Les mathématiques, la perfection de la machine, la vie en collectivité et l'anonymat des méthodes de travail à cette époque les ont stimulés dans leurs recherches.

Outre Theo van Doesburg et Piet Mondrian, ce mouvement d'avant-garde transdisciplinaire comprend parmi ses membres les plus célèbres les architectes Jacobus Johannes Pieter Oud, et , Cornelis van Eesteren, le créateur de mobilier Gerrit Rietveld, le poète , les peintres et sculpteurs Bart van der Leck, Georges Vantongerloo, Vilmos Huszár, César Domela, , l'artiste-architecte El Lissitzky et le peintre et cinéaste Hans Richter, avec, ponctuellement, la participation de László Moholy-Nagy et Jean Arp.

La fin de De Stijl, en 1932, est précipitée par des divergences de plus en plus saillantes entre ses deux membres fondateurs, Van Doesburg reprochant à Mondrian son manque de liberté et d'imagination dans la création, avant le décès de Van Doesburg en 1931.

De Stijl de 1910 à 1931 thumb|upright=1.3|Van Doesburg, revue De Stijl, 1922. thumb|upright=1.3|Piet Mondrian, composition , 1929. thumb|upright=1.3|Gerrit Rietveld, maison Schröder, 1923. thumb|upright=1.3|Theo van Doesburg, L'Aubette, 1926-1928. thumb|left|upright=0.7|Gerrit Rietveld, Chaise Rouge et bleue, 1917-1923. thumb|left|upright=0.7|Piet Mondrian, 1921. thumb|left|upright=0.7|Theo van Doesburg, Contre-composition, 1929.

Ce mouvement d'idées trouve ses sources aussi bien dans le cubisme que le symbolisme et l'Art nouveau, dans les Arts & Crafts, l'architecture de Frank Lloyd Wright et dans les doctrines philosophiques répandues à la fin du comme la théosophie. Sur le plan géographique, elle a concerné les Pays-Bas, la France et l'Allemagne pour s'étendre de la Pologne aux États-Unis et de la Grande-Bretagne à l'Italie.

Entre 1910 et 1915, Theo van Doesburg collabore à la création d'une revue à Amsterdam pour établir des contacts avec les mouvements d'avant-garde étrangers et plus particulièrement parisiens. Il publie dans d'autres revues dont certaines à orientations spirituelles et théosophiques des articles sur le renouveau de l'art. En 1914 il rencontre l'écrivain Antony Kok avec lequel et envisage pour la première fois de fonder une revueDe Stijl (1917-1931), Frédéric Migayrou, Alfred Pacquement (Préfacier), Paris, Centre Pompidou, 2010, 320 p, .

En 1915, Theo van Doesburg qui vient de découvrir le travail de Piet Mondrian et qui rencontre Georges Vantongerloo réalise ses premiers vitraux. Il est présenté en 1916 par Piet Mondrian au théosophe Schoenmaekers qui joue un rôle déterminant en fournissant l'appui théorique au groupe, rencontre les architectes Jacobus Johannes Pieter Oud, et Robert van 't Hoff, le peintre Bart van der Leck avec lesquels il fonde un club artistique destiné à promouvoir les relations entre la peinture et l'architecture et de développer un art monumental. C'est le début d'une coopération avec la conception de vitraux et la mise en couleur d'espaces intérieurs. L'année suivante, Theo van Doesburg suivant les principes de Piet Mondrian basés sur l'utilisation de grilles géométriques peint ses premiers tableaux néo-plastiques nommés : Compositions.

En 1917Theo van Doesburg indique 1916 dans son texte pour la revue : L'Architecture Vivante, automne 1925, Édition : Albert Murange, textes de Theo van Doesburg, page : 11 (numérisée sur le site de la bibliothèque de la Cité de l'Architecture et du Patrimoine), est fondé le groupe De Stijl avec Theo van Doesburg, Piet Mondrian, Vilmos Huszár, Bart van der Leck, Georges Vantongerloo, Robert van 't Hoff, Jacobus Johannes Pieter Oud, et Antony Kok. En , parait le premier numéro de la revue de Stijl à Leyde avec, dès le début et jusqu'en 1924 des écrits de Piet Mondrian. Georges Vantongerloo réalise ses premières sculptures non figuratives et Vilmos Huszár ses premières œuvres non figuratives.

En 1918, Gerrit Rietveld crée la Chaise rouge et bleue, rencontre Theo van Doesburg et Robert van 't Hoff. Le peintre Bart van der Leck opposé à la contribution d'architectes à la revue quitte le groupe alors que Vilmos Huszár travaille sur ses premières intégrations architecturales. Theo van Doesburg édite le Premier manifeste de De Stijl poursuit ses mises en couleurs pour un hôtel-restaurant conçu par Jan Wils et réalise les vitraux des logements Spanken que Jacobus Johannes Pieter Oud construit à Rotterdam.

En 1919, Gerrit Rietveld entre dans le groupe de Stijl, et c'est la publication de ses premiers meubles, la Chaise d'enfant et le prototype de la Chaise rouge et bleue. L'architecte Robert van 't Hoff quitte le mouvement. Piet Mondrian vient habiter à Paris et réalise ses premiers tableaux de forme carré posés sur la pointe. Il y accueille Theo van Doesburg l'année suivante en 1920 où paraît le Deuxième manifeste de De Stijl. Ils rencontrent Léonce Rosenberg dans sa Galerie de L'Effort moderne puis Theo van Doesburg visite le Bauhaus en et puis inaugure le Stijl Kursus en marge de cette école. Il renforce sa collaboration avec les architectes mais sa conception de la couleur comme facteur d'une dynamique et de la destructuration de l'architecture entraine sa rupture avec l'architecte Jacobus Johannes Pieter Oud. Il propose Vers une nouvelle formation du monde le troisième manifeste du groupe de Stijl. Georges Vantongerloo quitte le groupe, Theo van Doesburg rencontre El Lissitsky.

Piet Mondrian publie chez Léonce Rosenberg à la Galerie de L'Effort moderne : Néo-plasticisme - Principe général de l'équivalence plastique. Ces premières toiles néo-plasticiennes sont composées de carrés et de rectangles dans des quadrillages de lignes asymétriques. Le but est de détruire par le plan l'espace et le volume et dépasser la nature visible.

L'année suivante la rencontre à Weimar avec le jeune étudiant en architecture, lauréat du Prix de Rome Cornelis van Eesteren qui voyage en Europe pour étudier l'architecture et l'urbanisme et Theo van Doesburg marque le début d'une intense collaboration marquée en 1923 par exposition de la Galerie de L'Effort moderne à Paris chez Léonce Rosenberg. Elle est représentée avec plus de succès l'année suivante à l'École spéciale d'architecture dans une exposition plus large et plus accessible L'architecture et les arts qui s'y rattachent. Gerrit Rietveld reprend sa chaise conçue en 1917 et lui applique les principes de De Stijl en la laquant avec les trois couleurs fondamentales. La Chaise Rouge et bleue représente avec sa maison Schröder de 1924 des icônes de cette époque. Vilmos Huszár quitte le groupe de Stijl.

1924 est l'année de la rupture avec Piet Mondrian, Theo van Doesburg introduit la diagonale dans ses peintures avec le titre : Contre-Composition. Il rédige avec Cornelis van Eesteren le cinquième manifeste de De Stijl : Vers une construction collective et réalise le cabinet floral de la villa d'Anna de Noailles à Hyères construite par Robert Mallet-Stevens. Grâce au strasbourgeois Jean Arp et son épouse, Sophie Taeuber-Arp, Theo van Doesburg devient l'architecte et maître d'œuvre de la restauration d'une partie de l'intérieur de l'Aubette à Strasbourg. L'application de ses principes est particulièrement intéressante dans le ciné-dancing. En 1925, Jacobus Johannes Pieter Oud réalise le Café De Unie à Rotterdam et Piet Zwart aménage le restaurant Léo Faust à Paris.

De 1924 à 1927, un collectif d'artistes lillois publient une revue Vouloir organe du néoplasticisme en France devient un des lieux de promotion et de diffusion des idées du groupe De Stijl.

En 1928, Gerrit Rietveld devenu membre fondateur des CIAM signe avec Le Corbusier au Château de La Sarraz en Suisse un texte qui sert à l'élaboration de la Charte d'Athènes en 1933.

Après l'élimination de fait de De Stijl, Theo van Doesburg qui ressent encore le besoin de s'associer avec d'autres artistes fonde à Paris le groupe et la revue Art concret dont le seul numéro paraît à Paris en . Dans son manifeste, lArt concret se présente comme une opposition au surréalisme.

Le , Theo van Doesburg meurt d'une crise cardiaque après avoir construit à Meudon près de Paris sa maison-atelier dont les portes de la façade sud reprennent les trois couleurs fondamentalesMondrian / De Stijl, au Centre Pompidou, Beaux Arts éditions, 5/01/2011, 65 p, + enregistrement du colloque de l'exposition.

Orientation politique

Par son caractère anti-individualiste, le mouvement De Stijl est surtout dans ses premières années lié au communisme. Vilmos Huszár, et , sont membres du parti communiste des Pays-Bas et Rielvet de sa branche radicale d'Utrecht. En 1919, Theo van Doesburg rejoint lAssociation des intellectuels révolutionnaires. Jacobus Johannes Pieter Oud et Piet Mondrian n'ont pas d'engagements politique et Bart van der Leck pense que l'artiste doit propager ses idées politiques par son travail. En 1921, Theo van Doesburg publie dans la revue De'Stijl le troisième manifeste Vers une nouvelle vision du monde où il prend ses distances avec le socialisme, Le règne de l'esprit a commencé. Les capitalistes sont des trompeurs, mais les socialistes sont aussi des trompeurs.

Influence sur le Bauhaus de Weimar

L'intransigeance de Theo van Doesburg pour désapprouver ou réprimer l'activité des membres en dehors De Stijl provoque de nombreux départs et il se retrouve pratiquement seul à défendre les principes de De Stijl. Son isolement croissant aux Pays-Bas l'entraîne à développer le mouvement dans d'autres pays européens et en particulier au Bauhaus de Weimar. Lors d'un voyage à Berlin en 1920, il a rencontré Walter Gropius, Bruno Taut et Alfred Meyer qui lui trouve un logement à Weimar. Un étudiant du Bauhaus Karl Peter Röhl lui propose son atelier pour donner des cours.

Theo van Doesburg se rend pour la première fois à Weimar en 1921 et donne des conférences publiques louant la conception de base de Walter Gropius sur l'enseignement mais critique la voie prise par l'enseignement au Bauhaus. Un article de Vilmos Huszár inspiré par Theo van Doesburg montre que pour atteindre les objectifs énoncés par les manifestes du Bauhaus, il faut des maîtres qui savent ce qu'implique la création d'une œuvre d'art unifiée.

À Weimar, à cette époque, Johannes Itten qui fait régner une atmosphère mêlant mystique et expressionnisme est le maître qui domine tout, dogmatique il défend une œuvre produite par un seul individu. L'accent mis sur l'artisanat devient de plus en plus anachronique et Walter Gropius qui avait à l'origine envisagé une école capable d'accueillir plusieurs points de vue et de créer l'harmonie à partir de la diversité dans un programme plus industriel pense que le Bauhaus risque de s'isoler du monde réel.