Marie (en araméen ܡܪܝܡ, Maryam ; en hébreu ., Myriam ; en grec , María ou Μαριάμ, Mariám ; en arabe , Maryam) ou Marie de Nazareth est une femme juive de la province romaine de Judée et la mère de Jésus de Nazareth. Elle est une figure essentielle du christianisme, en particulier pour les orthodoxes et les catholiques, qui lui attribuent le titre de « Mère de Dieu » et la désignent par les dénominations « Sainte Marie », « (Très Sainte) Vierge Marie », « Sainte Vierge », « Notre-Dame », « Bonne Dame », « Bonne Mère » et « Sainte Mère ».

La tradition mariale se fonde sur le Nouveau Testament, et pour une part sur la littérature apocryphe, qui développe souvent des thèmes présents dans les textes canoniques du Nouveau Testament.

Dans les Églises catholique et orthodoxe, Marie est l'objet d'une vénération supérieure à celle rendue aux saints et aux anges, ce qui est un point de divergence important avec le protestantisme. Cette dévotion mariale s'est manifestée depuis les origines par de nombreuses représentations de Marie dans l'iconographie chrétienne, la célébration de plusieurs fêtes mariales dans le calendrier liturgique, et la construction de sanctuaires et d’édifices qui lui sont dédiés.

La vie de Marie dans les sources anciennes Sources relatives à Marie vignette|Madonna del Parto, fresque de Piero della Francesca, vers 1459. La Vierge enceinte est un thème peu fréquent dans l'iconographie chrétienne. Marie est citée plusieurs fois dans le Nouveau Testament. Dans les évangiles synoptiques et les Actes des Apôtres, elle est appelée « Marie », tandis que l'Évangile selon Jean la mentionne comme la « mère de Jésus » sans lui donner de nom, « Maria, Mutter Jesu », lien permanent, 2011..

À partir du , le personnage de Marie est développé par les auteurs de nombreux textes apocryphes, notamment le Protévangile de Jacques. Au fil des siècles, la figure de Marie est devenue de plus en plus complexe et importante, aussi bien dans les dogmes chrétiens que dans la piété populaire, tout comme dans l'art et la littérature.

Nouveau Testament Épîtres Les épîtres de Paul, écrites vers l'an 50, sont les textes les plus anciens du Nouveau Testament. Elles n'indiquent nulle part le nom de la mère de Jésus. Une seule occurrence, dans l'épître aux Galates, mentionne simplement que Jésus est ., sans autre précision, et cette naissance ne présente apparemment rien de particulier, elle est ici celle qui assure l'insertion du Sauveur dans la race humaine.. Dans le reste du corpus paulinien et les autres lettres du Nouveau Testament (les épîtres catholiques), Marie n'est pas évoquée.

Marc

Dans l'Évangile selon Marc, rédigé vers l'an 70 à 75, Marie est nommée par référence à son fils : ..

Matthieu et Luc-Actes

Les Évangiles selon Matthieu et selon Luc, ainsi que les Actes des Apôtres, tous écrits une quinzaine d'années après celui de Marc, soit vers 80-85, sont beaucoup plus explicites au sujet de Marie.

Ces évangiles, qui sont les seuls à aborder les origines et l'enfance de Jésus, mentionnent Marie dès leur premier chapitre. Marie est décrite par Luc comme vivant à Nazareth, en Galilée, accordée en mariage à Joseph.. Matthieu présente directement Marie comme l'épouse de Joseph et celle par qui Jésus a été engendré..

vignette|redresse=1|La plus ancienne fresque représentant Marie, catacombe de Priscille, Vladimir Lossky, The Meaning of Icons, 1982 .. Les deux évangélistes relatent les circonstances de la conception de Jésus. Ils indiquent que Marie a été accordée en mariage à Joseph, puis qu'elle a été enceinte par l'action de l'Esprit Saint, sans union avec un homme. Luc, qui n'en a pas été témoin, fait le récit de l'Annonciation par laquelle l'archange Gabriel annonce à Marie qu'elle va concevoir Jésus ; l'évangile selon Matthieu relate, lui, un songe par lequel Joseph est informé de la conception divine de Jésus, ce qui met fin à ses soupçons d'infidélité...

La suite de l'évangile selon Luc fait le récit de la Visitation. : Marie se rend auprès de sa cousine Élisabeth, enceinte de six mois, et exprime sa joie par le Magnificat. Elle reste auprès d'elle environ trois mois, puis rentre chez elle. Luc décrit ensuite les circonstances de la naissance de Jésus : Marie et Joseph doivent se rendre à Bethléem pour s'y faire recenser, et c'est là que Marie accouche de Jésus. Lors de la présentation de Jésus au Temple, Syméon prophétise que Marie sera durement éprouvée : ..

L'évangile selon Matthieu, qui cite la naissance de Jésus à Bethléem sans plus de détails, mentionne la présence de Marie lors des épisodes de l'adoration des mages, de la fuite en Égypte, du retour en terre d'Israël et de l'installation à Nazareth..

Plus tard se produit l'épisode de la disparition de Jésus à l'âge de douze ans, lors du pèlerinage annuel de ses parents au Temple de Jérusalem, relaté par Luc. : alors que ses parents repartaient pour Nazareth en pensant que Jésus se trouvait avec eux, celui-ci était en fait resté dans le temple pour discuter avec des érudits de la Torah, à la grande inquiétude de Marie.

Marie est peu mentionnée dans la suite des deux évangiles, consacrée à la prédication de Jésus. Les Actes des Apôtres, qui relatent les temps de l'église après la résurrection de Jésus, indiquent que Marie est présente avec les disciples à la Pentecôte..

Jean Dans l'Évangile selon Jean, la présence de Marie est mentionnée dans deux scènes : les noces de Cana et la crucifixion. Elle n'est jamais mentionnée par son nom. Elle est simplement désignée par le titre de , et Jésus s'adresse à elle en l'appelant .

Dans le récit de la célébration des noces de Cana, elle tient un rôle essentiel puisque c'est elle qui signale à son fils qu'il n'y a plus de vin, le poussant à accomplir un de ses premiers miracles en changeant de l'eau en vin..

Dans la scène de la crucifixion à Jérusalem, Jean signale la présence de la mère de Jésus près de la croix et rapporte les paroles que celui-ci adresse à sa mère et au disciple qu'il aimait. :

Textes apocryphes

vignette|L'éducation de La Vierge Marie, par Charles Antoine Coypel (1735-1737). Marie est l'objet de nombreux développements dans les textes apocryphes à partir du qui sont en partie à l'origine de la tradition mariale..

Les apocryphes mentionnent notamment le nom de ses parents, Anne et Joachim, sa nativité, son adolescence, sa vie à Éphèse, sa Dormition et son Assomption. Bien que ces textes n'appartiennent pas au canon biblique, certaines fêtes liturgiques des calendriers catholique et orthodoxe se rapportent directement à ces traditions. Les églises sont pleines d'œuvres représentant des épisodes de la vie de Marie tirés des apocryphes, notamment du Protévangile de Jacques, de La Nativité de Marie et de La Dormition de Marie.

Si la plupart des apocryphes sont plus tardifs que le Nouveau Testament, certains d'entre eux, qui concernent Marie, semblent antérieurs aux récits de la naissance de Jésus dans les Évangiles selon Matthieu et selon Luc.. Enrico Norelli observe que l'étude de ces récits renseigne sur la place de Marie dans le christianisme ancien et permet de comprendre pourquoi les traditions sur Marie n'ont pas été intégrées dans les écrits canoniques, alors même que Marie continuait d'occuper une place importante dans les prédications et la tradition chrétiennes.

Une tradition syrienne jacobite datant au plus tôt du raconte que Marie fut emmenée près d'Éphèse par Jean l'Évangéliste après la Crucifixion pour fuir la persécution à Jérusalem. Marie est supposée y avoir terminé sa vie terrestre, dans la « maison de la Vierge Marie ». Cette tradition vise probablement à légitimer le siège épiscopal d'ÉphèseSimon Claude Mimouni, Dormition et assomption de Marie. Histoire des traditions anciennes, Éditions Beauchesne, 1995, ..

Elle est ensuite ramenée miraculeusement à Jérusalem pour être enterrée dans le jardin de Gethsemani, ce qui a engendré la tradition du sépulcre de Marie : l'église bâtie à cet emplacement sous le règne de Constantin passe également pour être la maison de la Vierge, ce qui explique que cette tradition, concurrente de la « maison de la Vierge Marie » à Éphèse et de l'abbaye de la Dormition de Jérusalem, y fixe aussi la tombe de ses parents Anne et Joachim.. Toutefois, on ne sait pas où se trouvait ce jardin de Gethsemani. Plusieurs textes apocryphes indiquent que ce jardin se trouvait près du lieu où Jésus a été crucifié. Or il y a une distance importante entre le Golgotha et le lieu appelé Gethsemani depuis le et qui se trouve de l'autre côté de la vallée du Cedron.

De nombreux apocryphes affirment que le corps de Marie « n'est pas resté dans le tombeau » et se trouve « au ciel ». Mais les textes divergent quant à savoir si ce corps a été réuni à l'âme, et si oui, où et quand cela s'est produit ». Ces textes ont été étudiés aussi, notamment, par , et par ..

Éléments étrangers à la tradition mariale Sont prêtées à la Marie du des pratiques qui correspondaient en réalité aux traditions monastiques en vigueur au Moyen Âge, dans une réécriture du Protévangile de Jacques (apocryphe du ), effectuée au et, connue sous le nom d'Évangile du Pseudo-Matthieu. Dans ce texte tardif, Marie « préside une véritable communauté monastique de jeunes filles, idée absurde pour le judaïsme, mais qui convenait parfaitement à l'esprit de l'époque mérovingienne ».

Dans un apocryphe du , l'Ascension d'Isaïe, Marie n'a pas accouché de Jésus : elle « regarda soudain de ses yeux et vit un petit enfant, et elle fut effrayée » Dans un écrit du , Marie n'est pas présentée comme une femme : elle est l'archange Michel. Selon lÉpître des apôtres, un apocryphe du , Marie n'est pas enceinte par l'opération du Saint-Esprit, car l'archange Gabriel n'est autre que Jésus lui-même, qui entre alors en elle.

Marie dans les Églises chrétiennes Catholicisme et orthodoxie

vignette|La Vierge de l'Annonciation, par Antonello de Messine, palais Abatellis, Palerme.

La vénération de Marie Les Églises catholique et orthodoxe accordent une place essentielle à Marie, qu'elles appellent « Marie de Nazareth ».., « Sainte Vierge », « Vierge Marie », « Notre-Dame » (plus souvent chez les catholiques) ou « Mère de Dieu ».

L'Église catholique voue un culte particulier à Marie, le culte d'hyperdulie, supérieur au culte rendu aux saints et aux anges. Cette vénération est différente de l'adoration, due à Dieu seul.. Au quatrième siècle, Épiphane de Salamine écrivit contre ceux qui vénéraient Marie comme une déesse: "Bien que Marie soit pleine de grâce, sainte et digne de vénération, elle ne mérite pas pour autant l'adoration"..

Les dogmes mariaux Les deux premiers dogmes mariaux sont communs aux différentes confessions chrétiennes : Marie est déclarée Théotokos (« Mère de Dieu ») par le concile d'Éphèse (431) et sa virginité perpétuelle est officialisée par le deuxième concile de Constantinople (553).

À l'époque moderne, l'Église catholique ajoute les dogmes de l'Immaculée conception et de l'Assomption. En 1477, le pape invite à rendre grâce pour l'admirable conception de la Vierge immaculée.. En 1854, Pie IX proclame l'Immaculée Conception, un dogme affirmant que la Vierge Marie était libre du péché originel dès le moment de sa conception..

En 1169, le pape Alexandre III enseigne que le corps de sainte Marie est demeuré incorruptible après sa mort.. Le pape proclame en 1950 le dogme de l'Assomption, qui affirme que la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste..

Les deux dogmes catholiques de l'Immaculée conception et de l'Assomption sont ignorés par le christianisme oriental et rejetés par la Réforme protestante. Pour l'Église orthodoxe, sainte Marie, également très vénérée, a été enfantée dans le péché originel comme tout être humain, et, si elle est « immaculée », c'est par son adhésion à la volonté de Dieu, par sa pureté intérieure et par le fait qu'elle n'a jamais péché.