Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares (né le à Rio de Janeiro, où il meurt le ) est un architecte et un designer brésilien.
Il est un des plus célèbres architectes brésiliens. Son œuvre, qui s'inscrit étroitement dans le mouvement du style international, tient une place majeure dans l'histoire de l'architecture moderne. Il est surtout connu pour la construction de la ville nouvelle Brasilia au Brésil avec l'urbaniste Lúcio Costa, inaugurée en 1960. Exilé en Europe au milieu des années 1960, il a notamment construit le siège du Parti communiste français, l'ancien siège du journal L'Humanité, la Bourse du travail à Bobigny et la Maison de la culture du Havre.
Il a reçu le prix Pritzker en 1988 et a été fait commandeur de la Légion d'honneur le , trois jours avant son centième anniversaire.
Biographie Origines familiales Oscar Niemeyer naît dans le quartier de Laranjeiras à Rio de Janeiro dans une famille de six enfants. Son père était graphiste.
Le nom de Niemeyer lui vient de sa grand-mère immigrée allemande native de Hanovre, et ce nom est devenu naturellement celui qui le désigne, probablement parce que celui-ci est très peu courant au Brésil alors que les noms Ribeiro et Soares sont d'origine portugaise et Almeida un nom portugais d'origine arabeTémoignage d'Oscar Niemeyer dans le film de Marc-Henri Wajnberg, Oscar Niemeyer – Un architecte engagé dans le siècle..
Son grand-père, Ribeiro de Almeida, était procureur de la République.
Formation Oscar Niemeyer entre en 1929 à l'École nationale des beaux-arts de Rio de Janeiro, où il entame une formation d’architecte dont il sort diplômé en 1934. À cette époque, c’est la montée du modernisme européen et nord-américain qui marque l’architecture internationale avec les pionniers du modernisme que sont Walter Gropius, Frank Lloyd Wright, Ludwig Mies van der Rohe et Le Corbusier. Pourtant, le Brésil reste en marge de cette influence, du fait de sa récente indépendance et du faible développement économique du pays à cette période. C’est également le cas pour sa formation d’architecte, ancrée dans un classicisme français, très présent du fait de la colonisation européenne et de l’influence française dans les domaines de la technique, de la construction et de l’administration. Très critique vis-à-vis de sa formation, l'architecte confie lors d'un entretien :
Attiré par l'architecture moderne de Le Corbusier, véhiculée au Brésil, entre autres, par l'architecte Lúcio Costa, Oscar Niemeyer devient stagiaire dans l'agence de l'architecte carioca, afin de parfaire sa formation :
Début de carrière au Brésil vignette|redresse|Le palais Gustavo Capanema à Rio. En 1936, il participe avec Lúcio Costa, Le Corbusier et d'autres architectes à la conception du nouveau siège du ministère de l'éducation et de la santé à Rio de Janeiro pour le gouvernement de Getúlio Vargas.
Sa première œuvre est une crèche à Rio conçue en 1937.
Au début des années 1940, le maire de Belo Horizonte, Juscelino Kubitschek, lui confie la réalisation du complexe de Pampulha. Il y construit notamment l'église Saint-François d'Assise, un yacht-club, une salle de bal et un casino. L'Église Saint-François d'Assise de Belo Horizonte avec ses courbes marque une rupture avec le style international de Le Corbusier. Niemeyer dit avoir voulu « tropicaliser » le style du maître.
En 1944, il est la star de l'exposition consacrée à l'architecture brésilienne au musée d'art moderne de New York et est ensuite invité à participer à la conception du siège des Nations unies. vignette|Le Congrès national du Brésil à Brasilia. Dans les années 1950, Juscelino Kubitschek, devenu président de la République, décide de construire une nouvelle capitale au cœur du Planalto Central. Lúcio Costa conçoit le plan de la ville et Oscar Niemeyer réalise les principaux bâtiments publics.
Avec sa participation à la création de la nouvelle capitale administrative du Brésil, Brasilia, inaugurée le , la notoriété de l'architecte brésilien devient mondiale.
Exil en France Avec l'arrivée au pouvoir de la dictature militaire au Brésil le , Oscar Niemeyer (membre du Parti communiste brésilien depuis 1945) s'exile en France où il devient le concepteur de plusieurs édifices, tels que le siège du Parti communiste français, place du Colonel-Fabien à Paris (1965-1980), le siège du journal L'Humanité à Saint-Denis (1989), ou encore la Bourse du travail à Bobigny (1978). André Malraux, alors ministre de la Culture, fait accepter sa demande d'asile en France.
Les lignes de Bourse du travail de Bobigny reprennent le style de la Maison de la culture du Havre en de nombreux points. Construit entre 1976 et 1978, il se compose de deux ensembles distincts. L'auditorium de 465 places est entouré de salles de réunions et un bâtiment élevé sur pilotis comprenant quatre étages accueille diverses organisations syndicales. Inaugurée le , cette structure compte en fait deux bâtiments différents qui ne font qu'un bloc thumb|Une chaise longue Rio. À cette époque, il est aussi designer de meubles et travaille notamment en collaboration avec sa fille . Ils réalisent en 1978 une chaise longue de bois, jonc tressé et cuir, toute en courbes, nommée d'après leur ville d'origine..
Retour au Brésil Après un long exil de vingt et un ans, il revient au Brésil en 1985, après la chute de la dictature militaire.
Entre 1991 et 1996, Niemeyer réalise le musée d'Art contemporain de Niterói (Museu de Arte Contemporânea de Niterói).
Il conçoit en 2003 l'auditorium de São Paulo, inauguré en 2005 et recouvert d'une toiture ondulante en béton de près de . Peu satisfait de cette dernière, il a demandé la destruction d'un fragment, ce qui a été refusé par la municipalité. La même année, il conçoit le pavillon provisoire de la Serpentine Gallery à Londres.
Début , après avoir rencontré Hugo Chávez à Rio de Janeiro, il décide de faire les plans d'un monument en hommage à Simón Bolívar, qui sera érigé à Caracas et mesurera de haut.
Le , il est élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur à l’occasion de ses , par Antoine Pouillieute, ambassadeur de France au Brésil« Oscar Niemeyer, commandeur de la Légion d'Honneur pour ses cent ans »...
Oscar Niemeyer meurt le , soit dix jours avant ses Dépêche AFP du 6 décembre à 01h 18..
Vie privée Sa première femme, Anita, qu'il a épousée en 1928, est décédée en 2004. Leur fille unique, Anna Maria, est décédée à Rio de Janeiro, le à l'âge de 82 ans. Il a de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants « Anna Maria Niemeyer (1929-2012) - Galerista e parceira do pai »..
En , il épouse en secondes noces sa secrétaire Vera Lucia Cabrera, âgée de 60 ans, et affirme se sentir à nouveau comme un jeune homme de 30 ans« À 99 ans Oscar Niemeyer se sent comme à 30 et fait l'amour tous les jours »...
Engagement politique Oscar Niemeyer a adhéré au parti communiste en 1945 et est toujours resté fidèle à son engagement. Ses nombreuses réalisations (siège de L'Humanité ou du PCF) sont d'ailleurs là pour en témoigner. En 2007, il a reçu les félicitations de Fidel Castro pour son engagement politique..
Œuvre Analyse de son style
Pour l'historien de l'architecture William JR Curtis, Oscar Niemeyer appartient à la « seconde génération des architectes modernes ». Son style s'inspire des pionniers du modernisme comme Le Corbusier ou Mies van der Rohe mais a évolué en s'inspirant notamment de Pablo Picasso et Jean Arp mais aussi de l'héritage baroque du Brésil..
Oscar Niemeyer est influencé par Le Corbusier mais s'en démarque fortement notamment à travers son goût pour les courbes à l'opposé du style rigide et fonctionnel de Le Corbusier. Il considère qu'une œuvre architecturale doit être . Dans un entretien avec Édouard Bailby, il explique :
Philosophie : La Courbe et la Révolution Le refus de l'angle droit : « L'angle droit est dur, inflexible, crée par l'homme. Ce qui m'attire, c'est la courbe libre et sensuelle. » Pour lui, le béton armé permettait enfin de libérer l'architecture de la tyrannie de la ligne droite (poteaux/poutres) .
L'architecture pour tous : Il savait que les pauvres n'habiteraient pas ses palais. Mais il voulait que ses bâtiments soient si beaux et si spectaculaires de l'exterieur que « même le plus pauvres des ouvriers puisse s'arrêter devant, ressentir un choc esthétique et se sentir élevé par la beauté gratuite. C'était pour lui une forme de justice sociale par l'art.
Réalisations
Réalisations à Brasilia (Brésil) Siège du Procureur général de la République (Sede da Procuradoria Geral da Republica) (2002) Tribunal suprême fédéral (Supremo Tribunal Federal) (2001) Association du Barreau du Brésil (Ordem dos Advogados do Brasil) (1997) Cour supérieure de justice (Superior tribunal de Justiça) (1989) Musée de Brasilia (Museu de Brasilia) (1988) Espaço Oscar Niemeyer (1988) Pantheon (Panteão) (1985) Memorial Juscelino Kubitschek (1981) Teatro Nacional Cláudio Santoro (1966-1981) Pont Costa e Silva (1973) Institut central des sciences (Instituto Central de Ciências) (1963-1971) Cathédrale de Brasilia (Catedral Metropolitana Nossa Senhora Aparecida) (1970) Siège des armées (Quartel-General do Exército) (1968) Ministère des Affaires étrangères (Palácio dos Arcos-Itamaraty) (1962) Palais présidentiel (Palácio do Planalto) (1960) Palais présidentiel (Palácio da Alvorada) (1958) Palais du Congrès national (Palácio do Congresso Nacional) (1958-1960) Chapelle Notre-Dame de Fatima (Igreja Nossa Senhora de Fátima-Igrejinha) (1958) Critique de l'utopie : Si l'architecture de Brasilia est saluée mondialement pour sa beauté sculpturale (notamment la Cathédrale et le Congrès), l'urbanisme a été critiqué pour son échelle inhumaine. Conçue pour l'automobile et la monumentalité, la ville manque de « coins de rue » et de mixité sociale, reléguant les classes populaires dans des cités satellites loin du centre monumental qu'elles ont construit .
Autres réalisations au Brésil
Estação Ciência, Cultura e Artes, 2008 (João Pessoa) Musée d'Art contemporain de Niterói, 1991-1996 (Niterói, en face de Rio de Janeiro) Torre Charles de Gaulle I et II (logements), 1994 (Rio de Janeiro) Hôtel Horsa Nacional 1972 (Rio de Janeiro) Fundação Getulio Vargas 1958 (Rio de Janeiro) Casa das Canoas (maison) 1954 (Rio de Janeiro) Palais Gustavo Capanema 1943 (avec Le Corbusier, L. Costa, A. Reidy, C. Leão, E. Vasconcellos, J Moreira) (Rio de Janeiro) Auditorium 2005 (São Paulo) Mémorial de l'Amérique latine (São Paulo) Résidence Edifício Itália 1965 avec F. Heep (São Paulo) Résidence Edifício Copan 1957 (São Paulo) Logements Eiffel (São Paulo) Logements Montreal (São Paulo) Parque do Ibirapuera 1954 (avec B. Marx pour le paysage) (São Paulo) NovoMuseu 2002 (Curitiba) Teatro Estadual Maestro Francisco Paulo Russo 1991 (avec H. Penteado, H. Pasta) (Araras) Résidence Niemeyer 1954 (Belo Horizonte) Église São Francisco de Assis 1940-1943 (Belo Horizonte) Église orthodoxe Saint-Georges (Lago Sul) Grande Hôtel d'Ouro Preto Minas Gerais 1940
Réalisations en France Siège du Parti communiste français 1965-1980 (Paris ) Bourse Départementale du Travail de la Seine-Saint-Denis à Bobigny (1974-1978) Maison de la culture du Havre 1978-1982, renommée par la suite "Espace Oscar Niemeyer". Accessible par un jeu de rampes, l'œuvre se compose de deux volumes courbes blancs en béton dits "Le Volcan" et le "Petit Volcan". Ils abritent à l'origine un théâtre, une salle de cinéma, un auditorium, un hall d'exposition, une salle polyvalente consacrée aux arts de la scène… L'espace est partagé entre Le Volcan, scène nationale et la Bibliothèque Oscar Niemeyer depuis les travaux de réaménagement achevés en 2015 avec l'accord de l'architecte Ancien siège du quotidien L'Humanité Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) 1989 Bureaux Niemeyer I, II, bâtiment Jullia et restaurant inter-entreprises de la Société générale (Fontenay-sous-Bois)