Abel Tendekayi Muzorewa, né le en Rhodésie du Sud et mort le à Harare au Zimbabwe, est un évêque méthodiste et homme politique, Premier ministre de Zimbabwe-Rhodésie du au .
Origines Fils aîné d'une famille de neuf enfants, Abel Muzorewa est né en 1925 dans la colonie britannique de Rhodésie du Sud le , à Umtali.
Après une scolarité dans une école missionnaire puis à l'école méthodiste de Umtali, il devient instituteur à Murewa de 1943 à 1947 avant de commencer à prêcher, de suivre des études théologiques et d'être ordonné en . De 1955 à 1958, le révérend Muzorewa est pasteur à Chiduku près de la ville de Rusape.
Il poursuit des études en religion chrétienne en Rhodésie et aux États-Unis où il obtient un master en philosophie et religion. En , il devient le pasteur de Umtali puis un an plus tard est nommé directeur national du mouvement de la jeunesse chrétienne.
Évêque et militant politique anti-colonial En 1966, il devient secrétaire du mouvement chrétien étudiant et en 1968 il est consacré en tant qu'évêque de l'église méthodiste unie de Rhodésie. Abel Muzorewa voyage et fait preuve de sympathie avec les activités des mouvements nationalistes en Afrique australe. Cela lui valut en 1971 d'être refoulé à la frontière du Mozambique et renvoyé à Salisbury dans un train de wagons à bestiaux.
Président et fondateur du Conseil national africain Son opposition au plan de règlement anglo-rhodésien en 1971-1972 Fin 1971, il fonde avec le révérend Canaan Banana le Conseil national africain, (qui deviendra le Conseil national africain uni en 1977), un mouvement opposé à la lutte armée contre le gouvernement rhodésien.
En 1972, ils s'opposent avec succès au règlement anglo-rhodésien (négocié entre Ian Smith, le Premier ministre rhodésien et Alec Douglas-Home, le ministre britannique des affaires étrangères) qui prévoyait la diminution progressive de la ségrégation raciale jusqu’à son abolition, l’extension du droit de vote aux noirs rhodésiens et leur participation progressive aux affaires politiques du pays. Mais le système ainsi envisagé par les Anglais et le pouvoir blanc rhodésien introduisait des délais significatifs. Il aurait ainsi fallu attendre encore pour que les Noirs deviennent prédominants au Parlement. Muzorewa devient alors un leader national, un interlocuteur et une personnalité internationale reconnue.
Première rencontre entre Smith et Muzorewa en 1973 Abel Muzorewa, rencontre pour la première fois Ian Smith, le à SalisburySYND 18-7-73 AN INTERVIEW WITH RHODESIAN BISHOP ABEL MUZOREWARHODESIA: BISHOP MUZOREWA DESCRIBES HIS FIRST OFFICIAL TALKS WITH PRIME MINISTER SMITH AS IMPORTANT POLITICAL ADVANCE (1973). Fin , Abel Muzorewa, fut ainsi l'un des 6 lauréats du prix des droits de l'homme des Nations unies. Inquiet de la montée de la violence en Rhodésie et la régionalisation de la guerre du Bush de Rhodésie du Sud, Muzorewa négocia en , avec Smith et accepta les termes de l'accord proposé par Douglas-Home l'année précédente. Mais son parti, le Conseil national africain désavoua cette décision en mais les deux hommes continuèrent à échanger de manière sporadiqueThe Quiet Man A Biography of the Hon. Ian Douglas Smith, I.D., Prime Minister of Rhodesia, biographie de Ian Douglas Smith par Philippa Berlyn, pages 213 à 215.
Le , le Conseil national africain rejette les propositions du gouvernement blanc de Rhodésie concernant les droits politiques des Noirs en Rhodésie. Selon le plan proposé par le premier ministre Ian Smith, il aurait fallu attendre 40 à 60 ans pour que les Noirs atteignent une représentation égale au Parlement de Rhodésie. Une déclaration du comité central a rejeté à l’unanimité les propositions qui, selon lui, « étaient loin de répondre aux demandes et empêchaient donc le peuple africain d’acquérir une représentation effective, le Conseil a déclaré que les dernières propositions étaient pratiquement les mêmes que celles qu’il avait rejetées en 1971. Il a proposé davantage de négociations sur la questionBLACKS IN RHODESIA REJECT VOTING PLAN, article du New York Times du 3 juin 1974.
Le , une délégation du Conseil national africain (ANC), conduite par le Elliot Gabellah, vice-président de l'ANC, se rend à Londres pour des entretiens avec le gouvernement britannique sur la situation politique en Rhodésie et rencontre James Callaghan, le ministre britannique des Affaires étrangères. Après la réunion, M. Callaghan a déclaré que le gouvernement minoritaire blanc rhodésien devrait enfin accepter qu'il n'y avait pas de véritable alternative à des discussions significatives avec les Africains. L'ANC a rejeté une proposition du leader rhodésien, M. Ian Smith, d'organiser une table ronde sur la constitution. Les dirigeants africains déclarent qu'ils ne tiendront plus de négociations avec le gouvernement rhodésien, sauf sous la forme d'une conférence constitutionnelle à laquelle toutes les parties, y compris les dirigeants africains détenus, seraient représentées, un mois plus tôt en , le conseil national africain arrêta les pourparlers avec le gouvernement rhodésien à la suite de l'arrestation le du Edson Sitholé, l'un des dirigeants de l'ANCU.K.: ANC LEADER DR. GABELLAH TALKS ABOUT THE HOPES FOR MAJORITY RULE IN RHODESIA. (1974).
Premiers contacts entre le gouvernement rhodésien et le Conseil national africain fin 1974-début 1975
En , le Financial Times de Londres, fit état d'une réunion qui se serait tenue dans le plus grand secret à Lusaka, capitale de la Zambie, au début du mois de , à laquelle aurait participé les présidents Kaunda, (Zambie) Nyerere (Tanzanie) et Khama (Botswana), ainsi que les chefs des mouvements africains de guérilla en Rhodésie, M. Joshua Nkomo, président de l'Union populaire africaine Zimbabwe (ZAPU) et le Révérend Ndabaningi Sitholé, dirigeant de l'Union nationale africaine Zimbabwe (ZANU). Tous deux auraient été libérés pour la circonstance, des prisons rhodésiennes où ils sont détenus, les autorités de Salisbury ayant posé comme condition qu'ils réintégreraient leurs cellules à la fin des conversations, Abel Muzorewa, chef du Conseil national africain, principale formation africaine d'opposition légalement reconnue en Rhodésie, aurait également pris part aux discussions qui auraient eu pour but d'étudier les possibilités de régler le problème constitutionnel rhodésien, le Financial Times signala aussi la présence à ces entretiens de Samora Machel, alors leader du FRELIMOM. Vorster pourrait rencontrer prochainement le président de la Zambie, article du Monde du 4 décembre 1974.. Le , fut signée la déclaration de Lusaka unissant l'Union du peuple africain du Zimbabwe de Joshua Nkomo, l'Union nationale africaine du Zimbabwe, du révérend Ndabaningi Sitholé, et le Front pour la libération du Zimbabwe (FROLIZI) de James Chikerema sous la bannière du Conseil national africain de Muzorewa. Le , Un cessez-le-feu est convenuRHODESIANS AGREE TO HALT WARFARE; DETENTION TO END, article du New York Times du 12 décembre 1974.US Department of State, Intelligence Note, 'Rhodesia: A Breakthrough Toward Settlement?.
En , le gouvernement rhodésien par la voix de son ministre de la justice Desmond Lardner-Burke ajourne la libération des détenus, alléguant que le cessez-le-feu n'est pas respecté alors que le Conseil national africain uni affirme au contraire que les accords sur la liberté d'activité politique pour les Africains ne sont pas honorés. Le , des responsables du gouvernement rhodésien et des dirigeants politiques du Conseil national africain (ANC) se sont réunis dans la capitale rhodésienne, Salisbury, pour discuter de « questions relatives à une conférence constitutionnelle », a déclaré le Edson Sitholé, secrétaire à la publicité de l'ANC, lors d'une conférence de presse dans la capitale le jour mêmeRHODESIA: ANC PUBLICITY-SECRETARY SITHOLE ANNOUNCES MEETING BETWEEN AND OFFICIALS AND RHODESIAN GOVERNMENT HAS TAKEN PLACE. (1975), archive du 21 janvier 1975..
Le , une délégation de haut niveau de nationalistes rhodésiens a rejoint la capitale zambienne, Lusaka, et quitté Dar as Salaam, afin de discuter des derniers développements dans les démarches visant à régler le différend constitutionnel en Rhodésie avec les présidents du Botswana, de la Tanzanie et de la Zambie. Il s'agissait d'Abel Muzorewa, président du Conseil national africain (ANC), du vice-président Elliott Gabellah et de quatre membres exécutifs dont M. Joshua Nkomo et William Muzuruwa. Le groupe est arrivé à Lusaka depuis Salisbury après une rencontre avec le Premier ministre Ian Smith – la première entre ce dernier et ses opposants nationalistes noirs depuis l'accord de paix de Lusaka en décembre entre les deux partiesZAMBIA: TO RHODESIAN NATIONALIST LEADERS LEAVE FOR DAR ES SALAAM WITH PRESIDENTS KAUNDA AND KHAMA OF BOTSWANA, FOR RHODESIAN CONSTITUTIONAL TALKS. (1975)ZAMBIA: RHODESIAN NATIONALIST LEADERS ARRIVE IN LUSAKA FOR MORE TALKS WITH PRESIDENT KAUNDA AFTER TOP-LEVEL MEETING IN DAR ES SALAAM. (1975). Le , une délégation du conseil national africain comprenant le président du conseil national africain Abel Muzorewa, son vice-président Eliot Gabellah, le révérend Ndabaningi Stiholé, et Josuha Nkomo rencontre secrètement à Lusaka en Zambie, Hilgard Muller le ministre sud-africain des affaires étrangèresRHODESIA TRYING FOR ACCORD AGAIN, article du New-York Times du 11 février 1975.. Le , Ian Smith rencontre pour la seconde fois pendant les leaders du conseil national africain pour tenter de résoudre le problème constitutionnel rhodésienRHODESIA: PRIME MINISTER IAN SMITH MEETS AFRICAN NATIONALISTS IN SECOND MEETING TO SOLVE CONSTITUTIONAL PROBLEM., archive du 13 février 1975 (1975).
Le , l'exécutif du conseil national africain se réunit à Salisbury pour discuter des futures relations avec le gouvernement Smith, Muzorewa, déclara aux journalistes après la réunion de que les pourparlers avec le gouvernement rhodésien se poursuivraient. À l’extérieur une foule d'environ , principalement des partisans du révérend Ndabaningi Stiholé, se rassemblent dans le township africain de Highfield, à Salisbury. De nombreux manifestants brandissaient des pancartes hostiles au dirigeant du ZAPU, Josuha Nkomo, qui a fait face aux partisans de M. Sitholé à son arrivée. L'évêque Muzorewa a déclaré après la réunion que l'ANC était un organisme unifié. Le secrétaire adjoint du Conseil, Josuha Nkomo, a déclaré que les de l'exécutif national avaient été informés des récentes discussions entre l'ANC et le gouvernementRHODESIA: NATIONALISTS MEET TO DISCUSS FUTURE DEALINGS WITH SMITH REGIME. (1975).
Suspension par Muzorewa des pourparlers avec le gouvernement rhodésien en réponse à la seconde arrestation de son aillé le révérend Sitholé le 4 mars 1975.