Laure Gatet, née Laure Constance Pierrette Gatet le à Boussac-Bourg (Creuse) et morte le à Auschwitz, est une pharmacienne, biochimiste et résistante française.

Après avoir fréquenté plusieurs établissements scolaires dans le sud-ouest de la France, notamment à Périgueux et à Bordeaux, Laure Gatet fait des études de pharmacie, avant de s'orienter vers des recherches en biochimie. Lors de l'occupation de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s'engage dans le réseau Confrérie Notre-Dame en tant qu'agent de liaison de la France libre. Elle exécute principalement des actions de propagande et d'échanges de renseignements entre la France et ses pays limitrophes. Repérée par la police allemande, elle est arrêtée le soir du et détenue dans plusieurs prisons avant d'être transférée dans le camp d'Auschwitz où elle trouve la mort.

Biographie Enfance et débuts de scolarité left|thumb|alt=La famille Malassenet-Gatet en 1912.|La famille Malassenet-Gatet, vers 1912. Debout de gauche à droite : Laure Marie Malassenet, tante de Laure Gatet ; Louis Eugène Gatet, père de Laure ; Marguerite Agathe, mère de Laure Gatet. Assis de gauche à droite : Laure Marie Martin, épouse de Félix Malassenet et grand-mère maternelle de Laure ; Félix Malassenet, grand-père maternel de Laure. upright|thumb|Laure Gatet à l'âge de deux ans.

Laure Constance Pierrette Gatet. naît dans le faubourg la Maison-Dieu à Boussac-Bourg (Creuse) le chez ses grands-parents maternels.. C'est le grand-père de Laure Gatet, Félix Malassenet, maire de la commune pendant environ , qui prend acte de sa naissance. La famille favorise l'éducation : la mère et la tante de Laure Gatet fréquentent le lycée de jeunes filles et obtiennent leur certificat d'études secondaires et le brevet de capacité, le père devient instituteur, puis inspecteur, puis directeur d'écoles normales..

Laure Gatet fait de brillantes études primaires, malgré les changements successifs d'établissements consécutifs aux mutations de son père. Elle est d'abord scolarisée à l'école primaire de filles de la place Villeneuve de 1920 à 1924, puis à l'école de Boussac-Ville en 1925. En , elle rejoint le collège de jeunes filles d'Aurillac (Cantal). Le , elle obtient son certificat d'études primaires. Exemptée de la sixième, elle commence directement ses études secondaires en classe de cinquième en 1925-1926. L'année suivante, elle poursuit en quatrième au collège de jeunes filles dirigé par Cluzel. Plusieurs récompenses lui sont décernées pendant cette scolarité. En , par exemple, grâce à ses résultats au certificat d'études, elle se voit offrir une bicyclette par « la société anonyme des automobiles et cycles Peugeot »..

En , le père de Laure Gatet, Louis Eugène, prend, pour quatorze ans, la direction de l'École normale d'instituteurs de Périgueux ; il bénéficie d'appartements privés de fonction, situés dans l'ancien couvent des Récollets. et la famille s'y installe, place Faidherbe, dans le quartier Saint-Georges.. Le , son épouse décrit ainsi leur arrivée à ses parents restés à Boussac : . Laure Gatet est inscrite au collège communal de jeunes filles de Périgueux ; dans un témoignage publié en 1947, la directrice de l'époque la décrit comme une .

De la troisième à la terminale, Laure Gatet est l'une des élèves les plus récompensées de l'école ; citée de nombreuses fois au tableau d'honneur, elle reçoit les félicitations du conseil de discipline pour son comportement irréprochable. Elle obtient son certificat d'études secondaires à la fin de sa classe de troisième A. En seconde A, elle reçoit le pour ses résultats remarquables en mathématiques et en anglais, mais brille également en cours de littérature, physique-chimie, histoire-géographie, espagnol, latin et arts plastiques. Son implication dans le travail est du même ordre en première A.. Lors du discours qu'elle prononce pour l'inauguration de la plaque en mémoire de Laure Gatet dans le hall d'entrée du lycée de jeunes filles le , la directrice France-Aimée Galandy souligne qu'elle est une ..

alt=Façade du musée d'Aquitaine à Bordeaux.|thumb|Photo des facultés de sciences et de lettres de Bordeaux, où Laure Gatet passe son baccalauréat. De fait, le , Laure Gatet passe les séries A’ et B de ses premières épreuvesCe sont les séries souvent choisies par les filles. . du baccalauréat à l'université de Bordeaux, où elle obtient pour les deux examens la mention « assez bien ». L'année suivante, elle est de nouveau distinguée en histoire, par l'obtention d'un prix spécial offert par le comité d'organisation de l'exposition coloniale, et en , le succès brillant de la jeune fille pour sa deuxième partie de baccalauréat littéraire lui ouvre les portes de l'université. Quelques mois auparavant, en , Laure Gatet est élue présidente de « l'Horizon », une coopérative fondée pour et organiser divers clubs culturels. Laure part ensuite à la faculté bordelaise, mais sans perdre contact avec le lycée de jeunes filles de Périgueux. Ainsi, lors des vacances de Pâques de 1936, cinq années après avoir quitté le lycée, elle visite l'Espagne avec ses anciennes professeures..

Études supérieures Laure Gatet décide de faire des études de pharmacie, les études de sciences les plus courantes chez les bachelières à cette époqueEn 1930-1931, les femmes fournissent 49,5 % des étudiants de lettres, 20 % des étudiants de sciences, 18,7 % des étudiants en médecine et 36,6 % des étudiants en pharmacie. .. Elle commence sa formation par un stage obligatoire d'un an, de à , chez Pasquet, propriétaire de la pharmacie centrale, place de la mairie à PérigueuxLa description des études en pharmacie et en sciences à Bordeaux (et la liste des officines autorisée pour le stage en officine de la première année) figure dans les .. Selon le témoignage d'une salariée de la pharmacie et amie de Laure, Herriot., une stagiaire est recrutée annuellement par cette entreprise et sa journée est une copie conforme de celle de la préparatrice..

À la suite de ce stage, Laure reprend ses études à la faculté de pharmacie de Bordeaux, où elle reçoit son diplôme de pharmacienne en 1936. Cependant, elle entame en même temps la préparation d'une licence de sciences naturelles à la faculté des sciences, obtenant des certificats de minéralogie en , de chimie biologique en et de botanique en .

Peu attirée par la profession de pharmacienne d'officine, Laure décide finalement de s'orienter vers la biochimie, et à la fin de l'année 1936, elle est acceptée au laboratoire de chimie physiologique du professeur Louis Genevois, à la faculté des sciences ; elle s'y consacre à sa thèse et collabore à des articles scientifiques avec différents collègues, en particulier Pierre Cayrol., un spécialiste des levures, ancien doctorant dans le même laboratoire..

La thèse de Laure Gatet traite de la maturation du raisin au fil du temps. Le sujet correspond autant aux objectifs du laboratoire qu'à l'intérêt de Laure elle-même, dont le grand-père paternel est viticulteur. En s'appuyant sur trois types de raisins blancs et rouges, de Gironde et du Cher, récoltés entre 1936 et 1938, Laure Gatet développe de nombreuses préparations, méthodes et mélanges pour mener à bien cette étude pendant les deux années suivantes. Elle soutient sa thèse le . Ce travail de qualité fait aussi l'objet d'une publication dans la revue Annales de Physiologie et de Physicochimie biologique ; en outre, l'Office International du Vin récompense ces travaux le (après la mort de Laure Gatet) d'un prix de .

En l'absence d'un emploi salarié, Laure Gatet doit être soutenue financièrement par sa famille de 1931 à 1938. Pendant l'année universitaire 1938-1939, la fondation Schutzenberger lui offre une bourse de pour un an. Laure est ensuite subventionnée par la Caisse nationale de la recherche scientifique (CNRS) nouvellement créée, qui lui octroie une demi-bourse de .. Pour l'année 1940-1941, elle reçoit à nouveau une subvention de , un montant qu'elle décrit dans sa demande de renouvellement comme d'autant moins suffisant pour continuer ses recherches à Bordeaux que sa famille est en zone libre et moins apte à l'aider financièrement.. Grâce à René Fabre., elle obtient finalement une bourse complète, de , à partir de 1941. La bourse du CNRS est renouvelée en 1942-1943. Après l'arrestation de Laure, le professeur Louis Genevois, puis la tante de Laure (quand ce dernier part aux Armées le ), demandent tous deux, et obtiennent, le maintien de sa bourse.

Engagement dans la Résistance À Bordeaux, avant la Seconde Guerre mondiale, Laure Gatet milite dans un groupe de catholiques mené par le père jésuite Antoine Dieuzayde, au foyer Henri Bazire. Beaucoup d'entre eux participent à un camp de vacances catholique près de Barèges, où s'est aussi organisé un soutien aux réfugiés de la Guerre d'Espagne ; leur groupe est connu sous le nom des « Barégeois de Bordeaux ». En , le père Dieuzayde et la plupart des membres du groupe cherchent des moyens de résister. Laure assiste régulièrement aux réunions..

alt=Troupes allemandes sur la place de la Comédie à Bordeaux.|thumb|Fanfare de la Wehrmacht, place de la Comédie de Bordeaux en 1942. Laure Gatet est à Bordeaux aux côtés de sa tante lors du bombardement de minuit dans la nuit du 19 au .Bordeaux est alors le refuge du gouvernement, où Pétain vient de demander l'armistice ; de Gaulle, par ailleurs, vient d'en partir pour l'Angleterre lancer son appel du 18 Juin. Bordeaux en juin 1940., et retourne d'abord à Périgueux. Selon un témoignage de sa mère datant de 1955, à cette époque En-tête du livre d'or du lycée d'État de jeunes filles de Périgueux (archives de la Cité scolaire Laure-Gatet)..

Elle revient toutefois habiter avec sa tante à Bordeaux alors que l'occupation de la ville commence, au début du mois d'. Dès ce moment, elle s'engage dans la propagande contre les nazis par l'intermédiaire de Pierre Cayrol.Selon , le laboratoire est un nid de résistance contre les occupants.. En , elle intègre le réseau de résistance et de renseignementsLe réseau CND est créé en novembre 1940 (). de la Confrérie Notre-Dame (CND), dirigée à Bordeaux par le commandant Jean Fleuret. Sans que ses collègues du laboratoire ne le soupçonnent, elle assume, avec brio selon le commandant, le rôle d'agent de liaison.. Elle poursuit parallèlement ses activités de propagande contre l'occupant : Louis Genevois écrit en 1982 que Laure Gatet fait de la propagande gaulliste en même temps que ses opérations de liaison, un mélange dangereux qui fait peur à sa secrétaire .. Laure Gatet et les autres résistants du réseau CND se regroupent chaque dimanche matin au cours Victor-Hugo de Bordeaux. Chacun communique aux autres les renseignements recueillis. Ces derniers peuvent être transmis à Londres, aux agents de la zone libre ou bien aux frontières du pays, entre autres grâce à Laure ; celle-ci cache les papiers classés top secret dans des boîtes de poudre à récurer. Elle obtient un laissez-passer (Ausweis) afin de pouvoir franchir la ligne de démarcation et rendre visite à ses parents à Périgueux. À cette époque, elle est souvent fouillée, mais les Allemands ne trouvent jamais rien qui puisse l'accuser..

Le , pourtant, Laure Gatet et trente-trois autres membres du réseau CND sont arrêtés. Pierre Cartaud, agent de liaison du réseau sur Paris arrêté le 29 ou , avoue en effet sous la torture l'existence du réseau et fournit un certain nombre de noms. Il est 5 heures du matin quand trois officiers de la Sicherheitsdienst, habillés en civils français, arrivent chez Laure ; ils fouillent l'ensemble de la maison pendant trois ou quatre heures, puis l'arrêtent..

Détention alt=Façade de la maison d'arrêt de Fresnes près de Paris (France).|thumb|La maison d'arrêt de Fresnes, en 2011.