L'histoire du duché de Parme et Plaisance, un ancien État de la péninsule italienne dont la ville de Parme était la capitale, débute en 1545 et s'achève en 1860.
Issu du népotisme pratiqué par le pape Paul III, le duché est créé en 1545 et gouverné, à l'origine, par la famille Farnèse, à laquelle appartient le pontife. Le duché parvient à garder son autonomie malgré les prétentions de la France, de l'Espagne et de l'Autriche, notamment après la disparition des Farnèse, en 1731, remplacés sur le trône par une branche des Bourbons d'Espagne, les Bourbon-Parme.
En raison de sa situation géographique au cœur de la plaine du Pô, le duché est souvent dévasté par le passage des armées étrangères, notamment lors des nombreuses guerres de succession du . Occupé par l'armée d'Italie en 1796, il est rattaché au Premier Empire en 1808. Le pays – transformé en département du Taro – et ses traditions sont alors profondément bouleversés du fait de l'application des lois françaises.
En 1815, le congrès de Vienne rétablit le duché de Parme et place à sa tête la seconde épouse de , Marie-Louise d'Autriche, qui reste encore aujourd'hui la souveraine préférée des Parmesans. Celle-ci ramène alors le duché dans le giron de l'Autriche, au même titre qu'une grande partie de la péninsule italienne. À sa mort, en 1847, les Bourbon-Parme reviennent à Parme mais, moins de quinze ans plus tard, en 1860, le souffle unificateur du qui traverse l'Italie entraîne l'annexion du duché par le royaume de Sardaigne à l'issue d'un plébiscite.
Période Farnèse (1545-1731) Création du duché thumb|La péninsule italienne en 1494.
Le duché de Parme est issu d'une vaste portion du duché de Milan située au sud du Pô. Le , Lucien Visconti achète Parme pour d'or au marquis de Ferrare, , qui détient lui-même Parme d'Azzo di Correggio depuis deux ans.
La région de Parme est détachée du duché de Milan au profit des États pontificaux une première fois en 1512, lors du congrès de Mantoue qui cherche à unir les princes italiens contre la présence française : Maximilien Sforza, fils du duc déchu de Milan, doit concéder près d'un quart des terres possédées auparavant par son père en échange de l'intervention du pape.
Lors de l'invasion française qui suit la victoire de Marignan, en 1515, François reconquiert le duché de Milan dans ses frontières d'origine, soustrayant Parme au trône apostolique. En 1521, le pape et Charles Quint s'allient et chassent les Français de Parme (et de tout le duché de Milan) ; la ville est de nouveau assiégée en décembre par les Français alliés aux Vénitiens, sans résultat. En 1528, Charles Quint se rend à Parme et place la ville sous contrôle pontifical, ainsi que Plaisance, tandis que Reggio d'Émilie et Modène, qui forment depuis 1452 le duché de Modène et Reggio, restent aux mains de la famille d'Este.
C'est au cours de cette période que les Farnèse prennent de l'importance. En 1527, Pierre-Louis Farnèse, au service de Charles Quint, participe avec les troupes impériales au sac de Rome, tout en défendant les biens familiaux et le palais Farnèse, tandis que son père, le cardinal Alexandre Farnèse, se trouve aux côtés du pape , prisonnier au château Saint-Ange. Alexandre participe aux longues négociations qui s'ensuivent à Bologne. En 1534, meurt et le conclave élit Alexandre pape. Il prend le nom de et se livre rapidement au népotisme en nommant cardinaux deux de ses petits-fils, Alexandre Farnèse et Guido Ascanio Sforza di Santa Fiora.
L’ascension de la famille se poursuit : en 1538, Octave Farnèse, fils de Pierre-Louis, épouse Marguerite d’Autriche, fille naturelle de Charles Quint et de Jeanne van der Gheyst. En 1543, le pape revendique le duché de Milan pour Octave, mais Charles Quint lui octroie le marquisat de Novare à la place. Faute de pouvoir obtenir l'ensemble du Milanais, le pape réactive la prétention de sa famille sur Parme et Plaisance au profit de Pierre-Louis, malgré l'opposition de prélats qui s'inquiètent de la perte de deux villes importantes. Après avoir nommé son fils gonfalonnier de l'Église, le pape crée de toutes pièces un fief dont l'investiture est officialisée par une bulle datée du . Pierre-Louis doit attendre le l'investiture officielle. Il choisit Plaisance comme capitale en raison de sa proximité avec Milan, Gênes et le Piémont.
Consolidation des Farnèse Pierre-Louis engage une importante activité diplomatique auprès de l'empereur afin de faire valider sa nomination, mais Charles Quint laisse les choses en l'état : il aurait préféré donner le titre à son gendre Octave Farnèse, que Pierre-Louis juge trop jeune. Venise, qui cherche un soutien contre la France, est la première à reconnaître Pierre-Louis.
Au cours de son règne, Pierre-Louis institue un conseil suprême de justice () et nomme un magistrat des rentes de la chambre ducale (). Il réorganise les postes, fait réaliser un recensement de la population et entreprend de lutter contre les privilèges féodaux.
La pérennité de sa dynastie n'est cependant pas assurée : deux ans plus tard, en 1547, Pierre-Louis est assassiné par la noblesse de Plaisance, certainement en accord avec le gouverneur de Milan, Ferrante Gonzaga ; l'empereur, Ferrante Gonzague ou les seigneurs de Plaisance sont autant de candidats possibles.
Octave prend cependant possession de Parme, dont les seigneurs n'ont pas participé au complot, et s'oppose aux exigences de qui souhaite récupérer le duché, affirmant ainsi son autorité. Il faut appel à son beau-père, Charles Quint, qui s'évertue pourtant à ne pas reconnaître le duché. Après la mort du pape, son successeur proche de l’Empereur, cherche à offrir le duché à la maison d’Autriche. Isolé, Octave rechercher alors l'appui de la France, et il obtient alors un accord politique avec .
Le pape Jules III, furieux, menace d’excommunication celui-ci, qui répond en envisageant la constitution d’une Église gallicane indépendante. Éclate alors la guerre de Parme (), où Gonzague occupe un temps une partie des territoires du duché, mais dont Octave sort victorieux grâce au soutien des Français. De plus, inquiet de l’attitude gallicane de la France, le pape cède sur la question de Parme et rétablit ses liens avec le roi de France. En 1556, par le traité de Gand, Octave obtient Plaisance du successeur de Charles Quint, . Il doit cependant concéder l'amnistie aux seigneurs coupables d'avoir assassiné son père. En 1559, les traités du Cateau-Cambrésis le confirment dans ses possessions.
Sur le plan économique, Octave fait preuve de frugalité, même si le duché connaît d'importantes réalisations sous son règne, telles que le palais Farnèse de Plaisance, l'église de et le collège de la Compagnie de Jésus. Il poursuit la politique d'affaiblissement des seigneurs et décrète, en 1582, la confiscation des biens des Landi, seigneurs de Plaisance qui avaient participé à l'assassinat de son père, sous prétexte d'une nouvelle tentative de régicide. Trois siècles de règne thumb|La ville de Parme au .
Quand Octave meurt en 1586, son fils Alexandre, qui est l'un des principaux généraux du roi Philippe II d'Espagne, lui succède sur le trône ducal. Il est marié à l'infante Marie de Portugal, petite-fille en ligne masculine du roi Emmanuel . Élevé à la cour d'Espagne, Alexandre ne connaît pas sa capitale et, étant au service de son roi, il en reste éloigné sa vie durant. Le futur duc participe à la bataille de Lépante en 1571 aux côtés de Marcantonio Colonna et à d’autres batailles contre les musulmans dans les Balkans. Ses actions militaires le mènent au grade de général-commandant durant la guerre de Flandre, et il participe aux guerres de religion en France où il trouve la mort en 1592 des suites de ses blessures.
Le duc succède à Alexandre après que celui-ci a prétendu pour son fils en 1580 à la couronne de Portugal, sur laquelle il a des droits par sa mère, Marie, morte en 1577. Ranuce gouverne le duché avec une poigne de fer pendant trente ans et contribue à l'évolution économique et urbaine de Parme avec des ouvrages tels que le théâtre du et quatre bastions fortifiés. En 1599, il épouse Marguerite Aldobrandini, nièce du pape Clément VIII. En 1611, il dénonce une conjuration à son encontre et fait arrêter de nombreux nobles. Un procès condamne les conjurés à la décapitation et à la confiscation de leurs biens. Le duc meurt en 1622, à l'âge de 52 ans.
thumb|Carte du duché de Parme et Plaisance.
Son fils Édouard, âgé d'à peine dix ans, lui succède. La régence du duché est assurée par sa mère, Marguerite Aldobrandini, et par son oncle, le cardinal Édouard Farnèse. En 1628, Édouard épouse Marguerite de Médicis, fille aînée du grand-duc de Toscane . Il se rapproche de la France sous l’impulsion de Jacopo Gaufrido, fonctionnaire français au service des Farnèse, soupçonné de manœuvrer pour le compte de Richelieu. En 1636, Édouard engage le duché dans la guerre contre l’Espagne et, à cette occasion, il se trouve en grandes difficultés. Les interventions du pape et du grand-duc de Toscane sauvent son duché par un traité de paix signé à Plaisance, le . Il doit renoncer à son alliance avec la France et rétablir les relations avec Madrid. En raison des emprunts dits pour financer la guerre, il met en gage le duché de Castro. En 1641, le non-remboursement de la dette et le refus de céder le duché de Castro aux Barberini, ses principaux créanciers, est à l'origine de la première guerre de Castro contre le pape , qui est également un Barberini. En 1644, l’intervention de la France du cardinal Mazarin permet le retour de la paix entre les deux belligérants par le traité de Venise, signé le et entérinant le maintien de Castro dans le giron farnèse. Édouard meurt en 1646.
Son fils , alors âgé de seize ans, lui succède. Durant son règne, en 1659, les Farnèse perdent définitivement Castro après une seconde guerre contre le pape Innocent X. se marie trois fois. La première fois, en 1660, avec Marguerite-Yolande de Savoie, morte trois ans plus tard. Il espère par ce mariage récupérer Castro. La seconde fois, il épouse Isabelle d'Este et la troisième fois, Maria d'Este. Ranuce applique une politique d'équilibre entre la France et l’Espagne, il agrandit le duché par l'acquisition des territoires de Bardi et Compiano. Ceux-ci étant d'anciens fiefs impériaux, le duché attise les prétentions de l'Autriche qui l'envahit en 1691. Une troupe d'occupation s'installe à la charge du duché. Ranuce meurt en 1694, un an après son fils qui devait lui succéder.
François Farnèse, frère du défunt Édouard, succède à et épouse la veuve de son frère, Dorothée Sophie de Neubourg. François met alors en place une politique fiscale très lourde à l'encontre de la population et met à contribution le clergé (jusque-là exonéré) afin d'obtenir la rançon exigée par les Autrichiens pour quitter les territoires occupés. Le duché, comme le reste du nord de la péninsule, devient un champ de bataille lors de la guerre de Succession d'Espagne. Le duc essaie de rester neutre, bien qu'il délègue Giulio Alberoni auprès du duc de Vendôme. Parme est de nouveau occupée par les Autrichiens après la défaite française à Turin en 1706. François permet le mariage entre sa nièce Élisabeth, fille d', et le roi à l’instigation d'Alberoni. Après la mort brutale du duc en 1727, le duché passe sous la régence de son frère, Antoine.
Au cours de ses quatre ans de règne, Antoine tente de maintenir à distance les Impériaux et le pouvoir pontifical ; il réalise peu de réformes. Il épouse Enrichetta d'Este en 1728, mais meurt trois ans plus tard sans laisser d'héritier. Avec lui s'éteint la lignée masculine de la famille Farnèse. Le , la noblesse parmesane jure fidélité au nouveau duc : l'infant d'Espagne Charles de Bourbon, fils de Philippe V et d'Élisabeth Farnèse
Premiers Bourbons et dominations étrangères (1731-1802)
Succession mouvementée entre Espagne et Autriche thumb|upright|Élisabeth Farnèse et son fils aîné Charles de Bourbon en 1716.