La bataille d'Eylau a eu lieu les et à Preußisch Eylau (de nos jours Bagrationovsk) dans le nord de la Prusse-Orientale (actuel oblast de Kaliningrad), entre les forces de l’Empire russe, soutenues par celles du royaume de Prusse, et l’Empire français.

À l'issue de la bataille, Napoléon 1er remporte une victoire arrachée au prix de lourdes pertes., en quelque sorte une victoire à la Pyrrhus ; il reste maître du terrain mais n'obtient pas la victoire décisive qu’il attendait ..

Prélude Les Prussiens ayant été écrasés à Iéna et Auerstaedt, le général des troupes russes von Bennigsen, à qui le tsar Alexandre avait envoyé hommes en soutien, se trouve dès lors obligé de temporiser en attendant des renforts patriotes, sous les ordres du général Buxhovden. Sans faire jonction avec le corps d'armée prussien du général Lestocq survivant, Bennigsen se replie sur la ville d'Ostrołęka en Pologne.

L'Empereur , irrité de la reprise des hostilités par la Russie — qu’il croyait avoir relativement épargnée lors de la paix de Presbourg — franchit la Vistule et tente alors d’envelopper la retraite des Russes par un mouvement de sa gauche qui échoue du fait de la météorologie et ne provoque que des combats d’arrière-garde à Pułtusk et à Golymin ().

À l'arrivée des renforts russes, hommes avec le général Frédéric de Buxhoeveden et de la Garde impériale russe, Bennigsen dispose de hommes en Pologne et passe à l’offensive en attaquant le corps d'armée du maréchal Bernadotte situé au nord du dispositif français et envisage, après l’avoir défait, de s’engager dans les arrières des Français .. Cependant Bernadotte à , le , gauche|vignette|Bataille de Hoff, 6 février 1807 (Jean-Charles Langlois, avant 1849). Napoléon, averti, lui ordonne ainsi qu’à Ney de se replier plus en arrière, pensant attirer Bennigsen pour le prendre de flanc et l’adosser à la Baltique. Mais la prise d’un courrier français met Bennigsen au courant du piège tendu ; le général des troupes russes se retire. Napoléon décide alors de le contraindre à la bataille généralisée en marchant directement vers Königsberg où il sait que se trouve la majorité des approvisionnements russes. Bennigsen, après deux combats d’arrière-garde à Hoff et Heilsberg le , et choisit le village de Preussisch-Eylau pour tenter d'arrêter l’empereur français.

Forces en présence

Déroulement Le 7 février Arrivés vers 14 heures, Soult et Murat attaquent l’avant-garde russe commandée par Bagration, située à l’ouest sur la route de Lansberg et dans le village même. Les premières attaques menées par les brigades Schiner et Vivies, sur la droite à travers les bois, et les brigades Levasseur et Essards, au centre, à travers le lac gelé, se font sèchement et froidement repousser. Mais l’arrivée de la division Leval et du corps d’Augereau qui menacent d’envelopper par la gauche, contraint les Russes à se replier sur le village et en début de soirée la division Legrand appuyée par celles de Saint-Hilaire et de Leval arrache le village aux Russes lors d’un corps à corps la brigade Essards. Bagration, battu, recule sur la gauche des positions qu’occupait son général en chef, sur les hauteurs à l’est du village. Napoléon, arrivé à 23 heures à Eylau, ne dispose que de et 300 canons, le corps de Davout, et celui de Ney étant encore respectivement, à au sud et au nord tandis que celui de Bernadotte est encore plus éloigné. Face à lui, Bennigsen a appuyés par 400 pièces ; il décide néanmoins de commencer la bataille le lendemain.

Le 8 février Dès sept heures, l’artillerie russe, répartie en trois grandes batteries, pilonne les positions de Soult et le village.

l’artillerie française répond, provoquant un gigantesque duel que les troupes des deux camps, qui n'ont pas mangé et ont dormi sans feu, subissent pendant deux heures.

À neuf heures Davout arrive, et attaque par le sud, mais son infériorité numérique, le met en difficulté ; l’Empereur pousse donc le corps d’Augereau et la division de Saint-Hilaire pour l’appuyer. Mais, aveuglées par la neige, les colonnes de se présentent de flanc contre la batterie centrale russe et se font décimer ; le général de division Desjardins est tué, le maréchal Augereau et le général Heudelet sont blessés. Écrasée par une grêle de mitraille et de boulets, la division perd alors près de en quelques minutes, tués net.

L'anéantissement du de ligne Le d'infanterie, d'abord meurtri par l'artillerie ennemie, est ensuite encerclé et anéanti par les charges successives russes, sous les yeux mêmes de Napoléon. Cet épisode fut rendu célèbre dans les mémoires du général de Marbot., alors capitaine et aide de camp du Maréchal Augereau au moment de la bataille. Les débris du de ligne, alors formés en carré sur un monticule, résistent aux assauts furieux de l'ennemi, et agitent leur aigle pour indiquer qu'ils tiennent toujours, tout en demandant assistance.

L'Empereur, par leur courage, demande à Augereau d'envoyer vers eux un officier leur ordonnant de quitter le monticule, de se former en carré pour rejoindre les positions françaises, tandis qu'une brigade de cavalerie se dirigerait vers eux pour soutenir leurs efforts. C'est le capitaine Marbot qui s'élance. , et à atteindre le chef de bataillon pour lui transmettre l'ordre de . Le chef de bataillon, voyant une colonne de grenadiers russes se diriger vers ses soldats et l'artillerie menacer de les exterminer s'ils quittaient leur monticule, demande à Marbot de sauver l'aigle du régiment plutôt que de la voir tomber aux mains de l'ennemi. Il déclare : .

La contre-attaque générale lancée par la garde impériale russe, la cavalerie et la division du général Andreï Somov vise alors à couper les Français en deux au niveau du village en profitant de la brèche créée. Napoléon, alors dans le cimetière d'Eylau, et (une première dans l'histoire du Premier Empire). La Vieille Garde reçoit l'ordre de ne pas tirer mais de charger à la baïonnette.

, les grenadiers de Dorsenne et les chasseurs à cheval du général Dahlmann stoppent net la colonne russe de grenadiers qui vise le cimetière dans un titanesque corps à corps à l’arme blanche ; c'est l'une des rares batailles où l'infanterie de la Garde impériale intervient.

Napoléon provoque ensuite Murat : En réponse, Murat commande une énorme charge de toute la cavalerie française disponible, soit , l'une des plus grandes charges de cavalerie de l'Histoire. Celle-ci sabre, à l’aller et au retour, les deux divisions que Bennigsen avait engagées dans l’exploitation de l’anéantissement des troupes d’Augereau, rétablissant la situation.

Cet épisode a été rendu célèbre par l'action de Louis Lepic, alors colonel-major des grenadiers à cheval de la Garde impériale. Lorsque la contre-attaque russe se rapproche du cimetière, le régiment s'y trouve avec la Garde impériale, au plus près de l'Empereur. Les boulets russes tombent de toutes parts, renversant hommes et bêtes. Lepic harangue ses hommes et leur ordonne de rester en position malgré le feu nourri en ces termes qui le rendront célèbre :

Un instant plus tard, alors que son régiment est engagé dans la charge du maréchal Murat, lui et ses grenadiers à cheval culbutent une ligne d'infanterie russe, s'emparent d'une batterie d'artillerie, et, continuant dans leur élan, se retrouvent encerclés au milieu des lignes russes. Alors qu'un officier russe leur propose de se rendre, Lepic répond à la proposition en ces termes, en désignant ses grenadiers : Puis, s'adressant, à ses hommes, il leur dit :

La charge est alors relancée, colonne serrée par pelotons, parvenant à percer les trois lignes russes successives et à revenir vers les lignes françaises. Mais ces derniers, les prenant pour des cavaliers ennemis, déchargent leurs fusils sur eux et tuent deux grenadiers dans un tir fratricide. L'Empereur croyant le régiment et son chef de corps perdu, manifeste toute sa satisfaction à Lepic en le nommant général de brigade.

S'ensuit cet échange entre les deux hommes, Napoléon le saluant par le nouveau grade qu'il vient de lui conférer : Ce à quoi répond Lepic :

Le repli russe Le combat reste indécis toute l’après-midi, malgré l’apparition du Prussien Lestocq et de ses attaquant la droite de Davout, qui est contrebalancée par l’arrivée de Ney et de ses .

À la nuit tombée, les troupes russes sont à court de munitions et sans réserves, et Benningsen décide, contre l’avis de Knorring, Osterman et Lestocq, de se replier vers Königsberg. vignette|300x300px|Carte de la bataille d'Eylau.

Épilogue La victoire française est réelle dans la mesure où Napoléon reste maître du terrain, mais elle a coûté fort cher : dix mille tués ou blessés chez les Français, douze mille morts et quatorze mille blessés, dont beaucoup mourront faute de soins, chez les RussesAndré Castelot, Napoléon, .. Le lendemain matin, Ney s'exclama en parcourant le champ de bataille à cheval : .

Le corps d’Augereau est quasiment détruit, les autres corps sont très entamés. Le maréchal Pierre Augereau est blessé grièvement et doit rentrer en France. Plusieurs généraux de grande valeur sont perdus : général de division Jacques Jardin, dit Desjardin ; général de division Jean Joseph Ange d'Hautpoul (malgré une cuisse brisée et l’avis de Dominique Larrey, il refuse l’amputation et meurt le ) ; général de division Nicolas Dahlmann ; général de brigade Louis François Binot ; général de brigade Pierre-Charles Lochet ; général de brigade Louis-Prix Varé ; général de brigade Joseph Alphonse de Bonnet d'Honnières ; l’aide de camp de Napoléon, Claude Corbineau..

Napoléon, très affecté par les pertes subies, et contrairement à son habitude, restera huit jours sur le champ de bataille pour superviser les secours aux blessés. Il se retire le soir même de la bataille au château de Finckenstein, non loin de Preußisch Eylau. Il déclare : « Cette boucherie passerait l'envie à tous les princes de la Terre de faire la guerre. »cf. Bastien Miquel, Joseph de Maistre, un philosophe à la cour du tsar, Éditions Albin Michel, Paris, 2000, .. L'empereur réunit alors une sorte de conseil où il demande l'avis de ses maréchaux pour établir la conduite à suivre. Contrairement à l'avis de Ney et Murat, il suit l'avis de Soult qui lui conseille de se retirer derrière la Passarge..

Cette victoire apparante pour les Français n'en est pas une, car l'armée de Bennigsen, très affaiblie, s’est retirée en bon ordre et n’a pas été réellement poursuivie du fait de l’état d’épuisement de l’armée française.

Représentations en littérature vignette|Le Capitaine Hugo à Eylau (Lucien Lapeyre, 1912). Dès 1807, une chanson sur feuille volante est publiée en breton. Elle est signée François Guenveur., auteur de plusieurs poèmes célébrant les exploits de Napoléon. Il raconte de façon très réaliste la Bataille d'Eylau..

La bataille d'Eylau est l'argument du roman d'Honoré de Balzac, Le Colonel Chabert (1831) dont le héros éponyme décrit les horreurs. Personnage de fiction, Chabert, déclaré mort à la bataille d'Eylau lors de la grande charge de Murat, réapparaît à Paris sous la Restauration, au grand dam de sa femme qui a hérité sa fortune et s'est remariée.

Le poème Le Cimetière d'Eylau (1874) du recueil La Légende des siècles de Victor Hugo est dédié à son oncle, Louis-Joseph Hugo, capitaine au de ligne.

Dans Le Matin d'Eylau (2015), Jacques Sudre termine son roman policier sur le champ de bataille ; il donne ainsi une description des combats et de ses lendemains.

L'ouvrage de Jean-Paul Kauffmann, Outre-Terre (2016), sous-titré Le Voyage à Eylau, se déroule au cours de la célébration du bicentenaire de la bataille et en parcourt les différentes facettes culturelles (littérature, peinture, cinéma) de ce site, ainsi qu'aux épisodes militaires qui y ont eu lieu.

Toponymie À Paris, l'avenue et la villa d'Eylau rappellent le souvenir de cette bataille.

Navires Eylau (1808), vaisseau de ligne de de classe Bucentaure, est nommé en l'honneur de la bataille.