La symphonie en fa mineur, opus 10, est la première des quinze symphonies de Dmitri Chostakovitch et a été écrite entre 1924 et 1925 et créée l'année suivante, alors que le compositeur n'a que 19 ans.
Composition Chostakovitch écrit cette symphonie pour son diplôme du Conservatoire de Leningrad entre et fin Whitehouse R, Notice de l'enregistrement de l'œuvre par le Royal Philharmonic Orchestra sous la direction de Vasily Petrenko, éditions Naxos, à l'âge de 19 ans. Peu avant la création, Alexandre Glazounov lui conseille de retoucher quelques passages malsonnants à son goût ; Chostakovitch accepte mais rétablit la version originale juste avant le concertGuide de la musique symphonique, sous la dir. de François-René Tranchefort, Fayard, 1986, p. 175..
La symphonie est dédiée à un ami proche de Chostakovitch, Mikhaïl Kvadri. Celui-ci ayant été arrêté en 1929 pour , la dédicace disparaît la même année.
Création et réception L'œuvre connaît un grand succès lors de sa première, le , par l'Orchestre philharmonique de Léningrad dirigé par Nicolaï Malko qui déclare .. La symphonie est encore aujourd'hui considérée comme l'une des plus belles œuvres de Chostakovitch. La création en Europe occidentale eut lieu à Berlin le par Bruno Walter et la création américaine le de la même année sous la direction de Leopold Stokowski.
Orchestration La partition est écrite pour : Instrumentation de la Symphonie en fa mineurCordespremiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebassesBois2 flûtes, 1 piccolo 2 hautbois2 clarinettes en si, 2 bassonsCuivres4 cors en fa,2 trompettes en si,1 trompette alto en fa3 trombones; 1 tubaClavier1 pianoPercussions4 timbales, triangle, caisse claire, grosse caisse, cymbales, tam-tam, cloches
Analyse La première symphonie est une pièce vivante et spirituelle. Elle rappelle certaines œuvres d'Igor Stravinsky (comme Petrouchka) ou de Serge Prokofiev. Certains de ses motifs proviennent même de compositions de son enfance. L'orchestration transparente à la manière d'un orchestre de chambre contraste avec les orchestrations plus sophistiquées à la manière de Gustav Mahler ou de quelques-unes des symphonies qui suivront. La symphonie est très unifiée, comportant plusieurs rappels mélodiques entre les mouvements.
Si le plan d'ensemble en quatre mouvements peut sembler académique, le modernisme de Chostakovitch pointe dans la progression harmonique brute et provocante ainsi que dans les principes de l'orchestration (solos des instruments à vent, percussions terrifiantes)Daniil Petrove, texte d'introduction pour le coffret Kirill Kondrachine, Melodiya, 2006..
Allegretto — Allegro non troppo La symphonie entière semble émerger d'une source unique dans l'introduction du premier mouvement qui devient une sorte d'épigraphe contracté : à l'intense phrase de trompette en sourdine répondent les interventions plus rythmiques et perturbées du basson. Le ton est donné : ce mouvement alterne lignes mélodiques et progressions rythmiques. La clarinette ouvre un allegro non troppo, soutenue par un lit de cordes métronomiques, à la manière d'une marche. Ce thème passe d'un pupitre à l'autre, aux trompettes et aux cors, et s'éteint sur des pizzicati des cordes. Après un solo de flûte en forme de valse, s'ouvre le développement où les deux thèmes principaux sont joués l'un contre l'autre; les bois entrent progressivement en scène et entraînent l'orchestre dans un tutti puissant. Les différents éléments thématiques sont ensuite rapidement repris pour finir sur le thème de l'introduction, à la clarinette. (cf. www.coge.org)
Allegro Ce mouvement moto perpetuo est un scherzo qui continue sur la lancée ironique en l'intensifiant considérablement; le piano, inclus dans l'orchestre comme instrument à percussion, s'en dégage par moments. Le trio, rythmé et vertical, est interrompu mélodieusement par un thème secondaire dans lequel on peut entendre la conciliation et la paix d'une berceuse d'esprit populaire. Dans la reprise, Chostakovitch relie des thèmes assez contrastés de manière contrapuntique. Trois forts accords plaqués par le piano annoncent la coda.
Lento Le mouvement lent révèle la richesse de la veine mélodique de Chostakovitch, en même temps que le fond de douleur et de tragédie qui marque déjà sa personnalité. Les contrastes y atteignent des extrêmes. Semblable à un répit de courte durée des "accrocs" énergétiques des deux premiers mouvements, le troisième mouvement aurait très bien pu tourner au lyrisme. Mais la chaude et sincère cantilène du thème principal (au hautbois, puis au violoncelle solo) rencontre ici la froideur cadavérique du thème secondaire, écrit dans le genre d'une marche funèbre.
Allegro molto — Lento — Allegro molto Dans le vaste Finale, le grotesque, le lyrisme exacerbé, la violence alternent. De saisissants coups de timbales non accompagnés interrompent le cours du finale et réintroduisent, en renversement, un motif de six notes mis en vedette dans le Lento. Ce même motif aura finalement le dernier mot de la symphonie, implacable. C'est là que Chostakovitch manifeste le mieux son envergure, sa science de l’orchestration et la densité de son univers sonore. À côté de la fraîcheur juvénile des deux premiers mouvements, celui-ci fait apparaître un progrès considérable dans la maturité.
Discographie sélective Direction Orchestre Année Label Note Arturo Toscanini Orchestre symphonique de la NBC1944Urania mono Arturo Toscanini Orchestre symphonique de la NBC1951RCA Red Seal Records mono Eugene Ormandy Orchestre de Philadelphie1959Sony Classical Records Karel Ancerl Orchestre philharmonique tchèque1964Supraphon Rudolf Kempe Orchestre symphonique de la BBC1965BBC mono Kirill Kondrachine Orchestre philharmonique de Moscou1972Melodiya Bernard Haitink Orchestre philharmonique de Londres 1980 Decca Kurt Sanderling Berliner Sinfonie-Orchester 1983 Berlin Classics Neeme Jarvi Orchestre national royal d'Écosse1984Chandos Records Vladimir Ashkenazy Orchestre philharmonique royal1988Decca Records Leonard Bernstein Orchestre symphonique de Chicago1988Deutsche Grammophon Mstislav Rostropovitch National Symphony Orchestra1993Teldec Mariss Jansons Orchestre philharmonique de Berlin1994EMI Classics Kurt Masur Orchestre philharmonique de Londres2004LPO Simon Rattle Orchestre philharmonique de Berlin2005EMI Classics Andris Nelsons Orchestre symphonique de Boston2021 Deutsche Grammophon
Références
François-René Tranchefort, Guide de la musique symphonique, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique », France, 1986
Articles connexes Dmitri Chostakovitch Liste des œuvres de Dmitri Chostakovitch
Liens externes Partition d'orchestre annotée par Leonard Bernstein, dans les archives du New York Philharmonic Orchestra
Anniversaries : Dmitri Shostakovich Born 110 Years Ago
Chostakovitch Dmitri, symphonie n° 01 Chostakovitch|01 Catégorie:Œuvre musicale composée en 1926